Philippe Ballard : "La France ne doit pas déléguer sa souveraineté à l'Union européenne !" (LCP)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:07RelanceÉludée
Illégitime la décision du président américain ?
- 0:49OuverteRéponse directe
Trump fait le jeu de Poutine, c'est officiel ?
- 1:42OuverteRéponse directe
Est-ce que la France est en mesure de suppléer aux besoins de l'armée ukrainienne ?
- 3:27OuverteRéponse directe
La France peut-elle prendre le relais des États-Unis pour l'Ukraine ?
- 5:53OuverteRéponse directe
Envoyer des troupes françaises au sol en Ukraine serait une folie ?
- 7:00RelanceRéponse directe
Sur les troupes françaises en Ukraine, quels sont les points inexacts ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:47Invité politiqueChiffre
« Ils sont 500 millions. »
- 4:04Invité politiqueFait
« La France a un rôle primordial à jouer, puisque depuis le début, la France sait que cette autonomie stratégique, elle est importante. »
- 4:18Invité politiqueFait
« Les États-Unis sont nos alliés, mais les États-Unis sont aussi prévisibles. »
- 6:06Locuteur non identifiéFait
« Si c'est sous l'égide des Nations Unies, il y a la finule au Sud-Liband. »
- 6:17Locuteur non identifiéFait
« C'est soit l'armistice, soit un traité de paix. »
- 6:31Locuteur non identifiéFait
« On ne va pas déléguer toute notre souveraineté, ou le peu qu'il en reste, à Mme von der Leyen, à l'Union européenne. »
- 7:26Invité politiqueFait
« Il y a aussi beaucoup de petites politiques par rapport à la doctrine française qui restent relativement changées depuis 1960 en reconnaissant une dimension européenne des intérêts vitaux. »
- 10:05Locuteur non identifiéFait
« Est-ce que les intérêts vitaux de la France sont menacés ? »
- 10:30Invité politiqueFait
« Aucun changement depuis 1960 en matière de doctrine concernant l'arme nucléaire qui est conçue, produite, mise en œuvre, décidée par le président de la République. »
- 11:07Invité politiqueChiffre
« Des têtes nucléaires américaines sont présentes dans plusieurs pays européens, l'Italie, l'Allemagne, la Belgique par ailleurs. »
- 13:31InvitéChiffre
« Le plan réarmer l'Europe pourra mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros pour la défense et les dépenses d'une Europe sécurisée et résiliente. »
- 13:45PrésentateurChiffre
« 800 milliards pour mettre à niveau la défense européenne, dont 150 milliards de prêts pour investir en priorité dans la défense anti-aérienne. »
- 15:49Locuteur non identifiéFait
« Nous nous sommes en désaccord avec cette rhétorique de l'économie de guerre. »
- 18:03Invité politiqueFait
« Il faut qu'on arrive à faire face à des menaces hybrides du champ cyber, du champ informationnel. »
- 19:16Locuteur non identifiéChiffre
« 55% des armes achetées au sein de l'Union européenne proviennent des États-Unis. »
Temps de parole
- Philippe Ballard21 %
- Locuteur non identifié20 %
- Locuteur non identifié 219 %
- Locuteur non identifié 318 %
- Présentateur16 %
- Présentateur 24 %
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– Philippe Ballard, on a entendu la réaction de Marine Le Pen qui parle de décision brutale et illégitime.
– Elle dit cruelle et brutale.
– Illégitime ? Elle est illégitime la décision du président américain ?
– Je peux en parler au nom du président des États-Unis, mais elle est cruelle, elle est brutale. On a compris que ce qui guide Donald Trump, comme tous les présidents américains d'ailleurs qui sont isolationnistes, c'était les intérêts économiques notamment des États-Unis avec l'histoire des terres rares. Et puis c'est aussi par ricochet essayer de désarimer la Russie de la Chine. Donc alors que des dizaines de milliers, centaines de milliers d'Ukrainiens, un million d'ailleurs de soldats et de civils russes et ukrainiens ont déjà péri depuis trois ans, oui c'est un coup cruel, brutal et incompréhensible qui est donné aux Ukrainiens.
– Marie Récal, quand vous voyez cette séquence, vendredi l'esclandre contre Volodymyr Zelensky dans le bureau Oval, aujourd'hui cette annonce, Trump fait le jeu de Poutine, c'est officiel, il a choisi son camp ?
