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interviewFrance Culture — L'Esprit public· 28 mars 2021 26 min

Candidature de Xavier Bertrand : quel jeu de rôles en vue du grand spectacle de 2022 ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:27
Présentateur

Merci d'être avec nous sur France Culture. Voici l'esprit public et un autre regard sur l'actualité de la semaine avec nos visiteurs du dimanche. Aujourd'hui, le metteur en scène Emmanuel de Marcimotta, directeur de l'espace Cardin Théâtre de la Ville, qui nous accueille ce dimanche. Bonjour et merci à ceux qui nous suivent aussi sur la chaîne YouTube du théâtre. Nous recevons également ce dimanche l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti, le directeur de l'IFRI, l'Institut français des relations internationales Thomas Gomart et le politologue Pascal Perrineau.

Au sommaire de ce dimanche 28 mars, la candidature de Xavier Bertrand, entrée en scène, jeu de rôle et construction de personnages pour l'affiche de 2022. Joe Biden et les Européens, quelles relations avec le cousin d'Amérique ? Et puis parce que nous sommes toujours dans un grand théâtre vide, on rêvera ce que pourrait être la vie culturelle dans le fameux monde d'après. Xavier Bertrand est candidat à l'élection présidentielle de 2022, que celui qui a été vraiment surpris par cette information dans le point mercredi, qui se signale.

Le président de la région Hauts-de-France a précisé qu'il ne comptait pas participer à une éventuelle primaire de sa famille politique, ce qui aura inspiré au journal Libération ce titre, Bertrand Plastique la droite, que seuls les plus de 40 ans ont compris, mais qui n'en demeure pas moins le meilleur titre de la semaine. Bertrand Plastique la droite, mais aussi la bulle dans laquelle Emmanuel Macron et Marine Le Pen semblaient enfermés, ouvrant la voie à de nouveaux personnages. Voici celui du petit assureur de Flavie Lemartel qui n'a pas fait l'ENA et croit dans la France des territoires.

Rêve de faire la synthèse entre les trois derniers présidents, comme l'analysait cette semaine le journaliste Renaud Delis, Xavier Bertrand empruntant à Sarkozy son credo de la droite décomplexée, à François Hollande celui de la normalité, et à Emmanuel Macron celui de l'homme au-dessus des partis.

Une chose est sûre, la grande distribution de 2022 peut maintenant commencer avec la guerre à droite, Retailleau, Barnier, Pécresse, à gauche le vrai faux suspense Anne Hidalgo, dont la presse a raconté cette semaine le déplacement à Bordeaux d'une presque candidate, sans oublier tous ceux qui ont déjà leur nom au générique, Jean Lassalle, Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Frédéric Poisson ou encore François Asselineau. Sans oublier qu'avant cette représentation présidentielle, une autre doit au préalable se jouer, celle des élections régionales, dont certains redoutent le report pour cause de coronavirus.

Lequel coronavirus est de toute façon à ce jour celui qui prend toute la lumière. En pleine pandémie, le spectacle de la présidentielle est comme tous les autres, il fait pour l'instant sale vide.

3:13
Xavier Bertrand

Je serai candidat à l'élection présidentielle de 2022, parce que j'estime qu'au moment où nous sommes, le choix ce sera entre le déclin et le redressement de mon pays. Je veux conduire le redressement de mon pays et je veux réconcilier les Français. Je place ma candidature au-dessus des partis, en dehors des partis politiques. C'est la logique qui était celle de la Vème République, du général de Gaulle. Une élection présidentielle, c'est la rencontre d'un homme, d'une femme, de son projet avec les Français. Donc certains voudront participer à des primaires, certains voudront en organiser.

Je respecte leurs choix, mais je leur dis que de toute façon, je travaillerai avec tous et que je souhaite les rassembler autour de mon projet.

3:49
Présentateur

Pascal Perrineau, comment le politologue chevronné que vous êtes a regardé cette entrée en scène de Xavier Bertrand cette semaine ? Est-ce que c'est le bon moment ? Est-ce que c'est le bon personnage ?

