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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 21 mars 2025 64 min

Salon de l'Agriculture : la colère couve encore - C dans l’air - 22.02.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

... - L.Sénéchal: Bonsoir.

On a encore le souvenir de ces portes forcés par la Coordination rurale, d'un président protégé par le service d'ordre, d'une colère agricole qui déborde et se fait violente. Ces images datent du Salon de l'agriculture, l'an dernier. A l'époque, G.Attal venait de remplacer E.Borne à Matignon.

Depuis, il s'est passé beaucoup de choses: il y a eu une dissolution, un M.Barnier, le retour des barrages des agriculteurs, des élections professionnelles et une percée des radicaux de la Coordination rurale, mais aussi, en ce début d'année 2025, ce gouvernement de F.Bayrou, le vote d'orientation agricole avant-hier seulement, après 3 ans de négociations.

Pendant ce temps, ce bras de fer continue en Europe sur l'accord de libre-échange avec l'Amérique du Sud, Mercosur, dont on veut pas en l'état la France. Voilà les thèmes de cette édition. Pour vous répondre, nous accueillons F.Denhez.

Vous êtes journaliste spécialiste des questions environnementales, chroniqueur à "Marianne". On parlera aussi de nouvelles plus encourageantes. O.Détroyat, vous êtes journaliste.

Bonsoir. Vous travaillez pour "Le Figaro", qui fait sa une avec un article: "Un an après la fronde, un salon pour calmer les tensions". L.Fritel, vous suivez les droites, l'extrême droite, L.Wauquiez et le RN, avec sa proximité supposée avec la Coordination rurale.

Je commence par vous, F.Denhez. Le salon démarre sans violences, avec un président qui peut déambuler, discuter, contrairement à l'an dernier.

Il est beaucoup interpellé par les agriculteurs. C'est le signe d'une colère qui est retombée? - F.Denhez: Momentanément, mais qui va revenir.

La crise agricole couve depuis 30 ans. On a mis un peu de cortisone au monde agricole. On a réécrit la loi pour qu'elle s'accorde avec ce que demandaient les éléments les plus remuants de la Coordination rurale et de la FNSEA.

Il y a des avancées réelles sur le passage de témoin entre un agriculteur qui veut raccrocher et quelqu'un qui voudrait lui reprendre sa ferme avec la création d'un guichet unique et la mise en place, peut-être, d'une petite allocation pour la personne qui voudra prendre sa retraite et qui n'a toujours pas trouvé quelqu'un. Il y a des avancées sur le statut des femmes exploitantes agricoles, des avancées sur l'enseignement agricole et alimentaire. On va peut-être retrouver des cours de cuisine au collège et à l'école primaire comme on en avait il y a 40 ans.

Il y a des choses intéressantes et du bla-bla. Ca ne vaut pas un clou juridique, comme cet article 1. C'est pour s'opposer à la charte de l'environnement, mais elle est adossée à la Constitution.

Juridiquement, ça ne vaut pas grand-chose. Il y a plein de contradictions dans ce principe de souveraineté alimentaire. A vouloir ménager nos exploitations et à prétendre ménager l'agriculture locale, ça ne ménage personne et ça ne définit pas ce qu'on entend par souveraineté alimentaire.

C'est vers ça qu'il faudrait aller. C'est une loi d'apaisement avec cette victime expiatoire qu'on a donnée à la frange la plus radicale du monde agricole depuis 2 ans, l'OFB, ciblé par 2 Premiers ministres et par L.Wauquiez.

C'est hallucinant. - L.Sénéchal: C'est l'Office français de la biodiversité.

On appelle ça les "policiers des champs", parfois. - F.Denhez: Avant, c'étaient les gardes-chasse et la police des eaux. - L.Sénéchal: Ils contrôlent les agriculteurs et sont armés.

G.Macke, les problèmes des agriculteurs perdurent. - G.Macke: Le gouvernement leur a fait beaucoup de cadeaux.

Depuis un an, revenir entièrement sur le gazole non routier, sur les augmentations de taxes qu'il devait y avoir, c'est un cadeau. Ca devait augmenter jusqu'à 2030. Au départ, la FNSEA était d'accord pour ça.

C'est un cadeau de 1,4 milliard d'euros. Ce n'est pas rien. Ensuite, les assouplissements sur le plan phytosanitaire.

Au niveau européen, au printemps 2024, il y a eu beaucoup d'assouplissements sur des textes qui avaient mis des années à être votés, notamment sur les versements des aides européennes de la PAC. Avant, il y avait des contreparties en termes de rotation des cultures, de maintien des haies. On a donné des aides sonnantes et trébuchantes aux éleveurs bretons qui avaient des problèmes avec les maladies, aux viticulteurs en Occitanie...

Il y a eu des efforts. On est dans une période de restriction budgétaire. Les nouveaux allégements de charges dans le budget 2025, ça représente 500 millions d'euros, selon le gouvernement.

Obtenir aujourd'hui 500 millions d'euros supplémentaires dans un contexte où on serre les vis de tout le monde, c'est pas mal. Bien sûr que les agriculteurs continueront d'avoir des problèmes. Ca ne va pas se résoudre même au niveau national.

Il y a une question mondiale autour de l'agriculture, de savoir si l'alimentation est un marché comme un autre, un produit marchand comme un autre. Les revenus des agriculteurs restent très liés à la volatilité des cours, à la météo. Avec le réchauffement climatique, ça ne va pas s'arranger.

Il reste des problèmes structurels. Il y a un problème de fond: la France veut être un modèle productiviste, qui reste moins productiviste que d'autres nations, comme le Brésil, l'Argentine, les Etats-Unis. Elle renonce à être un modèle plus bio ou plus basé sur de l'agriculture plus biologique.

Elle n'a pas complètement choisi. Elle va continuer d'avoir un problème de compétitivité et de qualité. - L.Sénéchal: On est toujours une puissance agricole? - O.Détroyat: Oui, mais de moins en moins.

On a eu les chiffres du commerce extérieur français qui sont sortis il y a 10 jours. Aujourd'hui, on est passés sous les 5 milliards d'euros d'excédent budgétaire, principalement porté par nos grandes filiales que sont les céréales, le vin, les spiritueux, qui vont plutôt mal, et les produits laitiers. Mais on ne cesse de perdre des parts de marché à l'export.

Ca fait une dizaine d'années qu'on est déficitaires avec les pays de l'UE. On pourrait être déficitaires avec le reste du monde dès cette année. Ce serait historique.

