Franck Riester : "La publicité n'est pas la priorité sur les groupes audiovisuels publics"
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Questions et réponses
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Est-ce que vous avez lu Modiano ?
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Est-ce que vous avez eu Jack Lang au téléphone ?
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Et il vous a donné un conseil ?
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Est-ce que c'était votre rêve d'être ministre de la culture ?
- 1:44OuverteRéponse directe
Quels sont vos goûts culturels ?
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Il faut forcément un politique pour gérer le ministère de la Culture ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Jack Lang je l'ai eu et je l'ai même vu parce que le premier jour de ma nomination, j'étais avec lui à Lima pour une magnifique exposition sur le patrimoine archéologique du Moyen-Orient. »
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« On a besoin de rendre beaucoup plus accessibles les œuvres majeures de l'humanité, d'abord de la France, mais aussi rendre un accès plus facile aux artistes. »
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« Par exemple, à Coulomier, pour la première fois, depuis des années, on va avoir un Picasso qui va venir au musée de Coulomier. »
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« 466 millions pour restaurer le Grand Palais. »
- 7:10PrésentateurChiffre
« qui va coûter plus de 200 millions d'euros pour en faire un laboratoire de la francophonie »
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« il y aura des décisions législatives, il y aura des décisions par réglementaire, et il y aura aussi des échanges avec les différents acteurs pour trouver des bonnes solutions au financement de la création dans l'audiovisuel et dans le cinéma. »
- 10:51PrésentateurFait
« S'ils ne devaient pas être en capacité de prendre leurs responsabilités, à ce moment-là, la loi pourra trancher ce sujet-là. »
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« Est-ce que vous confirmez le chiffre annoncé de 190 millions d'économies demandées à l'audiovisuel public d'ici la fin du quinquennat, dont 160 millions pour France Télévisions ? »
- 15:40PrésentateurFait
« la publicité, ce n'est pas la priorité sur les groupes audiovisuels publics. »
- 16:06PrésentateurFait
« J'étais favorable à garder une spécificité d'audiovisuel public qui permet de ne pas effectivement avoir de publicité sur les antennes et sur les chaînes. »
- 21:52PrésentateurFait
« qui nous permet d'avoir une diversité culturelle, une diversité des programmes audiovisuels, une diversité du cinéma, un dynamisme du cinéma et de la production audiovisuelle en France qui doit être préservé, qui doit être conforté. »
- 23:26PrésentateurFait
« L'expérience commence dans les semaines qui viennent pour voir si ça fonctionne, si le public s'y retrouve, si le budget est raisonnable, si l'offre qui est proposée est facilement accessible. »
- 24:50PrésentateurFait
« inciter à la haine vis-à-vis des journalistes, c'est grave et c'est inacceptable. »
Temps de parole
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France Inter, Alibadou, le 7-9. L'invité du grand entretien ce matin est le nouveau ministre de la Culture et de la Communication, Franck Riester, Léa Salamé, est à mes côtés. Pour intervenir, le standard au 01 45 24 7000, l'application France Inter et les réseaux sociaux. Bonjour Franck Riester. Bonjour Ibadou. Et merci d'avoir choisi France Inter pour votre première interview radio-télé de ministre. Notre 13ème ministre en 25 ans, la rotation est rapide à la culture. Est-ce que vous avez lu Modiano ? Pas encore. Pas encore. Vous avez appelé vos prédécesseurs. Est-ce que vous avez eu Jack Lang au téléphone ?
Jack Lang je l'ai eu et je l'ai même vu parce que le premier jour de ma nomination, j'étais avec lui à Lima pour une magnifique exposition sur le patrimoine archéologique du Moyen-Orient. et qui est une exposition magnifique qui utilise les technologies numériques pour valoriser ce qui était ce patrimoine exceptionnel qui a été ravagé par la barbarie, par la guerre et par Daesh.
Et il vous a donné un conseil ?
Il m'en a donné quelques-uns mais je l'ai gardé pour moi.
