Atteintes à la laïcité, budget, immigration: l'interview de Valérie Pécresse en intégralité
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Bonsoir Valérie Pécresse. Bonsoir Benjamin Duhamel. Merci beaucoup d'être avec nous ce soir. On va parler bien sûr dans un instant du budget, de votre coup de gueule du week-end, sur les dépenses de l'Élysée, de l'Assemblée nationale et du Sénat. On évoquera aussi l'opportunité, ou non, on en parlait il y a un instant, d'une nouvelle loi immigration. Mais d'abord, les collégiens et les lycéens ont aujourd'hui rendu hommage à Dominique Bernard et Samuel Paty, deux professeurs assassinés par des terroristes islamistes. Vous étiez tout à l'heure à Conflans-Saint-Honorin, au collège du Bois-d'Aulne.
Il va être renommé collège Samuel Paty, quatre ans après sa mort, un an après celle de Dominique Bernard. Est-ce qu'on protège mieux les professeurs, la laïcité, ou est-ce que c'est encore le pas de vague qui prévaut ?
Écoutez, c'est un mouvement d'abord très émouvant. Aujourd'hui, à Conflans-Saint-Honorin avec le Premier ministre, mais aussi hier à Arras. Et je crois qu'on a besoin aujourd'hui, effectivement, de protéger nos professeurs. C'est la réalité que nous vivons tous. La laïcité est de plus en plus questionnée. Et je trouve aussi que la violence s'invite dans les établissements. Et donc, moi, je l'ai dit, dans ma région, vous savez, la région est en charge des lycées. Et j'ai dit que tout enseignant ou tout agent de la région qui serait menacé, que ce soit par un parent, que ce soit par un élève, aurait mon soutien et la protection fonctionnelle de la région, s'il est agent de la région.
Le paradoxe, Valérie Pécresse, c'est que la ministre de l'Éducation nationale, Anne Jeuneté, a communiqué hier des chiffres sur les atteintes à la laïcité qui sont en net baisse. C'est ce qu'elle dit. Entre septembre 2023 et septembre 2024, on est passé de 838 faits recensés à 110 faits recensés en septembre dernier. Vous avez semblé expliquer que vous ne trouviez pas ces chiffres très crédibles. Qu'est-ce qui vous permet de douter du fait que les atteintes à la laïcité sont en baisse ?
Je précise ma pensée. Je pense que ces chiffres sont complètement en trompe-l'œil. Parce qu'en fait, l'année dernière, il y a eu cette décision courageuse du Premier ministre Gabriel Attal qui était d'interdire la Bayard. Enfin, à l'époque, il était ministre de l'Éducation nationale. D'interdire la Bayard. Et je pense que cette décision a suscité beaucoup de tensions dans les établissements quand il a fallu expliquer aux élèves que maintenant, il y aurait une police du vêtement dans l'établissement. Donc je pense qu'effectivement, il y a eu un pic de faits déclarés, sans doute à la rentrée dernière, qui n'existe plus aujourd'hui, puisque aujourd'hui, les choses se sont apaisées sur ce point.
Donc là, ça, c'est une bonne chose. Pourquoi je dis que ces chiffres sont en trompe-l'œil ? C'est parce que moi, je vois toutes les autres atteintes à la laïcité, c'est-à-dire en fait, les tensions autour de la laïcité, qui restent extraordinairement vives. Par exemple, il y a un an, on a eu une professeure à Paris qui a été menacée de mort par le frère d'une élève dans une sortie scolaire parce qu'elle lui avait demandé d'enlever son voile.
Mais ça ne s'est pas remonté ? Vous pensez qu'il y a une forme d'auto-censure, de dissimulation ? Parce que le ministère de l'Éducation nationale n'a pas intérêt à ne pas donner les chiffres.
Eh bien écoutez, il ne les donne pas. Il ne les donne pas. Moi, j'ai demandé que les régions soient destinataires de toutes les atteintes à la laïcité recensées dans les lycées d'Île-de-France. Pourquoi je l'ai demandé ? Pas par voyeurisme ou pas pour les dévoiler au grand public. J'ai demandé ces chiffres pour pouvoir agir. Si je vois un lycée où je m'aperçois qu'il y a des tensions, je peux faire des activités périscolaires, je peux faire venir des intervenants, je peux organiser des actions en lien avec la communauté éducative. Donc j'ai demandé à avoir les chiffres lycée par lycée. Je n'ai jamais eu ces chiffres. Or, les derniers chiffres qu'on avait eus du temps...
