Discours de Marine Tondelier aux Journées d'été des Ecologistes 2025
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Je vous préviens, je suis très en forme et j'espère que vous aussi, que tout le monde se le tienne pour dit. Nous sommes en forme, tous, très en forme et je suis très heureuse évidemment parce que vous retrouvez, chers amis écologistes, c'est toujours une émotion particulière. Vous aussi, non, de vous retrouver entre vous ? Évidemment. Et c'est également avec beaucoup d'émotion que je tiens à saluer la présence ici à nos côtés de nos compagnons, de nos compagnonnes de route, de galère et d'espoir que je vous demande d'applaudir très fort Lucie, lève-toi, lève-toi, salut !
Olivier pour le Parti Socialiste, Igor pour le Parti Communiste, Tine pour l'après, Benjamin pour Génération S, pour Place Publique, pour Debout, ce qui arrive dans quelques minutes. On peut les applaudir, je suis extrêmement heureuse que vous soyez toutes et tous là. Et je veux vous en remercier parce que l'avenir du pays dépend de la capacité que nous aurons, toutes et tous ici, à trouver un chemin de coopération.
Parce que, quoi que vous nous disiez, ou d'ailleurs que vous ne nous disiez pas tout à l'heure à la plénière, votre simple présence est déjà un signal, un signal très positif, envoyé à toutes celles et ceux qui comptent sur notre camp politique pour être à la hauteur de l'histoire qui s'accélère. Celles et ceux qui rêvaient d'écrire, ou d'ailleurs l'ont déjà fait sans même attendre de voir qui serait là, que la gauche fait sa rentrée divisée.
Et à chacun d'entre vous, chers partenaires, je veux le dire, mais je crois que vous le savez, mais je vous le redis au cas où, chez nous, vous serez toujours, chez vous, petite précision technique toutefois, puisqu'il faut se préparer à tout dans les semaines qui viennent. Sachez qu'en cas de dissolution, les portes de notre local vous sont toujours ouvertes, mais que nous avons déménagé. Donc ne venez surtout pas aux 10 rues des petits hôtels, mais on vous enverra notre nouvelle adresse, où, je l'espère, pourront s'écrire de nouvelles victoires collectives.
Nous voici donc réunis à Strasbourg, une ville écologiste, et nous sommes très fiers de sa mère, Jeanne Barsagian, et de toute son équipe municipale, oui, Madame la Mère, une ville aussi, Strasbourg, qui a payé le prix des conflits aussi, le prix de la discorde. Depuis, en accueillant le Parlement européen, Strasbourg est devenue la preuve, la preuve que l'humanité s'est reconstruire, après avoir tout détruit, se réconcilier, après avoir combattu, et avancer, après avoir recurulé dans la barbarie et dans l'atrocité. Oui, il y a à Strasbourg bien des leçons qui sont encore vivaces aujourd'hui. Il y a de grandes figures aussi qui peuvent et doivent nous inspirer.
Je pense en particulier à ce jeune Allemand venu étudier ici, dans cette ville, son nom, Goethe. C'est lui qui, au XIXe siècle, avait déclaré « On peut aussi bâtir quelque chose de beau avec les pierres qui sont tombées en chemin. » Je répète, en regardant chacun d'entre vous, chers collègues, « On peut aussi bâtir quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin. » Au moment où les obstacles nous entourent, au moment où le pessimisme et le fatalisme nous menacent, Goethe nous rappelle l'importance de voir un chemin là où d'autres verraient une impasse. Il nous rappelle l'importance de l'imagination, de la détermination et de la capacité à construire.
Il nous rappelle ce que devait être la politique, finalement. Non pas l'art de commenter ou d'attendre, mais la responsabilité. La responsabilité d'agir ici et maintenant. La responsabilité, c'est ce mot dont je veux faire la clé de notre rentrée. La responsabilité qui refuse les dérobades, les renoncements, qui regarde en face les crises de notre temps pour y répondre. La responsabilité, c'est pas un mot abstrait. C'est ce qui fait la différence entre ceux qui détournent leur regard et ceux qui prennent leur part. Entre ceux qui fuient et ceux qui assument. Entre ceux qui retardent et ceux qui construisent.
Et quand nous regardons la situation politique actuelle, chers amis, le constat est clair. Nous sommes entourés de responsables politiques profondément irresponsables. Et je ne parle évidemment pas de ceux qui sont au premier rang. Je parle bien de celles et ceux qui prétendent nous gouverner en ce moment. Ils sont irresponsables dans tellement de domaines que je ne sais même pas par lequel commencer. Allez, tenez, je vais commencer par leur irresponsabilité démocratique, par exemple. Ils n'ont tiré aucune leçon des Gilets jaunes. Aucune.
Des femmes, des hommes, pourtant, se sont déplacés par centaines de milliers dans toute la France pour s'exprimer dans des cahiers de doléances, pour faire part de leur vécu, de leurs espoirs, de leurs peurs. Pourquoi ? Parce que le président de la République leur avait promis de les rendre intégralement consultables en ligne. Et parce que, je le cite, je cite Emmanuel Macron, il avait déclaré « Nous sommes un peuple qui n'a pas peur de parler, d'échanger, ni de débattre. » Bon, manifestement, il avait lui-même un petit peu peur puisqu'il a bien enterré ces cahiers de doléances qu'on n'a jamais retrouvées.
Et puis, il a décidé seul une dissolution pour, je le cite encore, donner la parole au peuple français. Et il a même dit que c'était, je le cite toujours, je ne l'ai jamais autant cité, « C'était un acte de confiance dans la démocratie. » Il a dit ça, Emmanuel Macron. Il a dit ça avant, finalement, de faire exactement l'inverse de ce que les électeurs lui avaient demandé. Et puis, à cette crise démocratique, s'ajoute la crise économique. Et ici encore, l'histoire est hallucinante. Mais elle est simple. Coluche aurait pu en faire un sketch. Imaginez, c'est l'histoire d'un mec, vous la connaissez, non ? C'est l'histoire d'un mec, le mec normal, président de la République.
Et c'est l'histoire d'un mec qui, pendant des années, mène une politique de riche par les riches et pour les riches. Il baisse les impôts, il multiplie les cadeaux. Et qu'arrive-t-il alors, stupeur ? Eh bien, évidemment, et c'est d'une logique implacable, implacable, ça aggrave le dépucite et ça aggrave la dette. Bon, alors là, le mec, qu'est-ce qu'il fait ? Il dit qu'il y a trop de dettes. Bon, OK, jusque-là, on a compris son raisonnement. Mais au lieu de dire que, du coup, il va agir sur la cause du problème et revenir sur la logique qui nous a amenés là, par exemple, en mettant au hasard la taxe Zuckman, alors lui, non, pas du tout. Il se dit pas du tout ça, le mec.
