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interviewLe Média (sur YouTube)· 17 décembre 2020 13 min

ET MAINTENANT, IL VEUT MODIFIER LA CONSTITUTION

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Le principe de la charte de l’environnement c’était d’avoir un droit de vivre dans un environnement protégé. Ce qu’on demande c’est que tous les Français puissent se prononcer par référendum sur cette question. C’est un référendum qui est destiné exclusivement à redorer le blason du chef de l’État.

C’est manœuvre et communication. Quand les 150 citoyens montrent la Lune, le président de la République désigne le référendum. L’essentiel aurait été que lundi soir le président annonce des nouvelles mesures fortes.

Ca c’est la solution des fainéants. Les Français qui ne veulent d’Emmanuel Macron n’ont plus longtemps à attendre. Emmanuel Macron qui propose un référendum pour inscrire la protection de l’environnement dans la Constitution, le début des campagnes de vaccination contre le Covid 19.

On en parle tout de suite dans le numéro 99 du P’tit coup de Bourbon. Et on se retrouve le 14 janvier pour le numéro 100. En politique, le père Noël existe aussi.

Vous ne me croyez pas ? Prenez cet intervenant de la Convention citoyenne sur le climat. Il s’adressait lundi soir au président de la République : A ce titre on souhaite ajouter la garantie, et je précise sur ce terme “garantir” qui est pour nous très important, la préservation de l’environnement, de la biodiversité, et que la République puisse lutter contre le dérèglement climatique.

Ce qu’on demande, c’est que tous les Français puissent se prononcer par référendum sur cette question. On dirait presque une lettre au Père Noël. Sauf que là, le gros bonhomme rouge portait un petit costume bleu.

Et voilà ce que le Santa Claus de l’Élysée a promis : Elle sera transmise en même temps que la loi qui porte votre nom, au conseil des ministres. Ce sera une réforme constitutionnelle en un article. Constitutionnellement elle doit d’abord passer par l’Assemblée nationale puis le Sénat, et être votée en des termes identiques.

Ce jour-là, elle sera soumise à référendum. Sous les mêmes termes que proposés par la Convention citoyenne, avec ce terme “garantir” ? Oui, oui.

Bon, d’accord, c’est un conte de Noël. Car en vrai, Emmanuel Macron, c’est plutôt le père fouettard. Mais non, je n’ai pas mauvais esprit.

Écoutez en quels termes il évoquait la convention sur le climat, il y a une dizaine de jours. Mais je ne vais pas dire ”parce que ces 150 citoyens ont écrit un truc, c’est la Bible ou le Coran” ou que sais-je dans la période si tendue qu’on connaît, je ne préfère pas prendre même ces comparaisons. Ca c’est la solution des fainéants. “150 citoyens ont écrit un truc…” Passons.

Et posons-nous la bonne question : pourquoi Emmanuel Macron veut-il un référendum ? Ecoutez je vous résumerais plutôt le référendum avec deux mots : manœuvre et communication. On voit que le président de la République est à la manoeuvre, il hésite sans doute à trouver le bon moyen pour se sortir d’un mauvais pas où il s’est mis lui-même.

Parce que vouloir une convention citoyenne c’est très bien, mais à l’avance dire qu’on retiendra quasiment toutes ses propositions, forcément qu’il y a un peu de désespoir chez ceux qui s’estiment trahis et donc on entre la Covid, des engagements qui ne sont pas tenus, un peu de scoumoune dans le régalien, article 24 par ci, article 25 par là, etc. Un président qui cherche un peu comment rebondir vraisemblablement. Donc il est à la manœuvre.

Il a trouvé un bon produit, c’est la révision de la Constitution, c’est le référendum. Mais tout ça c’est de la com’ parce qu’en réalité aujourd’hui on a une charte de l’environnement qui permet déjà d’assurer un certain nombre de sujets et notamment environnementaux. On dirait que Philippe Gosselin ne croit plus au père Noël.

Et il n’est pas le seul : Je pense que c’est une idée assez gadget parce qu’il n’y a pas beaucoup de Français ni de forces politiques qui vont dire qu’ils sont contre la préservation de l’environnement, pour le réchauffement climatique et contre la biodiversité. J’ai bien compris qu’il essaie de sortir du piège des 150 citoyens qu’il représente quand même, qu’il a “lui-même” tiré au sort. Je ne vois pas ce que ça change.