Qui ne veut pas vous donner ces chiffres ? L'État ne nous donne pas les chiffres lycée par lycée. La dernière fois que j'avais eu des chiffres un peu précis, c'était des chiffres qui montraient que c'était plutôt dans les lycées de centre-ville qu'on dénonçait les faits, et beaucoup moins dans les lycées des quartiers populaires. Et donc je me suis posé la question. Je me suis dit, mais est-ce que finalement, il n'y a pas une autocensure des enseignants ? Est-ce que finalement, quand on est soi-même confronté aux problèmes les plus compliqués de laïcité, est-ce que finalement, on ne se met pas en retrait ? Et c'est ce que certains enseignants me le disent.
Ils me disent, nous, dans les sorties scolaires, on a renoncé à demander aux élèves de retirer leur voile, parce qu'on se dit qu'on ne veut pas être menacé comme cette robe de Paris.
Vous dites la loi de 2005, elle n'est pas...
Je dis que dans certaines situations, les professeurs s'autocensurent parce qu'ils ne veulent pas aller au clash. Au lycée Maurice Ravel, on a eu un proviseur qui a demandé à une jeune fille d'enlever son voile, et il a été agressé. Mais au-delà de l'agression, il a été diffamé ensuite. On l'a traité d'islamophobe, il a été menacé. Donc vous voyez bien que les enseignants ont peur. La région a financé un très joli film avec François Civil, qui s'appelle Pas de vague. Et ce film montre la spirale d'un enseignant qui se retrouve dénoncé à tort et qui se heurte à une institution où c'est compliqué. C'est compliqué d'être défendu, parce qu'il y a toujours un doute quand on est dénoncé.
C'est parole contre parole. Et ce film est un film extrêmement poignant qui montre qu'il faut vraiment qu'on soutienne nos enseignants aujourd'hui. Alors la région sur la laïcité va faire quelque chose en 2025 de très spécial, parce que c'est l'anniversaire, malheureusement, le triste anniversaire des 10 ans et de l'attentat de Charlie Hebdo et du Bataclan. Et ça a endeuillé la région. Donc nous allons faire une opération avec une association en lien avec Charlie Hebdo, qui s'appelle Créer, Dessiner, Liberté.
Et on va donner un kit de 12 caricatures, des caricatures qui ont fait l'histoire de France, des caricatures qui sont très dignes, qui sont des caricatures humoristiques, de l'histoire de France. Et on va les donner aux enseignants pour enseigner la caricature. Parce que nous sommes la région de Samuel Paty et qu'on ne va pas baisser les bras sur l'enseignement de l'humour et sur les valeurs de la République. Et puis par ailleurs, on fera un concours, un concours pour tous les lycéens, qui s'appellera « La laïcité et moi ». Un concours de dessin humoristique. « La laïcité et moi »
Juste d'aller après, vous avez dit des caricatures qui sont dignes. C'est-à-dire, quel type de caricature vous avez ?
On a choisi des caricatures. On traite ce sujet avec la délicatesse qui est nécessaire.
Et il y a des caricatures religieuses ?
Il y aura des caricatures sur les religions, il y aura des caricatures sur l'oppression du peuple, il y aura des caricatures sur l'affaire Dreyfus, il y aura des caricatures qui ont marqué l'histoire de France et des caricatures contemporaines. Et on les a choisis avec les rectorats pour montrer que l'humour, c'est finalement l'esprit français et c'est la liberté d'expression et c'est la République. Et l'humour, voilà, personne ne peut aller contre l'humour.
Valérie Pécret, je voudrais qu'on parle du budget. Je recevais hier soir, il était à votre place, votre homologue des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, qui disait qu'il fallait davantage de baisse de dépense et des impôts seulement en dernier recours dans le budget 2025. Question simple que je lui posais d'ailleurs de la même manière. Est-ce que si vous étiez parlementaire, vous voteriez ce budget ?
Alors c'est très simple. Je l'ai dit il y a quelques années, vous avez suivi ma campagne présidentielle, la caisse était cramée. Elle était déjà cramée en 2022. Le drame, c'est que quand on est drogué à l'argent facile, finalement on continue la folie dépensière, on ne s'arrête jamais.
