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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 29 juillet 2026 25 min

Incendies, conséquences, réchauffement climatique... Le "8h30 franceinfo" de Françoise Vimeux et Jérôme Boulanger

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Locuteur 3

Bonjour François Zilmeux, bonjour à vous Gérôme Boulanger, merci d'être avec nous pour qu'on comprenne ensemble ce matin ce qui se joue en Gironde mais aussi sur l'ensemble du territoire frappé par l'une des innombrables conséquences du dérèglement climatique. Gérôme Boulanger, vous qui êtes porte-parole de la sécurité civile, quelles sont les dernières informations que vous avez en votre possession ce matin ? Comment évolue le feu en Gironde ? Comment s'est passé la nuit ?

0:27
Locuteur 4

Alors il est toujours stabilisé, je reprends les mots de la préfète, il est stabilisé. Quand on regarde la surface brûlée, elle est identique à ce qu'il y avait il y a deux jours. On est toujours sur 42 000 hectares de brûlés. Il y a eu quelques reprises hier mais qui ont pu être traitées, pas de reprise majeure qui aurait entraîné le développement du sinistre. Ce qui est favorable aussi c'est qu'il y a 60 000 personnes qui ont été autorisées à regagner leur logement. Les conditions météo vont être déterminantes. Là on voit qu'on a plutôt un vent d'est qui peut pousser le feu plutôt vers l'océan.

Mais ce vent risque de tourner dans la soirée avec un nouveau vent plutôt orienté vers l'est cette fois-ci. Donc la météo est déterminante.

1:12
Locuteur 5

Vous dites favorable, on a beaucoup entendu défavorable ces derniers jours. Ça veut dire qu'il y a un tournant là ce matin ?

1:18
Locuteur 4

Là il y a eu, si vous voulez, 48 heures où on a pu vraiment bien travailler parce qu'il y avait une fenêtre météo qui nous a permis vraiment de faire des actions défensives, ce qu'on appelle des actions défensives, des actions préventives qui permettent, si des fois le feu devait se réactiver de manière très violente et très massive, de pouvoir faire face. Donc on a pu mener ces actions, la création de pare-feu, la création de l'utilisation du feu tactique.

1:46
Locuteur 3

Des pare-feu c'est comme des tranchées en quelque sorte si j'ose dire ?

1:49
Locuteur 4

En fait on enlève toute végétation sur des bandes assez larges de manière à stopper le feu.

1:57
Locuteur 5

Plus de 100 km de bandes, c'est ça que vous nous disiez ?

1:59
Locuteur 4

En longueur oui, en largeur c'est plusieurs dizaines de mètres. En fait le combustible du feu c'est la végétation. Donc on enlève toute végétation de manière à ce que quand le feu arrive, il ne trouve plus de quoi se nourrir et s'arrête ou soit très très fortement ralenti. Donc ce sont des actions qui ont pu être menées et parallèlement à ça bien entendu, des actions de lutte sur les foyers résiduels avec les pompiers qui sont au sol, qui font un gros travail. Il y a 3 250 sapeurs-pompiers sur place, il y a 1500 militaires sur place et les avions, les pompiers fatigués mais qu'on relève régulièrement bien entendu pour pas que la fatigue s'accumule.

Les moyens aériens, hier il y avait jusqu'à 18 moyens aériens sur le chantier de la Gironde pour pouvoir mettre de l'eau, mettre des barrières de retardant à certains endroits.

2:48
Locuteur 5

Donc des canadaires venus de chez nos voisins, les canadaires européens.

2:51
Locuteur 4

Oui exactement, il y a un certain nombre de moyens, il y a une dizaine de moyens aériens européens entre des hélicoptères, des avions. Là on voit que la solidarité européenne joue à plein.

3:04
Locuteur 3

François-Bimeux, ça fait une semaine que ça dure maintenant. Les pompiers évoquent un incendie monstre, une bête, un méga feu. C'est ce que vous dites vous aujourd'hui ?

3:12
Locuteur 2

Oui, il y a plusieurs vocabulaires pour parler de ces feux extrêmes. Moi je pense qu'on parle davantage de feux extrêmes. Et c'est des feux extrêmes qu'on voit venir depuis longtemps. Alors on n'est pas capable de dire telle année à tel endroit et tel jour. Mais ce qu'on sait, c'est qu'on parle beaucoup de ces départs d'incendie qui sont à 90% d'origine humaine, que ce soit volontaire ou involontaire. Donc ça c'est le départ immédiat. Mais nous en tant que climatologues, ce que l'on sait, c'est que derrière vous avez le changement climatique. Et cette année, je dirais, elle est quasiment un cas d'école pour nous climatologues. D'abord parce qu'on a eu beaucoup de pluie cet hiver.