4:01
Invité

J'ai regardé ça avec beaucoup d'intérêt, ce qui ne semble pas recouper les tendances de l'opinion publique, qui à juste titre s'intéresse par les temps qui courent, beaucoup plus à la Covid-19, en effet, qu'à ce qui se passe à droite ou à gauche. Vous citiez Hidalgo tout à l'heure, la droite n'a pas le monopole de l'agitation pré-présidentielle. Cependant, cette candidature est intéressante. Pourquoi ? Parce que de manière têtue, sans qu'on s'en rende compte, il y a un espace à droite pour une candidate ou un candidat.

Dans une conjoncture très apaisée, qui était celle de l'été dernier, il y a eu une enquête très intéressante de l'IFOP, qui faisait le point sur la manière dont les Français se situaient par rapport à la droite et à la gauche, en termes d'appartenance. Et ce qui est frappant, c'est que jamais depuis très longtemps, on n'avait vu une gauche aussi faible. La gauche en France, aujourd'hui, spontanément, si vous voulez, c'est 13%, vous vous rendez compte, 13% de personnes qui se disent sur un axe gauche-droite de gauche. Donc, on n'a jamais connu cela, un phénomène de dépression pareil. Et les gens qui se situent à droite, c'est 39%.

Donc, 32% au centre, et le reste, c'est des gens qui ne s'y retrouvent pas dans ce clivage gauche-droite. Donc, vous voyez, la droite, ça existe en France. Les Français de droite, ça existe. Cependant, les droites sont plurielles. Il y a bien sûr le Rassemblement national, mais qui a déjà sa candidate. Et puis, il y a plusieurs candidats à droite. Et le scénario, l'agenda qui est dû au report des élections régionales fait que la droite est rentrée dans une période de latence qui peut lui coûter très cher.

Parce que, si elle attend les prochaines élections régionales qui peuvent être reportées, si ces élections régionales sont reportées tout près de l'élection présidentielle, ou certains disent même après l'élection présidentielle, la droite ne pourra... Il n'y a aucune certitude sur ce report, pour l'instant. Bien sûr. Il y a une grande incertitude, mais enfin, on voit bien que ça travaille une partie du pouvoir exécutif. Sinon, on n'en parlerait pas tant. Donc, si on est dans un scénario pareil, c'est délétère, d'ailleurs, à la fois pour la droite et pour la gauche. Parce qu'ils ne peuvent pas se mettre en ordre de bataille.

Donc, Xavier Bertrand a décidé, en effet, de parier sur le fait qu'il fallait sortir du bois pour occuper cet espace. Parce que, si cet espace n'est pas occupé, qu'est-ce qui va se passer ? Ce qui est en train de se passer. C'est-à-dire, une partie de l'électorat de droite, plutôt attirée par l'ordre, l'identité nationale va peu à peu aller vers Marine Le Pen ou vers Nicolas Dupont-Aignan, qui fait des scores non négligeables, ou bien il va se fixer à la République en marche pour la frange de droite modérée et du centre. Et il restera quoi ? Il ne restera qu'une part du gâteau sur trois pour le candidat de droite qui viendrait de manière tardive. Donc, il y a...

C'est cohérent, la démarche de Xavier Bertrand. C'est cohérent. Il occupe l'espace. Il lui reste maintenant à développer, en effet, on l'a vu dans l'interview au point, son projet. Et puis, le moment venu, mais le moment n'est pas tout à fait venu, tout de même, d'aller à la rencontre des forces qui le soutiendront, et parmi lesquelles, même si elles sont en mauvais état, il y a encore les formations partisanes, l'UDI, les centristes, libres de Valérie Pécresse, et bien sûr, les Républicains. Et d'ailleurs, vous disiez tout à l'heure, voilà, il a dit, je refuse le système des primaires.

Mais attention, les primaires, il y en a 36 types de primaires, extrêmement différentes, jusqu'aux Etats-Unis. Et puis, le vieux sage de la droite française, Gérard Larcher, a parlé d'un système de départage. Les mots sont importants.