– On peut sans doute le dire, oui, qu'il a choisi son camp, mais on a l'impression de tomber de l'armoire. En fait, il ne fait que ce qu'il avait dit, qu'il avait dit pendant sa campagne, ce qu'il a fait lors de son premier mandat avec plus de tempérance, il est vrai. Mais en fait, ce qui nous surprend, c'est le calendrier. Il est arrivé au bureau Oval le 20 janvier et les choses se précipitent. On se couche un soir, le lendemain, des annonces plus que dramatiques sont faites pour l'Ukraine et pour l'Europe, je dois dire. Donc ce qui nous surprend, c'est l'accélération du temps auquel on n'était pas préparé.
Par contre, sur le fond, on n'est pas très surpris de la position du président américain qui ne fait qu'exécuter ce qu'il avait dit.
– Daniel Obono, Volodymyr Zelensky propose aujourd'hui, on l'a entendu, une trêve dans le ciel et sur la mer pour réitérer l'engagement de l'Ukraine vers la paix qui est remise en cause, on l'a compris, dans le discours américain. Il pose évidemment une condition que la Russie en fasse de même. Est-ce que c'est possible sans pression américaine ?
– Écoutez, de toute évidence, Donald Trump et les États-Unis d'Amérique ont décidé de clore leur soutien à l'Ukraine pour passer à autre chose, c'est-à-dire leur confrontation avec la Chine. Et c'est ce qu'on voit effectivement se déployer et c'est le programme sur lequel il a fait campagne et qu'il annonce depuis un certain temps. La précipitation, c'est la même d'ailleurs que ce qu'il met à démanteler une partie de l'aide étatsunienne à l'étranger. Et donc voilà, il avance au pas de charge.
Et de ce point de vue, effectivement, l'enjeu c'est de faire en sorte que les Ukrainiens, en premier lieu, puissent avoir leur mot à dire en premier concerné dans comment vont se faire les négociations de paix et le cessez-le-feu. Et donc évidemment, il faut qu'ils puissent avoir un certain nombre de garanties. Nous, nous le disons depuis le départ, il faut des garanties mutuelles de sécurité. Et quand on dit mutuelles, c'est d'abord en premier lieu pour l'Ukraine, qui est le territoire et le pays qui a été agressé, sur lequel la question de son intégrité territoriale est posée. Et donc c'est un élément qu'il faut prendre en compte de la part des États-Unis d'Amérique.
La question, c'est que malheureusement, Donald Trump, aujourd'hui, n'écoute pas ou écoute peu d'autres voix que celles de ses propres intérêts.
La sienne et peut-être celle de Vladimir Poutine. Thomas Gassiou, sur les conséquences de cette annonce, est-ce que la France, par exemple, est en mesure de suppléer aux besoins de l'armée ukrainienne après cette annonce ? Est-ce qu'on a les moyens de prendre le relais ?
La conséquence, c'est tout simplement que les Européens doivent sortir de leur minorité stratégique. Ils doivent s'assumer comme une puissance. Ils sont 500 millions. Et aujourd'hui, ces 500 millions d'Européens demandent aux 350 millions d'Américains de les protéger contre 150 millions de Russes. Et bien, ces 500 millions d'Européens, ils doivent prendre conscience qu'ils sont une puissance. Ils doivent assumer par eux-mêmes leur sécurité. Et pour cela, la France a un rôle primordial à jouer, puisque depuis le début, la France sait que cette autonomie stratégique, elle est importante.
Et elle met en œuvre, depuis les années 60, une politique d'indépendance, notamment portée par le général de Gaulle, qui dit que non seulement, bien entendu, les États-Unis sont nos alliés, mais les États-Unis sont aussi prévisibles. Et on ne peut pas mettre notre sécurité entre leurs mains. Et donc, aujourd'hui, il faut qu'on arrive à bâtir en Européens les moyens de nous défendre nous-mêmes.
– Marie-Erika, est-ce qu'on a la capacité de production d'armes de défense, par exemple ? Les Américains fournissaient des missiles patriotes pour empêcher les attaques de bombes russes. Est-ce qu'on a les moyens de prendre ce relais-là, d'un point de vue même de la production, de la technologie en Europe ?