Lui, il nomme un Premier ministre et il lui demande de prendre son air le plus contrit pour expliquer que l'heure est grave et qu'il va falloir qu'on fasse tous des efforts. Mais pas les plus riches, hein ! Non, tous les autres. Et quand du tout, les autres ne sont pas contents, là, il prend son air de soi-disant Mozart de la finance pour nous expliquer qu'on n'a rien compris parce que c'est très compliqué, sous-entendu, on n'est pas assez intelligent, et que de toute manière, on n'a pas le choix et qu'en plus, tenez-vous bien, c'est pour notre bien.
Et il croit vraiment que ça va marcher, qu'on va lui dire « Mais bien sûr, prenez nos jours fériés, continuent à démanteler nos services publics, d'ailleurs, est-ce que vous ne voulez pas aussi prendre nos congés de Noël ? Il n'y a pas de problème, vraiment, comme c'est pour la France, on va le faire. » Et puis, bien sûr, c'est l'occasion pour la droite, de manière quasi jubilatoire, de nous ressortir son éternelle rengaine contre les fonctionnaires trop nombreux, trop bien payés. Pourtant, ça m'a toujours étonnée, ces soi-disant métiers privilégiés connaissent une des pires crises d'attractivité de leur histoire. Si la fonction publique est une sinecure, où sont tous les candidats ?
Vous savez, moi je discute avec de nombreux professeurs, des policières, des policiers, des agents d'accueil, des agents de service, des infirmières, des infirmiers, des internes, des catégories A, B, C, tous les agents de la fonction publique. Et à chaque fois, ce qui me frappe, c'est leur sens de l'intérêt général, c'est leur capacité à continuer à agir alors qu'ils exercent leur métier dans des conditions de travail de plus en plus impossibles. Locaux souvent en mauvais état, salaire indécent, logiciel qui leur laisse de moins en moins de liberté d'action, obligation ubuesque en tout genre et politique du chiffre irréaliste et délétère.
Sincèrement, c'est admirable, mais c'est aussi proprement scandaleux. parce que ces personnes qui prennent soin des autres méritent qu'on prenne soin d'elles aussi. Parce qu'évidemment, cet affaiblissement de nos services publics ne fait pas uniquement souffrir des fonctionnaires. Il aggrave parallèlement et mécaniquement la souffrance et les difficultés des usagers. Puisque nous savons à quel point les services publics sont au cœur de la préservation du tissu social.
Les services publics, c'est l'héritage de ceux qui n'en ont pas, c'est les ressources de ceux qui n'en ont plus, c'est l'expression la plus concrète et la plus tangible de notre devise républicaine « liberté, égalité, fraternité ». Et quand quelqu'un a besoin de soin, quand quelqu'un a besoin de toi, la carte bancaire ne doit jamais remplacer la carte vitale et on se battra avec vous et avec vous pour que ça ne soit jamais le cas. Mais l'irresponsabilité de ceux qui nous gouvernent n'aggrave pas uniquement la crise démocratique ni uniquement la crise économique. Elle aggrave aussi considérablement la crise écologique.
C'est 13 milliards d'euros de moins pour le budget de ma prime rénov' depuis 2023 et maintenant carrément sa suspension. C'est favoriser l'élevage industriel, le déploiement des mégabassines, l'artificialisation des sols et tout ça grâce à une loi du plomb qui fait tout à l'envers y compris en termes de procédures parlementaires. C'est le non-renouvellement du passeraille pour les jeunes, c'est une baisse drastique des aides pour les véhicules électriques, c'est la réforme du chèque énergie, c'est la division par 5 de l'enveloppe prévue pour le plan vélo qui s'approche désormais quasiment de zéro.
C'est une baisse de 54% du fond vert à destination des collectivités, c'est la dépénalisation des atteintes aux espèces et des milieux protégés et c'est contourner la justice pour permettre la reprise des travaux de la 69. C'est aussi parce que leur mépris néocolonial va de pair avec leur mépris de l'environnement, la suppression de l'accord préalable de l'ONF pour l'octroi d'un titre minier en Guyane. Et la liste est encore longue malheureusement.
Macron, vous savez, il s'est beaucoup vanté, il a beaucoup fait le malin sur la scène internationale avec son écologie à la française que là aussi on n'était pas assez intelligent pour comprendre mais la vérité c'est que son écologie à la française c'est un écocide. Mes amis, il est hors de question de les laisser s'en tirer à si bon compte. Le backlash anti-écologiste à l'œuvre au gouvernement est important, il est violent, il est massif et c'est à nous de nous assurer que le backlash du backlash c'est-à-dire le backlash populaire contre le backlash à eux au gouvernement soit encore plus massif et soit encore plus impressionnant.
Donc vous avez compris qu'on allait être amené à beaucoup manifester, à beaucoup faire d'amendements, à faire de la grève, etc. Le mois de septembre va être émaillé d'ambiances en tout genre. mais leur recul, non seulement on va continuer à les combattre mais on va aussi les compiler. On va les donner à voir comment. On va mettre en place dans les prochaines semaines avec les écologistes et en lien évidemment avec nos groupes parlementaires l'Observatoire des reculs écologistes. Tout le monde pourra contribuer à cet observatoire recenser les reculs à toutes les échelles dans le monde, en Europe, en France, dans nos régions.
Là je vois déjà des gens de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui demandent le formulaire et ils ne sont pas les seuls. Dans nos départements, dans nos villes et dans nos communes. Et non seulement on va identifier ces reculs mais on va évoluer, évaluer et faire savoir leurs conséquences concrètes avec des scientifiques, avec des experts pour qu'à chaque mesure corresponde son impact concret et délétère sur le quotidien des Français.
Démantèlement de ma prime rénov' par exemple, combien de logements rénovés en moins, combien de familles qui continueront à être confrontées à l'effet de passoires thermiques l'hiver et de bouloirs thermiques l'été, dont la précarité énergétique sera aussi une précarité financière, aura des effets sur leur santé physique, sur leur santé mentale, sur la réussite scolaire de leurs enfants ? Quelles émissions de CO2 ne seront pas évitées ? C'est allé si vite, c'est allé si vite que pour beaucoup de Français, ils n'ont même pas eu le temps de réaliser ou même de s'y intéresser. On a juste voulu installer le match au gouvernement gouvernement des lobbies 1, écologistes 0.
Mais attendez, quand l'écologie recule dans les faits, ce n'est pas les écologistes qui perdent. C'est tout le monde. C'est la qualité de l'eau que vous buvez ? C'est la qualité de ce que vous mangez ? C'est la qualité de l'air de ce que vous respirez ? Alors oui, on va dénosser ce recul pour que celles et ceux qui pensent pouvoir aller contre le bien commun et contre notre avenir commun vous regardent dans les yeux et assument leurs actes sans pouvoir vous enfumer sur leurs conséquences pour que personne ne puisse dire « mais on ne savait pas ». Si, nous savons, nous voyons aussi, ces lois, vous les avez votées, ces mesures, vous les avez adoptées. Un vote, ça engage.
