Sébastien Martin : « Sur l’automobile électrique, il nous faut un Made in Europe »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Sébastien Martin, merci beaucoup d'être notre invité, vous êtes ministre déléguée chargée de l'industrie. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale, représentée par Fabrice Vesseredon du groupe Ebra. Ce sont les journaux de l'Est de la France. Bonjour Fabrice.
Bonjour Auriane, dans le journal de Saône-et-Loire. Je suis en terrain connu.
C'est exactement ça. On va parler, Sébastien Martin, évidemment, de vos dossiers. Ils sont nombreux, mais d'abord, un mot, l'actualité du jour, c'est le géant du e-commerce asiatique Chine, qui ouvre aujourd'hui son premier magasin physique et pérenne au monde. C'est à Paris, au BHG. Est-ce que ça, ce n'est pas le symbole de notre naïveté, de notre passivité face à la Chine ?
Je crois qu'aujourd'hui, il y a un réveil. Il est un peu brutal. Mais parce qu'on s'est dit pendant des années que bénéficier des bas prix de la Chine allait être quelque chose d'intéressant. Mais on voit bien que derrière, il y a plus qu'une logique économique. Il y a une logique presque stratégique, et qui est très stratégique de la part de la Chine, aujourd'hui, de venir attaquer des pans entiers de notre économie, et aussi quelque part de nos valeurs. Parce qu'il y a Chine, il y a ce qu'on a vu avec le scandale sur les fameuses poupées. Donc, on voit bien qu'on est à mille lieues, aujourd'hui, de ce que nous voulons en Europe, comme modèle aussi bien économique que politique.
Et il ne faut pas délier les deux. Les deux vont ensemble. Il y a une stratégie qui est à la fois économique, d'agressivité, et qui est aussi politique d'attaque de nos valeurs. Et je crois que Chine, ça remène un peu ça.
– Parce que le magasin, il ouvre aujourd'hui à Paris. Est-ce qu'on n'a pas perdu la bataille ?
– Oui, mais il y a aussi beaucoup de parlementaires qui se battent sur la question des petits colis, en ce moment, qui sera quelque chose qui sera un caillou dans la chaussure, notamment pour Chine. Et puis, je pense que la bataille, elle n'est pas perdue. Le gouvernement et Serge Papin sur le sujet sont extrêmement mobilisés. Donc, on verra dans les semaines qui viennent. Mais je pense aussi qu'il y a certains acteurs économiques qui devraient remettre un petit peu de morale dans leur action, y compris les magasins qui décident d'accueillir ces rayons-là.
Je crois que quand on est des grandes enseignes françaises, qui portent aussi l'image de la France, on doit avoir aussi un médecin morgue.
– Et aux consommateurs qui recherchent des prix bas, avec des produits corrects, qu'est-ce que vous leur dites ? – Il y a un problème de pouvoir d'achat.
– Oui, oui. – C'est quand même ça, le fond de l'affaire. – Sans doute, mais pour autant, je ne suis pas sûr qu'il soit toujours nécessaire d'acheter un T-shirt par jour, même si c'est à bas prix. Je pense qu'aussi, on a une logique de consommation, sans doute parfois un petit peu excessive, extrêmement nourrie par le modèle chinois sur ces questions-là, et qu'il y a aussi une part de la consommation qui a évolé. Vous vous souvenez, après le Covid, il y a une forme de consommation responsable qui s'est mise en place. Les choses peuvent évoluer. À nous de faire en sorte que ces tendances-là, qui sont des tendances assez malveillantes, ne puissent pas se répandre sur tout le pays.
– Sébastien Martin, on l'a dit, vous êtes ministre délégué chargé de l'industrie. Au premier semestre, il y a eu deux fois plus de fermeture d'usines que d'ouverture. Est-ce qu'on n'est pas sur un échec de la politique d'Emmanuel Macron, qui fait de la réindustrialisation une de ses priorités ?
– Alors, d'abord, vous donnez un chiffre qui est juste le bilan ouverture-fermeture. Mais je rappelle que les chiffres que nous donnons sont ouverture plus extension de site. Et quand on met les extensions de site, on reste sur un solde positif. Ce n'est pas pour dire que la situation est parfaite. Loin de là, elle est difficile. D'ailleurs, j'ai eu l'occasion de dire à l'Assemblée nationale, c'est parce que c'est deux fois plus difficile qu'il faudra se battre. Deux fois plus. Mais je tiens à apporter cette précision. C'est important parce que, vous voyez par exemple, dans mon agglomération à Chalons-sur-Saône, j'ai Framatome qui construit 40 000 m² de bâtiments.