Il y a une conjonction de facteurs conjoncturels qui pourraient expliquer ce côté déficitaire cette année, mais c'est marquant. On reste une puissance agricole, mais le sujet est de le rester. Ce qui explique le calme de ce salon cette année, c'est qu'il y a une série de filières qui vont bien, contrairement à l'année dernière, pour lesquelles les prix ont augmenté suite aux effets en chaîne de la guerre en Ukraine.

Ca a permis de donner un peu d'air dans les trésoreries agricoles. On peut parler du lait, une filière emblématique du malaise agricole, pour lequel les prix ont augmenté. - L.Sénéchal: Lactalis avait un stand l'an dernier au Salon de l'agriculture qui a été dégradé. - O.Détroyat: Ils ont fait marche arrière et ne sont pas venus au Salon de l'agriculture cette année.

Dans le porc, le prix a aussi augmenté. Dans la viande, il y a des problèmes sanitaires liés au retour des maladies animales. Les prix, globalement, restent volatils et on reste dans une conjoncture qui apaise les revendications. - L.Sénéchal: L.Fritel, E.Macron déambule depuis 8h ce matin.

Il va peut-être encore tutoyer son record de 2019, 14 heures 30 passées sur place. Le Salon de l'agriculture reste un moment politique important? Tous les politiques vont y aller.

F.Bayrou y va lundi. - L.Fritel: C'est très suivi par la presse.

Aujourd'hui, vous êtes informé par les chaînes de télévision, les réseaux sociaux. Il faut être vu. Vous avez des exemples de personnalités politiques, comme J.Chirac avec la phrase: "Il faut tâter le cul des vaches." Ca donne l'image que vous êtes proche du peuple.

Depuis quelques années, il y a un problème qui prend de l'ampleur. Ces politiques qui viennent parfois sur plusieurs jours sont entourés de journalistes et de gardes du corps. L'an dernier, j'avais suivi J.Bardella.

Il y avait une masse de personnes autour de lui. On ne le voyait même pas. Il rencontrait les professionnels qu'il pouvait rencontrer, mais c'était très limité.

Ca accentuait l'impression de scission entre politiques et agriculteurs. Cette course à l'échalote n'est pas bien perçue dans le monde rural. - L.Sénéchal: Je parlais du record d'E.Macron.

J.Bardella aussi avait prétendu qu'il avait battu le record parce qu'il était sur 2 jours. - L.Fritel: Il sera aussi sur 2 jours cette année. - L.Sénéchal: A l'époque de J.Chirac, on avait l'impression que ça lui faisait plaisir de rester. - L.Fritel: Ca lui faisait plaisir. - L.Sénéchal: Là, on a l'impression que c'est plutôt une performance. - L.Fritel: C'est un passage obligé.

Le personnel politique se rajeunit de plus en plus. On veut montrer qu'on va rencontrer tout le monde. On va boire, on va manger.

On va montrer qu'on est un bon vivant, un bon Français. Presque tout le monde y passe. Mais c'est de la mimétique, ce n'est pas de l'invention.

On pourrait reprocher ça aux politiques aujourd'hui qui s'y rendent. - L.Sénéchal: On a une idée du programme des politiques sur l'ensemble du salon?

Certains s'y rendent en même temps? - L.Fritel: Il y a un problème là-dessus.

Il y a tellement de gens autour d'eux, ce sera limité à 25 personnes par délégation autour de chaque politique. Vous allez avoir J.Bardella.

F.Bayrou, ce sera lundi. Il y aura sans doute L.Wauquiez, B.Retailleau.

Ils sont dans une campagne dans le cadre de LR. Il faut se montrer. - G.Macke: Même les opposants.

Je pense qu'il y aura F.Hollande. Quand on est corrézien, il faut y aller. - L.Sénéchal: Le président a coupé ce matin le ruban pour ouvrir le salon à 8h devant les équipes de "C dans l'air".

Il a pu circuler beaucoup plus calmement que l'an dernier. - Tout s'est déroulé comme il l'avait espéré. C'est dans une ambiance presque décontractée qu'E.Macron a pu inaugurer le Salon de l'agriculture, dont l'égérie, cette année, se nomme Oupette, une vache limousine.

Traditionnelle déambulation, comme avec l'un des leaders de la révolte des agriculteurs, l'an passé. ... - Le président de la République avait préparé le terrain avant l'ouverture, rencontrant en privé chacun des syndicats, pour ne froisser personne et un maître mot: apaiser les esprits. - E.Macron: En général, j'appelle au calme, au dialogue respectueux, au respect des uns et des autres et à la considération.

On sait que beaucoup d'agriculteurs sont en situation difficile et qu'il y a une souffrance dans certains territoires et dans certaines filières. Certains réussissent bien. Je le dis aussi pour les jeunes qui veulent s'installer: il y a de l'avenir dans l'agriculture.

Mais le calme est la bonne réponse. - Bien loin de la chaotique ouverture du Salon de l'agriculture l'an passé, E.Macron hué, sifflé par des agriculteurs ayant forcé le barrage des policiers. 2 heures d'échanges musclés avec les syndicats de la profession. - Vous avez annoncé plein de mesure, des bonnes, des mauvaises.

Appliquez toutes celles qui sont applicables. - E.Macron: On va arrêter de dire que l'agriculture est foutue.

Sinon, ce n'est pas la peine d'aller chercher des jeunes. Si le discours ambiant est de dire que l'agriculture est foutue et qu'il faut des aides de trésorerie, pas la peine de s'emmerder. On ferme tout de suite le magasin. - Il aura fallu un an pour que des mesures soient inscrites dans la loi.

Des baisses de charges fiscales et sociales ou bien la non-interdiction de produits phytosanitaires, s'il n'y a pas d'alternative. La ministre de l'Agriculture assume un projet de loi et d'orientation agricole largement tourné vers le productivisme. - Les agriculteurs produisent.

Il faut réhabiliter l'acte de production, d'autant que nous sommes dans un monde instable. Reconquérir notre souveraineté alimentaire suppose de produire. Sinon, quelle dette alimentaire va-t-on laisser à nos enfants? - Une vision saluée par les principaux syndicats agricoles, même si, selon eux, le compte n'y est pas encore sur le niveau des revenus et sur l'accord du Mercosur. - Si on peut comprendre que l'Europe a des intérêts offensifs quand on parle d'innovation, de voiture, d'agriculture, ce n'est pas le paillasson sur lequel on vient s'essuyer les pieds en permanence en Europe. - On veut le résultat, le concret, que, demain, les producteurs puissent produire, mais pas pour exporter.

