Le retour des gilets jaunes ? 10 septembre : pourquoi Macron et Bayrou devraient avoir peur | François Boulo
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Allons-nous assister à un retour des Gilets jaunes dans les prochains jours ? Depuis plusieurs semaines, le climat politique et social en France s'enflamme. D'un côté, un gouvernement fragilisé, François Bayrou, Premier ministre, s'apprête à jouer son avenir dans un vote de confiance décisif le 8 septembre sur fond d'austérité budgétaire et de coupe sociale massive. De l'autre, un pays traversé par la colère, la mobilisation du 10 septembre, menée sous le mot d'ordre bloquant tout, se prépare à paralyser le pays pour dénoncer le trop-plein d'une population à bout de souffle, rappelant forcément les mobilisations de la période 2018-2019.
Un mouvement avec pour toile de fond une société fracturée où les crises s'accumulent, explosion de la pauvreté, précarité grandissante et inégalité sociale se multipliant sans que des réponses durables ne soient apportées. Dans ce contexte, nous recevons aujourd'hui François Boulot, ancien avocat et figure des Gilets jaunes de l'époque. Avec lui, nous allons décrypter ce moment politique. Qu'est-ce que révèle l'isolement du gouvernement Bayrou ? Quel rôle peuvent jouer les syndicats, les politiques et les mouvements sociaux dans la séquence qui s'ouvre ? Et surtout, comment transformer cette colère diffuse en véritable rapport de force ?
Votre entretien d'actu, c'est tout de suite sur le Média. M. Boulot, bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation et d'être sur notre plateau aujourd'hui. Alors pour commencer cet entretien, on parle aujourd'hui du mouvement Bloquons-Tout qui appelle à bloquer le pays le 10 septembre. Est-ce que vous y voyez une continuité avec les Gilets jaunes de 2018 ? Ou alors au contraire, peut-être une rupture, quelque chose de nouveau, quelque chose qui s'est modifié avec le temps ?
Non, non, j'y vois une continuité assez évidente parce que je vois une colère qui s'exprime d'abord sur les réseaux sociaux. C'est-à-dire que c'est un mouvement qui est en train de s'organiser sur les réseaux sociaux en premier lieu, que le fait d'éclencheur est du même ordre. C'est-à-dire que c'est l'étincelle ou la goutte d'eau qui fait déborder le vase. C'était ça l'expression consacrée à l'époque. Alors à l'époque, c'était la contestation de la taxe sur le carburant. Et puis là, je dirais que ce qui a symbolisé la colère, c'est peut-être la suppression des deux jours fériés. Parce que ça, évidemment, les gens, ils en ressentent tout de suite les conséquences.
Symboliquement, c'est extrêmement fort. Et donc la colère s'est déclenchée. Et après, ce qu'on voit, c'est, je dirais, une logique d'action et de stratégie qui se met en ordre dans les mêmes conditions que les Gilles et Jaunes, c'est-à-dire une volonté du mouvement d'être apartisan, d'éviter toute récupération politique pour, je pense, conserver l'autonomie de direction du mouvement. C'est-à-dire que le mouvement puisse s'organiser depuis la base et pas être récupéré par des têtes en haut. Et puis aussi, évidemment, en fait, pour essayer de rassembler le plus largement possible la colère.
Parce que les gens ont bien compris que dans ce mouvement, comme au moment des Gilets jaunes, il y a des gens de gauche et il y a des gens de droite. Alors ils ne sont pas d'accord pour l'instant sur l'alternative qu'il faudrait conduire en termes de politique. Mais en revanche, ils sont, tous ces gens-là, d'accord pour dire on ne veut plus de la politique macroniste.
Et justement, on va dire que le mouvement en bloquant tout, il attire à lui, forcément, des partis politiques, des syndicats, ce qui n'était pas forcément le cas dès le départ en 2018. Et est-ce que, selon vous, ça va donner du poids à la mobilisation ? Est-ce que ça va le transformer ? Et est-ce que vous n'avez pas peur que ça s'effrite déjà à cause de ça ?
Moi, je pense que c'est une mauvaise idée que les partis politiques s'impliquent trop dans le mouvement. Je crois comprendre pourquoi la France insoumise, cette fois-ci, a soutenu plus clairement, avant même que le mouvement ne se lance. C'est parce qu'à l'époque, on leur avait fait le reproche de ne pas avoir soutenu immédiatement le mouvement des Gilets jaunes. Donc je pense que c'est pour éviter ce reproche-là qu'ils ont fait ça.
Maintenant, je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée parce qu'effectivement, il faut éviter à tout prix qu'il y ait des étiquettes qui soient ramenées parce que dès qu'il y a les étiquettes, il y a les clivages traditionnels qui se réinvitent dans la discussion. Et alors, ça y est, ça divise et ça diviserait le mouvement social. Donc je pense qu'il faut que les partis politiques se tiennent éloignés. Ils peuvent soutenir, je dirais, de principe, mais pas plus. Et surtout, pas de récupération. Laisser au mouvement son autonomie.
Et justement, on parle là des partis politiques, mais il y a aussi la question syndicale, je pense, qui est très importante. À l'heure actuelle, il y a seulement deux syndicats qui appellent à soutenir le mouvement. Donc la CGT et Solidaire. Et on l'a appris ce matin. Du coup, l'intersyndicale, elle, elle appelle à la mobilisation nationale, mais plus tard, le 18 septembre. Et du coup, selon vous, qu'est-ce que ça explique et pourquoi il y a une réticence de la part des syndicats, peut-être par rapport à d'autres partis politiques, à soutenir, à ne pas soutenir ? Comment on explique ça, justement ?