Le mois de février 2026, ça a été le mois de février le plus pluvieux qu'on a enregistré depuis qu'on a des données de pluie de qualité sur notre territoire. Donc la végétation s'est vraiment bien développée. C'est ce que vous appelez l'effet coup du lapin, c'est ça ? Oui, parce qu'en fait il y a deux effets. Le premier effet, c'est le fait d'avoir eu beaucoup de pluie en début d'année. Donc une végétation qui s'est développée, une végétation basse, ça touche essentiellement les fougères, les arbustes, pas forcément les arbres, mais des arbres qui sont en bonne santé parce qu'il n'y a pas de stress hydrique. Ensuite, on a eu un déficit de pluie au début du printemps.

Donc toute cette végétation a commencé à s'assécher. Et puis le deuxième effet, c'est ces températures extrêmes qui ont commencé dès la fin du mois de mai. On a eu après cette vague de chaleur au mois de juin, qui est la vague de chaleur la plus chaude qu'on ait jamais connue sur notre territoire depuis le début du XXe siècle. Ça a complètement vidé les sols et la végétation de leur eau. Donc en fait, on a énormément de végétation très très sèche. Et puis après, vous avez un départ de feu, une étincelle et donc une propagation terrible, très rapide de ces incendies. Donc le risque incendie, il augmente avec le changement climatique.

Et je dirais que même si l'étincelle, elle n'est pas produite au départ par l'humain, ça aurait été par la foudre, on aurait eu la même situation. C'est-à-dire qu'avec l'état de sécheresse que l'on a de nos massifs forestiers, c'est sûr, il fallait s'attendre à avoir des feux.

5:16
Locuteur 3

On est là, Géant Boulanger, dans la règle des 3-30. C'est ça qui sont le cauchemar des pompiers ?

5:21
Locuteur 4

Oui, effectivement, les 30 km heure, au moins 30 km heure de vent, moins de 30% d'humidité et puis des chaleurs supérieures à 30 degrés. Nous, c'est vraiment le vent qui est notre pire ennemi parce que c'est lui qui, en grande partie, assure la propagation du feu. On le voit dans des régions mistrales qui sont soumises au mistral ou à la tramontane, où les vents peuvent être très forts et les feux se propagent à des vitesses exceptionnelles. Ça n'a pas été le cas en Gironde parce qu'on a eu des phénomènes très particuliers. On dit aujourd'hui, parce qu'on étudie ces feux, bien sûr, de manière scientifique, que le feu crée son propre vent.

Lorsqu'il y a certaines conditions très particulières qui sont réunies, le feu produit son propre vent, ce qui accélère encore la propagation de ce feu. Les orages de feu dont on a parlé. Les orages de feu dont on a parlé, effectivement, avec des projections de braises qui, du coup, accélèrent vraiment le feu. Et ce qui fait qu'on se retrouve à des phénomènes, effectivement, qu'on ne connaît pas encore très bien, qu'on va étudier. Parce que, bien sûr, nous, sapeurs-pompiers, nous sommes dépendants aussi de la recherche, que ce soit la recherche météorologique, la recherche de physique des feux, etc.

Donc, c'est des phénomènes qu'on doit bien comprendre pour pouvoir mieux s'adapter, mieux anticiper et mieux les combattre dans l'avenir.

6:45
Locuteur 3

Phénomène surprenant, Françoise Vimeux, que cet orage de feu, le pyro cumulonimbus ?

6:50
Locuteur 2

Non, alors, en fait, c'est des phénomènes que l'on connaît ailleurs. On en a vu en Australie, on en a vu en Amérique du Nord. Alors, en France, je crois qu'on en a déjà vu l'an passé. C'est des phénomènes qui sont nouveaux sur notre territoire hexagonal, parce que ça dépend aussi de la superficie touchée. Pour qu'on ait ces ascensions d'air chaud, il faut avoir une très grande superficie très très chaude. C'est ce qu'on appelle des phénomènes convectifs. Donc, ce n'est pas nouveau d'un point de vue scientifique. Et effectivement, on a, par exemple, des modèles qui essayent de comprendre quels sont les comportements des feux. Donc, comment un feu va se propager ? Est-ce qu'il y a...