Déjà produire pour remplir les assiettes. - Le chef de l'Etat s'est prononcé ce matin en faveur d'une ratification totale du Ceta, le traité de libre-échange entre l'UE et le Canada. Un accord qui suscite les inquiétudes du monde agricole français. - L.Sénéchal: Le problème numéro 1 des agriculteurs, c'est celui des revenus qui ont baissé de 15 % sur les 2 dernières années? - F.Denhez: Il y a eu une première loi qui a prétendu réguler...

Elle date de 1973. La loi EGalim est la dernière. Elle n'a rien réglé du tout.

Il y a 6 centrales d'achat qui achètent à 17 500 industries agroalimentaires et 2300 coopératives, dont certaines sont aussi grosses que le moins gros groupe financier. Tant qu'on n'aura pas réglé ce problème, cassé les reins de la grande distribution, il y aura toujours ce goulet d'étranglement de 6 centrales d'achat qui sont toutes à l'extérieur de la France pour ne pas payer d'impôts... - L.Sénéchal: Et pour éviter les règles mises en place par la loi EGalim. - F.Denhez: Les syndicalistes n'osent pas dire en off que leurs problèmes, c'est Leclerc, Super U, Intermarché...

Donc on va taper sur une préfecture, un président de la République, l'OFB. Le coeur du problème, c'est bien la fixation des prix. L'agriculture est le seul secteur économique où le producteur ne fixe pas son prix.

Il y a ensuite la baisse du pouvoir d'achat. Il y a une moindre appétence des Français pour acheter des produits de qualité bruts. La loi n'y est pas du tout.

Elle prétend mettre en place une souveraineté alimentaire. Mais on a bien entendu que cette souveraineté alimentaire, c'est exporter toujours plus alors que la loi dit qu'il faut aussi remplir les assiettes des Français par une agriculture locale, laquelle est la seule à rapporter aux agriculteurs. Tout est contradictoire.

On n'a pas réglé le problème des prix. Tant qu'on ne voudra pas payer le prix de la nourriture à son juste prix, ça n'ira pas mieux. - L.Sénéchal: Question. - G.Macke: Pour l'instant, les prix agricoles sont les prix du marché.

C'est selon la loi de l'offre et de la demande. - L.Sénéchal: Que change la loi EGalim?

Elle était censée régler cette question. - G.Macke: C'était bien son principe, en tout cas.

Mais elle a été assez largement détournée. C'est intéressant de constater que le gouvernement, qui veut limiter les contrôles aux agriculteurs, par contre, veut augmenter les contrôles sur les industriels et les distributeurs qui ne respecteraient pas la loi EGalim. A moins d'administrer les prix, d'être encore plus interventionniste en tant qu'Etat...

Il y avait la question des prix planchers. Il faut aussi constater que les revenus des agriculteurs sont très inégaux. On ne le dit pas beaucoup.

Ils sont plus inégaux que l'ensemble de la société française. Il y a des agriculteurs qui vivent très bien, comme les très grands céréaliers. Il y a aussi des patrons de boîtes qui sont plus que des PME.

Il y en a qui ont un très bon niveau de vie. Après, il y a les éleveurs de bovins, typiquement, qui gagnent moins d'un Smic pour travailler 80 heures par semaine, sans vacances et sans week-end. Ils ont une maigre retraite, aussi.

Il y a des disparités très fortes. C'est assez compliqué à calculer, en plus. Il y a des revenus non agricoles.

Il y a beaucoup d'agriculteurs qui ont une partie de leurs revenus qui ne sont pas directement de leur exploitation. - L.Sénéchal: Parce qu'ils ont d'autres activités à côté? - G.Macke: 30 % des agriculteurs ont une autre activité à côté. - F.Denhez: La production agricole, c'est à peine 30 % des revenus des agriculteurs.

Il y a aussi les revenus du patrimoine dégagés par les terres qui augmentent à mesure qu'on acquière des terres. Plus on est riche, plus on est riche. - G.Macke: Pour régler la question des revenus des agriculteurs, ce sera de toute manière compliqué dans un modèle où, en plus, la volatilité des coûts reste très forte.

On peut avoir une année catastrophique parce qu'il a plu beaucoup ou parce qu'au contraire, il y a eu une sécheresse. On reste dans des revenus qui sont très inégaux d'une année sur l'autre. - O.Détroyat: On a aussi eu des injonctions contradictoires de la part du politique, très fortes.

L'an dernier, on sortait de 2 ans de très forte inflation alimentaire. Le mot d'ordre était de baisser les prix. Le gouvernement avait anticipé les négociations commerciales pour demander aux industriels de baisser les prix, quitte à refaire pression sur le monde agricole.

On est un peu dans un va-et-vient systématique entre "il faut faire baisser les prix" et le Salon de l'agriculture, qui vient d'ouvrir, et le fait qu'il faut redistribuer la valeur. Il y a un sujet de disparités...

Il y a des éleveurs qui vivent très bien, sur des productions de qualité. Dans les élevages porcins, ça va plutôt bien en ce moment. Il y a des thématiques différentes.

C'est la spécificité de la ferme en France. On a des géographies Très différentes. Régler cette question des prix avec une seule loi, c'est compliqué. - L.Sénéchal: Lactalis a annoncé en septembre réduire de près de 9 % sa collecte de lait en France. 450 millions de litres.

Le but est de mieux rémunérer chaque litre de lait? - O.Détroyat: C'est ce qu'ils disent.

Une partie du lait collecté est valorisée sur des marchés étrangers à des prix très bas, notamment sur le beurre poudre, des ingrédients souvent mal valorisés et volatils sur les marchés étrangers. On collecte moins en France pour mieux valoriser sur des produits comme des fromages, des yaourts à haute valeur ajoutée, et permettre de relever le prix payé aux éleveurs. C'est vrai.

Mais que fait-on des éleveurs qui ne sont plus collectés? On a besoin de lait, en France. Ils ont trouvé des portes de sortie.

Mais ça illustre le fait que la souveraineté alimentaire française se réduit un peu comme peau de chagrin. - G.Macke: Entre les très grands industriels comme Nestlé, Danone, Lactalis, et le nombre d'éleveurs, de producteurs laitiers ou dans les autres filières, beaucoup d'exploitations agricoles sont des PME et elles ont en face des multinationales. - L.Sénéchal: Question.

Pourquoi? - F.Denhez: On a une agriculture d'exportation.

La cogestion de l'agriculture entre le ministère et la FNSEA, dont on se demande qui fait quoi...