Un secret. On ne vous connaît pas bien Franck Riester. On sait que vous suivez depuis longtemps les questions culturelles et audiovisuelles. Est-ce que c'était votre rêve d'être ministre de la culture comme on a pu le lire ?
C'est en tout cas une responsabilité imminente qui est un grand honneur mais aussi une énorme responsabilité. Et donc effectivement quand on fait de la politique, pouvoir assumer un jour une fonction comme celle-là, c'est encore une fois une satisfaction mais surtout une responsabilité.
Quels sont vos goûts culturels alors ? Modiano, pas mais est-ce que vous êtes plutôt Houellebecq, Picasso, Bouba ?
Écoutez, je suis assez éclectique. J'aime à la fois la peinture du XVIIe mais aussi la peinture abstraite française. J'aime à la fois la littérature, je dirais classique parce que j'aime par exemple le théâtre classique. J'ai eu d'ailleurs ma première sortie culturelle en tant que ministre, c'était d'aller à la comédie française. Il suffit juste de traverser le Palais Royal pour aller voir Lucrèce Borgère de Victor Hugo et c'était un spectacle magnifique.
Mais aussi la littérature plus contemporaine, je viens de finir un livre magnifique qui est Retour à l'Amberg de Philippe Sands qui est une histoire magnifique sur les difficultés terribles qu'ont vécues ces personnes qui ont habité dans l'Europe centrale juste avant la guerre. Et donc en matière de musique, je peux aimer à la fois la musique classique, notamment j'aime beaucoup la musique baroque, mais aussi le rock. Mon groupe préféré, c'est Colplay. Donc pas Bouba ? Pas trop Bouba. Peut-être un jour Bouba. Avec vous en tout cas, c'est le retour d'un politique rudevalois après Françoise Nissen qui elle venait de la société civile.
Il faut forcément un politique pour gérer ce petit mammouth ultra complexe et technocratique qu'est le ministère de la Culture ? Non, pas nécessairement, mais c'est vrai que le fait de connaître le fonctionnement du Parlement, je suis parlementaire depuis 12 ans notamment. 12 ans à la Commission Culture ? Oui, c'est ça, 11 ans et demi. Et aussi de connaître ce qu'est important en politique, c'est-à-dire la nécessité de bien être en relation avec tous les acteurs d'un sujet. Quand on est en politique, on ne décide pas seul, on est en lien avec tous ceux que la décision concerne. Et ça, je crois que c'est très important.
Pour autant, on peut très bien être dans la société civile et réussir, on peut très bien être en politique et réussir.
Ça fait 18 mois qu'Emmanuel Macron est au pouvoir. Il est, on peut le dire, un président intello, un président qui a lu. Et pourtant, 18 mois après, on entend des critiques sur sa politique culturelle. Fragmentaire, a dit Jack Lang. Inexistante, a dit Marine Karmitz. Désuète et très 4ème République disent un collectif d'art du spectacle. Emmanuel Macron a-t-il une politique culturelle et comment vous la définissez ?
Oui, très clairement. Je trouve que d'ailleurs les attaques sont très injustes pour le bilan du 1er République, mais aussi de la ministre. Il y a eu des choses très importantes de faire. Françoise Nyssen. Françoise Nyssen. D'abord, la question de l'accessibilité à la culture. On a besoin de rendre beaucoup plus accessibles les œuvres majeures de l'humanité, d'abord de la France, mais aussi rendre un accès plus facile aux artistes. Et ça, ça passe notamment par des politiques de démocratisation culturelle. Et il y a eu des avancées majeures. Regardez ce qui se passe en matière de circulation des œuvres et circulation des artistes.
Par exemple, à Coulomier, pour la première fois, depuis des années, on va avoir un Picasso qui va venir au musée de Coulomier. C'est un musée qui a de l'ambition, mais qui n'est quand même pas un grand musée national. Bon, on va voir un Picasso.