40 000 m² de bâtiments, c'est quand même l'équivalent de 5 ou 6 usines. Donc, les extensions, ça a aussi du sens. Avec ce doublement de sites, c'est 200 ou 300 recrutements. Donc, on ne peut pas exclure les extensions de sites. Maintenant, la situation, elle est difficile. Vous l'avez indiqué. Mais la réindustrialisation, moi, je suis là aussi pour dire que quand tout va bien, on ne peut pas dire tout est merveilleux. Et quand c'est difficile, on dit c'est un échec. Non, la réindustrialisation, elle se mesure sur un temps long. Il y a eu ces dernières années, presque 500 usines qui ont été ouvertes. Il y a eu 130 000 emplois industriels de plus dans ce pays.
Et je crois qu'il y a un consensus pour dire que la réindustrialisation est absolument indispensable. Donc, aujourd'hui, on doit tenir sur la durée. Parfois, c'est difficile. Parfois, je mets un peu mon casque bleu entre guillemets. Mais moi, je crois que la réindustrialisation, ce n'est pas qu'un sujet économique. On vient d'en parler à l'instant. C'est un sujet de cohésion nationale. Et on a besoin d'usines sur nos territoires.
Mais est-ce que là, il n'y a pas une forme d'échec de la politique d'Emmanuel Macron ?
Il y a une période qui est difficile. Il y a, en ce moment, forcément, une concurrence internationale, et j'espère qu'on y reviendra, qui est débridée et qui est déloyale, et qui attaque un certain nombre de nos fondamentaux. Il y a une instabilité politique, et je pense qu'on parlera des questions budgétaires aussi, qui n'arrange rien, qui a fait perdre 0,3 point de croissance à la France cette année. Et sans doute aussi un certain nombre de projets industriels. Moi, je l'ai vu dans mon territoire. Vous savez, depuis un an, les gens se posent des questions. Et ils retardent leur projet d'investissement. Et ils se disent, mais l'usine, je la fais, je ne la fais pas.
On va attendre que vous ayez un budget. On va attendre que tout ça soit stabilisé. Il y a des décisions européennes qui doivent être prises. Ah oui, mais si la France est sur une position instable, est-ce qu'elle est capable de porter la voix de la France ? Donc je crois que les enjeux de stabilité politique, ils ne sont pas que des enjeux de politique politicienne, entre guillemets. Ils sont aussi des enjeux économiques extrêmement forts qui doivent participer à la réindustrialisation.
Vous dites concurrence déloyale. Oui. Il y a un débat qu'on entend beaucoup chez les politiques, à droite comme à gauche. En France, le travail ne paierait pas assez. De notre côté, nous avons des produits chinois qui sont fabriqués à moindre coût. C'est la quadrature du cercle.
Non, les deux sont liés. Les deux sont liés. Vous savez, on a des industrialisés et en même temps, on se dit mais le travail ne paye pas assez. Forcément, parce que l'industrie, en moyenne, ça paye entre 20 à 25 % de plus que les services, que des métiers, quand vous travaillez dans le commerce, quand vous travaillez dans les services à la personne. Donc forcément, quand vous réduisez la part de l'industrie, vous réduisez aussi quelque part les salaires parce que vous avez moins de gens qui bénéficient de salaires plus intéressants.
Donc quand on dit qu'il faut réindustrialiser, on dit aussi que c'est une question de pouvoir d'achat parce qu'on a des gens qui sont mieux payés et quand les gens sont mieux payés, ils ont peut-être moins envie d'acheter du chiïne et quand ils ont moins envie d'acheter du chiïne, on devient moins dépendant de la Chine. Tout est lié. Ce sujet de la réindustrialisation, il est central. Ce n'est pas le moment de lâcher, c'est le moment de se battre.
Vous serez aujourd'hui aux assises de l'industrie. Est-ce qu'aujourd'hui, la priorité de l'industrie, c'est l'industrie de défense ?