J'imagine que c'est dur à comprendre pour un président de la République qui a bafoué les règles du jeu démocratique. Mais nous, nous prenons le vote très au sérieux, n'est-ce pas ? Par contre, moi, je doute du sérieux de ceux qui nous gouvernent. François Bayrou, il reprend ses causeries au coin du feu, initié par Pierre Mendes France dans la Quatrième République. Seulement, avec François Bayrou, le feu n'est pas dans la cheminée. Il est dans nos forêts, dans nos régions. Et lui, il dit certes, alors que des milliers d'hectares brûlent dans l'aude, il nous gratifie généreusement de 45 secondes sur l'adaptation au changement climatique dans des vidéos YouTube lunaires.
Et vous appelez ça un Premier ministre ? Moi, j'avoue que j'ai de plus en plus de mal. Et pour voir un Premier ministre, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut regarder au-delà des Pyrénées, en Espagne. Eux aussi, ils font face à des incendies. Et que fait leur Premier ministre ? Eh bien, ils proposent un pacte national pour l'urgence climatique. C'est pas très compliqué ? Vous la sentez, la différence entre la responsabilité de la gauche quand elle gouverne et celle des autres ? Ici encore, ce qui guide Bayrou, c'est pas l'avenir du pays, c'est son avenir à lui, à Matignon, qui dépend de la droite, de l'extrême droite et qui fait la danse du ventre en permanence à ces gens.
Cet homme qui a tant de mal à se souvenir du passé quand il s'agit de Bétharam, mais qui pour le coup n'oublie jamais de penser à son futur, ça y a pas de problème. A tel point qu'on peut se demander si son unique travail de commissariat au plan n'était pas de préparer son plan à lui, son plan d'arrivée à Matignon. Un objectif si noblement atteint en se roulant par terre sur la moquette du bureau du président de la République. Mais en attendant, ceux qui sont roulés, floués, ceux qui sont surtout inquiets, c'est nous ! L'irresponsabilité du gouvernement, elle s'étend malheureusement jusqu'à favoriser la montée de l'extrême droite et de l'extrême droite.
Avec, comme toujours, Bruno Retailleau, fidèle à son poste, qui se livre au grand jeu de la surenchère et de la provocation. Mais quand est-ce que Macron arrêtera de penser qu'on lutte contre l'extrême droite en imitant l'extrême droite ? En nommant et en laissant carte blanche à des ministres comme Retailleau et Darmanin, par exemple ? Nous, on sait ici, pour combattre l'extrême droite, il faut combattre l'extrême droite. C'est pas très compliqué. Pour ceux qui étaient là à 13h, et d'ailleurs pour ceux qui n'y étaient pas, tout ce que je vous explique depuis le début de ce discours fait écho au livre de Johan Chapoutot, Les Irresponsables.
Son auteur, donc, c'est un spécialiste des fascismes, du nazisme, et il nous a expliqué comment les élites politiques, médiatiques, économiques, ont permis l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933, en Allemagne. Pourquoi ? Parce que, comme en France à la même époque, il se méfiait davantage des réformes sociales, des congés payés, du passage à la semaine de 40 heures, des droits syndicaux, il se méfiait plus de tout ça que du fascisme ou du nazisme. Vous savez, c'était le fameux, en France, plutôt Hitler que le Front populaire. Et on sait où ça nous amenait. En somme, Johan nous explique comment les élites ont ouvert la voie à l'extrême droite.
Et nous les voyons aujourd'hui recommencer avec leur signe égal entre la gauche et Marine Le Pen. Mais je le précise, l'irresponsabilité, ce n'est pas juste l'apanage de certains responsables politiques. Ça concerne aussi une part des élites économiques. Et en fait, toutes celles et ceux que le regretté Bruno Latour appelait les élites obscurantistes. Obscurantistes. C'est un oxymore provocateur qui associe deux idées normalement opposées.
Les élites, qui sont donc censées regrouper un groupe de personnes les plus instruites, les plus informées de la société et l'obscurantisme, c'est-à-dire l'attitude qui s'oppose à la diffusion du savoir, à l'esprit critique et qui maintient les peuples dans l'ignorance ou la peur. Parler d'élites obscurantistes, c'est dénoncer des personnes de pouvoir ou d'influence qui utilisent leur position non pas pour éclairer, mais pour désinformer, pour manipuler, pour semer le doute au détriment de la vérité, de la justice, du progrès, pour préserver leur intérêt ou juste pour faire avancer leur agenda politique.
Ça va du ministre qui mise les rapports du GIEC au chroniqueur influent qui dénigrent systématiquement les chercheurs ou les militants écologistes au nom du bon sens en passant par l'entreprise qui sème le doute sur la toxicité de ses produits malgré des preuves accablantes. Heureusement, toutes les élites ne sont pas obscurantistes, bien sûr, et puis je suis consciente qu'en dénonçant les élites, on court toujours le risque de subir un procès pour populisme. Mais je crois aussi qu'il y a justement par peur de se voir accusé de populisme une trop grande complaisance vis-à-vis de certains comportements.
Et après avoir évoqué à la suite de Johan Chaputot les irresponsables, j'aimerais vous parler des ingénieurs du chaos, de Giuliano da Ampoli. Vous constatez que j'ai eu des lectures très sympathiques cet été. Il y analyse la montée du populisme et il dénonce la façon dont elle est nourrie et accompagnée par des experts, justement, qui agissent dans l'ombre et qui font notamment un usage particulièrement pervers des réseaux sociaux. Derrière chaque figure populiste, au premier rang desquelles Donald Trump, se cache un certain nombre de spécialistes qui savent, eux, ce qu'ils font. Giuliano da Ampoli analyse notamment la fameuse stratégie du « flood the zone ».
C'est une technique qui s'ensiste à balancer, il n'y a pas d'autre mot, tellement de désinformation provoquante, des fausseries, des manipulations, mais il y en a tellement que dans le lot, il y en a bien une ou deux qui passeront et qui, selon la formule consacrée, imprimeront dans l'opinion publique. C'est qu'un seul exemple de la manière dont se mène en permanence la bataille culturelle, mais ce que je voulais souligner, c'est à quel point nous avons pris un retard préoccupant.
Et ça doit nous alerter, ça doit nous questionner, parce que devant la montée de l'extrême droite, devant l'offensive assumée d'un Pierre-Édouard Sterrin, devant la violence des raids numériques, devant la montée du masculinisme, nous sommes face à des gens qui, chacun à leur manière, chacun à leur niveau, nourrissent un chaos, une conflictualité que nous ressentons aujourd'hui dans nos luttes. Voilà à quelle ingénierie délétère nous sommes confrontés. Et ce qu'on va se laisser faire, il y a une bascule fasciste qui est en cours. Elle est à l'œuvre au niveau mondial. comme si les États étaient des dominos alignés qui tombaient les uns après les autres.
Cet effet domino, ce sont des grandes démocraties qui ont déjà basculé, une par une, et même celles qui nous paraissaient vaccinées, comme les États-Unis, par exemple. Comment on va pouvoir enrayer cet effondrement ? Eh bien, on a un rôle à jouer historique, parce que la France fait partie des prochains dominos. Et si la France bascule, c'est l'Europe qui vacille. Alors on fait quoi ? C'est ça dont je vais vous parler maintenant. Oui, notre responsabilité à nous, face à leur irresponsabilité, est immense. Et elle va se déployer à trois niveaux. Responsabilité de vérité, premièrement. Ne pas mentir sur la gravité de la situation.