La vocation historique, en 1962, c'était ça. C'est l'Allemagne qui va exporter son industrie et nous qui allons exporter notre agriculture. On exporte, certes, mais on n'est plus en souveraineté alimentaire.

Je me souviens de la collectivité de Péronne qui, un jour, a regardé si demain, il n'y avait plus de distribution alimentaire, de quoi vivrait-on? Nous sommes entourés d'agriculteurs, à Péronne. Les agriculteurs autour exportent tout.

Il n'y a pas d'agriculture locale. La souveraineté alimentaire, c'est un voeu pieux, pour l'instant. - O.Détroyat: Il y a ce sujet de définition.

Ce n'est pas l'autonomie alimentaire. C'est vraiment la capacité de l'Etat et du régalien à nourrir sa population. Il faut réfléchir dans un marché mondialisé.

La capacité de la France à exporter ses produits est un formidable atout. - F.Denhez: Dans le "Marianne" de cette semaine, je fais le portrait de quelqu'un qui a créé la notion de "sécurité alimentaire".

Elle a été introduite par le ministère de l'Intérieur au même titre que la prévention contre les risques naturels. Suite à ce qui s'est passé pendant le covid, à ce qui se passe depuis la guerre en Ukraine, les services, l'armée, le ministère de l'Intérieur, se sont demandé: "Si, demain, il y a une rupture d'approvisionnement alimentaire, qu'est-ce qu'on fait?" Ca s'appelle un plan communal de sauvegarde, aujourd'hui.

Un maire peut mettre en place, en négociant avec la grande distribution, avec les agriculteurs, en essayant de favoriser l'installation d'agriculteurs...

Il peut faire en sorte d'avoir 96 heures d'autonomie alimentaire. Cette souveraineté alimentaire est pensée de manière stratégique. Elle est pensée à l'échelle de la défense.

Curieusement, elle n'apparaît pas là-dedans. - L.Fritel: Il y a aussi la question de la souveraineté.

C'est une notion à laquelle E.Macron s'est converti très tard. Son épine dorsale à lui, c'est l'Europe, la mondialisation.

On va parler du Mercosur tout à l'heure. Il est toujours question de ces clauses miroirs. La France n'a pas réussi pour l'instant à s'imposer, notamment dans le système européen.

U.von der Leyen a profité de notre faiblesse politique au moment de la motion de censure pour aller valider cet accord. E.Macron n'a pas les moyens pour pouvoir faire acter une souveraineté alimentaire.

La France est tributaire de la PAC. Aujourd'hui, vous parlez de l'entrée de l'Ukraine dans l'UE. C'est un marché de blé qui concurrencera de façon catastrophique l'agriculture française.

E.Macron ne maîtrise pas le concept même. - L.Sénéchal: Vous parlez de l'Ukraine.

S'agissant du Mercosur, E.Macron a besoin d'une minorité de blocage pour éviter que l'accord avec le Mercosur ne soit mis en place au sein de l'UE. Son partenaire principal, c'est la Pologne.

Sauf que la Pologne voudrait éviter que le blé ukrainien inonde le marché européen. Il est possible que la Pologne se retourne contre nous, une fois qu'elle aura tari l'arrivée du blé ukrainien? - G.Macke: E.Macron a manifestement du mal à trouver le nombre de pays nécessaire pour bloquer cet accord sur le Mercosur.

En fait, cet accord, nous, en France, on en parle sur le volet agricole qui nous concerne, mais c'est un accord global qui concerne bien plus que l'agriculture. Ca concerne des produits marchands, aussi. Il est très favorable à l'industrie allemande, à l'industrie européenne en général, d'ailleurs.

Les Français ne le disent pas, mais même à l'industrie française. Nous avons un excédent commercial vis-à-vis du Mercosur. C'est assez rare pour être souligné.

On a un très gros déficit commercial au global. Mais vis-à-vis du Mercosur, on a un excédent. Cet excédent est en particulier lié à l'aéronautique, à la pharmacie.

Les industriels français n'osent pas trop le dire parce que les agriculteurs sont très populaires et très bruyants. Il y en a un certain nombre d'entre eux, y compris dans le vin, même dans les filières agricoles, qui profiteraient d'un accord avec le Mercosur. Il y a des inquiétudes toujours très fortes et une défiance toujours très forte sur ce type d'accord.

On a aussi parlé du Ceta, l'accord avec le Canada. On avait dit des horreurs sur cet accord commercial, que ça allait faire venir du boeuf aux hormones par tonnes en France, etc. Pour le moment, c'est en application provisoire.

Le résultat est plutôt favorable. Au contraire, les Canadiens sont empêchés d'exporter leur boeuf parce qu'il ne respecte pas les clauses nécessaires pour être exporté en Europe. Ils n'ont pas construit une filière à côté juste pour l'Europe, par rapport à leur filière nationale.

Nous, par contre, on a un marché d'exportation. De nouveau, les agriculteurs sont plutôt gagnants, pour certains. - L.Sénéchal: Question. - O.Détroyat: Non.

Il faut réfléchir de façon globale sur ce sujet d'accord de libre-échange. Le Mercosur a été pris comme un totem par les syndicats agricoles dans un contexte électoral. - L.Sénéchal: C'est 100 000 t de viande bovine qui représentent 1,6 % de la production européenne. - O.Détroyat: Ce n'est pas de nature à déstabiliser le marché, mais à exacerber les frustrations du monde agricole.

Au moment où on leur demande de faire plus d'efforts d'un point de vue environnemental, il y a des crises sanitaires à répétition. Et on va les mettre en concurrence, même minime, avec des gens qui ne respectent pas ces lois... - G.Macke: Ces accords sont un peu des boîtes noires.

Ce sont des négociations commerciales secrètes. Généralement, on découvre après ce qui se passe. Il n'y a pas une grande transparence. - O.Détroyat: Les clauses miroirs sont très compliquées.

Le sucre est cristallisé. On cristallise la canne à sucre. Une fois que c'est cristallisé, on ne peut pas voir à la douane si ça a été cultivé avec des produits interdits en Europe.

Pour certaines productions, c'est impossible à mettre en place. C'est d'une complexité incroyable. Pour moi, c'est un peu le miroir aux alouettes, ces clauses miroirs.

Le Mercosur, c'est la symbolique que ça a dans un monde agricole secoué depuis plusieurs années. - L.Sénéchal: L.Fritel? - L.Fritel: On peut négocier selon 2 raisons.

Si vous êtes fort...

La France n'est pas un Etat fort aujourd'hui en Europe. L'instabilité parlementaire, le fait qu'E.Macron soit en fin de mandat, qu'il ne pourra pas se représenter, qu'il n'a pas de majorité...