Il y a une partie industrie de défense et d'ailleurs, le projet de loi de finances préserve les crédits de la défense et la direction générale à l'armement doit passer ses commandes, doit faire tourner l'outil industriel français. C'est une des parties, mais il n'y a pas que ça. Il y a plein d'autres secteurs industriels aujourd'hui. Certains ont des difficultés. L'acier, l'automobile, la chimie, on pourrait en parler. Il y en a d'autres qui performent. C'est aussi le salon international du nucléaire en ce moment. L'agroalimentaire fonctionne encore pas mal. L'industrie du luxe fonctionne bien. L'aéronautique fonctionne bien.
Je voyais l'autre jour, je ne sais plus si c'était sur votre antenne, une entreprise en Bretagne qui faisait construire un lotissement parce qu'elle avait du mal à recruter. Et pour pouvoir recruter, pour pouvoir avoir plus de salariés, elle a fait construire elle-même un lotissement pour loger ses gens. Donc, il y a aussi des bonnes nouvelles. Il ne faut pas s'en cacher.
On va parler d'une entreprise connue de tous les Français, c'est Duralex. Duralex qui a reçu en quelques heures plus de 5 millions d'euros de promesses d'investissement pour poursuivre son redressement. Est-ce que cet engouement rapide vous a surpris ? Et est-ce que pour vous, il traduit un attachement des Français à leur patrimoine industriel ?
Ah oui, moi je pense que les Français, d'ailleurs on le voit bien, à chaque fois qu'il y a une entreprise en difficulté, c'est souvent vécu avec une forme de tristesse par la population. Duralex en plus, c'est une marque emblématique. On a tous bu un verre d'eau ou un verre de sirop de grenadine quand on était petit. Et on regardait le chiffre au-dessous. Et on regardait le chiffre à l'intérieur. Ça a été une formidable aventure.
Mais ça vous a surpris, 5 millions en quelques heures ?
C'était une belle surprise. C'était vraiment une très très belle surprise. Moi je suis très très fier de ce qui a été fait là-bas sur le territoire. Je suis très très fier de la mobilisation des élus. On y reviendra. Il n'y a pas de réindustrialisation possible sans mobilisation territoriale, sans mobilisation des élus. Je ne crois plus au modèle. L'État qui appuie sur un bouton et tout descend. On a besoin des élus. Et c'est une très très belle histoire aujourd'hui.
On va parler de l'automobile. Vous étiez hier en déplacement sur ce sujet. La filière automobile qui s'inquiète de son avenir. Notamment avec cette décision de l'Union Européenne d'interdire les ventes de véhicules neufs thermiques à partir de 2035. Il y a un rapport du Sénat qui plaide pour décaler cette interdiction. Est-ce que vous, vous êtes pour qu'on décale l'interdiction après 2035 ?
Sachant que Stellantis, pour compléter, puisque ce sont des producteurs d'automobiles sur notre secteur, l'est de la France, dénoncent une réglementation européenne erronée.
2035, il y a deux manières de le voir. On dit 2035, c'est un totem. On n'y touche pas et c'est 100% de véhicules électriques. La France, qu'est-ce qu'elle dit ? La France, elle dit qu'elle est prête à des flexibilités sur 2035. Et de voir quelles sont les possibilités d'avoir, certes, une part importante de véhicules électriques et pourquoi pas d'autres technologies à côté en complément. Mais la France, elle dit autre chose. Elle dit oui, mais à condition qu'on continue à produire ces véhicules et que tout ce qui est à l'intérieur de ces véhicules soit fait en Europe. Moi, je défends le Made in France et le Made in Europe. Je défends la préférence européenne. Je défends le contenu local.
Donc aujourd'hui, la France, elle marche sur ses deux jambes. Elle dit, on voit bien quel est l'état du marché. On voit bien quelles sont les difficultés, notamment des sous-traitants dans les territoires. On n'est pas aveugles et sourds à tout ça et on est prêts à discuter parce qu'il faut s'adapter à la réalité du marché. Mais en parallèle de ça, si c'est pour que nos véhicules européens soient bourrés de composants chinois ou de je ne sais pas où, on n'aura rien gagné. Donc on se bat avec Roland Lescure pour dire oui à des assouplissements mais surtout aussi avec la préférence européenne. Je pense que nos concitoyens, ils le comprennent.
Juste pour qu'on soit clair, est-ce que ça veut dire que la France pourrait ne pas appliquer cette interdiction en 2035 ?