Là, je dois vous dire qu'on est le jour même de l'annonce de l'intersyndicale. Et moi, je suis dans une colère noire face à l'intersyndicale. Pourquoi ? Je ne parle pas des syndicats, je ne parle pas des bases ou même des directions régionales, etc. Mais là, l'intersyndicale, ça suffit à un moment donné. Je veux dire, ces gens-là n'ont pas gagné un combat social depuis 30 ans. La dernière victoire, c'était 1995. Ils ont quand même réussi la prouesse de perdre le mouvement contre la réforme des retraites, alors qu'il y avait 90% de la population active qui était contre la réforme des retraites. C'était 70% de la société française dans son ensemble. Et on a perdu. Et on a perdu pourquoi ?
Parce que la stratégie, c'est toujours la même de l'intersyndicale, c'est de poser une journée de grève par mois. Ça suffit. Je veux dire, on voit bien que ça, ça épuise la lutte, ça épuise les gens. Et donc, c'est une stratégie perdante. Là, ils ont une chance, comme ils l'avaient au moment des Gilets jaunes et comme ils ne l'ont pas saisi au moment des Gilets jaunes, mais on aurait pu penser comment ils aient retenu la leçon cette fois-ci, il y a un appel pour le 10 septembre. En fait, la seule chose qu'on attendait d'eux, c'est qu'ils décrètent la grève générale illimitée à partir du 10 septembre. En fait, ils déposaient les préavis. Et puis après, c'est suivi ou c'est pas suivi.
Parce qu'en fait, à l'époque, l'argument qu'on m'avançait, c'est oui, mais si ça se trouve, les gens, ils vont pas suivre. Et alors ? Et alors, vous, votre boulot, c'est de déposer le préavis de grève pour que qui veut se mettre en grève puisse le faire, je dirais, avec la sécurité de pas perdre son emploi parce qu'il sera couvert par le droit de grève. Et puis après, la responsabilité de la réussite ou pas du mouvement, évidemment, c'est les gens. Ils viendraient pas à l'idée des gens de mettre la faute sur les syndicats si la grève n'était pas suivie.
En revanche, là, très clairement, moi, je dis à l'intersyndicale, écoutez, soit vous déclarez le plus vite possible la grève générale limitée, soit vous restez chez vous. On n'a pas besoin de vous. Et je dis, au base, mobilisez-vous sans eux. Construisez les préavis de grève sans eux. Dans le privé, je le dis, on n'a pas besoin d'un préavis de grève d'un syndicat. Il suffit qu'on soit deux salariés, qu'on ait des revendications professionnelles et qu'on en informe l'employeur. C'est tout. C'est la seule condition. Donc dans le privé, tout le monde peut se mettre en grève. On n'a pas besoin des syndicats.
Et je pense qu'il va falloir que la base déborde là à l'intersyndicale parce qu'on en a marre de perdre en grande partie à cause d'eux.
Écoutez, merci pour ces précisions, en tout cas. Il y a beaucoup de figures des Gilets jaunes, notamment des déclarations. Il y a des personnes qui ont été interviewées, et là, même selon vos propos, qui insistent, entre guillemets, sur le rejet des corps intermédiaires et refusent forcément toute récupération, ce qui est compréhensible. Mais est-ce que pour vous, en tout cas, c'est peut-être tenable dans la durée ? Ou alors, il faudrait, on va dire, construire certaines passerelles avec certains relais institutionnels pour que le mouvement puisse perdurer ? Ou alors, peut-être avec d'autres méthodes d'action ?
Moi, je crois que, si vous voulez, le mouvement qui est en train de se construire, il appartient à personne et en même temps, il appartient à tout le monde. C'est-à-dire que qui veut y participer, y participe, mais à condition d'essayer de se rendre utile. En fait, les gens, ils ne sont pas extrémistes. Ils ne se disent pas qu'on ne veut pas de syndicat jamais pour la vie, pour toujours, définitivement. C'est simplement qu'ils voient bien que ces gens-là ne sont pas honnêtes, ne sont pas sincères, ne sont pas déterminés. En fait, on a l'impression qu'ils n'ont pas envie vraiment de mener le rapport de force. Qu'est-ce qu'ils craignent ? De perdre leur badge de respectabilité ?
On est face à une caste qui s'est accaparée de tout le pouvoir, qui est en train de massacrer le pays, de pourrir la vie des gens, et qui ne veut rien entendre, qui ne veut pas entendre le peuple. Bon, à un moment donné, oui, il faut choisir son camp, en fait. Soit on est du côté de la caste, soit on est du côté du peuple. Et donc, voilà, c'est ce que les gens voient, en fait. Ils sont en train de faire le tri, tout simplement, entre ceux qui défendent les intérêts du peuple et ceux qui, manifestement, se rangent du côté de la caste. Peut-être pas par conviction, peut-être simplement par lâcheté ou par faiblesse, mais le résultat est le même.