La ligne est très floue. Et la fiabilité: E.Macron a beaucoup changé son fusil d'épaule ces dernières années.

Durant les européennes, sa candidate, V.Hayer, a fustigé le Mercosur. C'était un moyen d'essayer de capter un électorat, notamment dans le cadre de la crise agricole, un électorat français plutôt tourné vers l'euroscepticisme.

On voit les résultats du RN à chaque élection européenne. V.Hayer a essayé de crocheter cette question très clivante pour les agriculteurs, mais aussi pour les Français.

En France, la question de la souveraineté, très gaulliste, l'idée que la France n'est pas pareille que les autres pays, n'est pas alignée, qu'elle négocie, et ce, d'égal à égal, c'est très important. Le Mercosur ne cristallise pas que la question agricole. Que ce soit bon ou pas pour notre agriculture, c'est un enjeu de force pour les Français.

E.Macron a donné le bâton pour se faire battre au sein de l'UE. Il a lâché ses partenaires alors qu'il était plutôt favorable au Mercosur. - L.Sénéchal: Sous la pression notamment d'un syndicat qui a fait une percée aux dernières élections à la chambre agricole, la Coordination rurale, dont on dit qu'il a une proximité avec le RN.

Qu'en est-il réellement? Quels sont les liens avec ces 2 organisations? - Lionel est éleveur de canards.

Dans son exploitation, il y en a 8000. Un travail 7j/7 pour tout juste 600 à 700 euros par mois. Des canards qui se retrouvent dans les rayons à côté d'animaux élevés à l'autre bout de l'Europe. - Ce qui nous dépite, c'est quand on voit dans le magasin des produits importés avec des coûts de production 2 à 3 fois moins élevés que nous.

Nous, on produit de la qualité et on a un cahier des charges très strict. Un magret bulgare se vend 5 euros le kilo. On ne peut pas faire ça.

Je ne peux même pas rentrer les canetons chez moi. - Une concurrence jugée déloyale et des réglementations nouvelles. Inacceptable, selon lui.

C'est devenu son combat. Dans le Gers, Lionel a pris la tête de la Coordination rurale, ce syndicat agricole aux méthodes radicales, qui a frappé fort lors des mobilisations début 2024, à Agen, notamment. Lui a même été condamné pour menaces de mort contre des agents publics.

Mais les modes d'action musclés de la Coordination ont visiblement payé. Dans le Gers comme dans 13 autres départements, elle est arrivée en tête des dernières élections professionnelles. Lionel devrait devenir le futur président de la chambre d'agriculture. - On sortira le gilet pare-balles entre l'administration et les agriculteurs.

La chambre d'agriculture montera au créneau pour défendre l'agriculteur. - Un syndicat antisystème et un soupçon qui lui colle à la peau: sa proximité avec l'extrême droite. Certains membres n'hésitent pas à s'afficher aux côtés des politiques.

S.Knafo, de Reconquête! C'était dimanche dernier.

J.Bardella en novembre dans le Lot-et-Garonne, où il avait reçu les éloges d'une figure locale de la Coordination rurale, Serge Bousquet-Cassagne. - Serge fait ce qu'il veut chez lui.

Il sait que quand il met les pieds dans le Gers, il doit se tenir vis-à-vis de ça. Il doit laisser la politique chez lui. Dans le Gers, on n'en fait pas.

Je ne veux pas entendre parler sur les manifestations d'E.Zemmour, de J.Bardella, de M.Le Pen ou d'E.Ciotti.

Sur la gauche, c'est pareil. Si on doit en parler entre nous, il faut que ça concerne l'agriculture. - Maintenir à distance tout ce qui pourrait gêner la ligne apolitique du syndicat.

Ce soir-là, réunion des adhérents du Gers. Ils ne sont pas peu fiers de l'effet suscité par leur victoire. - L'équipe change, ils tremblent en face. - A la chambre d'agriculture, ces nouveaux élus au bonnet jaune n'ont pas prévu de s'assagir pour défendre bec et ongles le monde paysan. - La peur change de camp.

C'est ce qu'on a essayé de mettre en place il y a un an et demi. A la chambre, la politique va être de travailler pour les agriculteurs avant tout. On n'a pas une politique à vider les bureaux des salariés du moment où ils sont là pour les agriculteurs.

Si, demain, on a un salarié qui est contre les agriculteurs ou qui est là juste pour prendre un salaire, il prendra vite la porte, mais s'il travaille pour les agriculteurs, il aura sa place à la chambre d'agriculture avec grand plaisir. - Un syndicat qui se veut indépendant, mais dont les troupes sont de plus en plus séduites par l'extrême droite. Selon une étude, aux dernières européennes, 1 sympathisant sur 2 de la Coordination rurale prévoyait de voter pour le RN. - L.Sénéchal: La Coordination rurale a fait un bond de 10 points dans les urnes avec les dernières élections. 29 % des voix, 14 chambres d'agriculture, alors que le syndicat n'en dirigeait que... ...que 3.

Ca change quoi, une Coordination rurale plus puissante? - G.Macke: Il y a une cogestion entre le syndicat, qui n'est pas majoritaire, qui est hégémonique, la FNSEA, et le gouvernement.

C'est la FNSEA qui faisait en grande partie la politique agricole de la France avec, pour adjoint, le ministre. Les ministres passent, la FNSEA reste. C'est le cas depuis des années.

Il y a 101 départements. Ils en avaient 97 avant cette élection. Les agriculteurs sont plutôt syndiqués.

Par rapport au reste des professions, il y a un syndicalisme fort. Il y a un changement. La colère agricole depuis un an a aussi été aiguillonnée et entretenue par ces élections.

Ca fait un an qu'on ne pense qu'à ces élections du 30 janvier dans les chambres d'agriculture. L'apaisement est aussi lié au fait que c'est fait. Si le gouvernement a tant cédé toute cette année, c'est parce qu'il espérait garder son partenaire, la FNSEA, et limiter la progression que tout le monde annonçait de la Coordination rurale.

Cette progression a eu lieu, mais ce n'est pas un raz-de-marée. Il y a 101 chambres d'agriculture. Il va y en avoir plus de 80 aux mains de la FNSEA.

Mais ça introduit un élément de radicalité. La Coordination rurale, ce sont des paysans plus remuants. Certains ont des liens avec le RN.

On ne peut pas dire qu'ils sont d'extrême droite. En tout cas, ils ont un mode d'action plus énervé que la FNSEA. - L.Sénéchal: On l'a vu pendant la campagne de ces élections professionnelles.

