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interviewINA Actu· 26 avril 2026 12 min

L'affaire du sang contaminé : le scandale qui a bouleversé la France

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il savait qui tué. C'est honte. Vous entendez ?

Honte. Je me sens tout à fait responsable. Pour autant, je me sens pas coupable.

On ne tirera pas les leçons de cette tragédie. Comment l'affaire du sang contaminé a-t-elle pu provoquer une telle tragédie ? Dans cette vidéo, nous allons revenir sur l'un des plus grands drames sanitaires de la fin du 20e siècle.

En France, des milliers de personnes ont été contaminées par le VIH à cause de transfusion sanguine. C'est ce virus qui est responsable du syndrome d'immunodéficience acquise, communément appelé sida. Parmi ces personnes, des hémophiles, des patients transfusés, des gens qui faisaient confiance au système de santé.

Le bilan est lourd, des milliers de personnes ont été contaminées et parmi elles de nombreux hémophiles. Au début [grognement] des années 90, la France compte parmi les pays européens les plus touchés par les contaminations post-transfusionnelles. [musique] Pour comprendre, il faut revenir au début des années 80.

Une nouvelle maladie apparaît, le sida. Elle est mal connue, mal comprise et les médecins se posent déjà une question cruciale : peut-elle se transmettre par le sang ? La seule mesure que l'on puisse prendre en l'état actuel des connaissances sur cette maladie, c'est l'information du public.

Cette maladie dite des homosexuel est appelée plus scientifiquement le syndrome immunodéficitaire acquis en abrégé le siba. À ce moment-là, le risque est encore incertain mais pour certains patients, cette question est vitale. Les hémophiles souffrent d'une maladie du sang qui empêche la coagulation.

Pour vivre, ils dépendent de traitements fabriqués à partir de don de sang, des produits issus de mélange de centaines, parfois de milliers de donneurs. Si ces produits sont contaminés, le traitement lui-même devient dangereux. Et en France, toute cette chaîne est contrôlée par un organisme central, le Centre National de transfusion sanguine, le CNTS.

C'est lui qui décide quels produits sont utilisés pour soigner les patients. En mars 1985, le directeur du Centre National de transfusion sanguine, Michel Garetta, s'exprime publiquement. La transfusion n'a jamais été un acte totalement inoffensif.

Transfuser quelqu'un, c'est injecter un homme malade, le receveur, un des composant du sang d'un homme sain, le donneur, le donneur bénévole en France. Et le sida est une maladie virale qui se surrajoute au risque classique de la transfusion 5e. Le risque existe et les médecins en ont conscience.

Très vite, les scientifiques comprennent que ce virus peut se transmettre par le sang. Des solutions existent déjà. Tester systématiquement les dons et utiliser des produits chauffés pour neutraliser le virus.

Dès 1985, des spécialistes comme Luc Montagier tirent déjà la sonnette d'alarme. Je crois que tout le monde est d'accord pour penser qu'il faut d'abord éviter la transmission de virus par voix sanguine, c'est-à-dire tester systématiquement tous les dons de sang. Ceci, c'est une mesure qui est déjà effective aux États-Unis et en Allemagne de l'Ouest et qui va probblement s'étendre à tous les pays d'Europe.

Tester systématiquement les dons de sang permettrait d'éviter la contamination. Mais entre ce que l'on sait et ce que l'on fait, il y a un écart. Un test américain est prêt dès avril 1985.

Il permet d'identifier le virus dans le sang. Mais en France, son utilisation est retardée. Plusieurs facteurs sont en cause, notamment l'attente d'un test développé par l'Institut Pasteur. [musique] Le 29 mai 1985, une réunion se tient au Centre National de Transfusion sanguine à Paris.

Autour de la table, Michel Garetta et les principaux responsables du CNTS. Ce jour-là, un constat est posé noir sur blanc dans un compte-rendu officiel. Les produits destinés aux hémophiles sont contaminés tous.

Pourtant, la décision est prise de continuer à les distribuer. Ces stocks représentent environ 5 millions de francs. Les détruire, c'est assumer une perte immédiate.

Des patients continueront à recevoir ces produits. Le 19 juin 1985, le gouvernement annonce pourtant la généralisation du dépistage du sang. Une annonce tardive et insuffisante.