C'est une vraie question. On a des moyens. Et la France, de ce point de vue-là, n'est pas si en retard que parfois on veut bien le dire. Bien au contraire. La question, c'est celle du ramp-up. Est-ce qu'on va être en capacité de produire rapidement ? Et si tant est qu'on ait les budgets en face, c'est une vraie question sur la loi de programmation militaire, les budgets qui seront nécessaires. La revue nationale stratégique, dont la révision est lancée, ne suffira pas à répondre à ces questions. C'est la raison pour laquelle on a interrogé d'ailleurs le gouvernement encore cet après-midi, ma collègue anapique notamment, sur ces sujets-là.
Parce que la question, c'est l'outil industriel derrière suffira-t-il ? Sera-t-il au rendez-vous ? Les industriels français sont au rendez-vous. Mais aurons-nous la capacité collectivement de mobiliser suffisamment pour pouvoir fournir le matériel nécessaire ? Quel matériel par ailleurs ? Parce qu'aujourd'hui, on sait qu'on a des sujets, notamment sur la frappe en profondeur, et d'autres sujets importants et stratégiques.
– Alors je voudrais qu'on revienne sur des points concrets, pour comprendre vos positions qui sont loin d'être unanimes. On l'a vu hier lors du débat à l'Assemblée sur l'envoi de troupes en Ukraine, l'utilisation des avoirs rugelés, et la question de la dissuasion de l'Uklaire. On est loin de l'unité nationale. Philippe Ballard, sur la question des troupes françaises, sur le sol ukrainien d'abord, pour assurer un hypothétique maintien de la paix à venir, Marine Le Pen a dit que ce serait une folie. À quel titre ?
– Marine Le Pen a été très claire. Si c'est sous l'égide des Nations Unies, il y a la finule au Sud-Liband.
– Ils sont très compliqués, étant donné que la Russie est membre du Conseil de sécurité.
– Non mais une guerre, ça se finit toujours de la même façon. C'est soit l'armistice, soit un traité de paix. Donc dans ce traité de paix à négocier, il peut y avoir des clauses sur le déploiement de troupes au sol, mais sous le contrôle de l'ONU. Il est hors de question d'envoyer des troupes françaises au sol. On ne va pas déléguer toute notre souveraineté, ou le peu qu'il en reste, à Mme von der Leyen, à l'Union européenne. Enfin la France, c'est un grand pays. On a l'arme nucléaire avec le Royaume-Uni, mais qui, comme vous le savez, n'est plus dans l'Union européenne. On a un siège au Conseil de sécurité de l'ONU, que M.
Macron d'ailleurs voulait partager avec l'Allemagne, comme sur le nucléaire. On n'a pas très bien compris sa position. Donc pour uniquement prendre cet exemple des troupes françaises au sol en Ukraine, la réponse, elle est très claire, c'est non. Thomas Gassiou, sur cette question des troupes françaises en Ukraine.
Oui, alors il y a plusieurs points qui ont été indiqués, à mon sens, qui ne sont pas tout à fait exacts. S'il y a des troupes françaises en Ukraine, ils ne sont pas sous commandement européen forcément. Il n'y a jamais eu question de partager le siège permanent de la France au Conseil de sécurité. Et pour les questions de dissuasion, il y a aussi beaucoup de petites politiques par rapport à la doctrine française qui restent relativement changées depuis 1960 en reconnaissant une dimension européenne des intérêts vitaux. Moi, ma position personnelle, c'est que la première garantie de sécurité pour les Ukrainiens, c'est l'armée ukrainienne.
Et donc aujourd'hui, la priorité, c'est de continuer à conforter l'armée ukrainienne, y compris si demain, un cessez-le-feu ou une trêve est signé. Et la question éventuelle des troupes au sol, qui ne seraient pas des troupes combattantes, mais des troupes, on va dire, de maintien de la paix, pourraient se poser effectivement dans un cadre européen.
– Daniel Obono, votre position sur ce sujet de l'envoi des troupes françaises au sol en Ukraine pour sécuriser le pays, en cas de paix avec la Russie ?
