Florent Ménégaux, président du groupe Michelin, assure que le dispositif de départs volontaires de 1.500 postes ne laissera "personne au bord du chemin"
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Thomas Soto, RTL Matin. Il est depuis un septennat maintenant le patron de Michelin, Florent Ménégo est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Florent Ménégo. Bonjour M. Soto. Alors vous n'êtes pas avec nous ici à Paris en studio, vous êtes à Almeria en Espagne parce que vous présentez les pneus de l'extrême. Déjà peut-être rapidement, c'est quoi un pneu de l'extrême ?
Les pneus de l'extrême, ce sont des pneumatiques qui vont soit sur les engins exceptionnels qui ont des vocations tout à fait particulières, des forestages ou des engins miniers ou des avions ou ce type d'engins, soit des conditions d'exploitation extrêmes, c'est-à-dire que la plupart du temps ces engins opèrent en dehors des routes et donc font face à des conditions tout à fait particulières.
Et ça représente une part importante de votre chiffre d'affaires ou c'est anecdotique aujourd'hui pour vous ?
Alors aujourd'hui c'est 17% de notre chiffre d'affaires global mais c'est en croissance parce que ce sont des activités où nos clients comprennent parfaitement l'importance du pneumatique et l'importance de la performance de ces pneumatiques.
Les pneus, voilà un domaine très concurrentiel, Florent Ménégo, avec notamment des Chinois ou des Indiens de plus en plus présents, de plus en plus performants. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'un pneu chinois a de moins bien qu'un pneu Michelin ?
Alors disons qu'il a la même forme, il est rond et noir, mais à l'intérieur sa composition est très très différente et la performance de nos produits est très décalée. Les pneus Michelin vont consommer moins d'énergie, donc vont vous faire économiser du carburant. Les pneus Michelin vont freiner plus court, donc vous vous mettrez plus en sécurité, vont porter plus de charge et seront capables de faire tout ça en même temps. Parce que les pneumatiques chinois auront plus de mal à faire.
En tout cas, ce qui est sûr, c'est que le match est difficile parce que la concurrence est très rude. Et vous avez dit d'ailleurs l'an dernier, la France tue son industrie. Pourquoi ? Comment ? Qu'est-ce qu'on fait de mal aujourd'hui ?
Alors aujourd'hui, ce que j'ai dit, c'est qu'en réalité, en France comme en Europe, les conditions d'exportation sont devenues difficiles parce que nos coûts d'exploitation, les coûts induits et les coûts que nous subissons sont devenus très élevés par rapport à des fabrications que nous avons en Asie par exemple. Donc nos concurrents chinois bénéficient d'un environnement qui est plus favorable que le nôtre.
Mais qu'est-ce qu'il faudrait faire ? Qu'est-ce que vous préconisez ? Qu'est-ce que vous dites, je ne sais pas, à la tripotée de candidats à l'élection présidentielle de l'an prochain sur ce sujet-là ?
Notre schéma général, c'est de remettre au cœur des campagnes électorales qui s'annoncent dans les mois à venir la question de la compétitivité globale.
À propos de campagnes électorales, vous faites partie des grands patrons qui disent qu'il faut parler à tout le monde, vous, Rassemblement National et Jean-Luc Mélenchon compris ou pas ?
Je pense que toutes les personnes qui participent au débat démocratique doivent pouvoir avoir accès, si elles le souhaitent, aux entreprises. Et donc si on nous sollicite, on répondra présent à la condition qu'on ne serve pas de plateforme électorale.
Michelin a annoncé il y a quelques jours un plan de départ volontaire qui pourrait concerner jusqu'à 1500 postes en France sur 3 ans et sans fermeture de sites. Est-ce que vous vous engagez formellement à ce qu'il n'y ait pas de licenciement dans le cadre de ce plan-là ?
Oui, tout à fait. Ce n'est pas du tout un plan social, c'est un plan d'adaptation aux circonstances. Nous avons un siège qui s'est fortement développé ces dernières années et nous avons besoin de redimensionner plus proportionnellement ces activités. Et donc il n'y a aucun débat de contraint et nous allons accompagner des personnes sur 3 ans qui souhaiteraient avoir d'autres projets en dehors de Michelin, de les accompagner dans leurs projets.
Ça veut dire les aider à retrouver un travail ailleurs, c'est ça ?
