Pédocriminalité : Sarah El Haïry se dit favorable «à toutes les traques possibles»
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« Depuis le début de l'été, 375 personnes ont été interpellées dans le cadre des enquêtes liées aux incendies qui ont frappé la France. »
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« Parmi elles, 142 mineurs. »
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« Les incendies, et en particulier quand ils sont volontaires, criminels, ont des conséquences monstrueuses. »
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« Les enfants sont encore sous la responsabilité de leurs parents, et c'est bien à la maison qu'on pose le cadre. »
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« Mais par exemple, à Biarritz, il y a deux animateurs d'un centre de loisirs qui ont été mis en examen. »
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« Ce qui a marqué les esprits aussi ces dernières semaines, c'est l'affaire Liana, le meurtre de Liana, 11 ans. »
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« La justice a réexaminé près de 70 000 dossiers à la suite de ce meurtre. Le résultat, c'est 970 dossiers prioritaires qui ont été identifiés et 675 personnes qui ont été incarcérées. »
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« L'année dernière, d'après les derniers chiffres américains, il y a plus de 105 millions de contenus pédocriminels en ligne qui circulent. »
Temps de parole
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Europe 1 7h, 9h Europe 1 Matin Europe 1 Matin, il est 8h12, votre invité ce matin, Jacques Serret et Sarah El Haïry, haute commissaire à l'enfance et ancienne ministre déléguée chargée de l'enfance.
Bonjour Sarah El Haïry. Bonjour. Depuis le début de l'été, 375 personnes ont été interpellées dans le cadre des enquêtes liées aux incendies qui ont frappé la France. Parmi elles, 142 mineurs. 36 personnes ont déjà été incarcérées. Toutes ces interpellations ne recouvrent évidemment pas les mêmes faits, les mêmes responsabilités. Mais comment expliquez-vous qu'aujourd'hui, plus d'un tiers des personnes interpellées dans ces incendies soient des mineurs ?
Soyez clair, les incendies, et en particulier quand ils sont volontaires, criminels, ont des conséquences monstrueuses. D'abord, il faut le dire, pour les hommes et les femmes qui essayent de nous défendre et de nous défendre du feu, ça leur coûte la vie et il faut le rappeler, c'est des équipes d'une force, d'une dévotion qui est telle qu'on ne peut pas prendre ça à l'égard, ce n'est pas un jeu d'été que de s'amuser à vivre des sensations fortes. Et donc, il n'y a pas d'excuse pour des plus jeunes qui expliqueraient que finalement, ça serait moins grave. C'est extrêmement grave.
Et la première des responsabilités, elle est aussi dans le discours des parents, de ne pas minimiser, de dire à quel point c'est important. Je ne parle même pas en plus des conséquences sur la nature. Vous savez que j'ai été la ministre de la biodiversité. à quel point nos forêts françaises sont pour le coup déjà en danger du fait du changement climatique et à quel point on perd et patrimoine et mise en danger des gens et économie puisque ces derniers jours, on parle bien sûr de la Gironde et des Landes en particulier.
Mais justement, vous êtes haute commissaire à l'enfance. Quand un ado de 13-14 ans se retrouve impliqué dans des faits susceptibles de détruire des milliers d'hectares, est-ce qu'il faut aujourd'hui demander des comptes aux parents ?
Écoutez, il faut d'abord demander des comptes aux enfants et bien sûr aux parents également. Pour une raison toute simple, soyons très clairs. La première des protections, la meilleure des protections, c'est aussi de poser un cadre et en fait d'être extrêmement clair avec ces adolescents et avec ces enfants. Ce n'est pas un jeu anodin. Ce n'est pas des sensations fortes qu'on va chercher en participant finalement à créer de la scénographie. Tout ça n'est pas à prendre à la légère pour deux raisons. La première, cette génération, une partie de cette génération malheureusement, est habituée à vivre des créations de scènes avec les réseaux sociaux, avec les médias, e-films.