Et alors, vous allez sortir de la Joconde ou pas ?
Parce que ça, c'était un sujet polémique. Oui, mais je pense que c'est important de faire circuler les œuvres majeures.
Même la Joconde ?
La Joconde, c'est un cas particulier. C'est tellement une œuvre fragile et tellement attendue par les visiteurs du Louvre que je pense qu'il ne faut pas focaliser là-dessus. Donc elle ne bougera pas ? Il y a tellement de collections qui ne sont aujourd'hui absolument pas exposées au public et qui nécessitent de l'être que je pense que c'est une bonne chose de les faire circuler. Deuxièmement, il y a la question de l'éducation artistique et culturelle. Ça faisait des années que le ministère de l'Éducation et le ministère de la Culture n'arrivaient pas, objectivement, à avoir une ambition forte en matière d'avancer sur l'éducation artistique et culturelle. Ça change, tant mieux !
Ça change en matière avec le plan choral, ça change avec... Mais alors pourquoi s'être débarrassé de Françoise Nyssen ? Je vous pose la question en souriant, mais vous allez en tout cas défendre le budget du ministère de la Culture cette semaine à l'Assemblée. Il n'y a pas de grande surprise majeure, mais une vraie question de fond. 85% des crédits alloués à la création sont déjà affectés, d'ores et déjà affectés aux établissements, au personnel, à tous les événements que vous organisez, avant même que vous ayez commencé à réfléchir. Qu'est-ce que ça vous laisse comme capacité d'action ?
Si vous voulez, il faut toujours se dire que dans le ministère de la Culture, effectivement, vous avez raison de le rappeler, il y a beaucoup d'opérateurs. C'est des opérateurs qui permettent d'organiser les visites dans les musées, d'entretenir tel ou tel élément du patrimoine. Ces opérateurs-là, il faut absolument continuer de les accompagner. Et pour autant, et je l'ai dit tout à l'heure, le rôle du ministre, c'est de fédérer les initiatives. C'est de faire en sorte que, par exemple, il y ait davantage de partage de bonnes pratiques en matière de découvertes de nouveaux publics, en matière de nouvelles médiations. Et ce travail de fédération des énergies, il est essentiel.
Et puis d'autre part, il y a des choix politiques, malgré tout, de priorité. On a un budget, là, que je vais présenter demain, en commission des affaires culture à l'Assemblée nationale, qui est un budget conforté, avec un choix qui est fait d'appuyer sur le patrimoine et l'entretien du patrimoine, notamment. Et donc, il y a vraiment des leviers pour décider, et notamment les législatifs. On va peut-être en parler tout à l'heure. Il y a la question de la loi, la réforme de la régulation de l'audiovisuel.
Mais d'abord, un mot sur le patrimoine, parce qu'il y a la restauration du château de Villers-Cotterêts, qui va coûter plus de 200 millions d'euros pour en faire un laboratoire de la francophonie, 466 millions pour restaurer le Grand Palais. Est-ce que ces grands travaux ont encore un sens ? Il y a des grands... Une grande ambition pour le patrimoine passe à la fois par un accompagnement de toutes les initiatives locales, et on aura une réflexion sur la loi Mécénat, mais aussi sur la restauration de nos grands sites patrimoniaux.
Le Grand Palais est un site exceptionnel qui nécessite d'être modernisé, sécurisé, et de lui donner la possibilité d'accueillir des expositions exceptionnelles et d'être à la hauteur de ce site symbole de notre pays, symbole de Paris. Quant au château de Villers-Cotterêts, c'est un château qui mérite d'être restauré, après l'ambition que l'on veut lui donner pour la suite, ça me paraît être encore à affiner, à affûter, parce qu'il y a effectivement une dimension... Ce ne sera pas forcément un laboratoire de la francophonie. Si, l'ambition est très claire. Après, comment on traduit cette ambition dans une réalité sur le site de Villers-Cotterêts ?