Enfin, quelle est la capacité à ce qu'on ait ce genre de nuages, d'orages secs ? Quelle est la chaleur émise ? Est-ce qu'il y a des zones plus ou moins dangereuses selon les espèces de végétation, selon l'orographie ? Et puis, on a des projets de recherche qui visent à simuler les feux en temps réel. Donc, ça, c'est plutôt un développement opérationnel pour aider à la stratégie de lutte, pour essayer d'affiner, par exemple, les évacuations selon les villes et même les quartiers. Donc, tout ça, c'est de la recherche en développement pour venir en soutien à la lutte contre les incendies.

8:05
Locuteur 5

On parle de semaines, de mois pour venir à bout des flammes. Jérôme Boulanger, vous avez une estimation du temps qu'il faudra pour rétablir une situation normale ?

8:13
Locuteur 4

Alors, là encore, ça dépend beaucoup de la météo parce que la pluie est notre plus grand allié, par contre. C'est vrai que quand il y a des épisodes de pluie, là, on l'a vu...

8:21
Locuteur 3

Mais de la vraie pluie, il va falloir. De la vraie pluie.

8:23
Locuteur 4

Oui, mais même en Gironde, il n'a plus... La nuit, il y a deux ou trois nuits, je ne me souviens plus exactement, mais ça nous a aidés. Tout de suite, ça nous a aidés. Bon. Un feu pour être éteint, pour nous, un feu éteint, c'est un feu sur lequel il n'y a strictement plus aucune fumerolle. On a beaucoup parlé du feu de Fontainebleau. Il y a encore une centaine de sapeurs-pompiers qui sont mobilisés à Fontainebleau et qui assurent ce qu'on appelle des opérations de noyage pour, justement, faire disparaître toute fumerolle. Une fumerolle, ça veut dire un foyer résiduel.

Ça veut dire un risque qu'à un moment, sous l'effet du vent, sous l'effet d'une braise qui va s'envoler, le feu peut reprendre de la chaleur. Même sur une surface brûlée ? Même sur une surface brûlée. Une braise qui s'envole et puis elle peut propager le feu à quelques mètres. Donc vraiment, nous, notre gros travail, et le plus long travail, c'est de noyer le feu pour l'éteindre complètement. Ça peut prendre plusieurs semaines, ça peut prendre plusieurs mois. Ça ne veut pas dire, bien sûr, qu'on réintègre les gens dans trois semaines ou dans trois mois. Bien sûr, dès que le feu est fixé, et là, on voit en Gironde, les gens commencent à réintégrer leur logement, et tant mieux.

9:25
Locuteur 5

Vous appelez à la prudence absolue de la population, j'imagine, ce matin ?

9:28
Locuteur 4

Prudence, parce qu'il y a une sur-sollicitation des sapeurs-pompiers aujourd'hui. Il y a effectivement un effet de fatigue qui se fait ressentir. Plus les gens nous sollicitent, moins les sapeurs-pompiers sont disponibles, plus l'effet fatigue va s'accumuler. Donc faire preuve de grande prudence, rappeler les consignes. On ne fume pas en forêt, on n'allume pas de barbecue en forêt, on ne fait pas de travaux produisant des étincelles à côté de végétation sèche, etc. Le mégo de cigarette, le classique mégo de cigarette qui est lancé par la fenêtre du véhicule. On rappelle ces notions de prudence, mais on se rend compte finalement tous les jours qu'il y a des gens qui continuent à faire cela.

Ça sur-sollicite les sapeurs-pompiers, et pendant qu'on fait ça, c'est pas autre chose, parce que 80% de nos missions, sapeurs-pompiers en France, c'est le secours à personne. Le feu, c'est 8% de nos interventions. Donc à côté de ça, la vie continue pour nous, et la vie quotidienne, c'est de porter secours aux personnes. Donc voilà, il faut vraiment respecter les consignes de prudence qu'on donne, de manière à ce qu'il n'y ait pas de sur-sollicitation des sapeurs-pompiers. Notre ressource humaine, il faut la protéger.

10:35
Locuteur 3

Et on va évoquer l'avenir aussi, ensemble, Jérôme Boulanger, Françoise Vimeux, dans une minute, le temps du fil info, puisqu'il est 9h moins le quart, et c'est avec Marie-Marty Rossian.