Proche du RN, ça veut dire quoi, dans le programme? - F.Denhez: C'est plutôt l'inverse.

C'est le RN qui a piqué des idées à la Coordination rurale. M.Le Pen et J.Bardella ont mis des bottes et sont allés voir ce qu'il se passait.

Dans toute la partie sud-ouest de la France, qui est plus affectée par la pauvreté agricole, par des situations de suicide, par le réchauffement climatique, qui se traduit par des problèmes de ressources en eau...

Ces problèmes avaient été évoqués, mais pas repris par les chambres d'agriculture. Ils ont entendu les récriminations de ces agriculteurs, intelligemment guidés par la Coordination rurale qui s'est fait passer pour le syndicat des petits, alors qu'historiquement, c'était le syndicat des plus gros parmi la FNSEA qui réclamait encore plus. Ils ont porté la voix en vue des élections des chambres.

Le RN a repris sur l'instauration d'un prix plancher, d'un tarif de base pour les denrées agricoles. C'était une idée portée par la Coordination rurale. Ca n'a pas été très loin.

Le RN est plein de contradictions sur le monde agricole. Il ne connaît pas ce monde. La Coordination rurale est apparue dans 14 chambres d'agriculture, toutes de département en difficulté structurelle de production, en particulier en raison du changement climatique.

Le vote pour la Coordination rurale a doublé dans toutes les autres chambres d'agriculture. C'est un mouvement qui monte, mais qui va être freiné par la structure, l'inertie des chambres d'agriculture, qui ne font pas toutes mal leur boulot, mais ce sont d'énormes administrations aux mains de la FNSEA. On verra ce que ça donne.

Ce qu'il y a derrière la Coordination rurale, c'est le ras-le-bol d'agriculteurs qui en ont marre d'être considérés comme des objets. Le Salon de l'agriculture est un théâtre où les agriculteurs ne sont là que comme des objets de manifestations politiques. Ce que disent à longueur de journée les agriculteurs, c'est qu'ils ne sont pas considérés, qu'ils sont méprisés, que personne ne vient leur parler.

Ce qu'a fait le RN dans une région ouvrière comme la mienne, c'est d'aller parler aux gens qui ont l'impression que personne ne leur parle. On est des sujets, pas des objets. - L.Sénéchal: Question.

Pas grand-chose, d'après F.Denhez. Le RN ne connaît pas les agriculteurs. - O.Détroyat: C'est la même chose pour la percée du RN dans la population française en général. "On a tout essayé, essayons le RN." On a cette forme de désespérance. - L.Sénéchal: Ce n'est pas le programme du RN en lui-même qui séduit... - O.Détroyat: Les bastions du RN et ceux de la Coordination rurale ne sont pas les mêmes.

Là où la Coordination rurale a progressé, c'est le Sud-Ouest. Les bastions du RN sont plutôt dans le PACA, le grand Sud-Est et les Hauts-de-France. La FNSEA a tenu ses positions dans ces bastions-là.

On a des similitudes de slogans, de thématiques sur le retour à la terre, le côté conservateur, l'opposition à l'ordre établi. - L.Sénéchal: Il y a le radicalisme, voire la violence, le mode action. - G.Macke: Le RN a construit depuis 2 ans un discours d'opposition. - F.Denhez: On parle des bobos urbains. - O.Détroyat: La question pour la Coordination rurale est de voir ce qu'elle va faire.

Il y a un maillage très fort de la FNSEA. Il va falloir négocier la nouvelle PAC, qui va arriver en 2027. Il faudra assurer la représentation dans les chambres d'agriculture.

On a eu l'épreuve de force qui était ces élections. Maintenant, il y a l'épreuve du feu, qui va être celle de faire avancer les choses. - L.Sénéchal: Le RN s'enracine dans les campagnes. - L.Fritel: Le RN commence à très bien connaître le sujet.

Avant 2022, vous aviez 8 députés RN de profil plutôt urbain et animaliste. A partir de 2022, les 89 députés, c'était des personnes élues dans des circonscriptions rurales. Aujourd'hui, c'est un parti de masse.

C'est le 1er groupe à l'Assemblée nationale. Ils n'arrivent pas à s'implanter dans les villes, mais en ruralité, ils sont très présents. Regardez ce qui s'est passé aux européennes.

Il y a eu une tentative de liste rurale, qui a fait 2 ou 2,5 %. L'objectif était de faire 5 % pour envoyer des eurodéputés à Strasbourg. Le RN a capté l'électorat rural, historiquement plutôt incarné par LR, la droite traditionnelle, mais qui, progressivement, à force de perdre des élections, n'est plus devenue l'interlocuteur principal des agriculteurs.

Le moment où on aurait pu penser que le RN allait se mettre en partie à dos cette population, ces électeurs, c'est au moment de la motion de censure. Les agriculteurs qui avaient encore perdu sur cette dissolution, où le texte avait été repoussé à l'année suivante...

Avec la dissolution, le texte d'orientation agricole était à nouveau repoussé. Là, vous avez eu des permanences RN qui ont été vandalisées. On aurait pu penser que ça allait créer un précédent.

Mais pas du tout. Ils disent que les députés du RN sont leurs interlocuteurs principaux maintenant. Ils disent qu'ils sont sur leur ligne.

Les élus du RN à l'Assemblée nationale ont trusté tous les groupes de travail sur l'agriculture, le secteur viticole...

Aujourd'hui, il y a 25 députés dans le groupe viticole. C'était autant sous la précédente législature. Il y a un travail rapide de fond qui se fait sur cette question. - O.Détroyat: C'est le parti le plus populaire auprès des agriculteurs aujourd'hui. - L.Sénéchal: La Coordination est parvenue à peser sur le texte, la loi qui vient d'être votée, la loi d'orientation agricole.

Qu'a obtenu la Coordination rurale? - G.Macke: La FNSEA et la Coordination rurale.

Et un certain sénateur, L.Duplomb, le rapporteur de cette loi d'orientation agricole, qui est éleveur laitier en Haute-Loire. Le Sénat a été le lieu où on a réécrit cette loi dans une perspective encore beaucoup plus favorable à un certain modèle agricole.

On a assisté à un démantèlement en règle des lois de protection de l'environnement. - L.Sénéchal: C'est le retour des pesticides, qui sont autorisés... - G.Macke: Pas encore.

Ce sera dans la prochaine loi, qui est en attente. - L.Sénéchal: Il y a ce fameux article 1. - G.Macke: Quand on fait des infractions à la loi, notamment sur les espèces protégées, quand on détruit des haies sans avoir demandé l'autorisation, maintenant, on va avoir une amende de 450 euros.