Ça doit être évoqué avec tous les acteurs qui seront impliqués dans la réalisation de ce projet.
Franck Riester, avant de parler de l'audiovisuel public, il y a un autre sujet très délicat, le cinéma français. Le cinéma français vit une période de doute existentielle. Son premier financier s'appelle Canal+. L'accord de financement qui lie Canal au cinéma français prend fin l'an prochain, en 2019. On a appris hier que la négociation entre les deux parties avait encore échoué. Or, dans deux ans, Canal perd les droits de diffusion du foot français. Son chiffre d'affaires risque donc de baisser et l'argent qu'il mettra dans le cinéma également. C'est très grave. Comment pouvez-vous rassurer le cinéma français ?
Alors, il y a des enjeux à long terme et des enjeux à court terme. Des enjeux à long terme, c'est la question du financement du cinéma, de la télévision et de la création audiovisuelle à l'ère numérique, avec l'arrivée d'acteurs qui aujourd'hui n'ont pas les mêmes règles, non seulement de financement, mais aussi d'exposition des œuvres. On va prononcer le gros mot, Netflix, Amazon Prime et les autres. Oui, les fameux GAFAN.
Bon, il y a des dispositions qui ont été prises au niveau européen, la directive SMA, la directive sur le droit d'auteur, qui vont nous donner des outils pour mieux rendre équitables les acteurs traditionnels, la télévision, le cinéma, par rapport aux nouveaux entrants que sont les GAFAN. Et ça, c'est une réflexion à long terme, il y aura des décisions législatives, il y aura des décisions par réglementaire, et il y aura aussi des échanges avec les différents acteurs pour trouver des bonnes solutions au financement de la création dans l'audiovisuel et dans le cinéma.
À plus court terme, effectivement, il y a les discussions qui sont conduites aujourd'hui entre les éditeurs de télévision, dont Canal+, et les producteurs de contenu audiovisuel et les exploitants de salles de cinéma, ce qu'on appelle les discussions sur la chronologie des médias, cette capacité que l'on a à exposer les films à la télévision ou dans les services de médias audiovisuels.
Qu'est-ce que vous dites à Canal ce matin ?
Et qui doivent évoluer, cette réglementation qui a permis le financement du cinéma et un bon financement de toute la filière cinéma, doit évoluer avec l'évolution des usages. Et donc, il faut un accord sur cette évolution de la chronologie des médias. Mais là, la négociation... Elle était presque aboutie. Il reste des discussions entre Canal+, et les producteurs notamment, et les ayants droit. Je suis optimiste qu'ils prennent toutes leurs responsabilités. S'ils ne devaient pas être en capacité de prendre leurs responsabilités, à ce moment-là, la loi pourra trancher ce sujet-là. On ne peut pas, en France, ne pas faire évoluer le cadre réglementaire de la chronologie des médias.
C'est essentiel parce que c'est un moyen de tenir compte de la révolution des usages. Et ça permettra aussi d'améliorer la qualité de l'offre légale pour les différences publiques. L'un des gros dossiers sur votre bureau, Franck Riester, c'est la réforme de l'audiovisuel public. Vous vous étiez prononcé pour une BBC à la française. Qu'est-ce que vous entendez par là ? Est-ce qu'il faut unir France Télévisions et Radio France ? Est-ce que c'est ça la solution pour avoir un service public efficace, alors que ce sont déjà deux grandes maisons, chacune avec leur histoire, compliquées ? Je l'ai dit tout à l'heure, il y a une révolution numérique. Il y a une révolution des usages.
Tous les groupes publics et privés s'organisent pour tenir compte de cette révolution. Et ils s'organisent comment ? En se rapprochant. En travaillant davantage ensemble, en mutualisant des moyens pour mobiliser le maximum de ressources, de moyens vers les publics, vers les spectateurs, vers les auditeurs, vers les internautes. Et donc il faut absolument se rapprocher. Il y a des très belles initiatives qui ont été lancées depuis déjà plusieurs années, par les entreprises elles-mêmes, à l'initiative du gouvernement. Il faut continuer. Mais ce qui est certain, c'est que l'arrivée, c'est évidemment le point d'arrivée de tous ces partenariats.