– Encore une fois, la question, c'est quels moyens avons-nous pour cela ? De quelle manière des troupes françaises seraient en capacité de sécuriser quoi que ce soit sur ce territoire ? L'objectif, quel est-il ? Quel est l'objectif que nous poursuivons ? Pour qu'il y ait un cessez-le-feu, que la guerre s'arrête et qu'il puisse y avoir un certain nombre de garanties qui soient données à l'Ukraine en premier lieu et à la Russie. Et donc, pour cela, il faut d'abord des moyens diplomatiques pour faire en sorte que les conditions du cessez-le-feu et de la paix soient respectées et soient garanties pour l'ensemble des débelligérants.
Donc, pour ce qui est de l'engagement, nous, vous le savez, nous défendons l'engagement multilatéral au sein de l'ONU et la France au sein de l'ONU fait partie du Conseil de sécurité et doit bien évidemment prendre sa part. Mais là, en fait, on n'est pas dans un cadre de discussion au niveau onusien. On est dans un cadre où il faut d'abord faire en sorte que les parties soient autour de la table, que tout le monde soit autour de la table et pas que ce soit une discussion, effectivement, entre Donald Trump et Vladimir Poutine et qu'on ait les moyens ensuite de faire en sorte que la négociation puisse se faire et qu'on apporte ensuite les moyens dans cette négociation de paix.
Envoyer des troupes pour envoyer des troupes, ça n'a pour le coup aucun intérêt concret sur le terrain.
– Revenons sur un autre sujet que vous avez commencé à évoquer, la dissuasion nucléaire. Philippe Ballard, Marine Le Pen, là aussi, a une position tranchée hier lors des débats à l'Assemblée. La partager, c'est l'abolir, a-t-elle dit. D'accord, mais la France est le seul pays européen à en disposer. Si les États-Unis ne sont plus là, que fait-on ? On laisse les autres pays européens à leur triste sort ?
– Non, mais l'arme nucléaire, le feu nucléaire, comme on dit, ça ne s'emploie pas n'importe comment. Enfin, c'est un dernier, tout, tout, tout dernier recours. Le général de Gaulle avait dit si le Benelux, l'Allemagne sont menacés et si les intérêts vitaux, c'est ça. En fait, le mot-clé, c'est ça. Est-ce que les intérêts vitaux de la France sont menacés ? Dans ce cas-là, oui, on emploie l'arme nucléaire, mais ce n'est pas un char d'assaut, une arme nucléaire. Enfin, il faut juste avoir conscience quand même de ce que ça peut représenter. Donc, si nos intérêts vitaux sont menacés, oui, il y a l'arme nucléaire dont dispose la France. – Thomas Gassiou, sur cette question,
le chef de l'État a semblé faire une ouverture. – Aucun changement depuis 1960 en matière de doctrine concernant l'arme nucléaire qui est conçue, produite, mise en œuvre, décidée par le président de la République. C'est d'ailleurs pour ça que la Ve République donne au président de la République la force du suffrage universel pour engager la dissuasion au nom de l'ensemble des Français qui sont viscéralement attachés à leurs intérêts vitaux. Simplement… – Et la question ne s'était jamais posée ?
– Et la question… – Comme elle se pose aujourd'hui pour des voisins européens, par exemple à Pologne.
– La dimension européenne des intérêts vitaux a été rappelée. Et le président de la République, effectivement, a fait un appel à un dialogue avec les voisins pour voir dans quelle mesure cette dissuasion peut concourir encore davantage à la sécurité européenne. Il y a quelque chose que tout le monde oublie aujourd'hui, c'est que des têtes nucléaires américaines sont présentes dans plusieurs pays européens, l'Italie, l'Allemagne, la Belgique par ailleurs.
Et si les Américains se désengagent totalement du théâtre européen, il faudra qu'on a ces dialogues stratégiques pour voir comment la dissuasion nucléaire française, et qui restera française, peut concourir encore davantage à l'autonomie stratégique européenne.
– Marie-Hérécal, il y a un autre sujet qui sous-tend le débat qu'on a, c'est la question du budget, de la défense. Il est d'environ 2% du PIB aujourd'hui. Emmanuel Macron évoquait le chiffre de 5%. Il faut passer en économie de guerre, si le ministre de l'Économie a répondu oui à cette question ce week-end.