Dans la Constitution aujourd’hui il y a déjà la charte de l’environnement, donc c’est déjà de valeur constitutionnelle. Eh oui, c’est ballot, la protection de l’environnement est déjà la Constitution. Plus exactement dans ce qu’on appelle le bloc de constitutionnalité, c’est-à-dire l’ensemble des textes que les lois doivent respecter.

En 2005, sous l’impulsion de Jacques Chirac, le parlement a adopté la Charte de l’environnement qui est ainsi venue s’ajouter à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ou au préambule de la Constitution. Heureusement, il y a Barbara Pompili, la ministre de l’Écologie. Écoutez la répondre à une députée qui lui objectait justement l’existence de la Charte de l’environnement : Le principe de la charte de l’environnement c’était d’avoir un droit de vivre dans un environnement protégé.

Le fait de rajouter nommément la protection de la biodiversité, la lutte contre le changement climatique, ça précise notre Constitution et donc ça la renforce. Donc ça renforce le droit de l’environnement. C’était donc ça, il s’agissait, si j’ose dire, en parlant d ‘écologie, de bétonner la Constitution.

Ce plaidoyer de circonstance n’a convaincu personne. Franchement aujourd’hui l’essentiel est ailleurs. L’essentiel aurait été que lundi soir le président annonce des nouvelles mesures fortes, pour l’action pour les prochains mois et les prochaines années.

Ca a été de ce point de vue là la rencontre avec les 150 citoyens, un échec, ça a été un échec, on n’a pas eu beaucoup de regain dans l'action immédiate. Maintenant, lancer un référendum quasiment à la dernière année du quinquennat c’est je crois, sur ces sujets là, tenter ou jouer un coup politique. Quand les 150 citoyens montrent le Lune, le président de la République désigne le référendum.

Mais il y a tout le reste, et tout le reste, dans les choix qui sont faits par le gouvernement, n’est pas la reprise sans filtre des propositions de la convention citoyenne Du côté de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon ne s’encombre pas de précautions oratoires. Il s’agit d’une grossière manœuvre de communication à son profit et qui ne prendra au piège que ceux qui veulent bien se laisser piéger. Ce n’est pas notre cas.

Par conséquent, voici ce que nous avons à dire. Premièrement, la défense de l’environnement est déjà dans une charte qui fait déjà partie du bloc de constitutionnalité. Qu’est-ce que ça change ?

Strictement rien. La preuve, deuxième point, c’est qu’il voudrait qu’on aille lui dire oui précisément au moment où d’une part il a renoncé à toute politique d’interdiction des glyphosates, où il vient de remettre en route les néonicotinoïdes, et où il nous a rappelé récemment qu’il avait l’intention de relancer le plan du nucléaire. Bref, la totale, résumé de tout ça.

Premièrement, s’il propose un référendum, la réponse sera non. Si malgré tout il y a un référendum, quelle que soit la question, la réponse sera non. Parce que ce n’est pas un référendum sur l’environnement et sa protection, c’est un référendum qui est destiné exclusivement à redorer le blason du chef de l’État.

Mais pour Jean-Christophe Lagarde, il n’est pas sûr que cette position soit comprise par tous. Il va falloir quand même qu’ils expliquent pourquoi ils sont contre la biodiversité, pour le réchauffement climatique et contre l’environnement. Et c’est pas l’élection présidentielle, l’élection présidentielle elle est maintenant dans 18 mois, les Français qui ne veulent plus d’Emmanuel Macron n’ont plus longtemps à attendre.

Davantage résigné que convaincu, le président du groupe UDI ne s’opposera pas au projet de loi instituant le référendum. Et les autres ? Le groupe socialiste votera le projet de loi référendaire.

Quant à la réponse au référendum proprement dit… J’attends de voir la question, mais oui, on voudra voter oui. Vous trouvez que c’est un peu curieux de dénoncer une opération de communication tout en s’y prêtant ? Moi aussi… Les Républicains, eux, se montrent plus prudents.

Laissons un peu de temps au débat pour prospérer, à l’opinion publique pour se rendre compte de la manœuvre et de la com. Il n’y a pas le feu au lac. Ce que recherche Emmanuel Macron, c’est un plébiscite quelques mois avant l’élection présidentielle.