Ça doit être un groupe qui réponde aux objectifs d'adaptation aux usages. Nous avons besoin d'avoir un audiovisuel public fort, ambitieux, qui réponde aux demandes de nos compatriotes en matière d'accès à la culture, en matière d'information, en matière d'accès à la culture et de divertissement. Vous le décrivez France Inter, là ? Oui, mais c'est très bien. Mais France Inter fait un travail remarquable. Radio France fait un travail remarquable. France Télévisions, il y a des équipes mobilisées pour offrir des contenus et des programmes de services publics. Pour autant, on doit s'adapter et on doit être en mouvement. Parce que si on n'est pas en mouvement, à ce moment-là, on est faible.
À ce moment-là, on est susceptible de ne pas être à la hauteur des enjeux, et à la hauteur des attentes des Français par rapport à l'argent qu'ils mettent dans l'audiovisuel public.
Alors justement, puisque vous parlez d'argent, vous voulez un audiovisuel public fort, et vous demandez à cet audiovisuel public de faire des économies, beaucoup d'économies. Est-ce que vous confirmez le chiffre annoncé de 190 millions d'économies demandées à l'audiovisuel public d'ici la fin du quinquennat, dont 160 millions pour France Télévisions ?
C'est dans le schéma budgétaire prévu tel qu'il a été décidé. Simplement, deux choses. Un, surtout pas entrer sur les questions de réforme d'audiovisuel public sur uniquement le champ budgétaire. On est dans un pays où l'argent public est rare, où il faut faire des économies, et tout le monde doit en faire, bien évidemment. Mais pour autant, ce n'est pas du tout à la hauteur des enjeux, je vais vous dire. L'enjeu, c'est comment on va pouvoir se doter d'un dispositif public dans l'audiovisuel qui répondent à la révolution des usages, à la révolution numérique et aux empêches. Donc, entreprise unique, ça vous l'avez dit ? Je n'ai pas dit entreprise unique, ça vous n'avez pas mal entendu.
J'essaie de comprendre. Non, non, non, là vous dites que j'ai dit ça. Je n'ai pas dit ça. J'ai dit que nous avons besoin d'avoir un dispositif public répondant aux usages, répondant à la révolution numérique et à la révolution des attentes de nos compatriotes. Tous les groupes publics et privés s'organisent différemment. Il faut qu'on s'organise différemment aussi. Il y a déjà eu des belles choses de fait. Il y a notamment aussi la prise en compte des envies et des attentes des téléspectateurs ou des auditeurs. Il y a cette consultation qui a été lancée pour mieux comprendre les attentes et les besoins des auditeurs et des téléspectateurs.
Mais vous, le téléspectateur que vous êtes ou l'auditeur que vous êtes, est-ce que vous voyez la différence entre une chaîne privée et une chaîne publique ? C'est quoi la différence ? Est-ce que vous arrivez à la définir ?
Je crois que c'est dans la programmation, la place mise à la culture, la place mise à l'information, au décryptage de l'information. C'est aussi la présence de la publicité sur les antennes et sur les chaînes. Il faut supprimer la pub sur le service public de l'audiovisuel ? Je sais qu'on a beaucoup de sujets à avoir, mais si vous me coupez à chaque fois que j'essaye de répondre à votre question... Oui, c'est une réponse simple, risque d'être caricaturale. Donc j'essaye aussi de développer un petit peu. Nous avons besoin, il y a une vraie attente et il y a un vrai besoin d'audiovisuel public en matière d'information, en matière de divertissement, en matière de création.
Il faut que l'on dote la France d'un dispositif public modernisé, qui mobilise ses moyens sur les contenus et sur les programmes, plutôt que sur tout ce qui est la logistique, back office comme on peut l'appeler, ou la logistique. C'est prioritaire. Ensuite, effectivement, moi je considère que la publicité, ce n'est pas la priorité sur les groupes audiovisuels publics.
