Nicolas Sarkozy, "navire fantôme" russe, crise politique... L'interview en intégralité d'Alain Juppé
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Prenez place. Monsieur Jupé, bonsoir. Président du RPR, président de l'UMP, maire de Bordeaux.
Pendant, ça s'est passé pendant plus de 20 ans. Vous êtes aujourd'hui membre du Conseil constitutionnel. Vous publiez l'heure du choix pour une déclaration d'indépendance des Européens.
C'est publié chez Talandier. Bonsoir Alain Jupé. Bonsoir.
Merci de votre invitation. Je merci d'avoir accepté cette invitation. Je voudrais peut-être, je sais que vous n'aimez pas commenter l'actualité.
Euh je sais que vous avez sans doute vu dans les couloirs en patientant ce qui est en train de se passer aujourd'hui quelque part au large des côtes françaises du côté de Saint-Nazer où un navire russe faisant partie de la flotte fantôme russe, ces ces centaines de navires qui emmènent du pétrole un peu partout sur la planète euh en en passant outre les les sanctions, a été arraisonné par l'armée française. Des commandos marines sont montés sur ce bateau ces ces dernières heures. Euh vous avez été ministre des affaires étrangères.
On en est où là de l'escalade entre la France et la Russie quand vous voyez ces images ? Vous disiez que je n'aime pas commenter la politique simplement dans le cas de mon devoir de réserve, mais là s'agissant de la politique internationale ou des relations en France avec la Russie, euh ce n'est pas domaine de compétence du Conseil constitutionnel. Donc je peux m'exprimer.
Je crois que euh nous sommes devant une réalité dont il faut bien prendre conscience. Poutine a une stratégie claire. installer à Kief un régime fantoche comme il l'a fait en Biélorussie et disloquer l'Union européenne.
Dis du choix, c'est le titre de mon livre est très clair. Est-ce que nous nous couchons ou est-ce que nous assurons notre sécurité ? Et quand on envoie des militaires sur un bateau, on se couche pas. lorsque nous avons des doutes, j'espère que c'est sur cela que repose cette intervention sur une éventuelle agression de euh de la Russie vis-à-vis de nos intérêts propres et notamment ces drones qui circulent un petit peu partout autour de la mer Baltique, ils ont bien une origine.
Malgré tout, nous devons réagir et je pense qu'aujourd'hui nous avons raison de marquer le coup. Alain Jupeté, vous connaissez bien Nicolas Sarkozi, vous l'avez depuis 40 ans. Il fait partie de votre famille politique, même si vous arrivez d'ailleurs d'avoir des désaccords assez forts avec lui.
Je sais encore une fois qu'il y a le devoir de réserve. Vous allez me le dire sans doute à beaucoup de mes questions, mais un ancien président, quel qu'il soit, qui va en prison, est-ce que vous dites tout de même que c'est un choc pour la France et pour les Français ? C'est évidemment un choc et on voit bien aujourd'hui que c'est en train de déchirer finalement l'opinion publique française avec ceux qui le soutiennent et ceux qui le critiquent.
Je pense que nous avons euh pas besoin de ce nouveau choc et de ce nouveau déchirement. J'ai passé 40 ans de ma vie politique avec Nicolas Sarkozy. Nous avons eu des moments d'accord, des moments de désaccord.
Euh j'ai toujours apprécié son énergie, sa volonté, son courage pour défendre les intérêts de la France et des Français. J'ai pas changé d'avis sur ce point. Sur la condamnation dont il vont être vient d'être l'objet.
Je n'ai pas de commentaire à faire. Votre livre est sorti avant la condamnation de Nicolas Sarkozy. Oui.
Euh quelques jours avant, c'est un livre sur la France, sur un livre sur le monde également. C'est un livre optimiste. On aura peut-être l'occasion d'en parler, mais vous écrivez dans les premières pages du livre quelque chose qui forcément aujourd'hui raisonne un peu à nos oreilles.