Alors je ne dis pas que c'est le cas dans le cas des incendiaires malheureusement qui ont eu à connaître et qui ont été interpellés. Mais je dis simplement que ne pas prendre à la légère ces actes, c'est la première des protections qu'on leur doit. Et en fait, plus vite on pose le cadre, on le rappelle, il y a en réalité bien sûr des questions pédagogiques, éducatives, mais aussi des sanctions, c'est la protection qu'on leur doit pour qu'ils grandissent dans un cadre clair. Il ne faut pas minimiser, et je le dis vraiment, la responsabilité qu'un adolescent a dans son action, dans le cadre qui est le sien. Alors on ne sait pas s'ils sont en groupe, en individuel.
Cadre pour les enfants, mais son son financier pour les parents, c'est quelque chose que vous appelez de vos vœux aujourd'hui ?
Écoutez, soyons un enfant et sous la responsabilité bien sûr de ses parents. Et aujourd'hui, on sait qui est responsable et qui est coupable. Les enfants sont encore sous la responsabilité de leurs parents, et c'est bien à la maison qu'on pose le cadre. Et pour le coup, la République, les institutions, elles sont faites pour le faire respecter. On le doit bien sûr aux pompiers et à l'ensemble des victimes.
Alors demain, vous passerez votre journée dans une colonie de vacances en Corse, à Calvi. Pourquoi ce déplacement ? Qu'est-ce que vous allez contrôler très concrètement ?
Écoutez, moi je serai aux côtés du maire de Calvi et des équipes, pour le coup, des colonies de vacances. La majorité du secteur, des animateurs, des directeurs de colos, vous savez ce qu'ils veulent ? Ils veulent plus de contrôle des antécédents, ils veulent en fait le rétablissement de la confiance. Celle où les parents, ils n'ont pas peur, pas de doute, et qu'ils font confiance. Pourquoi ? Parce qu'il faut rappeler les choses. Mais la crise de confiance qu'a posé le périscolaire à juste titre parisien a mis en évidence... Et pas seulement à Paris.
Et pas seulement à Paris, mais a mis en évidence quand même le drame, pour le coup, que vivent les enfants aujourd'hui, en termes, pour le coup, de contact avec des prédateurs et des prédateurs sexuels en particulier. Il faut rappeler, 60 à 90% des situations, elles sont intrafamiliales. C'est un oncle, c'est un parent, c'est quelqu'un de proche. Et c'est là où la parole des enfants est absolument importante et structurante. Il faut les écouter, il faut les croire, il faut les accompagner dans cette procédure.
Mais dans l'écolos, ou dans d'autres institutions, qu'elles soient sportives, culturelles, ou pour le coup, parfois, de musique, la formation et le contrôle des antécédents est essentiel. Aujourd'hui, il y en a dans l'écolos...
Vous parlez du contrôle des antécédents, c'est quelque chose que vous souhaitez. Mais par exemple, à Biarritz, il y a deux animateurs d'un centre de loisirs qui ont été mis en examen. Et en l'occurrence, il n'y avait pas d'antécédents dans ces dossiers-là.
Mais c'est pour ça que, si je peux finir en phrase, le contrôle des antécédents, c'est juste la première marche. On doit, aux enfants et aux parents, de ne pas avoir des gens qui ont été condamnés ou dont des procédures sont en cours, avec le fameux FIGEIS, qui serait dans un autre département ou dans un autre secteur. L'éducation, le sport... Et donc ça, c'est la première des barrières. Mais la deuxième, c'est quoi ? La deuxième, c'est la formation et l'accompagnement, pour le coup, des enfants. Le fait de leur donner les moyens, vient de nous dire, de poser un cadre de sécurité, leur parole et la procédure de justice derrière.