Et parfois votre famille politique n'a pas toujours été la plus, comment dire, à même de proposer des propositions d'économie.
Écoutez, M. Duhamel, moi j'étais candidate à la présidentielle et j'avais proposé des dizaines de milliards d'économies. Je n'ai pas trouvé mon public parce que tout le monde m'a dit que ce n'était pas vrai, on s'est moqués et on m'a dit que ce n'était pas grave. Écoutez, la vérité, elle est toute nue aujourd'hui. On a mis la poussière sous le tapis. Aujourd'hui, il y a une montagne de poussière et il faut un pompier qui s'appelle Michel Barnier pour venir éteindre l'incendie. C'est ça ce qui est en train de se passer aujourd'hui.
Alors, face à un incendie, face au risque d'une crise financière où les taux d'intérêt risqueraient d'augmenter massivement, vous savez, si les taux d'intérêt augmentent, ils ont déjà commencé. On est à des taux d'intérêt qui sont au-dessus de ceux de l'Espagne, de l'Italie et presque de la Grèce. Si les taux d'intérêt augmentent, que va-t-il se passer ? Les Français ne pourront plus emprunter, les entreprises ne pourront plus investir. Donc, il faut absolument éviter cette crise.
Il se trouve que j'étais ministre du budget, vous vous en souvenez peut-être, en 2011 avec François Baroin, au moment après la crise des subprimes, quand on a eu la crise des dettes souveraines, c'était la même chose. On était attaqué. Et donc, vous voteriez ce budget si vous étiez en position de voter ? Je le dis très clairement, ce budget doit être voté. Il doit être voté parce qu'on n'a pas le choix. Maintenant, il peut être infléchi au Parlement. Il doit être infléchi au Parlement parce que, je partage l'avis de Xavier Bertrand, il y a dans ce budget trop d'impôts et pas assez de baisse de dépense. Et notamment pas assez de baisse de dépense de l'État.
Parce qu'on nous dit « moins 5% sur les collectivités locales », ça va être extrêmement dur et extrêmement douloureux. Mais on va le faire. On n'a pas le choix. Le problème, c'est que l'État ne peut pas s'abstenir ou s'abstraire de faire la même chose chez lui. Quand j'ai vu que l'Élysée s'augmentait, que le Parlement s'augmentait, que des lignes budgétaires de l'État étaient augmentées, ça n'est pas possible.
On va en parler dans un tout petit instant. Mais simplement, je reste sur la question des impôts. Qu'est-ce qui vous choque quand on voit que les décisions sont prises d'augmenter l'impôt des plus fortunés, 250 000 euros, 500 000 euros pour un couple par an, des entreprises qui font plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires ? Ça, c'est vraiment choquant d'augmenter, de demander davantage à ceux qui peuvent contribuer ?
Non, ce n'est pas les deux hausses d'impôts qui me choquent. Celles qui me choquent, c'est celles qui sont dissimulées partout dans le budget, c'est-à-dire ces petites hausses de taxes qu'on ne voit pas bien, des taxes sur l'énergie, des taxes ceci, des taxes cela. Et vous l'avez bien vu, en réalité, on nous a dit deux tiers de baisse de dépense, un tiers d'impôt. Je pense que c'est raisonnable. En revanche, si c'est deux tiers d'impôt et un tiers de baisse de dépense, ça n'est pas suffisant. Et je le dis avec beaucoup de fermeté, je pense que les parlementaires ont un rôle à jouer.
C'est à eux d'identifier les structures qui ne servent à rien et à proposer des vraies lâcher-prises de l'État. L'État doit arrêter de vouloir tout faire. L'État doit se concentrer sur ces trois missions, protéger, éduquer, soigner. Et ces missions-là, il faut peut-être même augmenter leur budget. Parce que l'hôpital, parce que l'éducation et parce que la protection des Français en ont besoin. Mais en revanche, tout le reste.
Pardon Valérie Pécresse, mais je faisais référence tout à l'heure aux prises de position de votre famille politique. Effectivement, vous aviez un discours pendant la campagne présidentielle.
Écoutez, ma famille politique, c'est ma famille politique. Moi, c'est moi. Et moi, j'ai un discours qui est quand même assez courageux sur ce sujet.