Avant, on risquait de la prison et des amendes plus élevées. - L.Sénéchal: Et sur l'intérêt majeur de l'agriculture, ça peut rendre plus difficiles les recours? - G.Macke: On a raccourci les recours.

Le moment où on peut faire des recours...

Maintenant, on demande de prouver que c'était intentionnel, que quand un agriculteur a pris une mesure qui était contre l'environnement, en fait, c'était délibéré de sa part, il avait envie de tuer l'oiseau ou l'insecte, ce qui n'est pas prouvable. Ca va rendre les recours juridiques très compliqués. Ils ont mis cette loi de non-régression de la souveraineté alimentaire.

On n'aura pas le droit de faire des interdictions, de mettre en place des recours qui feraient reculer la production. Ca va donner lieu à des contentieux qui promettent d'être assez absurdes. - F.Denhez: C'est bien joli d'introduire un principe de la souveraineté alimentaire alors qu'elle n'a pas été définie.

Juridiquement, c'est du foutage de gueule. Ce n'est que de la politique. Les agriculteurs, une fois qu'ils ont bien digéré ça, ils vont se rendre compte qu'on les a encore une fois floués.

Quant aux interdictions, on retire toute possibilité de faire appliquer la loi. C'est anticonstitutionnel. Chacun de nous, chaque citoyen français... "Il y a des gens qui sont plus égaux que d'autres", - L.Sénéchal: Un mot de quelque chose qui a concentré la colère des agriculteurs, et notamment de la Coordination rurale, l'Office français de la biodiversité.

On explique de quoi il s'agit. Ce sont des agents... - O.Détroyat: Ils viennent voir si les agriculteurs sont en règle par rapport à la loi.

Ils ont un pouvoir de police administrative et judiciaire. C'est une forme de police de l'environnement. Ils vérifient qu'on respecte les arrêtés de sécheresse.

Ca a cristallisé des frustrations. Dans un contexte où il y a des aléas climatiques et des crises agricoles à répétition, avoir des agents...

Certains sont trop tatillons, d'autres sont plus pragmatiques. Mais ils viennent faire appliquer un enchevêtrement de lois qui sont parfois contradictoires. C'est perçu comme une frustration de la part des agriculteurs.

L'OFB est justifié. On tire un peu sur le messager. On en revient au sujet de l'extrême complexité des normes.

On parlait beaucoup des haies, soumises à 14 réglementations différentes. Quand il faut faire appliquer ça, pour l'agent de l'OFB et pour l'agriculteur, c'est source de tensions. Il faut s'attaquer au vrai sujet, celui de simplifier le Code rural, de l'environnement pour que les agriculteurs...

Il y a 3700 agents de l'OFB qui sont sur le terrain et viennent faire des contrôles. - G.Macke: Moins de 1 % des exploitations sont contrôlées par l'OFB. - F.Denhez: Vous avez 1 chance sur 120 d'être contrôlé. - G.Macke: C'est très mal reçu.

Tous les contrôles ne sont pas contentieux. Parfois, il y a des conflits violents. Ces fois sont les fois de trop. - O.Détroyat: Il y a des prises de parole qui ont un peu été malencontreuses.

Un agent de l'OFB a comparé les agriculteurs à des dealers...

C'est malheureux. - G.Macke: Il faut dire que la Coordination rurale a vu qu'on avait le droit de brûler les voitures des agents de l'OFB.

Brûler les gens, non, mais les voitures, oui. - L.Sénéchal: F.Bayrou s'est ému que les agents de l'OFB soient armés.

C'était le mois dernier lors de son discours de politique générale. - F.Bayrou: Quand les inspecteurs de la biodiversité viennent inspecter les fossés ou les points d'eau avec une arme à la ceinture, dans une ferme déjà mise à cran par la crise, c'est une humiliation.

C'est donc une faute. - L.Sénéchal: L.Fritel? - L.Fritel: Il faut élargir le spectre.

L'OFB, c'est une instance qui est indépendante du pouvoir politique. C'est donc un contre-pouvoir. Si vous regardez à droite, toutes les instances existantes qui peuvent apparaître comme des contre-pouvoirs ou des pouvoirs de juge ou d'opérateurs considérés comme illégitimes, aujourd'hui, sont pourfendues.

Il y a un mouvement de fond dans la société, le rejet de ce qui ne vient pas du choix souverain, le peuple. - L.Sénéchal: Les Républicains demandent la dissolution de l'OFB, une "coalition d'idéologues qui empêchent les agriculteurs de vivre dignement", selon eux. - L.Fritel: Il est en campagne pour prendre la présidence des Républicains, L.Wauquiez.

A côté de ça, c'est quelqu'un qui, lorsqu'il était très silencieux, avait repris la parole dans le débat public pour donner une longue interview dans laquelle il expliquait qu'il voulait supprimer tout un tas d'organismes existants. L'OFB fait partie de ce spectre de choses à abattre. Il court aussi derrière le RN qui est hégémonique dans la population agricole, aujourd'hui. cette dissolution.

Il faut réécouter F.Bayrou. Il donne en pâture les fonctionnaires.

Quand il dit que c'est une humiliation qu'ils aient un flingue...

Quand les agents de l'OFB s'appelaient les agents de la police de l'eau, ça ne déclenchait aucun problème. C'est parce qu'il y a "biodiversité" dessus. Ca a démarré par G.Attal l'an dernier quand il a désigné l'OFB comme le seul représentant des contrôles qui n'auraient jamais dû avoir lieu.

Les agents de l'OFB sont dépités en tant que fonctionnaires d'avoir été mis en pâture et en danger. Les agressions contre l'OFB ont été déclenchées par le discours de G.Attal.

Elles ont augmenté suite au discours de F.Bayrou. Avec L.Wauquiez...

C'est presque un appel à la sédition. - L.Fritel: Partout en Europe, les mouvements de droite ont axé leurs politiques et leurs promesses électorales sur le fait de pourfendre tout ce qui touche à la biodiversité. - L.Sénéchal: La France tient un discours productiviste par rapport à l'agriculture française.

Ca fait longtemps que nos fermes se mécanisent, se robotisent même. L'IA s'invite maintenant dans nos exploitations. - Dans les Côtes-d'Armor, Laurence et Franck élèvent des vaches laitières un peu particulières, presque révolutionnaires et entièrement connectées. - On a leurs numéros, là.

Si je veux chercher une vache et que je ne sais pas où elle est, je tape un numéro...

