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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 26 décembre 2025 7 minContradictoirePortrait personnelSanté

Lutte contre la cancer : la chercheuse Léa Montégut, primée par la Fondation ARC

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0:01
Présentateur

À l'heure de faire le bilan, certains, certaines peuvent se dire que 2025 a été un bon cru. Toute la semaine, on a célébré les premiers succès de jeunes musiciennes, alpinistes, réalisatrices, écrivaines. Et ce matin, un coup de chapeau à une scientifique, une chercheuse. Bonjour Léa Montaigu. Bonjour. Vous êtes la lauréate cette année du prix de thèse au Berling-Aguenot. C'est un prix décerné par la Fondation ARC, c'est ça, qui récompense une jeune docteur en cancérologie pour l'excellence de ses recherches. On va tenter de comprendre votre sujet de thèse de recherche. Vous vous intéressez, vous, à la protéine ACBP ? Qu'est-ce qu'elle a de particulier, cette protéine ?

0:42
Invité

Alors, c'est une protéine qui a un rôle dans la gestion de notre organisme des acides gras. Donc, quand on mange de la graisse, comment elle va être stockée ou non. Et on a remarqué qu'elle s'élevait dans notre sang, elle circule. Et donc, dans notre sang, on avait plus d'ACBP avant que certains cancers, dont le cancer du poumon, arrivent. Donc, on voudrait... Les travaux se sont intéressés au fait de voir pourquoi, déjà, cette protéine s'élevait avant le début du cancer. Et est-ce qu'on ne pourrait pas utiliser cette information ou cette cible même dans ce contexte-là ? Vous êtes en train de nous dire que cette protéine, elle peut détecter le cancer avant qu'il arrive, c'est ça ?

En tout cas, chez les patients qui n'ont pas encore le cancer, mais vont en avoir un. On a regardé rétrospectivement les gens dont on avait des prises de sang et qui, dans les 0 à 3 ans suivant cette prise de sang, ont eu un diagnostic de cancer. Et on a des niveaux qui sont plus élevés que dans le reste de la population générale.

1:35
Présentateur

Et vous montrez aussi que cette protéine, si on la neutralise, elle améliore la réponse immunitaire contre la tumeur une fois que le cancer est arrivé, c'est ça ?

1:43
Invité

Exactement. Donc, on a fait des expériences dans plusieurs contextes de cancer, plusieurs types de cancers, le cancer du sein, le cancer du poumon et certains cancers de la peau aussi. Et si on la neutralise, donc si on réduit artificiellement les niveaux de cette protéine, on arrive à améliorer en particulier la réponse à certaines thérapies qui dépendent du système immunitaire. Donc, c'est les chimio-immunothérapies. On a besoin de notre système immunitaire pour que ces thérapies fonctionnent contre le cancer. Et donc, si pendant qu'on est en train de faire ces thérapies, on diminue les niveaux de la protéine ACBP, on arrive à avoir une meilleure réponse.

Et ça, c'est un peu ce qu'on cherche, nous, dans le cadre de la recherche contre le cancer. C'est qu'il y ait plus de gens qui répondent plus fort aux thérapies sans avoir à mettre des grandes doses de chimio ou que ça se passe mieux.

2:26
Présentateur

Vos résultats de recherche, c'est encore très abstrait ou on pense déjà à une application, un traitement dans les années, les décennies à venir ?

2:36
Invité

Ce n'est pas si abstrait que ça. Il y a un anticorps contre la protéine humaine qui est en cours de développement. Et donc, la suite logique, ce sera de tester chez l'humain, de voir qu'est-ce qui se passe si jamais on réduit les niveaux de cette protéine. Donc, bien sûr que ce ne sera pas demain au sens littéral, mais c'est déjà dans les tuyaux d'essayer de développer des thérapies pour diminuer cette protéine.

2:58
Présentateur

Qu'est-ce qu'on ressent quand on tombe sur des résultats pareils ? Vous êtes tombé là-dessus par hasard d'ailleurs ? Ou vraiment, vous aviez une intuition au départ de dire que cette protéine, vraiment, elle peut faire avancer beaucoup les choses ?