D'ici la fin du mois, tous les centres de transfusion sanguine devraient utiliser des tests de ce type. But de l'opération, dépister systématiquement lors de chaque don de sang la présence d'anticorps dirigée contre le sida et éviter ainsi une éventuelle transmission de la maladie. Si le test est positif, le sang sera retiré du circuit de la transfusion.

Le dépistage permettra d'éviter tout accident mais il coûtera cher 2 millions de francs par an. Ce chiffre sera rapidement contesté. Le coût réel du dépistage sera réévalué à plusieurs centaines de millions de francs par an.

Une dépense importante qui pèse sur les décisions à prendre. [musique] Pendant plusieurs années, l'affaire reste dans l'ombre. Les hémophiles tombent malades, certains meurent.

Mais la vérité sur les décisions de 1985 ne filtre pas encore. C'est en 1991 qu'un rapport va tout faire basculer. 29 mai 1985, le CNTS, Centre national de la transfusion sanguine, l'écrit noir sur blanc.

Selon des calculs statistiques, tous nos produits pour soigner les hémophiles sont contaminés par le virus du sida. L'état d'alerte est déclenché, il y a urgence et pourtant au CNTS, on continue avec les mêmes produits, des produits qui vont rendre séropositif comme prévu des hémophiles. À partir de là, l'affaire change de nature.

On n'est plus seulement dans un retard de décision, on est dans une responsabilité beaucoup plus lourde. C'est une journaliste qui a permis cette révélation, Anne-Marie Casteret, après 4 ans d'enquête. J'ai mis 4 ans pour trouver les documents et surtout pour démonter le discours médical qui paraissait logique.

Alors maintenant, on a la preuve qu'il y avait aucune raison médicale pour laisser sur le marché des produits 100 % contaminés par le virus du Sida en 85. Le scandale devient national, les responsables doivent s'expliquer. Georgina Dufoie, ancienne ministre des affaires sociales, est l'une des premières personnalités politiques mises en cause.

En novembre 1991, face à Anne Saintclair sur TF1, elle prononce une formule qui va entrer dans l'histoire. Je me sens tout à fait responsable. Pour autant, je ne me sens pas coupable.

Le 22 juin 1992, quatre responsables de la transfusion sont jugés au tribunal correctionnel de Paris. Dans le box des accusés, Michel Garetta, son adjoint Jean-Pierre Alain, l'ancien directeur général de la santé, Jacques Rou et Robert Netter, directeur du laboratoire national de la santé. Ils sont poursuivis pour tromperie, [musique] pas pour empoisonnement.

Pour les victimes, cette qualification est déjà une première déception. Ils savaient et ils ont laissé faire. Ils savaient qui tuait.

Quand il y a eu la réunion du 29 mai 85 où tous les médecins présents savaient que tous les Lou étaient contaminés et qu'ils les ont laissé en circulation, il savaient qui tuéit. Ça s'appelle un génocide. C'est un crime.

Le 23 octobre 1992, le tribunal rend son jugement. Michel Garetta est condamné à 4 ans de prison ferme. Jean-Pierre Alain a 4 ans dont deux avec surcis.

Jacques Rou à 4 ans de prison avec surcis. Robert Netter est relaxé. Pour la vie de votre fils, vous demandez quoi vous monsieur ?

Vous demandez 4 ans de prison pour 8000 transfusés pour pour 300 hémophiles qui sont morts ? Vous vous demandez 4 ans de prison ? Vous demandez plus forcément.

Pour les associations de victimes, ce jugement ne répond pas à la gravité du [musique] drame. Mais surtout une question subsiste. Que vont devenir les ministres ? qui ont pris les décisions au plus haut niveau de l'État.

Les ministres et leurs collaborateurs seront oui ou non obligés de venir s'expliquer devant l'auto. Dès la fin 1992, la question de la responsabilité politique s'impose. Laurent Fabius, Georgina Dufoie, Édmont Hervé, les ministres en poste en 1985 sont dans le viseur de l'opinion et de la justice.

En novembre 1992, Laurent Fabius choisit de s'expliquer publiquement. Il était alors premier ministre au moment des faits. Je n'ai jamais, je dis bien jamais, été au courant de cela.