10:43
Locuteur 1

La Gironde retient son souffle avant le retour de la canicule aujourd'hui. Le département, avec 15 autres en France, est en vigilance orange pour ses fortes chaleurs, ce qui fait redouter aux autorités une reprise de l'incendie massif en cours. Il est pour le moment stabilisé. La nuit a été relativement calme, malgré plusieurs reprises de feu qui ont été traitées, indique la préfecture. Dans le Var, l'incendie est désormais fixé après avoir avagé 4 500 hectares de végétation, mais plusieurs centaines de pompiers sont toujours mobilisés. Par ailleurs, un homme de 23 ans a été placé en détention provisoire, soupçonné d'être à l'origine d'une dizaine de départs de feu dans le département.

10 personnes sont mortes en Irak après des frappes américaines et saoudiennes cette nuit. Ce sont des milices pro-iraniennes qui ont été visées, selon Washington et Riyad, en réponse à des attaques contre des cibles américaines et contre des installations pétrolières saoudiennes. Et puis à 19 ans, le prodige du cyclisme français. Paul Sexas entre dans le top 5 du classement de l'UCI, l'Union Cycliste Internationale, et ce, après son très beau résultat autour de France, il avait terminé quatrième.

11:49
Locuteur 5

Et nous sommes toujours avec Françoise Vimeux, climatologue, directrice de recherche à l'Institut de recherche pour le développement, et Jérôme Boulanger, porte-parole de la sécurité civile. La Gironde, les Landes avaient déjà été frappées il y a 4 ans, en 2022, par les incendies. À l'époque, on disait déjà qu'il fallait penser, repenser la forêt. Emmanuel Macron, en visite en Gironde, avant-hier, l'a redit.

12:16
Locuteur 6

Mais on devra, on le sait, replanter et rebâtir une forêt différente. Parce que les conditions structurelles de changement climatique dans lesquelles on va vivre, parce que cette forêt n'est pas la même.

12:26
Locuteur 5

Françoise Vimeux, est-ce qu'on aurait pu la rendre moins vulnérable, cette forêt, en l'espace de 4 ans ?

12:32
Locuteur 2

Alors, c'est une bonne question. Donc, en fait, l'aménagement de notre territoire et ces forêts, elles ont été plantées il y a plusieurs dizaines d'années. On avait un climat complètement différent. En revanche, ça fait quand même des décennies qu'on alerte sur le lien évident entre un risque incendie qui augmente sur l'ensemble de notre territoire et le réchauffement climatique. Et donc, il faut bien comprendre que ce risque incendie, qui était, il y a encore quelques années, cantonné au sud-est de la France, il remonte vers le nord, en particulier sur les régions de l'ouest. Et puis, on l'a vu, il atteint la région parisienne.

Si bien que, quand on regarde, par exemple, pour la fin du siècle, si jamais on atteignait un réchauffement de plus 4 degrés sur le territoire hexagonal, eh bien, en région parisienne, on aurait un risque incendie qui est comparable aujourd'hui à ce qu'on a dans l'arrière-pays méditerranéen. Donc, ça fait quand même des décennies qu'on le dit. Et donc, on aurait pu modifier ces forêts, puisqu'on sait comment il faut les modifier. C'est pas trop tard, mais je dirais qu'au niveau des...

Quand on va replanter, en fait, ces forêts, quand on va aménager les forêts des Landes, parce que là, il n'y a finalement qu'une petite superficie de la forêt des Landes qui brûle, on sait qu'il faut avoir plusieurs espèces. Là, on a uniquement des pins. Il faut introduire des feuillus. On sait que les arbres ne doivent pas tous avoir la même hauteur, parce que sinon, vous avez une propagation de cime à cime qui est très facile. Donc, il faut avoir des strates de végétation. On sait aussi qu'il faut faire rentrer des zones humides dans la forêt. Et ça, c'est très bien aussi, parce que les zones humides, elles vont retenir l'eau quand il va pleuvoir.

Donc, on va diminuer le stress hydrique des forêts quand il va y avoir des sécheresses, puisque nos forêts sont particulièrement fragilisées depuis plusieurs années par les sécheresses. On sait qu'on peut faire rentrer des marécages, des clairières qui vont faire un petit peu pare-feu, qui ne vont pas empêcher les feux, mais qui vont ralentir la propagation. Donc, on aurait pu commencer à modifier l'aménagement de nos forêts. Et pour nos nouvelles forêts, on sait exactement ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire. Et puis, il n'y a pas que l'aménagement des forêts.