Ça veut dire que la France, avec ses partenaires européens, et ça se passe toujours comme ça, discute, échange, notamment avec nos amis allemands. J'étais lundi à Berlin et j'étais avec Katerina Reich. On a parlé de ce sujet-là. Nous discutons pour dire, on s'adapte, on s'adapte. On est prêts à s'adapter. Mais on veut absolument un contenu européen dans nos véhicules parce que c'est ça qui fera la pérennité de nos usines.
Est-ce que ça veut dire que si les véhicules européens ne sont pas 100% européens, il n'y aura pas d'application de cette interdiction ?
100% c'est impossible. Vous aurez toujours quelque chose qui peut venir. Et honnêtement, pour nous, la question n'est pas de barricader l'Europe derrière des murs de 8 mètres de haut. Mais avoir une part extrêmement importante à l'intérieur de nos véhicules, de produits européens, et que nos véhicules soient des véhicules européens, je suis désolé, c'est un combat juste que nos amis allemands peuvent entendre. Et c'est une condition pour vous de l'application de l'interdiction 2035.
Et c'est une condition nécessaire aujourd'hui pour parvenir à un bon accord qui sera un accord qui est pragmatique parce qu'on voit quelle est la réalité du marché et qui sera en même temps essentiel à notre industrie automobile et particulièrement aux sous-prétés.
Est-ce que là, ça n'a pas créé du fou pour les constructeurs automobiles ? Jusqu'à maintenant, on leur dit 2035, même c'est un totem. Là, on leur dit si ce n'est pas européen, peut-être qu'il y aura des dérogations. Mais pour les consommateurs également.
Vous savez, je regarde tout ça moi depuis maintenant un peu moins d'un mois que je suis ministre où d'un côté, on demande de la stabilité aux politiques et de l'autre, quand on a des dates qui fixent un peu les choses, on veut les faire sauter. Et je pense que ce n'est pas une bonne méthode. En économie, on a aussi besoin de ce qu'on appelle des signaux de marché qui vous disent, voilà, parce que quand un industriel, il investit, il doit voir à long terme comment se passent les choses. Donc, on dit, cette date de 2035, on doit la garder avec des assouplissements parce qu'il y a un signal de marché.
Parce que, qu'est-ce que je vais dire aux habitants des Hauts-de-France où il y a eu des investissements majeurs pour faire la vélée de la batterie ? On leur dit quoi à ces gens-là ? On leur dit, non, non, tout ça, en fait, on s'est trompé, circulé, il n'y a rien à voir. Et donc, il y a un signal de marché qui est de 2035 qui doit être préservé avec des assouplissements parce qu'il y a des inquiétudes, parce qu'il y a un marché qui n'est pas encore là et avec la préférence européenne.
J'ai une question. 2035, au-delà, l'avenir de l'automobile, c'est l'électrique ? Il y a une énorme partie
de l'avenir de l'automobile qui est électrique. On voit bien qu'il y a des secteurs où c'est compliqué. Par exemple, en ce moment, les véhicules utilitaires légers ont beaucoup de mal à trouver un marché sur l'électrique, même si celui-ci se crée. Donc, on est en train de regarder sur les meilleures technologies. On parle, par exemple, d'hybrides rechargeables qui, désormais, vont atteindre 100 km. Donc, ça veut dire qu'on va faire beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de nos trajets avec le moteur électrique. On parle de fuel extender, c'est-à-dire, en fait, c'est une voiture électrique avec un tout petit moteur thermique à côté qui permet de prolonger l'autonomie des batteries.
Il y a des technologies. On travaille dessus. Mais tout ça ne peut pas se faire si c'est au profit des Chinois et pas au profit des Européens.
Autre sujet, c'est ArcelorMittal qui est frappé par un plan social qui touche cette usine, le siège français du groupe. Le Sénat a voté la semaine dernière contre la nationalisation. Le débat, il aura lieu à l'Assemblée dans la niche du groupe La France Insoumise. Ce n'est pas une solution pour vous, la nationalisation ?
La nationalisation ne serait qu'un mode de perfusion ou de retarder un certain nombre de choses. Il faut que vous ayez les choses en tête assez simplement. Aujourd'hui, si vous prenez de l'acier, ce qui vaut 3 en France vaut aussi 3 en Inde. Mais vaut 5 ou 6 aux États-Unis et vaut 1 en Chine. Et pourquoi ça vaut 1 en Chine alors que ça vaut 3 en Inde ? Parce que la Chine subventionne massivement, massivement, massivement. Donc vous avez un mécanisme de concurrence déloyale. Alors moi, je veux bien qu'on soit toujours les bons élèves de l'OMC, mais quand les autres ne le sont pas, on doit se protéger, on doit se défendre.