7:54
Présentateur

Alors, alors, lisez entre les lignes à notre place. Ça pourrait vouloir dire quoi, selon vous ?

7:58
Invité

Un système de départage, c'est autre chose qu'une primaire. C'est le moment venu, trouver un accord, au fond, entre trois cercles. Le cercle des adhérents, mais les adhérents, vous savez, aujourd'hui, à gauche, à droite et ailleurs, ils ne sont plus très nombreux. C'est la crise de l'adhésion. Donc, la légitimité d'un candidat qui serait investi par quelques dizaines de milliers d'adhérents, vous voyez, c'est tout de même pas très fort. Mais il y a les sympathisants. Et vous avez vu que dans le passé, la gauche, au moment de la candidature Ségolène Royal, avait su assez bien mobiliser les sympathisants au travers du web. Donc, il y a l'espace des sympathisants.

8:32
Présentateur

Les grandes primaires de la droite et du centre, on avait cru comprendre que c'était un scénario redouté précisément pour cette famille-là.

8:38
Invité

Ça s'est tout de même très mal terminé pour eux la dernière fois. Mais le candidat qui représentait la droite et le centre, il y est pour quelque chose. Donc, il faut inventer certainement autre chose. Mais l'imagination et puis la réalité, l'imagination politique au pouvoir et la réalité, si vous voulez, des processus de choix, quand vous regardez ça de manière froide dans le monde, est extrêmement diversifiée. Mais à un moment ou à un autre, ces acteurs devront être réinvités aux banquets.

9:06
Présentateur

En attendant, Aurélie Philippetti, et vous aussi, vous avez participé à de nombreuses élections. Vous connaissez par cœur tous les rouages de ce jeu-là. Il reste très peu de temps. Il reste un an. On se souvient, je crois qu'Emmanuel Macron était rentré en scène en novembre 2016. Déjà à l'époque, on disait que c'était relativement tard. Comment allait-il faire pour imposer une candidature au-dessus des partis, etc. En si peu de temps. Là, il reste un an, peut-être pour organiser des primaires à droite, des primaires à gauche.

On a du mal, c'est la période que nous vivons qui est comme ça, bien sûr, mais on a du mal à imaginer à quoi va ressembler cette année qui nous sépare du vote pour élire le prochain président de la République.

9:45
Invité

Oui, ce qui est frappant, c'est qu'en fait, le temps de préparation électorale et de campagne électorale pour les présidentielles se raccourcit de plus en plus. Et en fait, on est aujourd'hui un an avant l'élection, un an et un mois et demi, et en temps normal, on devrait déjà connaître tous les candidats, ils devraient déjà être partis en campagne, etc. Or, ça, ça n'existe plus. Et au fond, moi, je pense que la véritable campagne présidentielle ne commencera pas avant cet automne et encore, en fait, ça va de plus en plus vite.

On voit bien que plus un candidat sort tôt, plus il est la cible de toutes les attaques et donc, en fait, plus il risque d'être affaibli, plus au contraire il sort tard, c'est ce qu'avait fait Emmanuel Macron la dernière fois, et plus il a l'effet de nouveautés qui jouent en sa faveur. Pourquoi ? Parce que l'électorat, il est avide de gens qui, effectivement, peuvent apparaître comme transgressifs, comme nouveaux, et finalement, ils ont rejeté la dernière fois les partis traditionnels. Ici, qu'est-ce qu'ils vont rejeter ?

Moi, je pense que l'affrontement qui nous est annoncé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen n'aura pas lieu parce que j'ai l'impression que les électeurs veulent toujours un nouveau scénario et donc, il y aura quelque chose de nouveau qui se passera dans la prochaine élection. Ça, j'en suis à peu près persuadée. Comme dans une série, au fond, c'est le story telling. Exactement. Mais pourquoi ? Ce n'est pas parce que l'électeur serait devenu un consommateur, c'est parce qu'au fond, ils sont déçus, désabusés de la politique et donc, ils cherchent, en fait, ils cherchent de nouveaux espaces politiques susceptibles de les convaincre, de les attirer.