Dire que oui, le monde change, mais dire aussi qu'il peut changer dans le bon sens si nous agissons. Responsabilité de proposition, ensuite. Nous ne sommes pas des prophètes de malheur, nous sommes des apporteurs de solutions. Responsabilité d'espoir. Enfin, vous pouvez applaudir les solutions et l'espoir, allez-y, parce qu'on va en avoir besoin, quand même. Et donc, responsabilité d'espoir, c'est-à-dire refuser le fatalisme, refuser la résignation, redonner confiance dans la politique, dans la démocratie, dans l'action collective, au niveau national comme au niveau international. Et là, je pense, naturellement, à la guerre en Ukraine.
La paix ne sera pas le fruit d'une déstabilisation du pouvoir ukrainien, comme semblent le penser certains irresponsables politiques français. Il n'y a rien à attendre non plus dans ce domaine du président américain, Donald Trump, qui a déroulé le tapis rouge au criminel de guerre, Vladimir Poutine, sans résultat tangible, ni pour la paix en Ukraine, ni pour la sécurité des Européens, et qui a simplement offert un consternant spectacle d'une idylle sans d'île. La paix passe nécessairement d'abord par une aide assumée et totale à l'Ukraine. Parce que c'est une Ukraine forte et soutenue, qui est la seule garantie du respect du droit international sur place et d'une paix durable en Europe.
Le but de Poutine, ce n'est pas de conquérir le Donbass. Ce n'est même pas de conquérir l'Ukraine. C'est de revenir à un impérialisme soziétique. Et ce n'est pas moi qui le dis, ça ne cache même pas. C'était écrit noir sur blanc sur le T-shirt de Lazrov présent en Alaska. L'objectif de Poutine, c'est simple, c'est la fin de l'Union européenne. C'est la fin d'un modèle bâti sur l'État de droit, la démocratie, le respect des minorités. Celles et ceux qui déclarent ne pas se soucier de l'Union européenne sont libres de le faire, mais ils doivent assumer que dans ce cas, ils servent les intérêts des impérialistes qui souhaitent vassaliser l'Europe. Peut-être une convergence des luttes.
Oui, une autre orientation politique de l'Union européenne est souhaitable. Et c'est d'ailleurs ce que portent nos élus au Parlement européen. Je m'inquiète de ceux qui jubilent de voir l'Europe affaiblie, de ceux qui affaiblissent encore l'Europe par leur critique dans une sorte de prophétie autoréalisatrice. Les échecs, les reculs actuels ne nourrissent en moi qu'une seule conviction. Et je sais que c'est votre cas aussi. la nécessité absolue d'avoir une Union européenne plus forte, plus déterminée, qui soit consciente de son poids, consciente de son pouvoir et consciente de ses responsabilités.
Et en parlant du rôle et du devoir de l'Union européenne, comment ne pas penser à ce qui se passe à Gaza, à ce génocide, à ces atrocités que nous laissons commettre dans une passivité criminelle. Criminel, parce que Gaza, désormais, c'est un cimetière, qu'on se le dise. Un cimetière où l'on assassine, où l'on affame, où aucun statut, aucun droit n'est respecté, même les plus élémentaires. Les civils meurent, les enfants meurent, les journalistes meurent, personne n'est à l'abri. Et ça continue, encore et encore. Oui, ces atrocités, depuis de longs mois, sont devenues cruellement et tristement routinières.
nous, écologistes, nous refusons toujours de laisser s'éteindre en nous l'indignation, l'indignation qui nous étreint devant le sort des palestiniennes et des palestiniens. Première urgence, bien sûr. C'est la proposition que nous avons faite dans une tribune en juillet dernier avec Cyril Châtelain, avec David Cormand, avec Guillaume Gontard et avec Aïssa Galmi. Il est de notre responsabilité de celle de la France de briser le blocus et de déployer efficacement des navires de la marine française pour livrer de l'aide humanitaire avec l'aide de l'Europe.
Et nous le demandons ici, devant vous et solennellement au président de la République, il est plus que temps d'agir, il est plus que temps d'arrêter de livrer des armes à Israël. Il est temps de mettre fin à l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël aussi. Que les sanctions soient respectées, qu'elles soient décidées et qu'elles soient appliquées. Et puis, il faut condamner avec la plus grande fermeté le projet de colonie dit E1, validé par le ministre israélien d'extrême droite, qui impliquerait la construction de 3 000 logements et qui serait un nouveau clou dans le cercueil d'une solution à deux États.
La France et l'Europe doivent exercer une pression claire, nette, continue pour obtenir un cessez-le-feu, un cessez-le-feu permanent, la libération de tous les otages et en finir avec le génocide en cours. Pense-là.
Pense-là.
En quoi serions-nous à la hauteur de nos responsabilités ? Sinon, comment la communauté internationale pourrait-elle prétendre défendre la justice et l'équité ? Et puis, comment pourrions-nous de continuer à défendre l'idée même d'un droit international, idée pourtant absolument essentielle et déterminante si l'impinité dont bénéficie Netanyahou vient la fragiliser constamment ? Gaza, c'est un cimetière, celui de milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, qu'on n'oublie pas, qu'on n'oubliera jamais. Mais il est aussi le cimetière des ambitions du droit international. Il faut se le dire. Ça nous fragilise parce que le droit, c'est la condition même de la coexistence apaisée.
C'est la condition même pour ne pas sombrer dans le règne de l'arbitraire et la loi du plus fort. Et le droit international, c'est pas géométrie variable. Ça vaut pour l'Utren, ça vaut pour la Palestine, ça vaut pour tous ces conflits qui sont trop souvent oubliés comme le Yémen, le Congo, le Soudan, Haïti, la Birmanie ou la situation des Ouïghours en Chine. La justice, c'est pas un parti pris. C'est pas une opinion, c'est pas un luxe réservé à certains pays. Ça vaut pour tous les pays, pour tous les peuples et il n'y a aucune raison, non, aucune, d'en priver les palestiniennes et les palestiniens. Voilà !
Vous l'avez bien compris, ce discours des journalistes est placé sous le signe de la responsabilité. Et ça tombe bien parce que je suis ce soir entourée d'un certain nombre de responsables politiques. Et les responsabilités, nous, nous allons, entendons-nous, nous avons bien l'intention de les assumer pleinement et de les assumer ensemble. Alors, bien sûr, je vais vous parler des présidentielles, mais avant, il y a les municipales. Et au moment d'aborder ce point, permettez-moi de saluer et de dire à quel point nous sommes fiers, non seulement de nos maires écologistes, évidemment, mais de toutes leurs équipes dans les villes, dans les villages du pays qui font vivre l'écologie politique.