On la retrouve couchée dans le bâtiment. - Elle va bien? - Oui. - Cela fait 2 ans que le couple d'éleveurs tente l'expérience de l'IA.

Leur ferme fait partie des 20 établissements pilotes en France. Des caméras et des capteurs ont été disposés dans les étables et les vaches sont équipées de colliers connectés. - Le collier indique la rumination.

Une vache malade, qui ne rumine pas, ça va nous le dire. Lorsqu'elle est en chaleur, on a des graphiques à suivre pour voir si c'est vrai ou faux. On a indiqué qu'elle est en chaleur depuis 3 heures 30.

La nuit, on ne voit rien. Lui travaille pour nous. - Le robot de l'IA mesure tout, voit tout et collecte des informations précieuses sur la santé du troupeau. - Les caméras permettent de visualiser chaque animal.

Les animaux ont une puce au niveau de l'oreille. Le robot les détecte. Ca permet de suivre les vaches dans le bâtiment.

On peut voir tout ce qui est activité, alimentation et abreuvement. Lorsqu'une vache est malade, je vais voir s'il a vu des choses. Si les flèches sont en rouge, vers le bas, c'est qu'il y a un problème de santé. - Quelque chose a changé.

La vie à la ferme est devenue un peu plus sereine. Grâce aux données collectées par l'IA, la production a augmenté. - Depuis 2 ans, avec la robotisation, on est resté au même nombre de personnes à travailler mais on a augmenté notre volume produit.

Ca nous permet de faire face à de nouveaux investissements. - Ce n'est pas rien. - Bonjour. - Comment allez-vous? - Ca fait plaisir de vous voir. - Ce jour-là, les dirigeants de la coopérative agricole à l'origine du projet viennent prendre des nouvelles de nos éleveurs.

Au-delà de la modernisation des pratiques, c'est l'avenir du métier qui les inquiète. - Les jeunes d'aujourd'hui ne veulent pas travailler 7 jours par semaine en étant contraints matin et soir à une traite et à une obligation d'être présents sur l'exploitation toute leur vie, de façon extrêmement ferme. Ils veulent avoir une vie normale.

Leurs épouses ou leurs époux ne sont souvent pas sur l'exploitation. Ils ont des amis à l'extérieur, des enfants. Ils ont aussi envie de prendre des vacances.

Si on ne met pas ces outils en place, on n'est pas capables de leur apporter une qualité de vie au niveau attendu, un niveau complètement légitime. - L'IA est-elle déjà en train de révolutionner le secteur agricole? Et peut-elle résoudre la crise des vocations?

Dans les Côtes-d'Armor, les enfants de Laurence et Franck aimeraient reprendre l'exploitation. - L.Sénéchal: On parle de la modernité de nos fermes, et pas seulement, avec vos questions.

G.Macke? - G.Macke: Sauver l'agriculture, je ne sais pas.

Ca va un peu loin. En tout cas, en France, on a des incubateurs, des start-up, des écoles de haut niveau comme AgroParisTech. On a des agriculteurs qui sont surdiplômés, parfois.

Il y a chaque année des inventions qui permettent d'optimiser l'irrigation, avec des robots semeurs, des drones pour faire des épandages optimisés, ou pour surveiller les cultures. On a des capteurs pour regarder l'hygrométrie, la température. Il y a de l'innovation dans ce secteur. - L.Sénéchal: X.Niel a fondé une école qui s'appelle Hectar.

Il se veut être le plus grand campus agricole au monde. - G.Macke: 300 ha dans les Yvelines, une école dirigée par une ex-conseillère d'E.Macron.

Dans cette académie, ils accueillent à la fois des jeunes agriculteurs pour leur expliquer des modèles...

Ils ont aussi un incubateur dans lequel il y a plein de start-up qui font des essais divers et variés. Il y a de l'innovation de pointe dans ce secteur. - L.Sénéchal: Question. - F.Denhez: C'est très cher.

Un tracteur asservi par satellite avec une caméra qui observe feuille après feuille la présence d'un parasite, ça coûte entre 300 000 et 600 000 euros. Ce sont des cas particuliers mais il y a aussi plein de logiciels d'aide à la décision. Ca va augmenter encore un peu plus le coût d'acquisition d'une ferme.

Ces innovations n'auraient jamais été possibles sans une imbrication entre le monde de la recherche et les chambres d'agriculture. Il y a des cellules dans ces chambres. Il y a une vraie science participative en France entre le monde agricole et le monde de la recherche. - L.Sénéchal: Question. - L.Fritel: Est-ce que c'est sa politique?

F.Bayrou, c'est son Premier ministre. Il est du même bord mais on a vu que c'était plutôt lui qui prenait la main dans ce duo.

Aujourd'hui, la personne qui est au ministère de l'Agriculture, c'est A.Genevard. Elle est des Républicains.

Elle a été secrétaire générale des Républicains pendant longtemps. Elle connaît très bien le sujet. Elle n'était pas très connue des agriculteurs.

Au début, ils étaient sceptiques. Ils aimaient bien M.Fesneau.

Elle a plutôt bien repris les choses en main. Elle a remporté ses arbitrages et a fait adopter sa loi. - L.Sénéchal: Elle a déambulé hier dans les allées du salon avant même l'ouverture.

Question. - O.Détroyat: Si c'est le cas...

On a eu un précédent en 2019 juste avant le covid. D.Trump avait déjà instauré des taxes sur des vins tranquilles.

Pas les vins effervescents, pas les champagnes. On était entre 600 millions et 1 milliard d'euros d'impact pour la filière, si je me souviens bien. Il y a un impact direct.

Les Etats-Unis sont le premier marché à l'export pour la France. Une taxe, c'est un impact direct. De l'autre côté, en Chine, sur les spiritueux, on a des mesures douanières qui ont été prises en octobre, un système de caution pour les exportateurs de cognac.

Cet alcool charentais souffre beaucoup en Chine. - L.Sénéchal: Question. - G.Macke: Ca doit être voté par le Parlement français.

On peut déjà la ralentir, certainement, en tout cas son adoption. On peut aussi négocier des compensations. J'aurais tendance à dire qu'aujourd'hui, le monde change très vite.

Les accords, les traités multilatéraux...

On est dans une espèce de nouveau monde où les accords engagent ceux qui y croient. - L.Fritel: D'où l'importance des relations bilatérales.

Pour les spiritueux, D.Trump et E.Macron ont plutôt une bonne relation.

L'Elysée compte sur cette relation. - G.Macke: Les rapports de force sont évolutifs.