C'est pourquoi aussi, il y a ce discrédit des partis. Moi, c'est ça qui me frappe vraiment en ce moment, c'est qu'on peut dire que les partis politiques, tous, là, sont des... finalement, comme des zombies, quoi. Ce sont des partis zombies. Ils marchent, ils se déplacent, ils parlent, mais au fond, qu'est-ce qu'il y a derrière plus grand-chose. Et donc, on voit bien que les partis n'arrivent même pas à choisir des candidats pour l'élection présidentielle, ce qui est quand même, au départ, leur fonction numéro un. Ils n'arrivent plus à faire ça. Ils n'arrivent pas non plus, d'ailleurs, très difficilement à choisir des candidats pour les élections intermédiaires, les élections régionales.

Donc, cette crise des partis, je ne dis pas que c'est bien, parce que je pense que ça pose beaucoup de problèmes, mais en tout cas, c'est un fait. Il n'y a plus rien, aujourd'hui, derrière la structure des partis. Donc, Xavier Bertrand, évidemment, il a analysé ça. Il se dit qu'il ne va sûrement pas se soumettre à une discipline de partis qui va lui être extrêmement défavorable, forcément, puisque aucun des partis en face n'a plus les moyens de cette hégémonie-là.

Et, ce que je trouve, moi, assez intéressant, c'est qu'il a bien compris qu'Emmanuel Macron a occupé tellement l'espace à droite, il a tellement délaissé son aile gauche, ce que les gens, en 2017, attendaient comme étant quelque chose sur deux jambes, une jambe droite, une jambe gauche. Cette jambe gauche, on ne l'a jamais vue, enfin, pardon, moi, les gens qui me parlent du virage à gauche d'Emmanuel Macron depuis quatre ans, enfin, bon, on attend venir telle sœur Anne, mais il n'y a rien qui vient. Et donc, cette, comment dire ça, cet unilatéralisme à droite de la politique d'Emmanuel Macron dégage un espace sur la gauche pour une campagne qui serait en gros celle de Chirac 95, quoi.

Au fond, la fracture sociale. Et là, il y a un espace. Et c'est ça que, je pense, veut occuper Xavier Bertrand, étant donné qu'il a cette image d'une droite entre guillemets sociale, il a été ministre de la santé, ministre du travail, et donc, il connaît aussi les relations sociales.

13:34
Présentateur

Et on est là vraiment dans la construction d'un personnage, Emmanuel de Marcimotas, qui intéresse forcément le metteur en scène que vous êtes. Xavier Bertrand pense d'ailleurs qu'il peut attirer des électeurs de gauche grâce à cette image de provincial, d'homme politique, qui n'est pas un technocrate, pas un énarque, qui serait au fond ce personnage aux antipodes du personnage macronien, en tout cas tel qu'il l'imagine ou qu'il le caricature. Est-ce que vous trouvez que cette entrée en scène est intéressante de ce point de vue-là, du point de vue de la construction du personnage ?

14:03
Invité

C'est tout le sujet, finalement, même dans... J'écoutais attentivement ce que disait à l'instant Aurélie Filippetti et ce qu'a dit Pascal Perrineau, c'est-à-dire qu'on voit bien qu'il cherche aujourd'hui, lui et d'autres, évidemment, à construire le personnage et à construire un personnage même avant de construire un récit. Ce récit, il le construit à partir d'une identité d'où je viens, quel est l'endroit qui me situe socialement, mes parents, mes études. Donc, il y a dimension, si vous voulez, pyrondélienne que l'on retrouve, justement, dans cette idée de la construction. Vous prenez une pièce, une œuvre, comme six personnages en quête d'auteur.

14:38
Présentateur

que vous jouez en ce moment, que vous aviez déjà joué il y a 13 ans, que vous jouez maintenant. Tout à fait,

14:41
Invité

il y a 20 ans même. C'est-à-dire, oui, puisqu'on a le spectacle le plus durable français, si j'ose dire, qu'on peut être durable sans être dans l'écologie et même dans la culture, on peut tenter d'être durable. Donc, c'est une parenthèse. Donc, la durabilité peut nous, je dirais, la volonté d'être cohérent dans une démarche aussi, justement, au-delà de la construction même apparente du personnage.