3:08
Invité

Alors, on s'intéressait déjà dans le laboratoire dans lequel je travaillais, qui est le laboratoire du professeur Cromer à Paris, au Centre de Recherche des Cordeliers et à l'Institut Gustave Roussy. On s'intéressait déjà à cette protéine, à ces BP. On s'est dit, on a une protéine qui bouge, qui a une fonction qui nous intéresse. Quels pourraient être les contextes pathologiques, des contextes de santé importants dans lesquels ça a un impact ? Et donc, c'est là qu'on a regardé dans ces cohortes de patients dont on avait du sang et qui allaient développer plus tard un cancer. Et qu'on a vu que dans le cadre du cancer, ça a bougé. Il y a d'autres contextes qui peuvent exister aussi.

3:41
Présentateur

L'excellent, c'est ce qui résume votre parcours. Vous avez fait polytechnique, c'est ça ? Ensuite, vous êtes allé à l'Institut Gustave Roussy, le premier institut de cancérologie d'Europe. Et puis, depuis le mois de janvier, vous faites un deuxième post-doctorat, je crois, à l'École de médecine du Monde Sinai, c'est ça ? C'est un très prestigieux hôpital à New York.

3:59
Invité

Oui, j'ai eu la chance d'être recrutée dans une équipe de recherche excellente à New York. J'apprends beaucoup, c'est l'équipe de Myriam Merade, le professeur Merade, qui travaille aussi sur ces liens entre immunité et cancer. Donc, je suis très bien entourée, j'apprends beaucoup de mes collègues, de cet environnement-là. Pourquoi vous n'avez pas voulu rester en France pour continuer vos recherches ? Je pense qu'à terme, je veux rester en France. Je trouve que c'est un super écosystème, l'écosystème français. On collabore d'ailleurs même actuellement à New York. Je collabore avec des collaborateurs de l'Université de Nantes.

Donc, c'est un écosystème qui fonctionne bien et dans lequel j'ai envie de m'investir. Après, il est quand même important de voir d'autres manières de faire et je pense que la recherche aux Etats-Unis, elle a cette excellence et cette primauté mondiale, il ne faut pas se mentir. Il y a un vrai lien permanent, une connexion vraiment essentielle entre la recherche qu'on fait dans le laboratoire et les patients.

4:58
Présentateur

Encore aujourd'hui, dans les Etats-Unis de Donald Trump, malgré tout ce qu'on entend, tout ce qu'on dit, tout ce qu'il a dit, le président Trump, tous les crédits qu'il a coupés pour la recherche ?

5:07
Invité

Alors, c'est vrai que cette année, il y a eu beaucoup d'incertitudes. Pour autant, l'écosystème de recherche américain et même en France, c'est valable. Vous avez dit la fondation ARC. C'est de l'argent qui est privé, en fait. C'est une fondation qui amène de l'argent pour que la recherche publique puisse se faire.

5:22
Présentateur

Qui n'est financée qu'avec les dons, avec les donneurs pour la fondation ARC.

5:25
Invité

Voilà, c'est des dons privés pour la fondation ARC. Et donc, on a recours pour essayer de contrebalancer l'incertitude actuelle sur les fonds publics américains à des fondations. Donc là, par exemple, je suis actuellement payée par la fondation Damon Runyon via la Ligue Nationale de Mahjong, qui sont simplement des gens qui jouent au Mahjong. Et donc, les cotisations de ces personnes qui jouent à ce jeu, ils ont décidé de les reverser à de la philanthropie et, entre autres, à des femmes scientifiques dans la recherche contre le cancer.

5:53
Présentateur

Je crois que vous avez grandi en région toulousaine. Petite, vous adoriez le bricolage et la cuisine. C'est vrai, ça ? C'est encore un peu vrai, je pense. Et vous dites que ce n'est pas si éloigné de ce que vous faites aujourd'hui, le bricolage et la cuisine.

6:05
Invité

C'est vrai ? C'est pour ça que j'aime le métier de la recherche. C'est parce que c'est un métier où on n'a pas une journée type. On arrive le matin, personne ne nous dit ce qu'on doit faire. On n'a pas d'horaire avec tous les jours la même chose. Donc, il y a certaines journées, c'est très bricolage. Il faut trouver la manière de faire notre expérience. Et donc, ça, ça ne représente pas du tout la majorité de mes journées. Mais il y a encore des journées où j'essaye de bricoler des trucs pour que ça marche.

6:28
Présentateur

Grand merci Léa Montaigu, prix de thèse au Berling Agno. Merci d'être venue nous rendre visite à France Inter. Je vous remercie.

Lutte contre la cancer : la chercheuse Léa Montégut, primée par la Fondation ARC · Pourquijevote