SciencesPo Paris "fait l'objet d'un intérêt déraisonnable", estime Laurence Bertrand Dorléac
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:47FerméeRéponse partielle
Êtes-vous en mesure d'établir les faits ? Y a-t-il eu, oui ou non, dérapage antisémite le 12 mars dans vos locaux ?
- 2:25FerméeRéponse partielle
C'est-à-dire que vous n'avez pas le droit d'entrer dans cette amphi au motif que vous êtes sioniste.
- 3:14OuverteRéponse directe
Est-ce que vous vous rendez aux arguments de l'Union des étudiants juifs de France qui dénoncent une inquiétude latente ?
- 4:59RelanceRéponse partielle
Mais alors c'est intéressant parce que Madame la Présidente, vous me dites attention à moi.
- 5:35OuverteRéponse partielle
Quelle leçon vous tirez de cette réaction politique ?
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Vous avez l'impression d'être instrumentalisée ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:55Invité politiqueFait
« Écoutez, il s'est passé des choses absolument condamnables, en ce sens qu'on ne peut pas empêcher un cours. »
- 1:05Invité politiqueFait
« Et il y a 300 associations à Sciences Po, elles doivent demander l'autorisation de se réunir. »
- 1:40Invité politiqueFait
« Si une étudiante a été empêchée d'entrer dans cette amphi, au motif qu'elle appartient à une organisation de jeunes étudiants juifs de France, c'est absolument condamnable. »
- 1:57Invité politiqueFait
« Une enquête administrative, dès le lendemain, une enquête administrative était décidée. »
- 2:06Invité politiqueFait
« Et d'autre part, un article 40 a été déposé, c'est-à-dire donc un signalement au procureur de la République. »
- 3:43Invité politiqueFait
« Je suis forcément inquiète de cette situation, étant une historienne de la Seconde Guerre mondiale. »
- 3:59Invité politiqueFait
« Mais attention à ne pas opposer les communautés entre elles et les étudiants entre eux. »
- 5:37Invité politiqueFait
« Pardon, la leçon c'est que c'est la rançon de la gloire de Sciences Po. »
- 6:15Invité politiqueChiffre
« Nous sommes une université et je vous rassure, nous avons 15 000 étudiants qui étudient chaque jour. »
- 6:29Invité politiqueFait
« Non, je n'ai pas l'impression d'être instrumentalisée, j'ai simplement l'impression que notre école fait l'objet d'un intérêt peut-être disons déraisonnable. »
- 7:04Invité politiqueChiffre
« Oui, c'est vrai, mais avant que je ne réponde en fait, ce sont les 15 000 élèves des lycées et des collèges qui se présentent cette année à Sciences Po, c'est-à-dire davantage encore que l'année dernière. »
- 8:31Invité politiqueFait
« Mathias Vichra a été renvoyé au tribunal correctionnel ainsi que son ex-compagne. »
- 8:42Invité politiqueFait
« Il a démissionné parce qu'il a un grand sens des responsabilités. »
- 9:05Invité politiqueFait
« Tout simplement parce que le temps de la justice est notre tempo et notre tempo à Sciences Po. »
- 9:21Invité politiqueFait
« Nous avons besoin d'une direction tout simplement parce que c'est effectivement le directeur exécutif qui fixe un certain nombre à la fois de règles, qui les fait respecter et qui œuvre pour les programmes. »
Temps de parole
- Invité politique59 %
- Présentateur41 %
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Sonia de Villers, votre invitée ce matin, est la présidente de la Fondation Nationale des Sciences Politiques. Et à ce titre, Nicolas, elle a la haute main sur la gestion de Sciences Po, la fameuse école, celle qui fait couler tellement d'encre. Récit d'une semaine explosive. Le directeur, visé par une affaire de violence conjugale, a donné sa démission. Certaines organisations étudiantes trouvaient son maintien injustifiable. Le même jour, un amphi a été occupé sans autorisation par des étudiants pro-palestiniens qui aurait, je dis bien qui aurait, interdit l'entrée du meeting à une étudiante au prétexte qu'elle était juive. Énorme scandale, même le président de la République s'en est mêlé.
Bonjour, Laurence Bertrand d'Orléac. Bonjour, Sonia Dividuilet. La fièvre retombe un peu. On se rend compte maintenant que les témoignages se contredisent. Êtes-vous en mesure d'établir les faits ? Y a-t-il eu, oui ou non, dérapage antisémite le 12 mars dans vos locaux ?
