Expositions : le pop art d'Andy Warhol s’invite à Landerneau
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Est-ce que c'est juste un clin d'œil historique ou pour vous le lieu participe à la lecture de l'exposition ?
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La marchandise elle-même, est-ce que Warhol la critique ? Est-ce qu'il la célèbre ?
- 3:22OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que la répétition des œuvres de Warhol peut encore produire ?
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Qui vous a prêté ces œuvres pour l'occasion ?
- 7:12OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il est encore pertinent aujourd'hui, parce qu'il utilise dans son œuvre la saturation des images ?
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Pourquoi Warhol nous impose d'éprouver ainsi physiquement le temps, 12 heures ?
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« Landerneau a été aussi le haut lieu de la vente de Coca-Cola en France. »
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C'est à Landerneau dans le Finistère que Michel-Édouard Leclerc érigea dans les années 60 l'un des premiers supermarchés de sa marque en rachetant une partie du domaine du couvent des Capucins, un lieu de consommation dans ce qui avait donc été un lieu de prêche et de mendicité comme le voulait l'ordre de Saint-François dont il sera d'ailleurs question à 9h dans la Grande Traversée. Ce lieu est aujourd'hui un lieu d'exposition et de performance, la fondation Hélène et Édouard Leclerc pour la culture et c'est là que se tient en ce moment l'exposition Warhol, plus de 200 œuvres du maître de la pop culture. Bonjour Marie-Pierre Batani. Bonjour Julie. Merci beaucoup d'être avec nous.
Vous êtes la directrice du fond Hélène et Édouard Leclerc pour la culture. Vous êtes en duplex depuis les studios d'ici Brézizel à Quimper que je salue et remercie Marie-Pierre Batani exposer Warhol dans ce qui fut le lieu d'un supermarché Leclerc. Est-ce que c'est juste un clin d'œil historique ou pour vous le lieu participe à la lecture de l'exposition ?
C'est assez fabuleux d'avoir eu la possibilité de faire cette exposition Warhol précisément sur le site du fond Hélène et Édouard Leclerc et comme vous l'avez rappelé, celui du premier supermarché Leclerc de France. Et oui, ça colore l'exposition Warhol qu'on propose et qui est riche de cette histoire qui croise et qui fait croiser la route d'Édouard Leclerc il y a plus de 50 ans maintenant et Warhol à un moment où la société industrielle et de consommation s'invente et chacun va effectivement la regarder.
Warhol a fait entrer la marchandise, les marques, les logos et les objets de consommation dans l'art, y compris Coca-Cola qui, j'ai appris à cette occasion, étaient déjà vendus à l'ouverture du supermarché Leclerc de Landerneau en 49. Absolument. Qui vient un hypermarché en 56.
Et il y a une anecdote, c'est effectivement la rencontre entre Leclerc et Coca-Cola, les Américains qui débarquent à Landerneau et les Landerneens qui, Édouard Leclerc, qui préparent une petite présentation en accumulation de bouteilles de Coca-Cola pour accueillir le patron de la marque de l'époque. Et oui, Landerneau a été aussi le haut lieu de la vente de Coca-Cola en France.
Et la Gare Saint-Lazare aussi à Paris. Il paraît que les cafés en vendaient déjà dans les années 30 du Coca-Cola après la Gare Saint-Lazare. La marchandise elle-même, est-ce que Warhol la critique ? Est-ce qu'il la célèbre ? Est-ce qu'il est entre la critique et la célébration, Marie-Pierre Batani ?
Ce qui est fascinant avec l'œuvre de Warhol, c'est à la fois son actualité. Tout ce qu'on regarde de Warhol dans l'exposition aurait pu être produit en temps réel presque. En tout cas, ça nous dit quelque chose du monde dans lequel on vit aujourd'hui, qui est assez troublant. Et je pense que c'est en partie parce que précisément, il n'arbitre jamais. Et il est à la fois dans la célébration de ce monde qui y advient devant ses yeux et auquel il participe et en même temps qu'il critique. Et il ne dira jamais quelle était vraiment sa position sur tout ça.