Je ne veux pas que les politiques puissent se dérober devant leur responsabilité. Cette défense ne met pas fin au scandale, elle déplace seulement la question. Après la responsabilité [musique] médicale vient le temps de la responsabilité politique.

En 1994, les anciens ministres [musique] sont formellement mis en cause. Pour les jugés, la Constitution prévoit une juridiction spéciale, la Cour de justice de la République. Sa composition est au cœur de la controverse.

Elle réunit 12 parlementaires et seulement trois magistrats. Ce sont donc des responsables politiques qui jugent d'autres responsables politiques. En 1998, la Cour [musique] de cassation tranche un point de droit décisif.

Une simple définition, celle de l'empoisonnement rappelé ce matin dans une décision de la Cour de cassation et qui fait brusquement revenir sur le devant de la scène l'affaire du sang contaminé. L'empoisonnement dit la Cour de cassation suppose l'intention de tuer. Administrer un produit que l'on sait mortel n'est pas suffisant.

Cette décision referme la question de l'empoisonnement mais elle n'éteint pas les poursuites contre les ministres. En février 1999, 14 ans après les faits, le procès des trois anciens ministres s'ouvre enfin. Laurent Fabius, Georgina Dufoie et Édm Hervé, respectivement Premier ministre, ministre des affaires sociales et de la solidarité nationale et secrétaire d'État chargé de la santé au moment des faits.

Ils comparaissent pour homicide involontaire. C'est la première fois sous la 5e République que d'anciens ministres sont jugés pour des actes liés à une catastrophe sanitaire d'une telle ampleur. La République française vit depuis ce matin un événement juridique sans précédent.

Trois ministres comparaissent devant la Cour de justice de la République. Laurent Fabius, Georgina Dufois et Edmond Hervé doivent répondre de leurs actes dans l'affaire dite du sang contaminé. Ce sont ces 20 robes noires, trois magistrats professionnels et 17 sénateurs ou députés qui vont juger les trois anciens ministres.

Vous ne verrez pas Laurent Fabius, Georgina Dufoie ou Edmond Hervé. Ils ont choisi de ne pas être filmé devant leur père et juge. Le 9 mars 1999, la Cour de justice de la République rend son verdict.

Laurent Fabius et Georgina Dufoie sont relaxés. Edmund Hervé, lui, est reconnu coupable mais dispensé de peine. Il est le seul des trois ministres jugés à être condamné.

Aucun n'ira en prison. À l'issue du verdict, Edmond Hervé conteste une décision qu'il juge politique ou bien je dois être condamné et il faut me condamner ou bien condamné avec peine condamné avec peine ou bien je suis relaxé et il faut me relaxer. Qu'est-ce que je constate ?

Je constate que la décision qui me concerne, elle a été prise par une majorité de h voix contre se décision de caractère politique et partisan. Je conteste cette décision qui est parfaitement injuste car elle est contraire au droit, elle est contraire à la justice, elle est contraire à l'idée que je me fait de cette justice à laquelle personnellement je suis très attaché. Pour les familles, rien n'est terminé.

Un troisème volet judiciaire concerne les médecins et conseillers ministériels non encore jugés, soit une trentaine de personnes. En juillet 2002, la cour d'appel prononce un non lieu général. Pour les victimes, c'est une nouvelle honte de choc.

J'ai honte, vous entendez ? Honte honte pour la France. En juin 2003, la Cour de cassation confirme le non lieu.

C'est la fin définitive de toute procédure judiciaire 18 ans après [musique] les faits. On ne saura jamais quels ont été les responsables de cette affaire et surtout on ne tirera pas les leçons de cette tragédie. En [grognement] 1993, une réforme du système transfusionnel a finalement été engagée avec la création de l'Agence française du sang.

Mais pour les milliers de victimes et leurs familles, cette réponse arrive trop tard. [musique] L'affaire du sang contaminé reste le symbole d'un drame sanitaire majeur, d'une chaîne de décision trop lente qui aura coûté la vie à des milliers de français. Le bilan humain reste difficile à quantifier.

Près de 4000 personnes ont été contaminées en France et une large part d'entre elles n'a pas survécu.