– Écoutez, ça fait partie des sujets sur lesquels on se positionne les uns et les autres, sur lesquels on travaille à la Commission de la Défense depuis un petit moment déjà, de toute façon. Bien évidemment qu'il faut augmenter le budget de la défense. On le sait, la défense a connu des années difficiles. On avait déjà remonté le budget depuis 2015. La question a été poursuivie et cet effort a été maintenu. On est aujourd'hui dans une situation inédite. Est-ce que c'est 3%, est-ce que c'est 5% ? Les chiffres en soi ne signifient pas grand-chose.
Ce qui est certain, c'est que l'effort de défense va être nécessaire, couplé à un questionnement sur un emprunt de défense éventuellement, d'ailleurs que le président de la République a également abordé. On ne sait pas encore trop bien sur quel sujet. Mais oui, on est très clairement passé dans un autre moment, dans une autre économie. Et pour revenir à la question que vous avez posée, non pas sur les troupes, mais sur l'OTAN et sur le positionnement de la France et de l'Europe, on a aujourd'hui la nécessité, enfin je dirais, enfin en tout cas ça apparaît au grand jour, de prendre nos responsabilités, d'avancer.
Moi je me souviens avoir travaillé et commis un rapport sur l'Europe de la défense en 2014. Je l'ai repris, il n'y a pas grand-chose qui a bougé.
Les choses ont l'air d'avancer quand même, on va y venir. Sur le plan européen, il y a eu des avancées importantes aujourd'hui. La présidente de la commission, Ursula von der Leyen, a annoncé un plan pour réarmer l'Europe. Avant un conseil des chefs d'État qui s'annonce décisif jeudi. Dario Borgogno vous résume ces derniers événements. Face aux tensions diplomatiques, l'Union Européenne a décidé de renforcer sa défense.
L'Europe est prête à assumer ses responsabilités. Le plan réarmer l'Europe pourra mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros pour la défense et les dépenses d'une Europe sécurisée et résiliente.
800 milliards pour mettre à niveau la défense européenne, dont 150 milliards de prêts pour investir en priorité dans la défense anti-aérienne, missiles, drones ou encore dans les systèmes d'artillerie. La présidente de la commission propose aussi de sortir les dépenses militaires de la règle stricte du 3% du PIB. En clair, permettre aux États d'augmenter leur budget de défense sans se faire épingler par Bruxelles pour déficit excessif. Un discours d'économie de guerre qui résonne notamment en France.
On va devoir réfléchir aussi à nos modèles économiques, à investir plus dans la tech, dans la défense, pour dépendre moins des autres, et notamment des États-Unis, et être capable de jouer des coups.
Ursula von der Leyen veut aussi faciliter les prêts par la Banque Européenne d'Investissement, pour l'instant interdite de financer des projets de défense. Pour sa sécurité, la commission suggère d'utiliser des fonds d'aide pour les régions défavorisées de l'Europe et se tourner vers des fonds privés. Ces propositions seront discutées ce jeudi lors d'un Conseil européen extraordinaire. Thomas Gassiou, ces annonces marquent-elles un tournant ? C'est l'Europe de la défense que Emmanuel Macron appelait de ses voeux et qu'il était seul jusqu'ici à défendre, qui pourrait prendre forme sous nos yeux ?
Oui, c'est un vrai tournant. Il faut rappeler brièvement ces 30 dernières années, depuis les années 90, depuis la fin de la guerre froide, où on était à 5 ou 6% du PIB en matière de défense. On a réduit drastiquement les budgets de défense. Et finalement, qu'est-ce qu'on a conservé ? On a conservé la dissuasion nucléaire, qui reste crédible, et on a conservé une capacité expéditionnaire à mener des opérations limitées, loin, contre un ennemi souvent bien moins équipé que le nôtre. Aujourd'hui, il faut qu'on passe dans une nouvelle étape, il faut qu'on réapprenne ce qu'on savait faire pendant la guerre froide, en regagnant en masse, en épaisseur de nos armées.
Il faut qu'on réussisse également les grands défis technologiques qui sont en cours et qui modifient la manière de faire la guerre. Et troisième chose, il faut qu'on arrive à faire face à des menaces hybrides du champ cyber, du champ informationnel, pour lequel on n'est pas toujours bien équipé. Daniel Obono, je vous vois faire nom de la tête.