Beaucoup, à l'époque, c'est des commentaires, en tout cas, qu'on a entendus à longueur de journée dans les médias mainstream ou alors dans les commentaires des politiques, que les gilets jaunes auraient échoué politiquement. Ce constat-là, déjà, dès le 10, on peut dire qu'il y a une première victoire qui a été obtenue avec Bloquons-Tout. C'est le fait que François Bayrou annonce son vote de confiance pour le 8 septembre, donc deux journées, juste avant la mobilisation. Déjà, pour vous, est-ce que c'est une première victoire politique ?
Et surtout, est-ce que vous pensez que ça ira potentiellement plus loin que ça et qu'il y aura d'autres victoires, peut-être, qui arriveront succinctement suite à ça ?
— Incontestablement, oui. Le vote de confiance qu'a annoncé Bayrou et à l'issue duquel il va vraisemblablement tomber, c'est une première victoire du mouvement. Donc c'est extraordinaire, puisqu'avant même que le mouvement n'ait officiellement ou effectivement concrètement démarré, le gouvernement, déjà, va tomber. Et son budget avec. Donc formidable. Je pense que là-dessus, le mouvement peut remercier l'héritage des Gilets jaunes. Parce que c'est évidemment parce que le gouvernement, le pouvoir, a une trouille bleue d'un nouveau mouvement des Gilets jaunes que Bayrou, là, a annoncé le vote de confiance.
Donc je pense qu'en partie, cette victoire-là, elle est due à ce qu'ont réalisé les Gilets jaunes il y a sept ans. Après, évidemment qu'il ne faut pas s'arrêter là, parce qu'il faut en revenir à la raison de la crise politique actuelle, en tout cas l'une des grandes raisons. Macron a volé les élections l'année dernière. Le camp présidentiel est arrivé troisième aux législatives. Et pour autant, Macron a décidé de nommer un Premier ministre à chaque fois à sa main. Ça a été Barnier, puis ensuite Bayrou. Et donc il s'accroche, en quelque sorte, au pouvoir commune censue. Et il ne faut pas s'attendre à ce qu'il fasse autre chose.
Si Bayrou tombe, il essaiera par tout moyen de continuer à mener sa politique, parce que c'est une personne qui est autoritaire, qui est inflexible, qui n'a absolument aucun esprit démocratique. Je dirais que si Bayrou tombe, Macron devient la cible à abattre. Et ça doit être ça. L'un des objectifs que doit se donner le mouvement du 10 septembre, c'est que si Bayrou tombe, maintenant, on va chercher Macron. Et on le fait tomber lui, parce qu'on a bien compris qu'avec ce personnage-là à l'Élysée, on ne pourra jamais changer de politique. Or, c'est la volonté qui s'est majoritairement exprimée dans les urnes il y a un an.
Deux tiers des Français ont dit « Nous ne voulons plus de cette politique macroniste ». Donc il est temps que Macron parte et on retourne aux urnes. On a à nouveau un débat et on se donne une chance, enfin, de pouvoir se mettre d'accord majoritairement sur une alternative politique. Je ne sais pas si on y arriverait, mais en tout cas, il faut que la politique macroniste cesse. Ça fait 8 ans que ça dure et maintenant, ça suffit.
En tout cas, Emmanuel Macron a annoncé qu'il ne démissionnerait pas en cas de censure, en cas ou alors de nomination d'un nouveau Premier ministre, ce qui est une des hypothèses qui pourrait se produire dès le 8. Est-ce que vous croyez qu'Emmanuel Macron entendra la volonté populaire ? Est-ce que vous pensez même qu'il y aurait un monde où il y aurait un Premier ministre éventuellement ou une Première ministre de gauche ?
Non, mais s'il nomme un Premier ministre ou une Première ministre de gauche, ce sera quelqu'un qui est de droite, qui n'a de gauche que l'étiquette parce qu'il était au Parti Socialiste, voilà, c'est tout. Mais il conduira la même politique macroniste. Après, est-ce que Macron entendra la colère populaire et la volonté populaire ? Évidemment, non. Je veux dire, il faut aller le chercher pour le déloger. C'est clairement ça la question qui se pose. Est-ce que c'est possible ? Oui, c'est possible parce qu'en fait, s'il y a un mouvement social qui est suffisamment puissant, ça va mettre la pression sur les partis politiques d'opposition.
Je rappelle que si Bayrou, là, a pu se maintenir jusqu'alors, c'est uniquement parce que le Parti Socialiste et le Rassemblement National ont trahi leurs électeurs en ne votant pas la censure du gouvernement. Je veux dire, à partir du moment où RN, PS, LFI, Parti Communiste et Écologiste votent la censure, il n'y a aucun gouvernement pro-Macron qui peut tenir. Ils sont tous censurés. Donc un mouvement social puissant met la pression sur les partis politiques d'opposition, ça veut dire qu'il n'y a pas de gouvernement possible. Pas de gouvernement possible, ça veut dire pas de budget qui puisse être adopté.
Or, comme la situation des comptes publics, effectivement, est quand même très préoccupante, c'est une situation qui va devenir intenable. Et donc, là, Emmanuel Macron n'aura pas de choix que de soit dissoudre, soit démissionner.
Pourtant, on entend souvent qu'il y a un Premier ministre ou un gouvernement techno qui serait nommé et qui pourrait potentiellement convaincre l'EPS et potentiellement le Rassemblement National. Alors, est-ce qu'on ne se retrouverait pas finalement dans une situation un peu similaire ? Est-ce que Macron, finalement, il ne s'en sortira pas de tout ça ?