Écoutez, il s'est passé des choses absolument condamnables, en ce sens qu'on ne peut pas empêcher un cours. Et il y a 300 associations à Sciences Po, elles doivent demander l'autorisation de se réunir. En l'occurrence, l'amphiboutmie a été occupée par des étudiants. Et quelle que soit la cause de ces étudiants, c'est une première erreur. D'autres erreurs... C'est une occupation sauvage. On peut dire que c'est une occupation qui n'avait pas été autorisée. D'autre part, des signalements ont été faits, qui sont, disons, concernent des faits qui sont là aussi condamnables.
Si une étudiante a été empêchée d'entrer dans cette amphi, au motif qu'elle appartient à une organisation de jeunes étudiants juifs de France, c'est absolument condamnable. Une enquête est en cours. Une enquête administrative, dès le lendemain, une enquête administrative était décidée. Les premières auditions auront lieu dès ce matin. Et d'autre part, un article 40 a été déposé, c'est-à-dire donc un signalement au procureur de la République. Et nous attendons les résultats de l'enquête. Mais nous serons intraitables.
Un traitable pour l'occupation de cette amphi et pour ce qui aurait été prononcé à l'encontre de cette étudiante. C'est-à-dire que vous n'avez pas le droit d'entrer dans cette amphi au motif que vous êtes sioniste. C'est important de bien réfléchir à tout ça parce que cette étudiante elle-même dit ne pas avoir entendu cette phrase. Il y a 37 étudiants et étudiantes juives et juifs qui ont signé une tribune de leurs initiales pour dire « Mais nous sommes juifs, nous étions à l'intérieur de cette amphi, nous y avons été chaleureusement accueillis et associés à cette discussion. » Donc vous voyez bien que les témoignages se contredisent.
C'est juste et encore une fois ces enquêtes diront ce qu'il s'est passé exactement. S'il y a eu des actes d'ordre antisémite, nous serons intraitables. Encore une fois la justice est en cours et l'enquête interne est en cours.
Alors est-ce que vous vous rendez aux arguments de l'Union des étudiants juifs de France qui dénoncent une inquiétude latente, un climat qui est propice à la dérive antisémite ? C'est-à-dire le patron de l'UEJF dit qu'il n'y a pas d'antisémitisme par principe à Sciences Po. Mais depuis le 7 octobre, il y a des positions qui se sont radicalisées face à l'attitude d'Israël et qui glissent vers l'antisémitisme. Est-ce que vous êtes inquiète de cette situation ?
Je suis forcément inquiète de cette situation, étant une historienne de la Seconde Guerre mondiale. Je suis très attentive à tous les actes antisémites qui peuvent se produire. Je constate effectivement un raidissement du climat et il est normal que je m'en soucie. Mais attention à ne pas opposer les communautés entre elles et les étudiants entre eux. C'est une communauté étudiante unie, la communauté de Sciences Po. Et je constate que d'ores et déjà, une réunion est prévue, une rencontre entre les jeunes étudiants de l'Organisation des Juifs de France et le Comité Palestine. Ils vont se parler. Oui, enfin. Et vous avez encouragé le fait qu'ils se rencontrent et qu'ils se parlent.
Évidemment que nous avons encouragé et c'est ce que nous faisons en permanence. Donc attention, attention de ne pas opposer ces étudiants qui déjà sont suffisamment sur des positions effectivement différentes. C'est un lieu de débat. Que je sache, la plupart des événements qui ont eu lieu, à l'exception peut-être de celui-là, et encore une fois, ce sera la justice d'en juger. Et effectivement, je n'ai jamais constaté ni de heurts, ni de manque de respect dans le dialogue.
Mais alors c'est intéressant parce que Madame la Présidente, vous me dites attention à moi. Mais le Premier ministre, en quelques heures, se rend dans vos locaux. Il a des phrases extrêmement violentes, le Premier ministre Gabriel Attal qui est l'un de vos anciens élèves. Il dit le poisson pourri par la tête. Il est accompagné de la ministre de l'Enseignement supérieur. Il n'y a pas moins de trois ministres qui vont s'indigner. Le lendemain, le Président de la République lui-même va soulever la question et parler de séparatisme, de risque de séparatisme en Conseil des ministres.
La Présidente de l'Assemblée nationale en parle, le Président du Sénat en parle, les élus RN en parlent, les Insoumis s'en emparent. Quelle leçon vous tirez de cette réaction politique ?
Pardon, la leçon c'est que c'est la rançon de la gloire de Sciences Po. C'est-à-dire qu'effectivement Sciences Po attire tous les regards. Et je constate que le Premier ministre est un ancien élève de Sciences Po. Et je prends effectivement sa visite à Sciences Po comme une marque d'intérêt. Et je constate en effet que nous sommes littéralement sous les feux des projecteurs en permanence. Il faut aussi se poser la question...