Non, effectivement, nous nous sommes en désaccord avec cette rhétorique de l'économie de guerre, parce qu'aujourd'hui, nous pensons que s'il y a une menace existentielle qui existe, c'est la menace existentielle du dérèglement climatique, de la nécessaire bifurcation écologique, et que face à ça, nous devrions mettre les moyens, et la coopération, et les financements à la hauteur. Et aujourd'hui, y compris une discussion sur l'économie de guerre, ça sert, comme effectivement l'a dit le ministre de l'Économie, à justifier, y compris d'autant plus d'austérité.
On va nous expliquer, c'est l'économie de guerre, et donc vous allez devoir accepter, comme c'est le cas dans certains pays du Nord, où c'est annoncé de travailler jusqu'à 70 ans, parce que vous comprenez, c'est l'économie de guerre, vous devriez accepter toujours moins de financements pour l'éducation, etc. Ce sont des choix politiques, souverains, qui ne peuvent être laissés à la décision de Mme van der Leyen, qui fait des annonces, mais bien au-delà de ce que sont ses prérogatives, je le rappelle. Et puis, c'est un choix de société.
Nous, nous pensons par ailleurs qu'il y a des besoins en termes de défense, bien entendu, qu'on doit évaluer, mais on part des besoins, pas de l'incitation à une escalade militaire qui ne va enrichir que les marchands de canon, au détriment des besoins écologiques, démocratiques et sociaux de nos sociétés, et parce que nous pensons effectivement que nous serons d'autant plus protégés que les droits humains, sociaux et économiques seront garantis, que nous aurons aussi, par exemple, une diplomatie à la hauteur. Depuis ces dernières années, notre corps diplomatique est remis en cause et cassé. Il y a même eu des mobilisations dans ce corps traditionnellement plutôt discrets.
Et c'est ce genre d'armes diplomatiques dont nous avons besoin, et pas de simplement offrir des marchés à toutes les industries militaires.
Thomas Gassiou, rapidement, et puis Philippe Ballard, ensuite, il veut répondre. Il ne faut pas opposer, à mon avis, l'ensemble des objectifs. Les objectifs de transition énergétique, de biodiversité, sont une condition de durabilité de la société. Mais je pense que l'effort de défense est aussi une condition de durabilité de notre société. Vous n'avez pas de possibilité de faire d'éducation, de culture, de social, de développement économique, si vous n'êtes pas en mesure d'assurer vous-même votre propre sécurité. Donc, n'opposons pas les choses. Et l'effort de défense, c'est vraiment une condition de durabilité de nos sociétés.
C'est pour ça que moi, j'ai proposé de faire un livret défense, de la même manière qu'existe un livret de développement durable, pour qu'on puisse ensemble flécher une partie de l'épargne des Français pour cet effort de défense. Parce que je pense qu'au même titre des investissements en matière de développement durable ou du logement social, investir dans notre défense, c'est permettre d'avoir une société plus durable.
– Voilà, pour l'idée du livret de défense, on verra si elle est retenue. Elle a été proposée, y compris par des députés de droite, je crois, pendant les débats hier. Philippe Ballard, ces annonces d'Ursula von der Leyen, qu'est-ce que vous dites ? La présidente de la Commission européenne, elle est dans son rôle ou pas ?
– Elle ferait mieux de se mêler de ce qu'il la regarde. Ce n'est pas à Mme von der Leyen de nous dicter ce que l'on doit faire, nous, comme pour tous les autres pays de l'Union européenne. – Elle avait été mandatée par les chefs d'État. – Pour Mathieu et Mme von der Leyen, elle est à la tête de son instance. Mais moi, je vous renvoie, vos confrères de la tribune ont publié une lettre des industriels de la défense française et qui disent texto « Bruxelles n'a pas à s'arroger des droits qu'elle n'a pas ». Voilà, c'est notre souveraineté. En matière de défense, la souveraineté, c'est fondamental. – À ce stade, on parle de financement, Philippe Ballard,
personne ne dit que la Commission va décider de l'emploi de l'armée française.
– 800 milliards, d'accord. Alors 800 milliards pour acheter quoi ? Du matériel américain, 55% des armes achetées au sein de l'Union européenne proviennent des États-Unis. On va être encore plus dépendants. Et puis pardon, il y a un autre point, parce que 800 milliards, là, on va mutualiser sans doute cette dette. Donc on va perdre là aussi, d'un point de vue financier, notre souveraineté sur la défense. Donc c'est deux fois non aux propositions de Mme von der Leyen.