En fait, ce n'est pas possible d'avoir un gouvernement technique, tout simplement parce que là, justement, compte tenu de la situation du déficit public, on ne peut pas se contenter de faire de la gestion courante. Effectivement, il faut faire des économies. Et donc, il y a un choix politique, c'est à qui on va demander l'argent, à qui on va demander de faire des efforts, des sacrifices. Bon, on a compris, Macron et Bayrou, leur choix, très clairement, c'est de demander ça à la classe moyenne au sens large, avec la suppression des deux jours fériés, avec l'année blanche sur plan fiscal, bref, on fait payer les gens ordinaires.
Et surtout, surtout, surtout, on ne va pas remettre en cause les cadeaux fiscaux qu'on a faits au plus riche. Bon, ça, c'est un choix politique. Et je veux dire, si on en est là, c'est parce que, justement, l'injustice dans ce pays, elle devient absolument insupportable. Et je ne pense pas que l'argument de François Bayrou, ou plutôt sa stratégie qui consiste à dire, oui, mais attendez, la situation est très grave, vous êtes irresponsable si vous n'actez pas avec moi, que la situation est grave au niveau des comptes publics. En fait, personne ne dit que la situation n'est pas grave. Ce qu'on lui dit simplement, la première chose, c'est à qui la faute ?
Qui est responsable, en fait, du déficit ? Qui gouverne, là, depuis huit ans, le pays ? Et je rappelle qu'Emmanuel Macron, il était aussi membre du gouvernement sous Hollande. Qui a présidé à la politique économique du pays depuis dix ans ? Qui plus est, ministre de l'économie à l'époque. Et ministre de l'économie. Donc, je veux dire, c'est lui le responsable de ce bilan qui, effectivement, est catastrophique. Donc, à un moment donné, il devrait assumer et partir. Et de fait, lui, il est le responsable. Il a mené certaines politiques et il nous dit, non, mais il faut que je continue la même politique. Mais non, en fait, il faut changer de politique.
Je veux dire, ce n'est pas très compliqué à comprendre. en vingt ans, les profits et les dividendes du CAC 40, ils ont été multipliés par quatre. Alors, je demande aux gens qui nous regardent, est-ce que leurs salaires ont été multipliés par quatre en vingt ans ? Je pense que personne n'a connu une telle explosion de ses revenus ou de son patrimoine. C'est le cas de ceux qui sont tout en haut de la pyramide sociale. Donc, évidemment que l'argent, il est là. C'est là qu'il faut aller le chercher. Vous parlez de qui ? Des grands entrepreneurs ? Des ultra-riches ? Évidemment, je parle des plus grands patrimoines et du CAC 40.
Le CAC 40, il y a vingt ans, enregistrait à peu près 30 à 40 milliards de bénéfices. Aujourd'hui, ils sont à 150 milliards. On est donc à plus de 110 ou 120 milliards de bénéfices. Il n'y a pas besoin d'aller chercher plus loin. Il est passé là, l'argent. En fait, l'argent, il est passé des poches, des gens et des moyens qui étaient allés au service public. Il est passé dans la main des plus grandes entreprises et des plus hauts patrimoines. Et là, on ne parle même pas des gens qui gagnent cinq ou dix mille euros par mois. C'est déjà des rémunérations extrêmement confortables. Mais on ne parle pas de ça. On parle de gens qui gagnent un million, dix millions d'euros par mois et même plus.
C'est quand même eux qui ont bénéficié de tout ça. Donc, à court terme, il y aurait des mesures assez simples à prendre qui sont tout à fait possibles. Un, la taxe Zuckman, qui a été rejetée récemment par le Parlement, alors qu'elle concerne uniquement 1800 personnes. Ce sont les 1800 personnes les plus riches qui seraient taxées à des niveaux, je veux dire, raisonnables. C'est simplement pour arriver à leur faire payer les impôts
dans les mêmes proportions que les autres. Taxe, on a expliqué qu'elle serait peut-être difficile à mettre en place ou que ça pèserait trop, c'est ça ? Ça, c'est l'argument toujours des libéraux. C'est l'argument libéral, bien sûr. Du coup, pourquoi ça a été refusé, finalement ? Est-ce qu'il y a d'autres choses ?
Moi, je crois que ça a été refusé parce qu'il y a un totem, là, du bloc central macroniste qui a fait des cadeaux fiscaux aux plus riches sa pierre angulaire. Et de fait, les 1%, les 0,1% les plus riches ont vu leur revenu et leur patrimoine exploser pendant le quinquennat Macron. C'était la logique de la politique de l'offre. L'idée, c'est... En fait, pourquoi pas ? Je veux dire, on a essayé. L'idée, c'était de dire, on va donner des aides fiscales et des exonérations de cotisations sociales massivement sur les grandes entreprises et les plus riches. Comme ça, ils vont investir dans l'économie. Ça va relancer la croissance et donc relancer l'emploi.
Et donc, tout le monde va y trouver son compte. Bon, quel a été le résultat de cette politique ? En fait, on n'a pas eu de croissance. On n'a pas réduit le chômage. On n'a pas réindustrialisé le pays. On a juste augmenté la pauvreté et les inégalités. Et les seuls qui ont profité de cette politique, c'est les plus riches. C'est un échec total. Et en plus de ça, on a les comptes publics qui maintenant sont dans le rouge à cause de cette politique parce que, bah oui, vous avez baissé les recettes de l'État. Et donc, comme il n'y a pas eu de croissance en face, en regard, comme il n'y a pas eu de réduction du chômage, vos recettes n'ont pas augmenté. Donc, cette politique est un échec.