Non, vous alliez plus loin.
Il ne s'agit pour autant pas de casser des modèles économiques qui sont les modèles économiques actuels. Pour autant, moi j'estime effectivement, parce que je sais ce que vous allez dire,
j'estime effectivement que quand vous travaillez sur ces sujets comme député, vous étiez favorable à une suppression totale de la pub.
J'étais favorable à garder une spécificité d'audiovisuel public qui permet de ne pas effectivement avoir de publicité sur les antennes et sur les chaînes. Pour autant, il y a un modèle actuel qui mixe publicité et redevance et financement public. Je pense que ce modèle-là, sur le temps long, avec toute la réforme que j'appelle de mes voeux, mérite d'évoluer et revenir à des fondamentaux qui me paraissent essentiels. Parce qu'il faut qu'on voit la différence, qu'on entend la différence. Je rappelle quand même le slogan de France Inter qui était « Écoutez la différence ».
Et la différence, on l'écoute, on s'en aperçoit aussi parce qu'il y a une absence de publicité qui perturbe l'écoute des programmes, à mon sens. Et puis, je vais vous dire, on a un secteur audiovisuel privé qui a besoin aussi d'être accompagné, qui a besoin d'avoir un dispositif législatif qui soit modernisé pour qu'il puisse traverser les crises économiques et même, je dirais, les crises structurelles auxquelles il est confronté. Et pour cela, c'est bien de mobiliser ces financements-là sur l'audiovisuel privé. À financement privé, audiovisuel privé, à financement public, audiovisuel public.
Je pense que c'est une règle simple, compréhensible et qui permet de mieux différencer les différentes entreprises et les différents contenus. Vous avez parlé de redevances, justement. On va filer au standard. Bonjour Virgile.
Oui, bonjour.
Une question au ministre de la Culture. Bonjour. Franck Riester.
Bonjour, M. Riester. Oui, je vous parlais à juste titre, M. Riester, d'une révolution de l'audiovisuel. Je voulais savoir s'il était prévu une égalité de contenu par rapport au support télévisuel et au support Internet. Je vous cite un exemple. Je veux regarder un film le dimanche soir sur RT sur mon ordinateur. Je tombe sur la mire puisqu'il y a des problèmes de diffusion. Autre chose aussi, je voulais savoir si la publicité allait être contrôlée sur ces plateformes parce qu'elle est de plus en plus anarchique, notamment sur l'audiovisuel public. Voilà.
Franck Riester. Alors, l'histoire de la mire sur RT, ça, je ne le sais pas, donc je vais m'enseigner. Mais ce qui est certain, c'est qu'il est important et c'est un des enjeux, c'est de pouvoir rendre accessible quel que soit le support de diffusion des contenus, ces contenus-là, au public, que ce soit la télé, que ce soit sur son ordinateur, que ce soit sur son smartphone, que ce soit sur différents dispositifs qui permettent d'accéder au contenu. Et donc ça, c'est très important et c'est une des raisons de ma motivation et de ma détermination à réformer l'audiovisuel public et de continuer l'œuvre qui est déjà commencée. Deuxièmement, la deuxième question sur la redevance.
Est-ce que vous êtes favorable à la redevance pour tous ? C'est-à-dire que tout le monde paierait une redevance, même s'il n'a pas un poste de télévision à la maison ?
C'était la question, c'était la publicité. Je ne suis pas sûr que c'était la redevance, la question. Parce que vous ne voulez pas répondre. Si, si, si, je vais répondre. La question de la publicité, je pense que c'est important d'avoir une meilleure personnalisation de la publicité. Avec la possibilité éventuellement de mieux cibler la publicité en fonction des lieux et en fonction des antennes, des programmes. Les patrons de TF1 et de M6 vont être contents puisqu'ils vous avaient interpellé, citonommé, sur cette question justement. Je pense que c'est une question. Sans perturber les équilibres avec la presse, notamment la presse régionale, il y a des équilibres à trouver.