La Commission européenne a mis sur la table un texte et que dit la France par rapport à ce texte ? La France dit au Parlement européen, à tous les pays, ce texte est bon, ce n'est pas la peine de l'amender, de perdre du temps, il faut l'appliquer très très vite. Très très vite pour avoir des quotas d'importation et au-delà de ces quotas d'importation, vous avez des surtaxes de 50% à l'entrée sur le territoire européen. C'est de la protection. Ce n'est pas du protectionnisme, c'est se protéger contre une forme de concurrence déloyale qui fragilise toute notre filière de l'acier et donc de l'automobile quelque part.
Et j'espère qu'on en dira un mot, la chimie fait aussi partie des objets qui sont agressés aujourd'hui.
Fabrice, un dernier mot sur Rasselor.
Oui, enfin, le ministre a déjà bien évoqué le sujet. Est-ce que peut-être on peut dire un mot de Novasco en Moselle ?
Oui, on va dire un mot de Novasco puisque effectivement c'est aussi menacé.
Oui, l'acierie électrique qui est menacée de fermeture définitive, vous évoquez le rôle de l'État. Les élus et les syndicats vous demandent une intervention d'urgence. Qu'allez-vous faire ?
Les élus et les syndicats, ils reconnaissent aussi que l'État était là. Je rappelle qu'il y avait un plan avec un investisseur que nous, nous avons posé sur la table les 85 millions d'euros sur lesquels nous nous étions engagés et qu'en face, il n'y a pratiquement rien eu. Donc, cette question-là, d'ailleurs, j'aurai les dirigeants de ce fonds au téléphone aujourd'hui ou demain matin, il va falloir qu'ils rendent des comptes sur cette question-là. Ensuite, il y a des choses
qui ne sont pas claires pour vous.
Quand vous vous engagez à investir plusieurs dizaines de millions d'euros et qu'en fait, vous investissez moins de 2, qu'après, à la fin, vous dites que ça ne marche pas, c'est que vous n'avez pas tenu vos engagements. Donc, moi, je veux avoir les gens de ce fonds d'investissement et voir avec eux comment ils comptent aussi assumer leur responsabilité. Vous avez quelques questions. Vous allez les convoquer ? Écoutez, on s'appelle le gouvernement français, on s'appelle l'État, il y a des contrats qui sont signés, il y a des engagements qui sont pris, ça peut valoir aussi un peu de...
Vous allez les convoquer Je l'ai convoqué, on va discuter, on va voir comment ils comptent assumer une part de leur responsabilité. Mais est-ce qu'une prise
de contrôle temporaire de l'État, ça peut être une solution ?
Est-ce que ce que je viens de répondre sur ArcelorMittal vaut aussi pour d'autres secteurs ? Moi, nous avons une décision du tribunal, il y a une décision du tribunal qui arrive le 12, il n'y a pas forcément que par la nationalisation qu'on peut prendre du temps pour trouver une solution. Je réunis les élus locaux demain après-midi au ministère, une fois encore, c'est État et territoire qui doivent travailler ensemble sur ces sujets-là. J'ai aussi eu des échanges avec les organisations syndicales, notamment au niveau national avec la CGT. Donc, je pense qu'il faut qu'on arrive. En tout cas, moi, je me battrai jusqu'à la dernière minute pour trouver une solution pour ce site.
Un mot sur la fonderie de Bretagne. Six mois après la reprise de la fonderie de Bretagne par un groupe Europlasma, le business man n'est toujours pas sur les rails. il y a des inquiétudes des salariés. Est-ce que le nouvel actionnaire est suffisamment impliqué ? Est-ce qu'il faut s'inquiéter pour l'avenir de ce site ?
Écoutez, nous, on demande à le voir un peu plus clair. Parce qu'il y a quelques jours, le directeur général du site, qui était une personne dans qui tout le monde avait confiance, a été limogée par la direction d'Europlasma. J'ai demandé à ce que le 15 novembre ou le 16 novembre, le 17 novembre, pardon, ait lieu en sous-préfecture une réunion, un comité de suivi du site avec les responsables d'Europlasma pour qu'ils nous clarifient leur feuille de route. Je pense que c'est la moindre des choses. Qu'on sache exactement où ils veulent aller. Parce que, quelle est la gouvernance du site ? On ne le sait plus. Quels sont les plans de montée en charge ? On ne le sait pas.