On entend, écrivez-vous, souvent dénoncer le gouvernement des juges. De plus en plus régulièrement des décisions de justice sont critiquées. C'est le cas aujourd'hui.
Nicolas Sarkozy parle de violation de l'état de droit. Comment vous accueillez ces critiques ? Il y a un climat antijuge aujourd'hui dans sa bouche.
Les Français n'ont pas vraiment confiance dans leur justice. Il lui reproche d'être trop lente. Faudrait peut-être lui donner les moyens d'être plus rapide.
Il lui reproche d'être laxiste alors que les prisons sont surpeuplées. Là, c'est pas le reproche qui lui est fait par Nicolas. Mais c'est la défiance générale vis-à-vis de la justice qui qui se manifeste.
Or, l'indépendance de la justice est un des piliers de notre démocratie et on peut critiquer une décision de justice. La justice, les juges peuvent se tromper. C'est la raison pour laquelle d'ailleurs il y a une procédure d'appel et de cassation pour revoir éventuellement les décisions des premiers juges.
En revanche, attaquer les juges, les menacés, les menacés de mort comme ceci vient de se passer, c'est totalement inacceptable et c'est un signe hélas du délitement de l'esprit public. Vous écrivez encore, je vous cite, "Les hommes et les femmes politiques devraient résister à la tentation de protester lorsque les tribunaux leur appliquent des sanctions qu'en tant que législateur, ils ont inscrit dans les codes." Ça veut dire quoi ?
On peut pas critiquer une décision de justice. C'est un point essentiel hein. On parle beaucoup de l'exécution provisoire aujourd'hui.
C'est pas le problème des juges. Les juges appliquent le lo C'est le problème du législateur. Si le législateur considère que ce qu'il a voté il y a quelques temps abouti à des résultats contables, c'est à lui de changer la loi et pas au juge.
Quand vous avez eu affaire vous à la justice il y a très longtemps de ça, vous avez été condamné en première instance puis en appel à 1 an. La peine a été réduite à 1 an d'inéligibilité. Vous n'avez jamais eu de propos contre la justice.
Vous êtes retenu. Je n'ai pas le souvenir de l'avoir tenu. On a cherché, on a pas trouvé mais on a peut-être mal cherché.
Non, mais c'est que vous avez bien cherché. Je crois que c'est assez révélateur aussi. En première instance, le jugement avait été pour moi terrible puisque les juges avaient estimé que j'avais trahi la confiance du peuple français, ce qui d'ailleurs était pas très juridique mais plutôt politique.
Le jugement en appel m'a rendu mon honneur en expliquant que j'avais pas mis un sous dans ma poche et que je ne devais pas être le bouc émissaire de mon parti. Voilà. Donc les choses s'étaient passées comme elles se sont passées.
C'était il y a 20 ans ça. Eu beaucoup d'incidents sur ma vie politique. Monsieur euh juste sur ce point là justement euh vous êtes un homme de de principe.
Il y a une question qui est beaucoup débattue à savoir si les juges ont pris le pouvoir, s'ils font trop de politique. Est-ce qu'ils peuvent militer ? Est-ce qu'ils peuvent se synder ?
Quelle est votre position sur ce point-là ? Je pense que le droit syndical peut s'appliquer au juges naturellement. Cela dit, ce doit être compatible avec leur déontologie personnelle qui est au moment où ils jugent de faire preuve d'impartialité, de neutralité.
Ça c'est un point tout à fait essentiel qui repose évidemment sur la conscience des juges mêmes. Il y a cette idée aussi en France que les juges ne sont responsables devant personne. Voilà.
Alors, il y a le Conseil supérieur de la magistrature qui est une instance qui comporte une formation disciplinaire pour juger éventuellement des erreur ou des manquements des juges. Je voudrais simplement dire que il faut ramener ça quand même à un principe fondamental qui est l'indépendance de la justice dans le cadre de la séparation des pouvoirs. Nous nous sommes battus pour ça.
Pendant très longtemps. C'était la même personne qui faisait la loi, qui dirigeait le gouvernement et qui rendait la justice. Ça s'appelait le monarque absolu.