Il y a l'aménagement aussi de toute l'interface entre, je dirais, la zone urbaine et ses massifs forestiers, puisque la zone urbaine, c'est là, enfin, la zone habitée, c'est là où on va, je dirais, déclencher la première étincelle. Et puis, la forêt, c'est là où vous avez le combustible.

14:48
Locuteur 3

Avec ce paradoxe aussi, c'est végétaliser les villes, les îlots de chaleur, mais faire en sorte que ce ne soit pas près des massifs forestiers, c'est ça ?

14:55
Locuteur 2

Oui, alors pas tout à fait quand même, parce que lorsque vous végétalisez une ville, ça reste quand même une ville, ça ne devient pas une forêt. Et donc, en plus, vous répondrez probablement mieux que moi, mais j'imagine qu'un départ de feu dans un parc au milieu de Paris pourra être contenu beaucoup plus facilement que quand on voit la forêt des Landes qui brûle.

15:12
Locuteur 3

Jérôme Boulanger, vous êtes associé, vous, à ces réflexions. Et est-ce que vous vous dites, quand est-ce qu'on fait tout ça ?

15:18
Locuteur 4

Alors, c'est un vrai travail inter-service et inter-ministériel. On ne le voit pas forcément au quotidien, enfin, vous ne le voyez pas, mais on travaille de très, très près avec les ingénieurs de l'ONF, avec les ingénieurs de Météo France. Là, c'est particulièrement vrai dans cette période de crise, puisqu'on a besoin d'avoir des remontées terrain qui nous permettent de classifier les secteurs à risque, risque important, élevé, etc. Mais c'est un travail qui se fait, finalement, toute l'année. Un travail important, donc, avec ces ingénieurs-là. Mais je crois un travail pour l'avenir aussi qui doit mettre le citoyen au centre de tout cela.

Parce que la prévention, c'est une histoire d'éducation, de sensibilisation, d'acculturation. Et nous devons développer en France cette culture de la résilience. Et ça passe, effectivement, par le citoyen. La sécurité civile, en France, elle a pour rôle aussi de dynamiser cette acculturation, de la développer. Ça passe, bien sûr, par les élus de proximité. Ça passe par la jeunesse et plein d'autres vecteurs.

16:24
Locuteur 5

Jérôme Boulanger, il y a également la question des moyens. Vous avez suivi cette polémique, cette semaine, ce débat qu'on ne va pas refaire ce matin sur France Info, sur les moyens que l'État met à votre disposition pour lutter contre les flammes. Vous êtes le porte-parole de la sécurité civile. Question simple, est-ce que vous avez assez de moyens, aujourd'hui, pour lutter contre les flammes ?

16:39
Locuteur 4

Ça n'est pas qu'une question de moyens. C'est une question de diversité de moyens. Et on voit bien sur ces feux, et vous en parlez très souvent, qu'il y a, par exemple, plusieurs types d'avions. Il y a des avions qui larguent plutôt de l'eau. Il y a des avions qui larguent plutôt du retardant. Donc il faut avoir une diversité, déjà, de moyens. En France, la sécurité civile possède cette diversité de moyens. Il y a des moyens supplémentaires qui ont été commandés.

17:10
Locuteur 5

On a assez de Canadair, très clairement, ce matin.

17:12
Locuteur 4

Alors, il y a des Canadair qui sont renforcés par d'autres vecteurs aériens. Il n'y a pas que les Canadair. En France, on se focalise, on se polarise sur ces 12 Canadair, alors qu'on a d'autres moyens. Il y a huit dash. Le dash, il a une force de frappe beaucoup plus importante que le Canadair. Il y a des avions qu'on loue aussi, justement, pour compléter cette flotte. Il y a des hélicoptères qu'on loue. Et puis, il y a aussi des moyens aériens départementaux. Il y a, sur la France, 67 moyens aériens qui sont soit nationaux, soit départementaux et qui contribuent à cette lutte. On peut toujours faire plus. On peut acheter toujours plus.