Mais on doit évoluer, notamment parce que c'est très clair avec cet auditeur, il y a une envie de ça de la part de nos compatriotes. Concernant la redevance, bien évidemment que c'est une ressource majeure pour l'audiovisuel public. C'est même la ressource de l'audiovisuel public. Cette ressource-là doit être pérennisée, elle doit être confortée. Et avec la fin à terme de la taxe d'habitation, ça nécessitera forcément une décision. Quelles seront les modalités de financement public de l'audiovisuel public ?
Ça doit être travaillé, réfléchi avec mon collègue du budget, avec mon collègue de l'économie des finances, avec le Premier ministre et le Président de la République et les parlementaires. Et votre avis ? Et il me semble, ça en tout état de cause, que ça doit être un financement non budgétaire. C'est important. Quand je dis non budgétaire, c'est-à-dire que ce n'est pas une ligne dans le budget de l'État, c'est plutôt un dispositif directement affecté à l'audiovisuel public et dont les modalités doivent évoluer avec l'évolution des usages. Concrètement, je ne vais pas vous faire de grandes annonces, Léa Salamé, aujourd'hui, mais ce qui est certain, c'est que...
Vous le dites sans le dire que oui, vous êtes favorable à la redevance pour tous.
Écoutez, c'est votre décryptage, mais en tout cas, pour ce qui me concerne, j'ai une grande ambition pour l'audiovisuel public. Et qui dit grande ambition pour l'audiovisuel public, dit un financement pérenne et important pour l'audiovisuel public. On va retourner au standard. Bonjour Grégory.
Oui, bonjour. Vous avez une question pour le ministre ? Bonjour, monsieur. Écoutez, j'entends tout à fait vos propos avec votre ambition pour l'audiovisuel public. Moi, je découvre un usage, c'est Netflix. Je suis assez fan. Et j'entends dans vos modèles économiques qu'on pourrait avoir une redevance pour tous, basée aussi sur des usages numériques, notamment les smartphones et les tablettes, et éventuellement taxer des géants comme Netflix. Qu'est-ce que ça va concrètement représenter pour moi une augmentation de la facture pour financer un audiovisuel public que je ne regarde pas ? C'est une interrogation.
Votre réponse, monsieur le ministre ? D'abord, il faut de l'équité. On ne peut pas accepter qu'il y ait des grandes entreprises, futiles américaines ou futiles de la nouvelle économie, qui ne payent pas les mêmes impôts que les entreprises françaises ou européennes. Donc c'est le travail que mènent Bruno Le Maire et le gouvernement avec ses collègues européens pour avoir une fiscalité plus juste concernant les GAFAN.
Deuxièmement, il y a la question d'un système qu'on a mis en place depuis des années en France et aussi d'une certaine façon en Europe, mais surtout en France, qui nous permet d'avoir une diversité culturelle, une diversité des programmes audiovisuels, une diversité du cinéma, un dynamisme du cinéma et de la production audiovisuelle en France qui doit être préservé, qui doit être conforté. Mais ce qui ne veut pas dire qu'il ne doit pas s'adapter. Et donc, nécessité d'équité et nécessité d'adaptation.
Donc les GAFAN doivent avoir une fiscalité similaire aux acteurs traditionnels et ils doivent contribuer, comme l'ont fait les acteurs traditionnels, au financement de la création européenne et française. C'est très important, ce qui n'empêchera pas que vous puissiez, vous aussi, continuer à regarder les séries américaines sur Netflix. Mais que celles et ceux qui ont envie d'avoir autre chose que ces programmes-là puissent le faire. Un des grands enjeux du ministère, et qu'ailleurs, je n'ai pas eu le temps de répondre à tout ce qu'était le projet du Président de la République tout à l'heure en matière culturelle. Il faudra que vous reveniez.