Il faut en changer. Et je veux dire, c'est à se demander. Il doit y avoir certains qui sont strictement incompétents et puis d'autres qui agissent volontairement pour enrichir les plus riches.
Et justement, avec tout ça, cette politique, les inégalités, la hausse du coût de la vie, de manière générale, la crise démocratique, est-ce que, selon vous, ces conditions, elles sont encore pires qu'en 2018, sachant qu'entre-temps, il y a quand même eu d'énormes choses qui se sont passées dans le pays. On pense notamment aux retraites. On pense également à la ferbeta rame, par exemple, aussi. Et à l'inflation, surtout. Et également à l'inflation, j'allais y venir. Ces conditions, est-ce qu'elles sont finalement encore plus explosives qu'en 2018 ? Et est-ce que vous pensez que ça va permettre, sur le long terme, de faire durer bloquons-tout, entre guillemets ?
Évidemment que les conditions, elles sont pires. L'inflation, ça a été un des éléments majeurs qui a considérablement atteint le niveau de vie des gens. Et c'est pour ça qu'en fait, on voit bien que la colère, elle ne cesse de progresser dans le pays. Parce qu'au fur et à mesure que cette politique inégalitaire est appliquée, les gens sont de plus en plus touchés directement et ont de plus en plus de difficultés à boucler leur fin de mois. Et donc, si vous voulez, ce que je disais, c'est que ce ne serait pas très compliqué de changer de politique économique, de faire la taxe Zuckmann, de reprendre... C'était un autre point que je voulais développer.
une partie des aides publiques aux entreprises qu'on donne, puisqu'on a le chiffre maintenant, c'est 211 milliards d'euros par an, par an, qui sont donnés aux entreprises. J'ai regardé, il y a 10 ans, c'était 100 milliards. Donc, en 10 ans, on est passé de 100 milliards d'aides à 211 milliards. On peut aller récupérer 20 ou 30 milliards assez facilement, qui sont donnés aux plus grandes entreprises, lesquelles ne se servent de cet argent que pour distribuer des dividendes aux actionnaires. Donc, les gens, en général, la société n'en voit pas la couleur. On pourra vous dire, c'est aussi pour les TPE, les PME. Cet argument, il est facile à entendre aussi. C'est exactement le point.
C'est qu'il ne s'agit pas de reprendre les aides qu'on donne aux PME. C'est qu'en fait, tout le monde est d'accord pour dire, ben oui, aidons les PME, parce que ça, ce sont des entreprises qui créent des emplois, un gros tissu d'emploi qui est en France, qui vient des PME. Et ce sont des entreprises où les salaires ne sont pas mis au bolan et, je veux dire, qui ne délocalisent pas dans les pays d'Europe de l'Est ou qui ne font pas des plans de licenciement à tour de bras. Donc, au moins, quand on leur donne des aides, un, elles en ont besoin.
Elles en ont besoin, notamment pour les PME qui sont exposées à la concurrence internationale parce que leur compétitivité est cassée à cause de l'Eurofort. Donc, il faut compenser l'Eurofort en donnant des aides aux PME. Mais en revanche, donner des aides à des grandes entreprises qui s'en servent uniquement pour distribuer des dividendes et qui n'utilisent pas cet argent soit pour investir, soit pour recruter des salariés, soit pour augmenter les salaires, ça, c'est juste du gaspillage d'argent public qui ne fait qu'enrichir les plus riches.
Donc, je crois que vraiment, les gens, et c'était déjà le discours il y a 6 ou 7 ans, c'était de dire mais nous, on veut que la politique serve les intérêts des 99% et non plus seulement des 1% les plus riches. Et donc, oui, les gens, ils sont d'accord globalement pour aider les PME, mais pas les plus grandes entreprises, pas les plus grands patrimoines qui, sur ces dernières années, encore une fois, ont vu leur revenu et patrimoine exploser et cette injustice-là, elle devient vraiment insupportable.
Justement, à l'époque et peut-être un peu moins maintenant vu que les médias traditionnels ont remis aussi sur le devant de la scène Bloquons Tout et ont relayé le mouvement pour l'instant de manière, alors ça dépend évidemment les chaînes, mais plus ou moins sereinement. Quel regard, vous, vous portez sur les médias traditionnels et leur traitement des mouvements sociaux et selon vous, quel rôle devrait jouer des médias comme le nôtre, comme le média par rapport au mouvement, par rapport à Bloquons Tout de manière générale ?
Sur les médias, moi, je dirais que si je parle des médias mainstream, des médias dominants, ils ne jouent pas leur rôle parce que, hors des mouvements sociaux, des moments d'ébullition dans la population, ils ne construisent pas un débat public contradictoire où les différents sujets sont abordés. J'ai une pensée immédiate pour les questions sur l'Union européenne, l'euro, le libre-échange du marché unique européen. Ça, c'est une structure qui pose des contraintes mais considérables sur la politique économique française. On ne peut pas mener une vraie politique économique alternative.