Ça, oui, on a commandé quatre Canadair qui seront livrés entre 2028 et 2033. Et on contribue aussi avec des start-up et des industriels français à des projets d'avenir sur les avions bombardiers d'eau du futur. Donc, on voit qu'on a une flotte conséquente. On a aussi surtout des moyens au sol parce que les sapeurs-pompiers, c'est quand même...

18:13
Locuteur 3

Mais est-ce qu'il y a assez d'hommes et de femmes ou si aujourd'hui, on n'est que le 29 juillet ?

18:17
Locuteur 4

En termes de nombre, moi, je peux vous donner les chiffres. Il y a 250 000 sapeurs-pompiers en France. Ils ne sont pas tous disponibles, bien entendu.

18:25
Locuteur 5

Dont 200 000 volontaires, c'est ça ?

18:26
Locuteur 4

Dont 200 000 volontaires. Certains sont en congé et c'est tout à fait normal. Sur ces feux dont on parle actuellement, il y a beaucoup de sapeurs-pompiers qui sont engagés et qui sont relevés régulièrement. C'est bien pour ça qu'ils viennent de toute la France. C'est bien pour ça qu'aujourd'hui, tous les sapeurs-pompiers en France, du nord au sud, de l'est à l'ouest, sont formés, pour certains d'entre eux, à cette spécialité du feu de végétation, lutter contre les feux de végétation. Et c'est pour ça que tous les départements possèdent des engins de lutte contre l'incendie.

Formation uniforme sur toute la France qui permet à un pompier de l'île de pouvoir intervenir en Gironde avec les mêmes techniques de lutte et les mêmes engins.

19:06
Locuteur 3

Françoise Vimeux, incendie monstre en Gironde, quatrième canicule depuis le mois de mai. Ce n'est là qu'un avant-goût de ce qui nous attend.

19:14
Locuteur 2

Oui, en fait, on sait que les événements qui nous paraissent exceptionnels aujourd'hui vont devenir la norme demain. Et ce qui sera la norme demain, il y aura toujours aussi des événements exceptionnels qui deviendront la norme de après-demain. Donc, oui, les vagues de chaleur, on sait qu'elles vont être plus fréquentes, plus intenses. Si on regarde depuis 2015, on a eu chaque année au moins une vague de chaleur, à part en 2021. Si vous regardez avant les années 90, on n'avait pas une vague de chaleur tous les ans. Et si vous regardez l'ensemble des vagues de chaleur depuis 1947, on en est à la 54e, et plus de la moitié sont arrivées après 2011.

Donc, oui, sur les vagues de chaleur extrêmes, oui, sur les sécheresses, et oui, sur les pluies torrentielles l'hiver, eh bien, tout ça va s'accélérer, s'intensifier, se multiplier.

20:03
Locuteur 5

C'est ça, la France de 2050 ?

20:05
Locuteur 2

La France de 2050, c'est par exemple 5 fois plus de jours de vagues de chaleur qu'aujourd'hui. Aujourd'hui, en 2026, on est déjà à 30 jours de vagues de chaleur. Vous multipliez par 5, ça vous donne une idée. On arrive à 150 jours de vagues de chaleur. C'est des choses qu'on peine à imaginer. Et en plus, la température augmente. Le seuil des 50 degrés sera peut-être, enfin, il sera possible de le dépasser à horizon 2050 pendant une vagues de chaleur.

20:30
Locuteur 5

40 degrés prévus à Paris aujourd'hui.

20:31
Locuteur 2

C'est l'été le plus frais ? Oui.

20:33
Locuteur 3

C'est ce que vous avez coutume de dire récemment, François-Line.

20:35
Locuteur 2

Oui, ce que je veux faire comprendre, c'est que nous sommes sur une trajectoire où nos étés vont être de plus en plus chauds. L'été 2025, qui est parmi nos trois étés les plus chauds depuis le début du XXe siècle, ça sera un été normal à horizon 2050. Et ça sera un été frais en 2100. Et 2100, les enfants qui naissent aujourd'hui avec l'espérance de vie, eh bien, ils verront la fin du siècle.

20:57
Locuteur 5

Une question dont on devine un peu la réponse. Est-ce que les responsables politiques ont pris la mesure de ce qui se passe en ce moment ?