En 1789, on a fait une révolution pour mettre un terme à tout cela et pour faire en sorte que la séparation des pouvoirs garantisse nos libertés. L'indépendance de la justice, c'est aussi la garantie des libertés fondamentales des citoyens. Nous avons la chance de vivre en France dans un pays de liberté.
Nous ferions bien d'être prudents dans ce domaine parce qu'on les perd vite, on les retrouve difficilement. Mais pour applier la défiance des Français envers leur justice, est-ce que est-ce que c'est le signe d'un pays démocratiquement malade ? Est-ce que vous sentez Oui.
La démocratie française et c'est ce que j'essaie de dire dans mon livre en prenant un peu de recul par rapport à l'actualité immédiate, la démocratie française est en crise et pas simplement la démocratie française. Quand vous voyez ce qui se passe en Grande-Bretagne, même à d'Allemagne où on voit la montée de de partis populistes et extrême, c'est un signe de maladie de la démocratie. Ça se traduit dans des taux d'abstention qui ne cessent de croître bien entendu par l'affaiblissement des parti politique qui était réputé être des partis de gouvernement par la réputation détestable des hommes politiques et des femmes politiques.
Mais c'est la responsabilité des politiques aujourd'hui. Vous vous ne vous êtes pas exprimé sur cette décision vous les voyez tous. C'est un constat que je dresse.
À partir de là, il s'agit de savoir comment on réagit. Est-ce qu'on se résigne à laisser dériver un peu notre démocratie parce qu'elle est en cours de dérive de de de dérive aujourd'hui ? J'étais très frappé par une enquête auprès des jeunes français.
Je vous suis trois phrases qui sont ressorties de cette enquête. La France aurait bien besoin d'un Poutine. Trump est fou mais lui au moins il agit.
La démocratie et le suffrage ça marche plus. On aurait besoin d'un bon chef militaire. Voilà ce qui est en gestation aujourd'hui dans une partie de l'opinion publique française.
Nous n'avons pas le droit de laisser dériver ainsi nos principes démocratiques. Et pour ça, il faut proposer des solutions. Moi, j'en esquisse trois trois voix dans mon livre.
D'abord, essayez de redonner le plus souvent la parole au français. On a créé en 2008 une procédure qui s'appelle le référendum d'initiative partagée. On l'a conçu pour que ça ne marche pas.
Il y a tellement de conditions que ça ne peut pas marcher et ça ne marche pas. Donc si on veut vraiment donner la parole au français, il faut monter un système qui à condition d'écouter ce qu'ils disent euh parce que quand ils votent en en 2005, ils ne sont pas celui tout ça. La représentation nationale s'est ensuite prononcée sur ce sur ce dossier.
Les choses avaient évolué et on va pas indéfiniment ressasser ce qui s'est passé en 2005 que nous sommes en 2025 aujourd'hui. Ma deuxième piste, c'est que les seuls élus aujourd'hui qui conservent une certaine crédibilité dans l'opinion, ce sont les élus locaux et les maires en particulier. Pourquoi ?
Parce qu'ils sont proches des gens et qui font ceux qui ont tête pas de voter des textes ou de parler, ils font. Et bien rapprochons là aussi le niveau de décision du terrain. J'ai vu que ce sera la seule référence que je faisais que je ferai aux déclarations de monsieur le Cornu qu'il envisage une nouvelle étape de la décentralisation.
Je crois qu'il y a là une piste à explorer et puis enfin essayons avant de faire une loi nouvelle d'apprécier ce que la loi précédente a donné comme résultat. Ça s'appelle l'évaluation. On légifère tôt en France.
Pourquoi est-ce que les juges interviennent de plus en plus ? Parce qu'il y a de plus en plus de lois et donc ils appliquent les lois. Donc les chiffreront moins et reconcentrez-nous sur des choses qui sont vraiment efficaces.
L'heure du choix pour une déclaration d'indépendance des Européens. C'est votre livre Alain Jupé publié chez Talandier. Yeah.
Alain Juppé