La question de la diversité, la diversité des contenus audiovisuels, la diversité de la création, la diversité des publics touchés par ces créations audiovisuelles ou ces créations culturelles, c'est essentiel. C'est un des grands enjeux. L'uniformisation culturelle, c'est un de nos gros combats. Nous devons lutter contre l'uniformisation culturelle. Et ça passe par une fiscalité et une législation qui permettent de rendre davantage d'équité et de faire participer ces acteurs-là au financement de la création et à l'exposition de la création. Question de Fabien via l'appli France Inter. Qu'avez-vous à dire, monsieur le ministre, pour défendre le pass culture ?
C'était l'une des grandes promesses du candidat Emmanuel Macron. Est-ce qu'il sera généralisé et quand ? Alors, il y aura d'abord une expérience. L'expérience commence dans les semaines qui viennent pour voir si ça fonctionne, si le public s'y retrouve, si le budget est raisonnable, si l'offre qui est proposée est facilement accessible, si c'est ergonomique. C'est une petite application qui va permettre d'une façon géolocalisée d'avoir accès à l'offre culturelle, diverses et variées, pour des jeunes de 18 ans. Mais à très vite, l'idée, c'est de l'ouvrir à tout le monde. Il y aura un appui financier, une espèce de budget qui sera mis à disposition des jeunes de 18 ans.
Mais l'idée, c'est de l'ouvrir à tout le monde. Enfin, qu'on puisse avoir une application qui facilite l'accès à l'offre culturelle de ce pays. C'est quand même une belle idée. Après, il faut regarder concrètement comment ça se met en œuvre.
Deux petites questions pour terminer, rapide, si vous le voulez bien. D'abord, les sociétés des journalistes, une vingtaine de médias, ont publié un communiqué pour condamner les propos, je cite, « outrancier, injurieux et menaçant de Jean-Luc Mélenchon » et ces attaques systématiques et sans fondement. Est-ce que vous soutenez les journalistes ?
Oui, tout à fait. Je l'ai d'ailleurs dit au 100 ans, l'anniversaire des 100 ans du syndicat national des journalistes à l'hôtel de ville la semaine dernière. Je serai toujours aux côtés des journalistes qui sont attaqués. Ce qui fait une des spécificités d'une démocratie par rapport à un régime autoritaire ou totalitaire, c'est la liberté de la presse. Et donc, quand on est en responsabilité politique, on doit être garant de cette liberté de la presse. Et quand je vois, effectivement, un certain nombre de responsables politiques, à commencer par Jean-Luc Mélenchon, attaquer la presse, inciter à la haine vis-à-vis des journalistes, c'est grave et c'est inacceptable.
Et donc, je salue la décision qui a été prise par la direction de Radio France de porter plainte. Et j'estime que nous devons, nous les responsables politiques, être exemplaires en la matière. On a la chance d'être dans une démocratie. Et donc, la démocratie, ça passe par la liberté de la presse. Regardez ce qui se passe dans un certain nombre de pays où des journalistes sont assassinés, sont enfermés, sont torturés. C'est ça qu'on veut. Justement, un dernier mot à propos de la presse, que pensez-vous de l'idée que Le Monde, le journal d'Hubert Boeve-Méry, puisse passer sous pavillon tchèque, racheté par l'oligarque Daniel Kretinsky ?
Écoutez, ce n'est pas le cas aujourd'hui, puisque c'est une participation minoritaire. Et qu'il est évident que la question d'un auctionnariat étranger sur des grands titres de presse française comme Le Monde est une question importante. Et vous me permettrez d'y travailler dans les quelques jours, semaines et mois qui viennent. On vous libère, on va vous laisser travailler justement. Merci, M. le ministre, d'être venu au micro d'Inter. On vous invite d'ailleurs, si vous êtes libre demain soir, à voir la géniale Cat Power et Jean-Louis Murat en concert à 20h à la maison de la radio. Merci de votre invitation.