C'est ce qu'on appelle un emballement médiatique, c'est ce qu'on appelle des politiques qui se ruent dans l'arène avant même de savoir ce qui s'est passé dans cette amphiboutmie.
Mais est-ce bien raisonnable de s'emballer ? En tout cas nous, nous sommes une université et je vous rassure, nous avons 15 000 étudiants qui étudient chaque jour. Nous avons 300 professeurs, chercheurs qui leur enseignent, qui leur donnent des cours. Vous avez l'impression d'être instrumentalisée ? Non, je n'ai pas l'impression d'être instrumentalisée, j'ai simplement l'impression que notre école fait l'objet d'un intérêt peut-être disons déraisonnable.
Et elle fait l'objet aussi de longue date, depuis plusieurs années, de critiques, de suspicions, d'enquêtes, de polémiques. Elle est dénoncée par certains comme un lieu qui favoriserait la radicalisation des étudiants, la gauchisation des étudiants, les combats communautaires, la cancel culture. Qu'est-ce que vous répondez à ces détracteurs qui évidemment s'emparent d'une affaire comme celle-ci immédiatement ?
Oui, c'est vrai, mais avant que je ne réponde en fait, ce sont les 15 000 élèves des lycées et des collèges qui se présentent cette année à Sciences Po, c'est-à-dire davantage encore que l'année dernière. C'est ça la vraie réponse en réalité. Pourquoi Sciences Po attire à ce point les élèves ? Pourquoi ? Pourquoi on vient faire Sciences Po ? Pourquoi le premier ministre norvégien aujourd'hui a fait Sciences Po ? Pourquoi l'ancienne présidente du Sri Lanka a fait Sciences Po ? Pourquoi l'actuelle présidente de la Géorgie a fait Sciences Po ? Voilà, je vous retourne la question, c'est ça notre métier.
Notre métier, c'est d'enseigner, c'est de chercher, c'est d'être accompagné par 1 000 salariés. Est-ce que vous croyez que ça amuse les 1 000 salariés d'être sous les feux des projecteurs alors que tout le monde est au travail aujourd'hui ? Tout le monde ! Et l'événement pour lequel vous m'invitez est l'exception qui confirme la règle ?
Alors, il y a deux événements pour lesquels il est important de vous entendre, Laurence Bertrand d'Orléac. Vous avez remplacé il y a trois ans Olivier Duhamel, mis en cause dans une affaire d'inceste, on s'en souvient. Vous aviez deux chantiers prioritaires en prenant votre poste, mettre en oeuvre des mesures concernant les violences sexuelles et sexistes, et nommer un nouveau directeur, ce fut Mathias Vichra. Patatra, voilà le Mathias Vichra lui-même renvoyé devant le tribunal correctionnel pour violences conjugales. Vous avez accepté sa démission, il vous l'a remise la semaine dernière. Trouviez-vous comme lui que sa position était intenable ?
Non, tout d'abord je voudrais rectifier les faits. Mathias Vichra a été renvoyé au tribunal correctionnel ainsi que son ex-compagne. Oui. Ça c'est la première chose. La deuxième chose, je n'ai pas eu à accepter sa démission puisqu'il a démissionné. Il a démissionné parce qu'il a un grand sens des responsabilités. Mathias Vichra, que je sache, est toujours présumé innocent jusque là, jusqu'à nouvel ordre. Et d'autre part, il a été un excellent directeur. Voilà, je m'arrêterai là.
En fait non, on ne peut pas s'arrêter là complètement. C'est-à-dire, il est présumé innocent. Alors en quoi il doit démissionner s'il est présumé innocent ? Je rappelle qu'il y a une ministre qui est doublement mise en examen au gouvernement et que ça, justement parce qu'elle est présumée innocente, ça fait consensus. Pourquoi est-ce qu'il doit démissionner ?
Tout simplement parce que le temps de la justice est notre tempo et notre tempo à Sciences Po. Nous avons besoin d'une direction. Nous avons besoin d'une direction tout simplement parce que c'est effectivement le directeur exécutif qui fixe un certain nombre à la fois de règles, qui les fait respecter et qui œuvre pour les programmes.
Donc il ne peut pas être à la fois à son futur procès et à la direction de l'école. Exactement. Est-ce qu'il aurait dû démissionner avant ?
Non, certainement pas. Certainement pas parce que les résultats de l'enquête préliminaire n'étaient pas connus. Et je ne regrette pas un seul instant que de manière la plus consensuelle possible, cette décision a été prise effectivement de son retrait. Merci.