Pour revenir sur cette construction du personnage, justement, ce rôle qui est donné, l'image qui ressort la plus forte, si vous prenez, il y a un siècle, je parlais justement de cette oeuvre, six personnages en quête d'auteur, vous avez le père qui rentre en scène et qui dit, on dit, qu'est-ce que vous voulez ? Il dit, nous voulons vivre. Vous voulez vivre comment ? Nous voulons vivre en vous.

Et c'était très drôle parce qu'on s'est amusé avec des artistes à prendre les phrases aujourd'hui de ceux qui rentrent ou celles qui rentrent non pas en politique dans un parti puisque ce que disait Aurélie Filippetti, c'est-à-dire qu'il y a une fragilité de la famille politique comme il y a une fragilité dans la famille dans les personnages pyrandéliens. La famille explose, la famille implose, la famille ne se fait plus confiance et il faut alors faire cavalier seul.

Le père dans ces personnages, c'est ce petit bourgeois, si j'ose dire, pyrandélien qui vient de la province, qui dit justement son goût pour les choses simples et populaires, qui raconte comment alors il est fait aussi d'une culpabilité mais qu'il va défendre finalement une idée un peu normative pour tous et qui est rassurante. Donc le bon père de famille en fait, dans une image très traditionnelle, donc il n'y a pas grand chose de moderne. Je ne qualifie pas du tout Xavier Bertrand, je vous parle de la pièce de Pierre Andello qui a aujourd'hui un siècle.

16:15
Présentateur

Vous avez parfaitement compris.

16:16
Invité

Non, non, mais bien. Donc on voit bien qu'aujourd'hui ce qui serait intéressant peut-être pour comprendre tout ça c'est de relire par exemple le jeu des rôles. C'est une oeuvre de Pierre Andello. C'est quoi le jeu des rôles ? De relire aussi la construction du personnage des années 30 de Stanislavski, le comédien désincarné. Qu'est-ce qu'on incarne en politique ? Le comédien désincarné, Louis Jouvet, pour ceux qui ont oublié. Puis l'imagination créatrice qui est un texte extraordinaire de Michael Chekhov. Justement, quelle est l'imagination qui est créatrice ? Est-ce qu'il y a une imagination créatrice dans laquelle on peut accompagner quelque chose ?

Donc moi je trouve qu'effectivement ce jeu de rôle de l'assureur de laine dont vous parlez qui nous raconte un petit peu d'où on vient, où on va. On voit bien que ça ne prend pas facilement, que malheureusement de plus en plus il faudra attendre que chacune et chacun trouve son positionnement en fonction aussi d'une image médiatique. Donc on est typiquement dans le jeu des rôles et on attend que dans ce vide sidéral quelques positions puissent être prises. Mais c'est comme les personnages qui doivent rentrer en scène. C'est vraiment quelque chose qui existe depuis les Grecs. Donc heureusement il y a une démocratie.

C'est fabuleux qu'il y ait des gens qui ont envie de se présenter pour dire autre chose. C'est fabuleux qu'il y ait le choix de la pensée et peut-être pour finir c'est la question que pose Pierre Andello est-ce qu'on sera où Camus pour revenir sur combat et Camus est-ce qu'on va sortir de la polémique pour réussir à construire un dialogue un débat et que ça ne soit pas tout le temps la polémique qui soit aujourd'hui la manière d'agir et de faire et donc on va se positionner en fonction de la polémique qui sera en place.

17:44
Présentateur

Et puisqu'on regarde une scène aujourd'hui Thomas Gomart et pourquoi pas aussi une scène internationale est-ce que vous justement avec ce regard international vous savez définir le personnage qui en ces temps de pandémie sait garder le pouvoir conserver le pouvoir ?