Bravo ! Et merci. Je vous applaudis aussi, mais mes feuilles vont s'envoler, donc je ne peux pas applaudir longtemps. En 2020, ça me meut à chaque fois que j'en reparle parce que j'ai pleuré devant ma télé et je sais que je ne suis pas la seule. La vague verte qui a déferlé sur la France en mettant les écologistes à la tête de communes comme Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Besançon, Tours, Poitiers, Grenoble et tant d'autres villes et de villages comme Naf, comme Auré, comme Luxurode, plus de 100 au total. Cette vague verte, elle a symbolisé une envie de changement concret, locale, durable, une aspiration à vivre mieux.
Et on est tellement fiers, tellement fiers de tout ce qu'ils ont accompli depuis. Oui, mesdames et messieurs, dans les communes écologistes, on améliore le quotidien et on protège les lendemains. Alors en 2026, notre objectif est clair, conserver les villes écologistes, conserver les villes de gauche, mais aussi en conquérir un maximum de nouvelles de toutes les tailles, dans tous les types de territoires et nous sommes prêts. Vous êtes prêts et le mouvement l'est aussi. On s'est préparés à vous accompagner, à vous soutenir très concrètement, à vous soutenir parce qu'on sait à quel point c'est parfois difficile, fatigant, éprouvant de s'engager sur le terrain.
Alors dès demain, on va sortir un site de ressources dédié à toutes celles et ceux qui s'engageront pour l'écologie aux élections municipales. Vous y trouverez tout ce qu'il vous faut, notamment des supports de formation ouverts à tous nos sympathisants au sein de nos sites de l'Académie verte, des réalisations emblématiques aussi des actions municipales de nos élus, une sorte de bilan collectif de mandat, et puis un socle programmatique de 200 mesures que vous pourrez utiliser selon vos besoins et selon les besoins de vos territoires parce que c'est évidemment vous qui les connaissiez mieux que n'importe qui et que certaines sont adaptées plus ou moins à certaines straites de ville.
Cette plateforme programmatique écologiste pour les municipales, elle est issue d'un travail collectif des commissions du mouvement, des élus locaux que je remercie et notre travail, il n'est pas abstrait, il est concret. Je dirais même qu'il est testé et approuvé. Il s'inspire et il prend ses racines dans un travail mené main dans la main à longueur d'année avec des associations, avec des collectifs citoyens et nous le mettrons à disposition de tout le monde.
Vous avez remarqué, je n'ai pas dit à la disposition des adhérents, des écologistes parce que je suis consciente que tous les écologistes ne sont pas adhérents chez nous et que très souvent, même dans les petites communes et pas uniquement, il y a des listes citoyennes qui se montent, qui se sentent proches de nous mais qui n'ont pas forcément envie de porter une étiquette politique pour des raisons que j'ai toujours et comprises et respectées.
Eh bien, nous les accompagnerons quand même si elles le souhaitent et ces militants-là, on souhaite qu'ils gagnent tout simplement et pour gagner, il se trouve que nous avons des ressources précieuses, l'expérience accumulée lors des victoires passées, nous avons la chance d'avoir des maires, des adjoints, des conseillers municipaux, des élus, des bilans et toute cette expérience, toutes ces idées, toutes ces réalisations, on ne va pas dire que c'est rien qu'à nous, on les garde pour nous, c'est secret, ce n'est pas notre genre, déjà parce qu'on est partageurs et puis avouez que ce serait quand même dommage d'avoir des solutions, des idées, des propositions et de les garder pour nous.
Alors je vous en prie, servez-vous, tout le monde et rejoignez notre plan d'accompagnement complet dédié aux candidats municipales parce que ça fait chez les écologistes longtemps qu'on est pour le partage, pour le commun, pour l'open source. Alors cette offre de services complète, on vous propose, nous adhérents, de la partager avec d'autres, c'est un peu notre manière d'être aussi un service public de l'écologie parce que le service public, on l'aime, on le défend et on le prolonge.
D'ailleurs, je mettrai toutes mes forces dans la bataille des prochains mois, évidemment, en me déplaçant, évidemment, partout en France, évidemment, j'irai soutenir les têtes de listes écologistes, évidemment, mais je suis à l'entière disposition de toutes les listes menées par des partenaires, par des citoyens qui font la demande et qui seront compatibles avec nos valeurs, services publics, je vous dis. C'est peut-être inhabituel, mais c'est pleinement cohérent avec ce que nous avons toujours dit, les écologistes souhaitent une union la plus large, partout où cela est possible, pour permettre un maximum de villes tenues par la droite de basculer à gauche.
Et puis, dans les villes où la gauche ou les écologistes sont déjà au pouvoir et quand la maire se représente ou le maire, eh bien, il semble logique, évident, que les acteurs qui ont travaillé ensemble, quand ça s'est bien passé pendant tout un mandat, repartent au moins dans ce périmètre-là. Bien sûr, chez nous, on fait confiance au territoire, bien sûr, ce sont nos groupes locaux qui décideront pour leur commune, qui mènent d'ailleurs en ce moment des discussions exigeantes, évidemment, sur le programme, sur le programme et sur les garanties de pouvoir le mettre en œuvre, mais c'est l'objectif minimal qu'on se fixe.
Vous avez compris donc, unité, garder les villes écologistes, garder les villes de gauche, conquérir des territoires de droite et d'extrême droite. Est-ce que ça vous va comme programme ? Parfait. Je finis juste sur les municipales par évoquer le fait qu'il a été beaucoup question de Paris, de Lyon et de Marseille dans l'actualité politico-médiatique parce qu'il y a eu une réforme qui a touché ces trois villes, mais il y a un changement majeur qui va se produire pour 25 000 autres communes et cela, on n'en parle quasiment pas dans les débats et dans les médias. Alors, je le fais ici parce que partout où je me déplace dans les ruralités, on me parle de ça.
Fini le panachage, obligation de parité, c'est une vraie révolution qu'il faudra accompagner. On sera là aussi, Paris, Lyon, Marseille, les 25 000 communes pour lesquelles les réels changent et puis pour toutes les autres. Bon, est-ce qu'on peut passer à la présidentielle ? C'est bon pour les municipales, on a compris ? Eh bien, c'est parfait. Donc, on passe à la présidentielle. Le gros défi de cette rentrée politique et des mois à venir pour la gauche et les écologistes, c'est de faire mentir les promesses de défaite qui nous sont faites. Moi, j'ai appris à ne pas écouter les oiseaux de mauvaise augure et à rester concentrée sur l'objectif.
L'été dernier aussi, ils nous disaient, je vous rappelle, que c'était complètement impossible et puis pourtant, on l'a fait. Vous vous rappelez ? Moi aussi. Alors que 27 sondages sur 27 nous démontraient que l'extrême droite allait gagner, on l'a fait. Certains me disent qu'il faut avoir la foi pour croire à une victoire possible en 2027. Eh bien moi, j'y crois. Je crois qu'on peut le faire. Je n'ai pas dit que ce serait facile, mais c'est possible. Et rappelez-vous que j'ai toujours sur mon bureau cette maxime que je vous propose si vous voulez qu'on en fasse notre devise. Ceux qui pensent que c'est impossible sont privés de ne pas déranger ceux qui essaient.