On ne pourra pas réindustrialiser dans les règles de l'Union européenne et ça, c'est un sujet qui n'est jamais abordé dans les médias. Et on entend que très rarement des gens qui ont une pensée hétérodoxe dans les médias dominants et quand par hasard ils sont invités, en fait, le dispositif est fait pour qu'ils ne puissent pas s'exprimer, on les coupe sans arrêt, ils ont deux ou trois contradicteurs face à eux, ce qui fait que leur discours est décrédibilisé et apparaît pas vraiment sérieux aux yeux des téléspectateurs. Donc, voilà, tout est fait pour empêcher une parole discordante.
Mais je dirais que là-dessus, les médias, ils vont tout à fait dans la droite ligne de ce qu'est la pensée officielle d'Emmanuel Macron qui, de toute façon, depuis très longtemps, nous dit, de toute façon, c'est moi ou le chaos, c'est moi ou les extrêmes.
Phrase reprise d'ailleurs par François Bayrou,
en fait, en réalité. Bien sûr, et ils n'ont pas changé de disque, mais c'est toujours le même. C'est eux ou le chaos ? Ah non, le chaos, c'est eux justement, le chaos, c'est Macron. Donc, les médias qui accompagnent ça, on se demande d'ailleurs comment ils peuvent encore croire qu'on vit vraiment dans une démocratie parce que là, on est dans un régime à partie unique, en fait. C'est soit on vote pour le bloc central macroniste, soit on est un dangereux extrémiste de droite ou de gauche, mais en tout cas, on est un extrémiste. Donc, évidemment, ça, c'est une responsabilité immense qui pèse sur ces médias dominants.
Après, je pense que l'espoir qu'on peut avoir, c'est qu'effectivement, ces dernières années, il y a un certain nombre de médias indépendants qui ont pu émerger grâce à Internet, grâce aux plateformes, et on voit qu'en fait, il y a une progression assez rapide de ces médias-là parce que les gens, et notamment les jeunes, ont envie de s'informer autrement, voient bien qu'en fait, on ne leur explique rien dans les médias dominants et ils ont besoin, il y a un besoin de compréhension et c'est le travail que font les médias indépendants. Et donc, je pense que si les médias mainstream continuent sur leur lancée, eh bien, ils vont finir de se discréditer totalement aux yeux de la population.
Merci. Peut-être revenir aussi sur la base sociale du mouvement et de la mobilisation. Il y a des chercheurs qui estiment qu'elle pourrait être d'un plus diversifiée qu'en 2018, notamment avec l'émergence de plus de salariés. Est-ce que vous pensez que le bloc en tout sera d'une autre nature que le mouvement des Gilets jaunes ? Vous, avec votre œil justement dans Saint-Gilets jaunes, comment vous voyez tout ça ?
Moi, je crois que le mouvement du 10 septembre, il a un argument majeur par rapport au mouvement des Gilets jaunes. C'est qu'à l'époque des Gilets jaunes, on opposait la légitimité de la rue à la légitimité des urnes. En fait, à l'époque, Macron, il avait été élu un an avant, il avait la majorité absolue à l'Assemblée nationale et donc, il avait la légitimité légale. Et donc, il disait « Circuler, il n'y a rien à voir, le peuple français s'est exprimé et à ça, on opposait la légitimité de la rue, de l'opinion publique parce que les sondages montraient qu'il y avait un très fort soutien au mouvement des Gilets jaunes. » Non, mais c'est vrai qu'on était un peu...
C'était difficile, quelque part, d'affirmer qui était légitime ou pas. Là, ce n'est pas le cas. Là, les urnes ont parlé et à haut de tiers, les Français ont dit « Nous ne voulons plus de la politique de Macron. » Donc, le mouvement du 10 septembre, il a pour lui d'avoir la légitimité déjà de l'opinion publique, les sondages le montrent, mais aussi la légitimité des urnes à dire « Macron ne peut plus conduire sa politique et il doit partir. » Donc, ça, pour moi, c'est un élément extrêmement important qui doit être martelé parce qu'on ne nous rejoue pas la légitimité institutionnelle contre celle de la rue.
Et puis ensuite, ce mouvement, pour moi, pour le rapprocher encore, je crois, des Gilets jaunes, c'est qu'en fait, il vient d'un même sentiment, le sentiment qu'on a des élites qui gouvernent sans le peuple, plutôt même contre le peuple, qui le méprisent. Avec Macron, on y a ajouté l'outrance, l'injure et l'ignominie. Mais je veux dire, ce constat-là, il ne date pas d'hier. En fait, la sortie démocratique officielle, elle a eu lieu en 2008 quand le Parlement français a adopté le traité de Lisbonne qui niait le résultat du référendum de 2005 sur les traités constitutionnels européens. Et à partir de là, on est sorti de la démocratie.
On est dans un autre régime parce qu'on a des élites qui ont dit on gouverne sans le peuple. La constitution, elle dit bien que la souveraineté, elle appartient à ses représentants, enfin, elle appartient au peuple qu'il exerce par la voix de ses représentants. Mais la souveraineté,
c'est bien elle du peuple. Vous estimez qu'on n'est plus du tout en démocratie ou alors qu'on est dans une démocratie fragilisée par toutes ses décisions ?
On est quelque part entre la démocratie et la dictature et on pourrait dire qu'on est en ploutocratie. Voilà. C'est-à-dire qu'on a une caste tout là-haut de dominants qui détiennent les pouvoirs économiques, médiatiques et politiques et c'est eux qui dirigent la marche du pays.