– Marie Récal, il y a une nouveauté dans ces annonces. C'est l'assouplissement des règles budgétaires pour financer cet effort de défense. Les pays européens pourront aller au-delà des 3% pour un déficit sur les questions de défense. C'est une sorte de tabou qui saute.
– Alors le sujet, c'est une demande de longue date de sortir les questions de défense et les dépenses de défense de la règle de calcul des 3%. Il faut être très prudent avec cette chose-là, même si c'est une piste très intéressante. Il faut vraiment faire très attention sur ces sujets-là. Ça demande un certain travail. Mais oui, c'est une piste importante. Parce que ça dépendra des dépenses de défense aussi que l'on fait rentrer. On est vraiment aux prémices de cette réflexion qu'il ne faut pas, bien sûr, éviter. Mais je pense que c'est une piste importante. Sur les 800 milliards, la question, effectivement, elle est de savoir à quoi vont servir ces 800 milliards.
Qu'est-ce qui sera attribué à l'Ukraine pour sa défense ? Qu'est-ce qui reviendra aux industries européennes et françaises, évidemment, en matière de défense ? Il ne s'agit pas non plus, comme ça a été dit, d'une défense européenne, d'une armée européenne. Je pense que chaque pays n'est pas prêt, et c'est normal, à laisser sa souveraineté stratégique au plan européen. Par contre, qu'une coordination européenne, on a désormais un commissaire à la défense européenne, qui n'était pas le cas pendant très longtemps. On a des sujets à traiter en commun. Mais ça existe depuis un long temps.
En fait, nos forces, aujourd'hui, sur le territoire européen, travaillent en format OTAN depuis longtemps, mais pas forcément sous commandement américain. Les commandements sont français, sont la plupart du temps européens, au sens des États, mais ce sont des exercices OTAN. Aujourd'hui, on sait faire travailler dans le format OTAN. Et par ailleurs, dans l'OTAN, il n'y a pas que les États-Unis.
Je voudrais dire que la défense, ce n'est pas non plus, et je pense qu'on sera d'accord là-dessus, que des capacités militaires, des financements. La défense, c'est aussi un rôle pour chaque citoyen qui doit comprendre la nouvelle donne du monde. Chaque citoyen est une cible de nos compétiteurs stratégiques, ne serait-ce qu'au travers du champ informationnel, des opérations cyber. Et donc chacun doit avoir conscience dans le monde dans lequel on est, et on doit développer tous ensemble une culture de défense.
On doit faire en sorte que la défense soit l'affaire de tous, pour que des chefs d'entreprise, des ouvriers, des agriculteurs, se demandent qu'ils soient en mesure d'apporter à la souveraineté du pays,
au-delà des grands choix capacitaires. – Vous parlez des citoyens, je voudrais qu'on fasse un tour de table rapidement, peut-être pour terminer sur une idée qui a ressurgi dans le débat, notamment en Allemagne, sur la question du service militaire. Vous l'avez peut-être entendu. Il va falloir se reposer aussi cette question en France, Philippe Ballard.
– Alors je fais partie d'une classe d'âge qui est inconnue, un service obligatoire. Il y avait un brassage, mais il faut se méfier aussi, ce n'est pas forcément idyllique, parce qu'en fonction de son incorporation, on tombait la 08 par exemple, c'était ceux qui étaient incorporés au mois d'août ou au mois d'octobre, il y avait beaucoup d'étudiants, donc c'était plutôt intellectuel. Et moi il se trouve que j'étais intégré à la 04 avril, et il y avait des gens qui étaient analphabètes, mais tant mieux, dans la chambre et le soir, on leur apprenait à lire et à écrire. Après la question… – Ça c'est pour les moments de vie, mais sur le plan de la défense.
– Après, est-ce qu'on a des casernes suffisamment ? On a tout vendu, on s'est séparés aussi, il faut les loger quand même ces soldats. Donc ce n'est pas quelque chose qu'on fait en un claquement de doigts, et ça prendra, si c'était le cas, sûrement plusieurs années. Mais enfin, à l'heure actuelle, je ne pense pas que ce soit la voie vers laquelle il faille se diriger. – Sous-titrage Société Radio-Canada –
Philippe Ballard