Il ne se contente pas de représenter la publicité. D'ailleurs, il travaille pour elle. Donc la frontière entre Warhol artiste et Warhol publicitaire, on la cherche encore. En tout cas, les premières années d'exposition et de découverte de Warhol, ces répétitions d'images de consommation, cette répétition obsessionnelle, créer quelque chose de nouveau. Marie-Pierre Batani, à force de les avoir vues, à force de les avoir commentées, ses œuvres, la répétition de la répétition en quelque sorte, qu'est-ce que ça peut encore produire ?
C'était son ressort, la sérialité. Et effectivement, dans l'exposition, on a la chance de pouvoir présenter des œuvres inédites, un grand nombre d'œuvres inédites, mais en particulier par rapport à la relecture qu'on peut faire de son travail. Toutes ces œuvres de jeunesse, le Warhol, d'avant Warhol, quand il arrive à New York et qu'il devient d'abord graphiste, qu'il travaille avec les mondes de la mode et les magasins de mode de la rue new-yorkaise, où vraiment il va faire sa main et commencer à s'intéresser aux marques à travers leur logo, le dessin des objets. Et ça, ça va se retrouver effectivement dans son œuvre. Et aujourd'hui, ça se retrouve dans la vie, la vie du quotidien.
Et on ne cherche pas à arbitrer, on aide, je crois, à travers la relecture de l'œuvre de Warhol, à donner des clés de lecture qui permettent aujourd'hui à tout un chacun de regarder ce qui l'entoure et de comprendre que ça s'inscrit dans des histoires et qu'on a une prise sur ces histoires.
Cette exposition rassemble plus de 200 œuvres, archives, films, objets, photographies, notamment issues des collections états-uniennes. Qui vous a prêté ces œuvres pour l'occasion ?
C'est un partenariat fabuleux avec le musée de Pittsburgh, le musée Andy Warhol de Pittsburgh, qui a été le premier musée monographique créé au monde après le décès de Warhol et qui dispose d'une collection incroyable. C'est plus de 13 000 œuvres et surtout un fonds documentaire génial. 500 000 documents d'archives avec des photographies, avec ces fameuses Capsule Time, les boîtes à l'intérieur desquelles Warhol a enfermé sa vie. Et on a pu puiser dans tout ça, en fait, avec vraiment la grande générosité du musée de Pittsburgh.
Et Amber Morgan, qui est la commissaire de l'exposition, et qui nous a accompagnés sur ce projet, a été très attentive, bien sûr, à marquer ce clin d'œil historique, encore une fois, au fond, Hélène-Édouard Leclerc, et à l'histoire croisée de ces deux grands hommes. Et en même temps, à nous permettre, à l'occasion d'une exposition inédite en France, c'est du jamais vu depuis 10 ou 20 ans, en fait, pour une exposition rétrospective de cette ampleur sur notre territoire, à montrer des œuvres à la fois emblématiques et importantes de l'œuvre, qui sont effectivement dans leur collection incroyable.
Avec, bien sûr, cette galerie de portraits de Marilyn Monroe, Jackie Kennedy, Truman Capote, Yves Saint-Laurent, Dolly Parton, des portraits... Tout le monde est là. Tout le monde est là. Alors, des portraits qui, à l'époque, avaient un peu décontenancé. Et on a trouvé, pour vous faire sourire, cette archive, l'équipe des Matins d'été a trouvé cet entretien du sculpteur César sur France Culture en 1976, un peu décontenancé, donc, par le travail d'Andy Warhol.