Le 2 juillet dernier, nous avons lancé le Front Populaire 2027 pour préparer notre victoire commune avec celles et ceux qui étaient partants et ne demandent qu'à être rejoints par d'autres. Depuis, nous sommes au travail sur le programme sur les conventions thématiques de la rentrée, sur l'organisation de la primaire en elle-même. Je pense qu'on a une plénière dédiée à ça, donc je les laisserai vous expliquer. Je vous ai proposé une devise. Je vais aussi service public de l'écologie oblige. Vous confiez deux concepts écologistes qui s'avéreront très utiles à tout le monde dans les mois qui viennent. Le premier, je vous en ai souvent parlé, c'est le respect de la biodiversité.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire très simplement que tout le monde doit être bienvenu à la primaire que le Front Populaire 2027 souhaite organiser de Raphaël Glucksmann à Jean-Luc Mélenchon. Bien sûr, on a le droit de ne pas être d'accord avec eux des fois, il n'y a pas de problème. On a même le droit de ne pas voter pour eux à cette primaire si on préfère quelqu'un d'autre. Mais on doit reconnaître, oui, qu'ils sont représentatifs de sensibilités de gauche, de sensibilités de gauche qui comptent, parce que notre camp politique n'est pas monolithique, parce que c'est heureux, parce que nous en sommes fiers. Oui, nous sommes divers.
Je vous répète qu'en politique, comme dans la nature, c'est la diversité qui fait la richesse des écosystèmes. Et je vous dis aussi, avec beaucoup de conviction, que les écologistes font confiance aux électeurs de gauche et écologistes pour trancher qui ils veulent voir porter leur couleur au premier tour de la présidentielle. Et aucun des candidats ou des candidats putatifs ne devrait en avoir peur. Second principe, je sais qu'il va vous plaire aussi, l'efficacité énergétique. Nous sommes face à deux menaces existentielles, la crise écologique et la bascule fasciste. Combien de jours nous reste-t-il jusqu'au péril ? Et dans chaque journée, combien d'heures disponibles pour le combat ?
Chaque heure, oui, chaque heure va devoir être utilisée à bon escient. Alors arrêtons avec les attaques personnelles, arrêtons avec les guerpiques aux collines, avec la comédia délartée. Avec le gna gna gna, si tu mets un dissident là, et bien moi j'en mets un là, et puis comme ça on perdra, et puis ce sera ta faute parce que c'est toi qui as commencé, non c'est toi. On en a marre, on n'a pas le temps, ça devient même indécent. Je vous dis qu'on en a marre, je pense que nos électeurs aussi. On leur racontera quoi pour leur expliquer qu'on n'avait pas tout fait pour empêcher ce qu'on savait qu'il allait arriver ?
Et bien, moi ce que je souhaite c'est qu'on n'ait jamais à leur raconter parce qu'on l'aura fait. Tout simplement. Attention aussi à une autre spécialité, les débats interminables sur des détails qui nous laissent parfois moins de temps pour convaincre les Français. Je vous donne un exemple, je pourrais en prendre 50, et par ailleurs c'est normal de débattre et c'est normal de trouver à chaque fois les meilleures solutions possibles. Organiser une primaire, ça pose mille questions. Ou quand, comment, ça coûte combien, qui se présente, qui vote ? Je prends dans toutes ces questions-là une, par exemple, vote électronique ou vote physique dans des bureaux de vote.
On a commencé à en discuter mais franchement, on peut en discuter trois heures, on peut même en discuter trois semaines, on pourrait même en discuter trois ans avec des experts. Il y en a qui vous diraient que le vote numérique c'est un problème parce qu'il y a des gens qui n'ont pas accès à un ordinateur, à un smartphone. On vous parlait de fracture, on dirait que le vote physique, peut-être que les jeunes, s'ils avaient pu voter numériquement, ils l'auraient fait. Et il y aura plein d'arguments de tous les sens. Et bien, par exemple, là-dessus, on peut faire simple. Moi, ce que je propose, c'est qu'on fasse les deux.
Comme ça, ceux qui veulent voter dans des bureaux, ils vont dans des bureaux et ceux qui veulent voter sur un ordinateur, ils votent sur un ordinateur. On va toujours trouver des solutions. Mais donc, engageons-nous à débattre fouilles, à chercher des solutions intelligentes fouilles mais à ne pas être dans des jeux d'acteurs comme ça toute l'année qui nous laisseront moins de temps pour convaincre les Français. Tout le temps qu'on dégage, c'est très simple, on pourra efficacement l'investir ailleurs. On peut, par exemple, aller à l'écoute des Françaises et des Français sur le terrain.
C'est ce que j'ai l'occasion de faire avec vous, d'ailleurs, lors de réunions inversées que j'organise partout en France, surtout là, d'ailleurs, où peu de politiques nationaux vont. D'ailleurs, parfois, on me dit qu'on n'en a jamais vu. Il m'a dit qu'on a vu que Laurent Wauquiez mais il habite à côté. Donc, c'est très content de voir quelqu'un d'autre. Et donc, je vous en prie, tous, allez partout sur le territoire parce qu'il y en a qui, vraiment, c'est dur. C'est des réunions où on prend le temps de se taire et d'écouter.
Et puis, c'est des réunions, voilà, c'est des réunions mais c'est aussi parfois des déplacements, des immersions pour apprendre, pour se familiariser avec des sujets qu'on connaît mal, pour se mettre à la place des gens. C'est ce que j'ai eu l'occasion de faire à l'Orient avec mon ami et député Damien Girard, avec des marins pêcheurs en passant une marie sur un langoustinier. C'est ce que j'ai fait aussi cet été en estive sur les plateaux du Vercors dans la Drôme avec Marie Pochon et un éleveur de brevilles confronté au loup. Écouter, apprendre, apprendre à écouter, en somme.
Ce que les gens attendent de nous, ce ne sont pas uniquement des propositions, c'est une évolution profonde de notre posture, une capacité à écouter ce qu'ils nous disent, à partager, même très fugitivement, leur vécu, parce qu'il y a des choses qu'il faut vivre, les vivre pour mieux les comprendre et ensuite, pour mieux les défendre. Ça vous va comme méthode ? Parfait. Maintenant que je vous ai donné quelques conseils collectifs à la disposition de tout le monde pour qu'on puisse gagner, mais j'attends avec impatience les propositions de tout le monde parce que tout ça est un travail d'équipe.
Vous avez compris que le collectif aurait tout notre soutien, précision importante quand même, mais ce que je voulais vous dire aussi, c'est que les écologistes n'ont pas juste vocation à être les gentils organisateurs de l'Union. On va continuer à le faire, je vous rassure. Mais évidemment que notre mouvement compte bien faire en sorte que l'écologie soit représentée comme offre politique dans la primaire qui s'annonce. Et croyez-moi, nous le ferons, notre congrès, nos instances l'ont confirmé de manière assez unanime, mais autant vous le dire tout de suite, nous n'irons pas pour faire de la figuration.