Mais quand depuis deux ans, Valérie Pécresse, la droite propose des chèques énergie à n'en plus vouloir, des ristournes sur l'essence pour tous les automobilistes, quels qu'ils soient, comprenez que quand derrière, les mêmes républicains arrivent en disant « il faut être très ferme, il faut davantage baisser la dépense », qu'on puisse se demander s'il n'y a pas un petit sujet de crédibilité.
Monsieur Duhamel, moi, je demande d'être jugée uniquement sur mes actes. Je ne suis pas parlementaire, je suis présidente de région. Qu'est-ce que j'ai fait à la région Île-de-France depuis dix ans ? J'ai baissé de 20% mes dépenses de fonctionnement. J'ai fermé 15 structures, 15 structures. J'ai fait 15 plans sociaux. Je vous mets au défi. Vous êtes francilien.
Je suis francilien.
Alors, qu'est-ce que j'ai supprimé ?
Vous avez supprimé un certain nombre d'agences qui ne servaient à rien.
Non, je ne vous dis pas qu'elles ne servaient à rien. Je vous demande ce que j'ai supprimé. Si vous ne savez pas ce que j'ai supprimé, ça veut donc dire que leur utilité était marginale. Je ne dis pas qu'elles ne servaient à rien. Tout sert toujours à quelque chose. Mais leur utilité était marginale. J'ai récupéré 450 millions d'euros sur l'année. Et cet argent, je l'ai mis où ? Je l'ai mis dans l'investissement pour les lycées et les transports qui était en décrépitude totale parce que la gauche les avait abandonnés. Non, mais c'est important de voir. Donc, moi, je l'ai fait. Aujourd'hui, la région de France dépense 220 euros par habitant et par an.
La moyenne des régions de France, c'est 320. Et je vais être taxée comme les autres, c'est-à-dire comme les mauvais élèves. C'est un peu dur, mais je vais continuer. Et en tout cas, ne me faites pas le procès d'être dépensière. Moi, je suis gestionnaire. On a beaucoup critiqué pendant la campagne.
Je parlais de votre famille politique et je crois savoir que vous êtes encore adhérente aux Républicains.
Je suis adhérente aux Républicains, mais je les ai à un moment conduits et je voulais les conduire dans la bonne direction.
Je voudrais qu'on parle précisément de ce coup de gueule que vous avez poussé ce week-end sur l'augmentation des budgets de l'Élysée, de l'Assemblée nationale et du Sénat par rapport aux baisses demandées aux collectivités locales. Voilà, on voit ce tweet. Les dotations des régions vont baisser. C'était un petit mouvement d'humeur, j'ai trouvé ça. Avec 41 ministres au gouvernement, elle est où ? La République exemplaire. Simplement pour que ceux qui nous regardent aient les chiffres en tête. L'Élysée, plus 3 millions d'euros de budget. Ce qu'on demande comme effort aux collectivités locales, 5 milliards d'euros.
Est-ce que ce n'est pas un peu démago, pardon Valérie Pécresse, de mettre en parallèle ces deux montants ? Alors même que plus 3 millions d'euros pour l'Élysée versus 5 milliards d'euros d'économies aux collectivités locales, on n'est quand même pas sur les mêmes ordres de grandeur.
Monsieur Duhamel, avec 3 millions d'euros, vous formez combien d'infirmières ? C'est combien le coût d'une infirmière ? C'est 10 000 euros par an, la formation d'une infirmière. Combien vous formez avec 3 millions d'euros d'infirmières ? Plusieurs centaines d'infirmières. Donc vous voyez, 3 millions d'euros. Moi j'ai eu la même discussion avec la gauche, c'était merveilleux. Je pense qu'il y a une petite symbiose avec vous.
Il y a une symbiose entre la gauche et moi ?
Oui, parce que je vais vous dire, quand j'ai déménagé... Non mais attendez, je vais vous dire. Non mais, symbiose de pensée. Je vous explique. Quand j'ai déménagé la région du 7ème arrondissement, l'arrondissement le plus cher de Paris à Saint-Ouen, j'ai fait 25 millions d'euros d'économies de loyer. J'ai divisé mes loyers par deux, puisque de l'autre côté du périphérique, c'est deux fois moins cher. J'ai fait ce mouvement, la gauche a dit, 25 millions d'euros, mais elle nous embête pour 25 millions d'euros. Mais quand on a 5 milliards de budget, 25 millions d'euros, c'est l'épaisseur du trait. Et bien 25 millions d'euros, c'est pas l'épaisseur du trait.