18:03
Invité

Non je ne sais pas le décrire ce personnage en revanche quand je vois la liste des candidats à l'élection présidentielle la question je me pose toujours c'est qu'est-ce que ça va donner lors du premier échange avec Joe Biden avec Vladimir Poutine ou avec le président Xi et au fond comment les candidats quelle que soit leur affiliation se préparent à cet exercice aussi bien pour les questions stratégiques au sens dur que pour les questions technologiques ou pour les questions internationales et là je vois une déficience en fait assez manifeste dans le mode de sélection que nous avons de nos dirigeants

18:37
Présentateur

c'est assez peu un critère en effet

18:38
Invité

ça ne joue absolument pas dans le choix final mais en réalité comme on le sait une grande part du rôle du président de la république quel qu'il soit c'est l'activité internationale alors peut-être deux observations j'ai été frappé par ce que disait Pascal Perrineau sur le fait il y a une droite et sur ce que disait Aurélie Filippetti il n'y a plus de parti ça m'inspire deux commentaires le premier je suis quand même très surpris par le positionnement beaucoup plus maîtrisé de Marine Le Pen sur deux points sa proposition de gouvernement d'unité nationale et sa prise de position sur la dette c'est à dire qu'elle a exprimé elle a expliqué que la dette devait être remboursée ce qui lui donne une crédibilité à mon sens par rapport aux positions qu'elle avait pu prendre jadis sur l'euro et crédibilité qui va être accentuée par le débat sur cette dette qui est portée à droite à gauche pardon et à droite également et puis la deuxième remarque dans le prolongement de ce qu'a exprimé Aurélie Filippetti moi je ne sais pas s'il y a un espace pour une campagne à la Chirac 1995 en revanche en dépit des 13% que vous mentionniez à gauche je pense qu'il y a un espace à gauche qui est à gauche d'Emmanuel Macron qui est extrêmement large et qui sera occupé

19:54
Présentateur

un moins un autre

19:54
Invité

voilà mais qui est aujourd'hui fragmenté de manière à mon avis très spectaculaire

19:59
Présentateur

et qui pose la question du bon personnage Pascal Perrineau est-ce que nécessairement ce personnage là à un moment il va surgir et il va faire évidence ou consensus ou est-ce qu'il pourrait ne pas apparaître

20:10
Invité

il peut ne pas apparaître quand vous connaissez l'histoire de la gauche quand on parle de la gauche mais qu'est-ce que ça veut dire on pourrait dire la même chose exactement pour la droite il faut parler au pluriel d'ailleurs les gens raisonnables René Raymond lorsqu'il s'est mis à la fin de sa vie en particulier à parler de la droite il parlait des droites et Jacques Julliard qui est certainement le meilleur observateur des différentes traditions de la gauche en France dans sa somme sur il parle des gauches donc le problème c'est de trouver ensuite un principe d'unité à ces familles extrêmement divisées et pour l'instant le moins qu'on puisse dire c'est qu'à gauche surtout quand l'espace 13% c'est vraiment le noyau dur c'est certainement plus quand vous regardez en termes d'intention de vote allez ça atteint le quart mais enfin vous voyez avec plusieurs candidats avec plusieurs candidats écologistes socialistes ou proches du parti socialiste avec bien sûr Jean-Luc Mélenchon etc avec le candidat du parti communiste qu'il faut mentionner mais qui est crédité pour l'instant de 1% des intentions de vote donc la gauche est presque contrainte à un principe d'unité et le principe d'unité il ne suffit pas de l'affirmer il faut trouver ensuite la femme ou l'homme capable de l'incarner et pour l'instant on voit bien que celui qui pèse encore au sein des gauches Jean-Luc Mélenchon ne veut pas en entendre parler et que pour le reste pour la gauche non-mélenchoniste comme on disait jadis la gauche non-communiste c'est à dire pour tout le reste vous voyez bien que les écologistes surtout à la suite de leur bon succès dans le terrain urbain au municipal et aux européennes ils ont un appétit ils ont un appétit ils n'ont pas envie de se faire dévorer parce qu'ils estiment des étoiles déclinantes de la gauche française à savoir le parti socialiste génération.es etc donc à mon avis trouver ce principe d'unité qui est incontournable pour la gauche sera extrêmement difficile ça n'a jamais été le cas dans les élections récentes dans toutes les élections mais est-ce qu'au fond