Et c'est en les accueillant, par exemple, dans des unités d'accueil d'enfants, pour le coup, en danger, des UAPED ou des SEL Mélanie, pour l'accompagnement de leur parole, la formation des équipes, évidemment, de police et de gendarmerie qui est en cours, ou encore, pour le coup, de la justice, qu'on réussira à, finalement, bâtir une société avec une protection plus intégrale. Et c'est là où la protection des enfants, c'est toute une chaîne. C'est d'abord les entesans judiciaires, la formation, et pour permettre, enfin, à nouveau, les grands départs en colo, où on a confiance, où on grandit, parce que oui, ça fait du bien de grandir en société, de vivre ces magnifiques expériences.
Ce qui a marqué les esprits aussi ces dernières semaines, c'est l'affaire Liana, le meurtre de Liana, 11 ans. Alors, la justice a réexaminé près de 70 000 dossiers à la suite de ce meurtre. Le résultat, c'est 970 dossiers prioritaires qui ont été identifiés et 675 personnes qui ont été incarcérées. Alors, on peut saluer la mobilisation du ministère de la Justice, mais c'est aussi l'aveu d'une défaillance de l'État, vous ne croyez pas ?
Pour le coup, moi, j'ai vu une volonté extrêmement forte du garde des Sceaux, qui a effectivement mis un rythme plus fort, et c'est normal et c'est ce qu'on doit. À la suite du drame de Liana, parce que c'est un drame, et je pense que c'est un électrochoc pour beaucoup de monde, bien sûr, c'est un échec. Un électrochoc et un échec. Un électrochoc parce que tout le monde était obligé d'ouvrir les yeux. La question aujourd'hui des procédures, de la parole des enfants, des réponses judiciaires, elle était encore trop lente, trop longue, pas suffisamment immédiate. Et l'échec, là, il était où ? Il était dans le fait qu'il était connu par les services de justice.
Il y avait des traces, donc il y avait une protection possible. Et c'est là où c'est une défaillance. C'est là où c'est, pour le coup, viscéral et que ça a créé une mobilisation. Mais je vais aller un tout petit peu plus loin. Ce choc et ce drame, il aura permis, oui, de réouvrir des affaires, mais j'espère que plus jamais, plus jamais, finalement, dans notre système, on aura des défaillances de ce type-là. Et c'est pour ça que, pour le coup, une loi a été votée, qui a renforcé un certain nombre d'angles morts. Et elle arrivera également, pour le coup, au Sénat. Et j'espère qu'on ira jusqu'au bout. Honorabilité, d'abord et toujours.
Sarah Laheri, en un mot, juste pour terminer, j'aimerais vous interroger sur l'affaire Epstein. Plusieurs parlementaires demandent une commission d'enquête sur les ramifications françaises de cette affaire. On a pu entendre, il y a la braune pivée qui s'est montrée pas favorable à ce stade, à l'ouverture d'une telle commission d'enquête. Vous, vous êtes haute commissaire à l'enfance. Quelle est votre position là-dessus ?
Moi, je traque, pour le coup, tous les pédocriminels là où ils sont. Et je vais être plus claire que ça.
Pour ou contre une commission d'enquête parlementaire ?
Je ne suis plus parlementaire. Et donc, je ne suis pas en situation de dire...
Mais en tant qu'haute commissaire, vous avez bien la position.
Moi, je dis oui à tous les contrôles et toutes les traques possibles. Juste pour vous donner un chiffre, l'année dernière, d'après les derniers chiffres américains, il y a plus de 105 millions de contenus pédocriminels en ligne qui circulent. C'est autant de dangers et de risques pour nos enfants. Aujourd'hui, oui, il y a des réseaux qui sont ramifiés. C'est accéléré. Ce n'est pas une violence nouvelle, mais c'est accéléré par le numérique. Et donc, ça n'a plus de frontières. Voilà la réalité. Protéger nos enfants, c'est se donner les moyens de constituer des digues et de les défendre. Et de les défendre, c'est traquer ceux qui, malheureusement, ne leur veulent pas que du bien.
Merci, Sarah Laéri, haute commissaire à l'enfance. Merci d'avoir été avec nous en studio ce matin sur Europe 1. Très bonne journée.