Non, attendez, 3 millions d'augmentation. Mais si on leur demande de faire moins 5, ça fera 8 millions de baisse. 8 millions de baisse, c'est combien d'infirmières formées ? 800 ? 800 infirmières formées de plus, c'est important. 800 infirmières de plus.
Vous avez vu qu'à votre place, encore une fois, hier soir, le ministre de l'économie et des finances dit, c'est vrai, il faut que sur ce point-là...
Mais vous savez, il n'y a pas de petite économie. Il n'y a que des petits ruisseaux qui font des grandes rivières. Si tout le monde fait des économies, alors les 8 millions s'additionneront à 8 autres millions. L'Assemblée nationale, le Sénat, tout le monde doit faire des économies. Parce qu'il n'y a pas de raison. Parce que moi, les économies que je vais faire, je vais les faire sur des politiques publiques. Pas sur le fonctionnement d'une institution.
Une question très précise, Valérie Pécresse, puisque vous rappeliez ce slogan pendant votre campagne présidentielle, « Cramer la caisse », quand Bruno Le Maire dit à nos confrères de France 2...
C'était pas un slogan, c'était un constat.
Oui, oui, c'était aussi un slogan. C'était un constat. Une réalité, une vérité. Quand Bruno Le Maire dit à nos confrères de France 2, « La vérité apparaîtra plus tard ». Comment est-ce que vous comprenez cette phrase sur le bilan qu'il laisse après 7 ans de...
Ça veut dire, pour moi, je le comprends, j'ai agi contre mon plein gré. J'ai agi sur instruction, j'imagine. Parce que la vérité, elle est là. Elle est toute nue devant nous. Il y a eu de l'argent facile, des taux d'intérêt qui étaient négatifs. Et il y a eu un État qui n'a pas su tenir sa bourse parce qu'il voulait finalement dépenser pour être populaire.
Sur l'immigration, Valérie Pécresse, la porte-parole du gouvernement a annoncé une loi pour début 2025. Visiblement, ça ne suscite pas beaucoup d'enthousiasme, notamment au sein de ce qu'on appelle le socle commun. Gabrielle Attel, qui ne juge pas totalement prioritaire une nouvelle loi. Et vous, est-ce que vous soutenez l'idée d'une 30e loi immigration depuis 40 ans ?
Moi, je crois, c'était aussi ce que je portais en 2022, qu'il faut remettre de l'ordre en France, de l'ordre dans les cons, bien sûr, mais aussi de l'ordre à nos frontières. Pourquoi ? Parce qu'on est en immigration subie. Il y a besoin d'une nouvelle loi pour ça ? Le problème, c'est que la loi d'Armanin contenait plein de choses bien, mais je vous rappelle qu'elle a été annulée à près de la moitié de ses dispositions par le Conseil constitutionnel, parce que c'était soi-disant des amendements cavaliers. Mais en fait, c'était des amendements qui étaient nés de la confrontation d'idées entre la droite et la majorité présidentielle.
Donc la vérité, c'est qu'il faut remettre ces dispositions dans une loi qui sera votée et qui sera adoptée. Donc vous soutiendrez une nouvelle loi ? Mais on en a besoin. Et je reviens à cette idée de qu'il faut que tout le monde fasse des économies. Comment vous allez expliquer aux Français ? D'ailleurs, le RN en fait ses choux gras il y a cinq minutes encore. Comment est-ce que vous allez expliquer aux Français qu'on va désindexer les retraites ? Moi, je ne suis pas favorable. Je pense qu'il faut... Pendant six mois. Oui, mais pendant six mois.
Pendant six mois, c'est-à-dire une baisse du pouvoir d'achat des retraités, alors qu'on sait bien qu'on a des retraités qui vivent à l'europrès aujourd'hui. On a des retraités qui ne se chauffent pas parce qu'ils ont des petites retraites. Donc je suis désolé de le dire, au moins ceux-là devraient être complètement protégés. Donc si vous voulez, vous allez prendre des mesures qui sont très dures pour les Français. D'ailleurs, je pense que les parlementaires devraient substituer la réforme de l'assurance chômage à la désindexation des retraites. Je pense que ce serait quand même plus réaliste. Mais bon, je ne reviens pas sur ce sujet-là.