Le programme que nous proposerons au collectif, et tout ça va être retravaillé ensemble, mais nos propositions écologistes, ce sera de faire un programme de rupture, de rupture avec le capitalisme de prédation, mais aussi avec le productivisme qui est encore défendu par certains à gauche. Un programme nourri par le travail de nos parlementaires, de l'expérience de nos mères, de l'engagement de nos militants, un programme pour l'écologie, un programme pour la justice sociale, pour la jeunesse, pour la culture, pour l'avenir de nos enfants, un programme pour le droit à la santé, pour une vie digne, saine, un programme résolument décolonial, un programme antiraciste et un programme féministe.
On proposera évidemment aux Françaises et aux Français de pouvoir participer à son élaboration via une grande consultation populaire des écologistes et donc ça, voilà, ce sera notre contribution écologiste au travail collectif. Notre ligne politique sera l'écologie et notre ligne stratégique, ce sera l'antifascisme. Oui, nous allons combattre l'extrême droite, corps et âme, et ce combat que nous mènerons, je l'espère tous ensemble, commence en ce moment et en se montrant déterminés et irréprochables sur l'antisémitisme et sur toutes les formes de racisme, en étant courageux, en ne détournant pas les yeux.
L'extrême droite aussi s'occupant, en tenant compte, en parlant, en proposant beaucoup de choses concernant les inégalités territoriales. Pas comme le candidat Emmanuel Macron, parce que lui, dans sa campagne 2017, il avait dit, il avait même promis un nouvel acte de la décentralisation et même un pacte girondin. Et puis, comme tant de promesses, celle-ci a été trahie. Je vais vous parler d'un autre livre, « Quand le parisianisme écrase la France » de Francis Brochet qui évoque un sujet important.
Il y a dans notre pays une concentration des pouvoirs politiques, économiques, culturels, administratifs et médiatiques à Paris, ce qui se ressent jusqu'à la carte nationale des infrastructures ferroviaires. Résultat, quand tu n'y vis pas, tu as l'impression que tu ne comptes pas. Et ce n'est pas juste un sentiment. Cette inégalité, elle tient parfois à des contextes sociaux, économiques, indépendants du parisianisme, un exemple tout simple. Moi, je suis née et j'habite à Inambeaumont. Le jour de ma naissance, alors que je n'avais encore rien fait, j'avais déjà cinq ans d'estérance de vie de moins qu'un parisian.
Parce que je pouvais respirer et retrouver, reconnaître à l'odeur de quel sens venait le vent en devinant le site Céveso de Je Santé les efflu parce qu'il en avait de tous les côtés et qu'il n'avait pas les mêmes odeurs, parce que le système de santé y est moins doté, parce que l'environnement chez moi n'est pas aussi protégé qu'ailleurs. Parce que le mépris territorial, oui, ça existe et ça a des conséquences très concrètes, comme des années de vie en moins. Il y a des injustices territoriales et puis tout le monde le sait ici, mais il y a aussi normalement des politiques publiques. Et normalement, les politiques publiques sont là pour les compenser. Et bien en France, c'est l'inverse.
Exemple, le ministère de la Culture qu'on soutient, combien il dépense par an et par habitant pour l'île de France ? 195 euros. Et si vous n'êtes pas en île de France, 24 euros. Si on étend à l'ensemble des crédits culturels, pour un Parisien, 801 euros, pour un habitant du Doubs, 27. Les politiques publiques devraient redistribuer, y compris entre territoires. Et elles le font parfois à l'envers. Alors que partout en France, nous payons des impôts et que ces impôts nationaux, nous les payons partout sur le territoire, même sur les territoires défavorisés, avec les mêmes taux.
Alors pourquoi on ne récupère pas autant et pourquoi même c'est les territoires les mieux dotés qui récupèrent le plus ? Autre exemple, en France, en moyenne, il y a un taux de 50 pédiatres pour 100 000 habitants. à Paris, 279. Et je ne vous dis pas dans la Creuse ou en Corrèze. Comparer le nombre de médecins toutes spécialités confondues à Paris et en Seine-Saint-Denis, vous ne serez pas déçus. Dans le domaine de l'éducation aussi, on sait bien que trop souvent, c'est en province que les classes ferment, que ce sont dans les sous-préfectures que les tribunaux sont supprimés. La situation, elle ne s'améliore pas, elle régresse.
Et je le dis en précisant bien que dénoncer le parisianisme, ce n'est pas faire du populisme anti-parisien. Moi, je ne tomberai jamais là-dedans. Pauvreté, se loger, c'est de moins en moins accessible. Il y a de plus en plus de difficile de trouver des médecins qui ne pratiquent pas dépassement d'honoraires. Vivre à Paris, oui, ça pose d'autres difficultés. Et ça tombe bien parce que la prochaine équipe de David Béliard compte bien y remédier. J'ai eu l'occasion de le dire lors de mon discours du Congrès, mais la question territoriale, elle est fondamentale pour moi. Et je tiens à ce que nous puissions nous adresser à chacun d'entre eux dans leur spécificité.
Parce que les réalités des littoraux ne sont pas celles des territoires de montagne, ne sont pas celles des bassins maignets, ne sont pas celles des quartiers populaires de zones urbaines et ne sont pas celles des territoires dits d'outre-mer. Et puisque nous parlons des territoires dits d'outre-mer, je tiens en particulier à saluer la présence demain parmi nous de Christian Tant qui a tant fait pour la cause de son peuple de Caniqui, Nouvelle-Calédonie. Et avec lui, chez les écologistes, nous le réaffirmerons, nulle solution politique ne peut se construire sans les peuples, sans le peuple canaque qui doit être respecté et libre de son destin.
Autre condition nécessaire, n'est pas suffisante pour combattre l'extrême droite. Prendre à bras le corps des sujets qui touchent beaucoup de Français mais qui sont laissés en totale déshérence par le débat politique. La solitude, par exemple, c'est un sujet qui m'obsède et dont je ne comprends toujours pas qu'on n'en parle pas tout le temps. Vous savez combien de Français souffrent de la solitude ? Un sur quatre. Un Français sur quatre souffre de solitude. Et la solitude, ce n'est pas juste un inconfort. C'est un mal qui ronge, qui a des conséquences psychiques, qui a des conséquences physiques.
D'après l'OMS, souffrir de solitude, c'est aussi nocif pour la santé que de fumer 15 cigarettes par jour. Ça augmente les risques de décès prématurés. Ça a un impact profond et durable. Et ce mal, il touche toutes les générations, toutes les couches de la société et vient se juxtaposer sur les inégalités sociales et territoriales et les amplifier. D'autres pays ont réagi face à ce fléau. Le Royaume-Uni, le Japon, par exemple, ont mis en place des ministères dédiés à la solitude avec des grands plans d'action, des budgets dédiés. Et en France, on fait quoi ? Eh bien, on laisse seuls ceux qui ne sont déjà que trop.