Et j'aimerais qu'on revienne sur autre chose. Ça me permet de faire une transition. En 2018 et en 2019, donc en plein pendant le mouvement des Gilets jaunes, il y a eu d'innombrables cas, on ne peut même pas tous les citer de violences policières. On peut penser à Jérôme Rodriguez ou encore à Mickaël Lognon pour ne citer qu'eux. Est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui, dans l'État dans lequel on est, avec des répressions comme on a connu au moment des retraites et au vu des nouvelles lois sécuritaires dans la France d'un certain Bruno Retailleau, vous pensez qu'il n'y a pas de nouveau un risque de violences extrêmes ou en tout cas que l'État pourrait utiliser la police comme force
de répression immense ? Si, bien sûr. C'est exactement pour ça que les gens dans le mouvement du 10 septembre, son convoi, c'est des tentatives de trouver d'autres moyens d'action pour justement éviter d'avoir à se retrouver en manifestation et donc de s'exposer à la répression policière et judiciaire qui s'était abattue sur le mouvement des Gilets jaunes. En fait, on est dans une situation où les gens se disent bon, on fait des pétitions, ça ne sert à rien. On fait des manifestations, ça ne sert à rien qu'on fasse réforme des retraites de 2023 et en plus, on se fait taper dessus qu'on fasse le mouvement des Gilets jaunes.
On vote, ça ne sert à rien non plus puisque le rétat des élections n'est pas pris en compte. Donc les gens cherchent désespérément un moyen de pouvoir s'exprimer et à mesure que le pouvoir nie l'expression du peuple et la cocotte minute boue de plus en plus. La colère progresse et donc évidemment qu'on se rapproche d'un moment d'explosion générale. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'en regard, du coup, on a un mouvement autoritaire qui progresse effectivement dans le pays mais pour une dynamique de fond qui est très simple, c'est qu'on a une politique économique qui depuis 40 ans produit un désastre, une catastrophe.
Alors les effets ont mis un peu de temps quand même à arriver parce que les effets très concrètement pour les gens, c'est qu'ils ont moins de pouvoir d'achat, qu'ils ont moins de sécurité, leurs médicaments ne sont pas remboursés, quand ils sont au chômage, ils ont moins de droits, etc.
Du coup, est montée une aspiration à un changement et on l'a vu si on regarde toutes les élections notamment présidentielles depuis 2007 jusqu'à aujourd'hui, à chaque fois, le vote qui se dirigeait vers les partis de rupture n'a cessé d'augmenter durant toute cette période et on en est arrivé donc maintenant à deux tiers des gens qui ne veulent plus de cette politique qui est conduite depuis 40 ans parce qu'en fait, Macron, il fait la même politique qu'avant lui, Hollande et qu'avant lui, Sarkozy. Et le problème, c'est que la caste qui est au pouvoir refuse qu'il y ait un changement politique et donc elle se maintient par la contrainte, la censure et par la force s'il le faut.
Et donc, tant que si vous voulez, on n'aura pas à dénouer cette tension-là et qu'on n'aura pas changé en fin de politique, et bien effectivement, la cocotte minute, elle va continuer à monter en pression et à un moment donné, ça va exploser. Peut-être que ce sera le mouvement du 10 septembre.
Il y a certaines de nos confrères dans les chaînes mainstream, on va dire, entre guillemets, qui utilisent souvent une expression, c'est celle de colère populiste. Est-ce que vous comprenez ce terme-là pour parler de tout ce qui se passe ?
Non, de toute façon, je me méfie toujours des qualificatifs comme ça qui s'est utilisés. Oui, justement, je voulais travailler sur la question
parce que ça a été repris de très nombreuses fois. De toute façon, le terme de populisme de manière générale aussi.
De toute façon, qu'est-ce que le populisme ? Quand je vois Emmanuel Macron, j'ai l'impression que c'est un populiste. Il y a la culture du chef dans son parti. Tout était dirigé vers lui, pour lui. On ne connaît même pas ses ministres, généralement. Le premier populiste de France, c'est certainement Emmanuel Macron actuellement. En plus, c'est lui qui exerce le pouvoir. Donc voilà. Maintenant, s'ils veulent dire par là démagogique, qui fait de la démagogie ? Pour l'instant, le mouvement, il vit par sa base, par les gens.
Les gens, ils sont tous d'accord plus ou moins entre eux sur le fait qu'ils ne veulent plus de cette politique-là et qu'ils voudraient plus de justice, plus de respect, plus de dignité et être enfin entendus. Bon, ça, en fait, ça me semble être des aspirations démocratiques, certainement pas du populisme.
Et vous avez peur, justement, que la diversité, entre guillemets, du mouvement, on voit qu'il y a des militants à la fois de gauche, à la fois de droite, d'extrême droite, qui sont présents dans ce mouvement, n'insufflent quelque chose de mauvais, entre guillemets, et qu'il y ait une cassure profonde au sein des volontés purement politiques entre ce qu'est le mouvement. Est-ce que vous pensez qu'il pourrait y avoir une potentielle rupture à cause de ça ?
Ou alors absolument pas, vous pensez que le mouvement sera pleinement apartisan et que les gens, peut-être, comme en 2018, diront c'est absolument pas le moment de penser à ça, on doit absolument s'unir pour lutter contre la politique macroniste de manière générale ?