Tu prends Andy Warhol, que tu prends un document de Marilyn Monroe ou de Mao, ça ne tient pas. Voilà. Maintenant, que tu me dises qu'Andy Warhol, ça n'existe pas, alors là, je ne suis pas d'accord avec toi. Il a joué un rôle considérable. Il a fait prendre conscience de beaucoup de choses. Et c'est un artiste, sûr, c'est un grand artiste. Mais que tu me dises que ça tienne, non. Que ça tienne au niveau du livre, oui. Au niveau intellectuel, oui. Mais quand tu prends un bon Francis Bacon, qui est considéré un post-expressionniste, c'est tout ce que tu voudras. Et tu mets un Andy au mur, il y en a un qui va tuer l'autre, il ne tiendra pas l'autre.
Bon, bien sûr, c'est la chaise électrique, ou c'est, d'accord, le phénomène est complètement différent. C'est un autre problème. Mais ce n'est pas la peine de le mettre au mur.
César, le sculpteur, en 1976, ça, ce n'est pas la peine de le mettre au mur. Ça ne tient pas Andy Warhol. C'est vrai que c'est, autant d'années plus tard, rigolo de l'entendre dire que ça ne marchera pas, en fait, Andy Warhol. Est-ce qu'il est encore pertinent, aujourd'hui, Marie-Pierre Batani, parce qu'il utilise dans son oeuvre la saturation des images, mais aujourd'hui, avec Instagram, TikTok, le scroll, les influenceurs, les algorithmes, on est dans un moment extrêmement warholien. Est-ce qu'on vit dans une société qui l'avait prédite ? Et donc, est-ce que son oeuvre a toujours de l'intérêt, ou au contraire, plus que jamais ?
Je vais devoir contredire César. Ce qu'on montre à Landerneau, c'est de la peinture. Et c'est vrai qu'Andy Warhol a été beaucoup, à la fois salué et en même temps réduit à la sérigraphie. Mais il va faire emploi de la sérigraphie en peinture. Et il y a vraiment un geste de peinture dans l'oeuvre de Warhol. Ça, c'est hyper important. Et je crois que l'exposition le montre très bien. Et ensuite, oui, on vit dans un monde warholien.
Et ça, on l'éprouve vraiment quand on traverse les espaces de l'exposition, et en particulier dans les dernières séquences autour du mythe américain et de tous les grands symboles de l'Amérique qui étaient vrais à l'époque de Warhol, mais qui le sont toujours aujourd'hui. C'est le grand dollar. C'est effectivement les chaises électriques. Mais c'est aussi cet usage, avant même qu'on les ait inventés, des filtres et des filtres sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui, quand on voit un autoportrait de Warhol bleu, jaune ou version camouflage, c'est exactement l'image qu'on produit sur Snapchat quand on crée son propre selfie. Donc, c'est troublant, c'est déstabilisant. Et ça fait question.
Mais l'oeuvre de Warhol, elle est toujours très, très, très forte et hyper pertinente.
On fait tous du Warhol à une échelle massive aujourd'hui. Peut-être pour conclure, cette contradiction aussi entre cette maîtrise qu'avait Andy Warhol, de la publicité et donc de l'image immédiatement reconnaissable et qui va très vite. Et puis, ce film de plusieurs heures que vous donnez à voir dans l'exposition, Empire, pendant 12 heures, un plan fixe sur l'Empire State Building. Pourquoi Warhol nous impose d'éprouver ainsi physiquement le temps, 12 heures, où il ne filme rien, en somme ?
Le temps, c'est vraiment le cœur du sujet warholien, je crois. Et le temps arrêté, et le temps qui, à la fois, le traverse et puis qui le dépasse et qui nous amène aujourd'hui à nous demander à quel point le monde dans lequel on vit est warholien, oui.
Tous les grands magasins deviendront des musées et tous les musées deviendront des grands magasins avait dit Warhol et c'est dans un ancien supermarché Leclerc, le premier, que se tient cette exposition Warhol à Landerneau, à la Fondation Hélène et Édouard Leclerc pour la culture jusqu'au 24 janvier 2027. Vous en êtes la directrice, Marie-Pierre Batani. Merci beaucoup d'avoir été avec nous et d'avoir fait la route jusqu'au studio de France Bleu, ici Brézizel, qu'on salue. Merci beaucoup. Merci à vous.