Oui, si elles le souhaitent. Parce qu'on a aussi des entreprises qui ont envie, des personnes qui ont envie de créer leurs activités ou qui ont envie de prendre 2 ou 3 années pour faire autre chose. Donc vous avez plein de projets personnels au sein de Michelin. Et donc on est obligé d'annoncer ça, mais il n'y a aucun départ volontaire. Et c'est sur 3 ans. Donc ça correspond en net pour la France. Il n'y aura probablement pas d'impact réel en net sur la France.
Mais vous entendez, j'imagine Florent Ménégaux, les syndicats qui vous disent Michelin supprime des postes alors qu'on est rentable. Et c'est vrai, comment faire avaler 1500 suppressions de postes quand les actionnaires se sont partagés 1,6 milliard d'euros l'an dernier ? Vous comprenez que ce soit difficile à accepter pour ceux qui vont perdre leur job ?
Bien sûr, il y a toujours une phase d'inquiétude qui peut se produire quand on fait ce type d'annonce. Mais en réalité, quand vous êtes chez Michelin, vous savez très bien que vous êtes complètement accompagné et que Michelin ne laissera personne au bord du chemin. Donc nous, notre sujet, c'est d'accompagner chacun dans son développement personnel et professionnel au sein de Michelin et en dehors de Michelin, si la personne souhaite le faire.
Il y a un an, devant une commission de l'Assemblée nationale à laquelle vous répondiez, vous avez déclaré que les activités industrielles en France étaient déficitaires. Est-ce que c'est une façon de dire que l'avenir de Michelin n'est plus forcément en France ? Que c'est peut-être davantage à l'étranger que ça va se passer ?
Alors en fait, non. Mon message, c'était d'alerter pour le fait de dire qu'il fallait qu'on fasse attention à certains équilibres et qu'on n'augmente pas trop la fiscalité ou les contraintes qui s'imposent aux industries en France. Parce que derrière, aujourd'hui, nos activités industrielles en France perdent de l'argent. Ce sont des activités de service et des activités de siège qui font que Michelin, au total, gagne l'argent. Mais il y a des activités étrangères qui gagnent plus d'argent que ce qu'on gagne en France.
Oui, mais du coup, on voit le schéma se dessiner. Pardon, mais on se dit que si vous gagnez de l'argent à l'étranger et que vous en perdez en France, vous allez avoir tendance à aller davantage à l'étranger et peut-être un peu moins en France, non ?
En fait, c'est juste une question d'équilibre et donc on est constamment en train de revoir les situations. Mais on investit encore massivement en France. Michelin a investi plus de 4,5 milliards d'euros en France sur les dernières années. Et nous continuons de le faire. Nous avons ouvert une nouvelle usine pour produire un nouvel type de molécules. C'est une usine qui a été ouverte dans le Roussillon. Nous continuons à redéployer des activités au sein de la ville de Clermont-Ferrand. Donc Michelin est toujours en train d'investir.
Donc pas de désengagement ?
Non, absolument pas. La France reste un pays très important. C'est le siège de notre R&D. C'est le siège mondial de nos activités. C'est le siège de l'Europe du Sud chez nous. Donc bien sûr, Michelin reste très fidèle et très partie prenante en France. Je rappelle que nous employons plusieurs milliers de salariés en France. Et nous avons encore 13 usines en France.
Les syndicats et le gouvernement demandent aux entreprises de faire un geste sur les salaires, notamment pour aider les salariés à faire face au retour de l'inflation. Est-ce que c'est prévu chez Michelin, un coup de pouce sur les salaires ?
Alors, cette année, nous avons une négociation salariale qui prend en compte le fait que Michelin a été très bien disant sur les salaires au cours des dernières années. Et notamment, nous avons mis en place le salaire décent qui est généralisé partout dans le monde, notamment en France. Mais il y aura un coup de pouce cette année ou pas ? Cette année, supplémentaire, non. Il n'y a pas de coup de pouce. Par contre, on favorise pour les salariés de Michelin qui sont bien traités. On aide tout le monde dans sa mobilité, par exemple.
On développe en ce moment des systèmes d'aide pour le covoiturage, pour faire en sorte que les personnes mutualisent leurs déplacements et évitent d'avoir à subir les effets du prix de l'essence à la pompe.
Il y a quelques années, vous aviez été accusé, Michelin, de toucher des aides publiques pour acheter des robots que vous aviez ensuite envoyés dans vos usines, en dehors de nos frontières, en Roumanie, en Espagne, financés grâce à 4 millions de CICE. Ces robots, ils sont où aujourd'hui ? Ils sont toujours là-bas ?