Comment vous allez expliquer aux Français que vous leur demandez des efforts, que vous leur demandez de payer des impôts, des taxes, un peu partout, qu'on va leur faire moins de politique publique pour eux et en même temps que toutes les dépenses liées à l'immigration clandestine augmentent ? Moi, je suis désolé de le dire, j'ai toujours en travers de la gorge une disposition de la loi d'Armanin qui n'est pas passée au Conseil constitutionnel. Je veux depuis 10 ans qu'on supprime les 50% de réduction pour les clandestins dans les transports. Mais ça coûte 40 millions d'euros. 10 ans, 40 millions d'euros, fois 10. Pardon, c'est toujours ces petits ruisseaux qui font les grandes rivières.
40 millions fois 10, 400 millions, 400 millions, c'est une ligne de tramway entière. Voilà. Donc, à un moment donné, je suis désolée, il n'y a pas un pays en Europe qui donne des réductions aux clandestins dans les transports. Aucun. Ça n'existe pas. Personne ne fait ça. Donc, on est trop généreux avec l'argent public. Et c'est une fausse générosité parce que ça incite au travail clandestin et ça fait un appel d'air. Parce que ce qu'on ne dit pas, c'est qu'évidemment, les migrants clandestins, ils regardent les pays dans lesquels on est le plus généreux et ceux dans lesquels on est moins généreux.
Et quand on est trop généreux, eh bien, on attire chez soi des personnes qu'on n'a pas envie d'accueillir.
Vous diriez, Valérie Pécresse, comme Bruno Retailleau, que l'immigration n'est pas une chance pour la France ?
Je dirais que l'immigration subie n'est pas une chance pour la France. Ce n'est pas la même chose. Ça n'est pas la même chose. Mais aujourd'hui, nous sommes dans cette situation d'immigration totalement subie où ce ne sont pas les gens qu'on veut accueillir qu'on accueille. On voit nos meilleurs chercheurs s'en aller. On voit nos talents partir. Et on voit arriver des personnes qu'on n'a pas choisi d'accueillir. Alors moi, je suis pour des quotas par métier et par pays. Et si on fait des quotas par métier et par pays, je vous assure que l'immigration redeviendra une chance.
Une question politique pour terminer, Valérie Pécresse. Les ambitions s'aiguisent dans votre famille politique, même si parfois vous prenez un peu de recul avec cette famille politique. Le maire de Cannes, David Lissnard, visiblement intéressé par la présidence des Républicains. Laurent Wauquiez pourrait se positionner. Et vous ?
Moi, je suis intéressée par mon pays et j'aimerais qu'on vote des réformes structurelles pour le pays parce que c'est ça qui m'anime. Et pas une ambition spécifique puisque aujourd'hui, ma seule ambition, c'est de faire bien mon travail à la région, mais aussi de porter un certain nombre d'idées auxquelles je crois.
Mais vous pourriez être de nouveau candidate à l'élection présidentielle ?
Écoutez, aujourd'hui, je suis candidate uniquement à ce que le pays aille mieux et à porter la parole. Vous voyez, c'est la première fois que je reviens sur BFM depuis deux ans. Et je reviens pour porter un message qui est de dire qu'il va falloir que ce budget soit adopté. Sinon, c'est une crise financière majeure. Il va falloir se battre pour la laïcité. Il va falloir se battre pour la laïcité pour protéger nos enseignants. Sinon, l'éducation tombera. C'est ça, ces messages.
Valérie Pécresse, revenir sur BFM TV, c'est une bonne occasion pour, précisément, répondre à cette question assez simple. Est-ce que vous pourriez de nouveau... Est-ce que, au fond, vous avez eu une campagne présidentielle compliquée ? Est-ce que ça vous a dégoûté, si j'ose dire, de toute ambition présidentielle ? Ou est-ce que vous dites, non, non, je pourrais prendre ma revanche à un moment donné ?
Écoutez, ça m'a totalement libéré de toute ambition politicienne et ces sujets-là ne m'intéressent plus. Voilà.
Bon, on retentera la prochaine fois. On ne vous attendrait pas deux ans avant de revenir sur BFM TV ? On verra. Ah, on verra. Bon, écoutez, on retentera. Merci beaucoup.
Il faut savoir se faire désirer.
C'est vrai. Merci beaucoup Valérie Pécresse d'avoir été l'invité de Tout le monde veut savoir. Sous-titrage Société Radio-Canada
Valérie Pécresse