Je crois que, comme au moment des Gilets jaunes, si le mouvement du 10 septembre prend, ce sera la même logique, et les gens vont s'unir au-delà des clivages et je dirais qu'après, non, il n'y a jamais de risque qu'un mouvement social ne dérive vers, je dirais, des pensées problématiques. Je pense que les gens, dès lors qu'ils sont dans la lutte, ils se conscientisent, ils font de la politique, ils discutent entre eux et donc ils progressent. Et donc, ils arrivent à converger sur les mêmes mots d'ordre. Et en fait, dans les Gilets jaunes, très rapidement, les mots d'ordre qui ont convergé, c'est on veut plus de justice fiscale et sociale et on veut le référendum d'initiative citoyenne.
Donc en fait, c'était quand même assez simple et surtout très noble et légitime comme revendication. Donc je ne vois vraiment pas pourquoi il en irait autrement. Et d'ailleurs, dans ce que j'ai vu émerger ici ou là, même chez des gens qu'on pourrait, je veux dire, qu'on voit à gauche ou à droite, les mots d'ordre ne sont pas formulés forcément avec les mêmes mots. Mais franchement, je crois qu'ils expriment globalement les mêmes aspirations. En tout cas, il y a un socle commun qui est évident et qui est le même à mon avis ou assez proche de celui des Gilets jaunes à l'époque.
Merci. Peut-être autre question également. En 2018, Facebook a été un catalyseur du mouvement. Aujourd'hui, les moyens ont un peu changé. Donc il y a Telegram, X ou encore des blogs qui ont été créés comme je pense ici à indignons-nous.fr et ça structure la mobilisation. Comment vous, vous analysez cette évolution des espaces numériques et leur rôle de manière générale dans la résurgence des luttes sociales ?
Je crois que ce que les moyens numériques ont apporté, c'est justement une capacité d'auto-organisation. Les Gilets jaunes, c'était la première fois qu'en France, effectivement, il y avait un mouvement social qui s'auto-organisait de cette manière-là et dont la direction venait à chaque fois d'idées qui se propageaient par contagion sur les réseaux sociaux. C'est-à-dire que pour avoir vécu le mouvement de l'intérieur et d'y avoir participé, tout le monde, globalement, avait la même idée au même moment. C'est un peu ça, au courant. Dès qu'il y avait la bonne idée qui émergeait à l'époque sur Facebook, l'idée se propageait à une vitesse fulgurante et ça donnait la direction au mouvement.
Après, peu importe le moyen qui est utilisé, que ce soit Facebook ou autre, on va retrouver le même effet de contagion. C'est intéressant parce que c'est ce qui permet effectivement de s'affranchir des structures traditionnelles dans lesquelles beaucoup de gens n'en ont plus confiance parce que maintenant, ça fait trop longtemps qu'ils essayent encore une fois de se faire entendre et qu'ils n'y arrivent pas.
Merci beaucoup, M. Boulot. Peut-être pour finir une dernière question. La première, est-ce que vous, vous allez participer au mouvement Bloquons-Tout ?
Je serais, comment dire, un soutien, ça c'est sûr. Y participer, je ne sais pas encore quelles actions il y aura exactement. Donc, voilà, après, ça c'est sûr que je serais amené je pense à m'exprimer et donc à défendre en tout cas autant que je peux ce mouvement-là parce que je m'en sens solidaire et je m'en sens un soutien assez naturel. Voilà, après, s'il y a des manifestations ou s'il y a d'autres moyens d'actions, je veux dire, dans un mouvement pareil, encore une fois, il n'appartient à personne donc il n'appartient à tout le monde et on essaye de prendre sa place en se rendant le plus utile possible.
Voilà, et donc, bon, moi j'essaierai encore une fois de me rendre le plus utile possible parce que je pense que la cause qui est menée est juste.
Et enfin, donc du coup, pour conclure, si vous deviez dire quelque chose là aux nouvelles générations qui s'organisent le 10, vous en tant qu'ancien gilet jaune, qu'est-ce que ça serait le mot de la fin ?
Franchement, je n'ai pas trop de conseils à donner. Je pense que les jeunes, ils ont déjà tout compris. Je pense que eux, c'est une génération qui n'a pas cru comme la mienne dans le fait que le système pouvait encore leur offrir un avenir radieux. Ils ont bien compris en fait que les générations d'avant se sont complètement fait avoir et donc, ils n'ont pas la candeur et la naïveté que ma génération avait. Franchement, je n'ai vraiment pas de leçon à leur donner. Je pense qu'ils sont beaucoup mieux préparés en fait que ma génération
de la thème. Ok, mais écoutez, merci beaucoup en tout cas, M. Boulot, d'avoir répondu à toutes mes questions. Merci à vous. Et à très vite. Merci beaucoup. Merci. Merci d'avoir suivi cet entretien d'actu face aux 105 millions d'euros du milliardaire ultra conservateur Pierre-Edouard Sterrain qui veut installer l'extrême droite au pouvoir. Le Média lance riposte une contre-offensive vitale et citoyenne. C'est notre unique chance de bâtir une chaîne d'infos populaire et indépendante capable de percer sur les réseaux sociaux et sur la TNT francilienne pour donner enfin la parole à celles et ceux qu'on ignore. Ensemble, reprenons le terrain et protégeons notre démocratie.
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François Bayrou