Ce ne sont pas des robots. Ce sont des machines qui servent à assembler des pneumatiques. Et donc, ces machines, effectivement, alors que nous n'avions aucune obligation de le faire, nous avions indiqué que le CICE, qui était un système d'aide pour réduire les coûts d'exploitation en entreprise, nous avions dit que nous affecterions une partie de ce CICE pour des machines. Et effectivement, les circonstances marchées ont évolué. Et donc, nous avons été amenés à ne pas installer les machines sur le site. Et donc, logiquement, nous avons décidé de rembourser cet argent.
Donc, affaire régler en quelque sorte. La bataille se joue aujourd'hui aussi sur le terrain de l'innovation. Le pneu increvable, sans air, ça fait des années qu'on en entend parler. Quand est-ce que je l'aurai sur ma voiture ? Quand est-ce que ceux qui nous écoutent l'auront sur leur voiture, ce pneu increvable ?
Alors, en fait, il se développe. Il est déjà disponible sur des tondeuses à gazon. Parce que la sollicitation sur une tondeuse à gazon est moins forte.
C'est un moyen de transport relatif, la tondeuse à gazon, encore aujourd'hui.
Oui, c'est vrai, tout à fait. Par contre, ça fonctionne. Et on est encore en train d'essayer de le développer. Simplement, il coûtera plus cher, ce pneumatique. Parce qu'en fait...
Mais on le changera moins souvent, logiquement.
On le changera moins souvent. En même temps, il continuera de s'user. Il aura d'autres fonctions. Donc, en fait, il ne faut pas imaginer que le pneu increvable, c'est la solution ultime pour tous les usages des pneumatiques. C'est quoi l'échéance ?
C'est de 2028, 2030, 2035, on ne sait pas ?
Ça prend beaucoup de temps de développer ce type de technologie. Ça fait déjà plus de 10 ans qu'on travaille dessus. Et je pense qu'on aura certaines applications sur certains véhicules autonomes en milieu urbain d'ici 10 ans.
D'ici 10 ans. Vous souffrez beaucoup du contexte international, de la guerre en Iran, de la guerre en Ukraine, de toutes ces choses-là ou pas ? Ça impacte vos ventes, votre chiffre d'affaires ?
L'économie, le business, les entreprises ont besoin d'un environnement stable. De règles du jeu équitables pour pouvoir opérer. Et en ce moment, on est plutôt dans un environnement instable. Nous avons deux guerres intenses qui se produisent dans le monde. Michelin est présent dans quasiment tous les pays du monde. Donc oui, ça nous affecte. Mais Michelin est solide.
Mais est-ce que Michelin va augmenter le prix de ses pneus, du coup, pour recompenser ?
Il est probable qu'il y aura des effets d'inflation sur ce qui se passe en ce moment dans l'étroit d'Hormuz. Parce que derrière, on aura des matériaux qui auront des difficultés. On aura des pénuries sur certains types de matériaux. Et donc, pour continuer à y avoir accès et continuer à rendre disponibles nos pneumatiques pour tout le monde, il faudra qu'on les achète plus cher.
Combien ? 10, 20%, 5% ? On sait déjà ?
Non, on ne sait pas. On ne sait pas dire. Bon. On ne sait pas dire.
Dernière question. Michelin est souvent entré dans nos voitures via les cartes routières. Florent Ménégaux, vestige d'un autre temps. Celui où Waze et les GPS n'existaient pas. Il s'en vendait jadis 20 millions par an. Aujourd'hui, c'est 10 fois moins. Vous allez continuer à les commercialiser ou elles sont destinées au musée ? Elles sont condamnées, ces cartes routières ?
Alors, les cartes routières ont trouvé un plateau, ont beaucoup baissé parce qu'il y a d'autres types d'usages. Mais les cartes routières, c'est un écran géant que vous n'avez pas dans votre véhicule ou sur votre smartphone. Donc, ça a une autre forme d'utilité. Mais ça n'aura plus la même place que ça a occupé dans le passé puisque c'était le seul moyen de se retrouver dans son déplacement. Mais maintenant, Michelin, il faut savoir que Michelin a été le premier à digitaliser les cartes. Via Michelin a été la première carte digitalisée au monde. Et une fameuse carte qu'on utilise beaucoup sur un site américain a été développée par Michelin.
Merci beaucoup, Florent Ménégaux, d'avoir été avec nous sur RTL ce matin. Merci également à Christophe Bourreau qui était à vos côtés pour la réalisation de ce duplex depuis le sud de l'Espagne. Dans un instant, c'est Philippe Cavre.