21:03
Locuteur 2

Alors, écoutez, je l'espère, mais j'ai l'impression qu'on répète toujours la même chose. Je pense qu'on a été écoutés. Je pense qu'on a été bien compris. Par contre, effectivement, moi, je ne m'explique pas le fossé entre, finalement, nos explications, la manière dont ça a été compris. Et puis, ce manque, finalement, ce retard, plutôt, dans l'adaptation. Et surtout, ce retard aussi dans l'atténuation de nos émissions de gaz à effet de serre.

21:30
Locuteur 5

On peut le rattraper, ce retard ? Il n'est pas trop tard ?

21:32
Locuteur 2

Il n'est jamais trop tard. De toute façon, chaque dixième de degré gagné, c'est toujours ça de plus parce que plus le réchauffement augmente et plus les impacts s'intensifient, se généralisent. Et donc, moi, ce que je dirais, c'est qu'il faut continuer, mais plus vite et plus fort.

21:48
Locuteur 3

Est-ce que ce retard vous désole, Gérôme Boulanger, puisqu'il a un impact très concret sur votre profession, sur votre métier, sur votre avenir ?

21:55
Locuteur

Alors,

21:55
Locuteur 4

nous, sapeurs-pompiers, nous sommes constamment dans l'anticipation, dans le retour d'expérience et l'anticipation. Donc, si vous voulez, nous, on analyse ce qui a été fait, aussi bien en termes de lutte que de prévention et d'anticipation, de manière à savoir ce qu'on pourra mieux faire la fois d'après. Feu de reboot, l'année dernière, par exemple, dans l'Aude, c'est un feu qu'on a analysé vraiment de très très près pour voir quels étaient les axes d'amélioration en termes de prévention et en termes de lutte.

Donc, nous, nous sommes dans cette logique, je dirais, stratégique et opérationnelle et on s'adapte toujours aux évolutions, bien sûr, du climat et des risques puisque notre métier, c'est de faire face aux risques.

22:39
Locuteur 3

J'aimerais qu'on évoque, avant de se quitter, cette photo qui fait le tour du monde, Françoise Vimeux, Jérôme Boulanger, cette photo, c'est un couple sur un transat, chacun sur un transat, sous un parasol, face à cet incendie en Gironde, face à l'apocalypse. Qu'est-ce qu'elle vous inspire à tous les deux, Françoise Vimeux ?

22:57
Locuteur 2

Alors moi, j'espère que cette photo, elle signifie que la distance qu'on peut avoir quelquefois par rapport aux événements météorologiques extrêmes, eh bien, elle se réduit. Ce que je veux dire par là, c'est qu'auparavant, les incendies, c'était dans le sud et puis, quand on habitait en Bretagne ou en région parisienne, on ne se sentait pas concerné. Finalement, aujourd'hui, on est en vacances, on est sur la plage et on est aux premières loges d'un spectacle apocalyptique et pour moi, la distance, elle est très courte. vous traversez juste le bassin d'Arcachon et là, vous avez une situation démente.

Et donc, j'espère vraiment que cette distance, elle se réduit et qu'on va sortir du déni qui consiste à dire, ce déni, c'est de dire, voilà, on va survivre à un ou deux épisodes extrêmes, catastrophiques.

23:39
Locuteur 5

Elle ne raconte pas aussi un peu l'indifférence, Jérôme Moulanger, cette photo ?

23:42
Locuteur 4

Alors, elle m'inspire deux choses. Elle m'inspire tout d'abord la sérénité de la population puisqu'on a quand même évacué des centaines de milliers de personnes et ça s'est vraiment bien fait. Donc ça, c'est plutôt le bon côté. Peut-être que les gens gagnent en résilience et c'est très positif. En même temps, un feu, ça n'est pas un spectacle, c'est une catastrophe. Et là, on a l'impression, effectivement, que les gens sont spectateurs. Il faut que le citoyen devienne aussi acteur de sa propre sécurité, acteur aussi de la prévention de façon à ce qu'on n'arrive pas à ces situations qui sont quand même catastrophiques.

24:19
Locuteur 3

Une forme de sidération aussi, peut-être. Merci beaucoup. d'avoir été avec nous. Photo, je le précise, de Maximilien Lamy de l'agence France Presse. Merci. Françoise Vimeux, climatologue, directrice de recherche à l'Institut de recherche pour le développement. Merci à vous donc, Jérôme Boulanger, porte-parole de la sécurité civile.

Incendies, conséquences, réchauffement climatique... Le "8h30 franceinfo" de Françoise Vimeux et Jérôme Boulanger — Pierre Larrouturou · Pourquijevote