22:17
Présentateur

dans ce nouveau monde dans lequel nous sommes et avec cette campagne dont on sait maintenant à quel point elle sera courte Aurélie Philippetti le bon personnage à droite c'est celui qui dira je fais l'union des droites et le bon personnage à gauche celui qui fera l'union de la gauche ou au contraire c'est un personnage qui prendra bien soin de n'afficher un ancrage ni à droite ni à gauche pour aller contrer Emmanuel Macron exactement sur le positionnement qui aura été le sien en 2017 alors ça peut être

22:41
Invité

une option on voit bien qu'il peut y avoir une option un peu on va dire souverainiste de ce type là mais moi je crois profondément que l'espace de la gauche il existe même si pour l'instant les gens ne s'y reconnaissent plus parce que la gauche n'a pas été suffisamment défendu et incarné au cours des dernières années donc on paye ça en fait on paye le fait que quand la gauche est au pouvoir enfin moi je l'ai vécu évidemment sous le mandat de François Hollande mais si on ne fait pas une politique de gauche après les gens se disent alors c'est quoi la gauche tout simplement donc évidemment la clé et ça a été la clé des victoires de la gauche par le passé que ce soit Mitterrand ou Lionel Jospin il faut savoir réunir des courants de pensée qui au sein de la gauche ont vraiment des spécificités ce sont des sensibilités différentes mais qu'on doit pouvoir réunir vers un objectif commun la question c'est quel objectif commun et quelle assurance quelle garantie on donne qu'il n'y aura pas effectivement de sorte de pas de côté d'écart par rapport à l'objectif commun et moi je crois que la crise de la pandémie elle révèle plus que jamais l'importance l'actualité de politiques progressistes et d'ailleurs on va parler de Biden ce qu'il est en train de faire aux Etats-Unis c'est vraiment une politique de gauche alors évidemment les américains n'appellent pas ça comme ça mais c'est vraiment une politique de gauche c'est une politique de relance économique une politique vers les classes moyennes et les catégories les plus défavorisées une politique humaine du point de vue des migrations donc voilà c'est une politique écologique aussi bien sûr avec la prise en compte de l'objectif climatique donc voilà une politique que je dirais de gauche c'est assez simple et la crise sanitaire le révèle plus que jamais on paye aujourd'hui 15 ans de désinvestissement dans la recherche publique et dans l'hôpital et ça pour moi ça devrait être au coeur du projet de la gauche

24:36
Présentateur

ça pose une vraie question et en effet cela va nous amener à notre deuxième partie Thomas Goma et Pascal Perrineau est-ce que Joe Biden a remporté ce scrutin parce qu'il a mis en avant un programme de gauche ou parce qu'il a dit je ne suis pas Donald Trump et donc je n'ai pas une vision trumpiste du monde et ce qui nous amène là pleinement à la géopolitique Thomas Goma donc au fond les élections se joueraient plus que jamais sur des enjeux géopolitiques

24:59
Invité

il y a deux choses d'abord il l'a emporté mais avec un électorat de Trump qui a plus que résisté c'est à dire qu'en fait on a des Etats-Unis qui restent très polarisés on a eu l'occasion à ce micro d'en parler à plusieurs reprises ensuite ce qui est intéressant c'est le projet préparé par certains de ses conseillers je pense en particulier à quelqu'un comme Jack Sullivan le conseiller à la sécurité qui parle d'une politique étrangère pour les classes moyennes et effectivement en allant vers le deuxième point prévu aujourd'hui ce qui est très frappant c'est l'ampleur de ce plan de relance c'est tout à fait et il y a du coup un décalage qui est en train de se créer entre les Etats-Unis et l'Europe en termes de rythme qui est très problématique pour les Européens j'ajoute que c'est un plan de relance plus un plan de réarmement

25:44
Présentateur

alors nous y venons justement on va maintenant parler de cette autre réunion de famille un peu tendue la fameuse famille transatlantique