L’environnement n’est qu’un prétexte fédérateur. Si d’aventure le Sénat bloquait la mise en place du référendum, le chef de l’État n’en sortirait pas perdant pour autant. Car ce serait alors la chambre haute qui porterait la responsabilité de l’échec devant l’opinion.

Dernière hypothèse envisageable : que tous les opposants à la politique actuelle s’emparent de cette consultation pour voter “non” et abrègent ainsi le mandat du président de la République. Cela ne s’est produit qu’une fois, en 1969 avec le Général De Gaulle. Hier, mercredi, le Premier ministre a présenté la stratégie du gouvernement en matière de vaccinations.

Les premières devraient intervenir dès la dernière semaine de décembre. Elles concerneront le million de personnes âgées vivant dans des EHPAD ou des établissements similaires. Cette première phase s’échelonnera sur une période de 6 à 8 semaines pour tenir compte notamment du délai de 21 jours entre la première vaccination et le rappel.

Dans un deuxième temps, toujours sur la base de l’avis de la Haute autorité de santé, nous élargirons les populations vaccinées au fur et à mesure des approvisionnements en commençant par les prêts de 14 millions de personnes présentant un facteur de risque lié à leur âge ou une pathologie chronique ainsi que par certains professionnels de santé. “Nous élargirons au fur et à mesure des approvisionnements”, dit le Premier ministre. Ce n’est pas gagné si l’on en croit les propos tenus par Emmanuel Macron la veille, devant les présidents des groupes parlementaires qui étaient conviés à déjeuner à l’Élysée.

J’ai demandé à Damien Abad, qui assistait à ce déjeuner, de me restituer ce qui s’est dit autour de la table. On a bien compris que la politique vaccinale des vaccins pour tous c’est pas pour demain, mais que la réalité aujourd’hui c’est d’avoir des vaccins très priorisés, que chaque pays européen aurait le même nombre de vaccins en fonction du nombre d’habitants et que tous les pays européens lanceraient la campagne de vaccination le même jour en fin d’année. L’objectif est ensuite de faire adhérer la population et d’avoir suffisamment de stocks disponibles, sachant qu’il faut deux doses de vaccin.

Si vous faites 3 millions de vaccins auxquels on va rajouter 30% de perte en moyenne pour les vaccins, et deux doses, ça fait 1,5 million de personnes maximum vaccinées au début du mois de mars. Ce qui veut dire qu’on n’est pas encore sortis de l’épidémie. Pourtant, à la tribune, Jean Castex s’est voulu rassurant : La France a précommandé près de 200 millions de doses permettant de vacciner 100 millions de personnes puisque vous le savez pour la plupart des vaccins deux injections seront nécessaires.

Nous serons livrés au fur et à mesure que les vaccins obtiendront leur autorisation de mise sur le marché. A ce stade, nous comptons bien entendu sur les vaccins des plus avancés. Le vaccin Pfizer et le vaccin Moderna.

D’autres se situent en phase 3 des essais cliniques, comme à Astrazeneca, et pourraient donc être disponibles dans les mois qui viennent même s’il faut rester à ce stade prudents sur des échéances précises compte tenu des incertitudes liées aux essais en cours. “Pourraient donc être disponibles dans les mois qui viennent même s’il faut rester à ce stade prudent sur des échéances précises compte tenu des incertitudes liées aux essais en cours.” Ah la belle langue technocratique que voilà !

En clair, Jean Castex nous dit qu’il n’a absolument aucune idée de la date à laquelle les vaccins seront disponibles en quantité suffisante. Et la suite du discours est à l’avenant : Alors que la demande internationale est actuellement très forte pour les premiers vaccins en phase d’autorisation et les chaînes de production mises sous tension, n ous savons que nous entrons dans une période cruciale et nous sommes particulièrement vigilants pour garantir la livraison des doses commandées dans les délais prévus. Bref, le Premier ministre n’a strictement aucune idée de ce qui va se passer dans les prochains mois.

Mais il sera “particulièrement vigilant” et nous sommes priés de lui faire confiance. À ce niveau de vacuité, on baisse les bras. Après les mensonges sur les masques, les ratés du premier déconfinement, les retards sur les tests, les absurdités de second confinement, on attendait un peu d’humilité sur les campagnes vaccinales.

C’est peine perdue. La suffisance reste la même. Comment s’étonner dès lors que la parole politique perde tout crédit.