Et donc, moi, j'ai eu le maire de Lorient, le conseil régional, tout le monde. Et on réunit tout le monde le 17 novembre. Et on va y voir beaucoup plus clair sur la situation d'Europlasma.
Un mot, vous parliez tout à l'heure du budget, des conséquences de l'instabilité et pour le moment de l'absence d'un compromis sur le budget, sur la croissance française et par conséquent, sur l'industrie. Vous étiez député LR, droite républicaine. Il y a encore quelques semaines, le président de votre parti, on va voir si c'est encore le cas, Bruno Retailleau, juge les budgets invotables en l'État. Est-ce que vous lui dites ne pas voter ce budget, c'est mettre en danger une partie de l'économie française ?
Le budget est peut-être invotable, mais il est discutable. Et le rôle des parlementaires, il est de l'améliorer s'ils considèrent que ce budget n'est pas satisfaisant. Et je crois que le Premier ministre n'a jamais rien dit d'autre que la proposition du gouvernement était sur la table, qu'il revenait désormais aux parlementaires d'améliorer le texte s'il souhaitait l'améliorer, et que le gouvernement, pour autant, avait aussi quelques principes.
On l'a vu à travers la taxe Zuckman notamment, qui est de dire, et le ministre de l'Industrie que je suis ne peut que défendre, l'idée que, ok, on peut discuter du partage de la richesse, mais de l'outil industriel, de l'outil productif qui crée cette richesse, on doit absolument le préserver des mesures qui peuvent être proposées des fois. Donc vous appelez
l'LR au compromis ?
On appelle, vous savez, je rentre d'Allemagne où ils ont la culture du compromis, et bien, on n'aura pas la même culture du compromis, qu'en Allemagne, ça ne va pas se créer comme ça en six mois, mais quand même, je crois que, moi j'ai été frappé, vous savez, un dimanche matin, le jour où j'étais nommé ministre le soir, dimanche matin, je vais dans une manifestation dans ma circonscription, et une dame me dit, vous savez, moi la situation actuelle, elle me stresse, j'en dors plus. Je pense que les Français, ils en ont marre aussi, de tout ça. Ils ont envie qu'on s'entende, ils ont envie qu'on trouve les solutions, que la France a un budget et que la France avance.
Vous faites partie des six ministres LR au gouvernement. Est-ce qu'aujourd'hui, vous appartenez encore au LR ?
Écoutez, je suis suspendu. Voilà. Comment vous avez pris cette suspension ? Autant suspends ton vol, je suis suspendu. Moi, mes valeurs, je sais lesquelles elles sont. Vous le vivez bien d'être suspendu ? Mes valeurs, je sais lesquelles elles sont. Moi, quand j'avais 14 ans, chez moi, mon père était gaulliste, avait voté Chirac, et il y a quelqu'un qui est venu lui dire en face, écoute, je n'ai pas voté pour ton Jacques Chirac, j'ai voté Le Pen et il l'a foutu dehors de chez lui. Donc moi, je sais où j'habite, je sais où sont mes valeurs. Et Bruno Retailleau, il sait où il habite aujourd'hui ? Ce sont ceux de la droite républicaine.
La droite républicaine, elle est sûre de ses valeurs, elle croit en l'industrie et elle croit en la nécessité de servir l'État. Il sait où il habite de Bruno Retailleau ou pas ? Et moi, je sers l'État aujourd'hui. Bruno Retailleau, c'est à lui de dire ce qu'il veut pour notre formation politique. Est-ce qu'il veut qu'elle soit fermée sur elle-même ou est-ce qu'il veut qu'elle soit aussi ouverte à des personnalités qui ont décidé de servir leur pays ? Est-ce que les républicains pourraient disparaître ? N'importe quelle famille politique, vous savez, dans ce qui se passe en ce moment, peut un jour disparaître. Et je ne crois pas que ce soit en se renfermant sur nous-mêmes qu'on se renforcera.
Merci Sébastien Martin. Merci à vous. Merci beaucoup d'avoir été notre invité. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
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Sébastien Martin