Et ça a des conséquences pour la société dans son ensemble parce que cette solitude dont beaucoup de monde ne se préoccupe pas, je sais qu'elle nourrit aussi un rapport blessé à l'autre. Elle nourrit un rapport blessé à l'autre qui nourrit ensuite le Rassemblement national qui pourtant n'a rien de concret à proposer sur le sujet. Oui, le combat contre le Rassemblement national doit se mener sur tous les sujets, sur tous les territoires, sur tous les terrains et c'est exactement ce que nous allons faire jusqu'aux étagères des librairies. Jordan Bardella a sorti son livre, Zemmour a commis plusieurs livres, je dis bien commis parce que le contenu, oui, relève bien du registre du délit.
Et en face, on avait les Rêveries libidineuses de Bruno Le Maire. Je vous rassure, à côté de ces ouvrages peu recommandables, vous trouverez bientôt une lecture plus saine et plus motivante en plus du livre d'Olivier Faure que j'ai lu cet été, en plus du livre de Lucie Casté que j'ai aussi lu cet été et en plus du livre de Clémentinota que j'ai aussi lu cet été et vous comprenez donc pourquoi je ne répondais pas à vos messages WhatsApp. Je vous donne le titre, ça s'appellera Demain si tout va bien et je vous rassure une deuxième fois, ce livre n'est pas là uniquement pour que l'extrême droite et la droite se sentent moins seules sur les étagères de la FNAC.
C'est un projet auquel je réfléchis depuis longtemps et pour lequel Albain Michel m'a fait confiance et je les en remercie. C'est un livre bien sûr qui sera classé dans les livres politiques parce que, de par son auteur, c'est un livre politique mais il ne ressemble pas je pense aux autres livres politiques et je pense que c'est aussi de par son auteur mais je ne vous en dis pas plus, je vous laisse la surprise et j'espère qu'il vous plaira et que j'aurai l'occasion de vous rencontrer, de vous retrouver dans la tournée des librairies qui m'attend à l'automne si tout va bien.
Combattre l'extrême droite c'est aussi apporter des solutions aux gens, aux prix qui flambent, aux parents racisés qui me disent avoir peur pour la sécurité de leurs enfants, à cet agriculteur au bord du suicide qui appelle à l'aide, à cette maman d'une jeune fille de 8 ans qui se demande si elle a bien fait de faire un enfant tout en culpabilisant de se poser cette question. Ces colères, cette détresse exigent de notre part un travail de fond qui doit être permanent.
Je vous ai déjà annoncé que demain sortira si tout va bien notre plateforme programmatique pour les municipales qu'en septembre nous serons sur tous les fronts des mobilisations qui émailleront la rentrée mais je vous annonce aussi qu'en octobre les écologistes sortiront un plan écologiste pour la sortie de crise. Ce plan de sortie de crise nous y travaillerons en lien avec les groupes parlementaires qui portent déjà de nombreuses propositions mais il sera aussi là pour montrer que conformément à la formule de Goethe que j'évoquais au début nous sommes capables de dessiner une voie de tracer un chemin même quand les obstacles semblent s'accumuler.
Et dans ce travail énorme je tiens aussi à signaler celui que nous conduisons depuis des mois au sein du pôle projet qui planche sur des carnets de doctrine. Ce pôle associe donc des forces vives du mouvement des experts, des élus, des spécialistes et puis des gens qui ne sont pas adhérents chez nous mais qui veulent nous aider des spécialistes de la société civile des parlementaires aussi puis des membres de la direction nationale et toutes et tous travaillent au réarmement intellectuel de notre mouvement au service de notre projet politique et de tout notre camp.
Ici encore comme nous sommes généreux et oui nous sommes vraiment dans une optique de service public l'esprit public le livre de Clémentine Autant et bien ce travail sera mis à la disposition de tout le monde à travers des carnets de doctrine donc qui seront progressivement rendus publics dans les semaines qui viennent et donc je vais remercier évidemment celles et ceux qui travaillent d'arrache-pied qui mènent des dizaines d'auditions avec des experts qui nous aident à garder un temps d'avance et je crois que nous pouvons les applaudir. Alors évidemment on parle présidentielle on parle programme on parle candidature et je vois bien la question qui commence à germer dans certains esprits.
Oui on me pose souvent la question de savoir si j'irais moi et à cela je vais vous répondre très simplement suspens je vous réponds très simplement qu'on ne se présente pas à une élection présidentielle à la légère on réfléchit on consulte on discute on écoute en tout cas c'est ainsi que je veux procéder surtout je pense que c'est une décision collective qui concerne l'ensemble de notre famille politique et qu'elle doit s'inscrire dans un cadre clair dont nous avons déjà donné quelques éléments comme décidé en juin dernier le parti organisera son processus de désignation interne en fin d'année et nous sommes encore à l'été donc c'est à l'automne que je prendrai que je rendrai publique ma décision mais ça veut nullement dire que je ne suis pas prête à en discuter dès à présent à cheminer avec vous parce que quand je parle de décision collective ça signifie très concrètement que oui je crois aux vertus de l'échange et que nous sommes dans un lieu et un moment tout à fait approprié pour cela alors si vous le souhaitez parlons-en dites-moi ce que vous en pensez pourquoi ça tombe bien on est encore pendant deux jours au même endroit on a beaucoup parlé de responsabilité ce soir et je voulais ajouter une dernière chose à ce sujet la responsabilité c'est pas un fardeau individuel c'est une aventure collective une de celles qui transforme la colère en espoir et l'espoir en victoire et des victoires il y en a aussi j'ai toujours trouvé essentiel d'apprendre à les célébrer chaque centimètre gagné sur le découragement mérite d'être honoré quand nous remportons une circonscription quand un texte de loi avance quand un slogan allume une étincelle dans le regard d'une militante ou d'un militant qu'un moment politique nous en fière alors oui il faut lever la tête et s'en féliciter toute victoire même partielle est une preuve que le réel peut encore être déplacé et ça c'est précieux et c'est presque révolutionnaire voilà pourquoi je souhaitais terminer en vous rappelant ces vers de Goethe qui décrivent la tombée du jour en soulignant malgré tout qu'au cœur du crépuscule la lumière demeure le crépuscule est tombé tout ce qui était proche déjà s'éloigne mais d'abord est montée la douce lumière de l'étoile du soir tout vacille incertain cette incertitude nous la connaissons que trop bien c'est celle des moments historiques des temps où tout peut basculer cette incertitude elle ne doit pas nous inquiéter mais au contraire nous habiter et nous activer oui j'espère au moment de conclure ce discours très simplement que nous saurons nous montrer toutes et tous responsables parce qu'on dit parfois que la politique c'est le pouvoir mais moi je ne le crois pas la politique c'est de la responsabilité le pouvoir c'est un privilège mais la responsabilité elle ça oblige alors merci à toutes et tous au lait cœur et bonne rentrée merci à tous
merci à tous
Marine Tondelier