Lecornu et les syndicats : rien ne va plus ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
même si vous ne l'êtes pas toujours. ... - C.Roux: Bonsoir.
Les points de passage semblent de plus en plus étroits pour S.Lecornu pour obtenir un accord de non-censure, notamment avec les socialistes. Ce soir, j'accueille M.Léon.
Vous êtes secrétaire générale de la CFDT. Vous avez été reçue par le Premier ministre. Votre position est désormais centrale dans les discussions qui se tiennent avec Matignon.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que la dernière fois, vous êtes sortie plutôt remontée. Vous aviez déclaré que le compte n'y était pas. M.Léon, vous avez des inquiétudes sur la méthode Lecornu? - M.Léon: Je ne sais pas quel sera le terrain d'atterrissage.
Ce qui est sûr, c'est qu'il y a de profondes injustices sur les pistes mises sur la table. Depuis le 15 juillet, on a changé de Premier ministre, mais il y a des pistes à explorer qui disent, au moment où le budget va être difficile à établir pour 2026...
C'est tout le monde du travail qui va payer et faire l'ensemble des efforts. C'est inacceptable. - C.Roux: Il a proposé de baisser certains impôts qui pèsent sur le travail, S.Lecornu.
Est-ce une question de bon sens? - M.Léon: On a un problème de déficit et de construction du budget qui est reliée à un problème de recettes.
Je ne suis pas sûre que la réponse soit du côté de la baisse des impôts. Il va falloir se dire qu'il y a besoin de faire des efforts, un partage des efforts. La question fondamentale posée au gouvernement est de savoir si ceux qui le peuvent peuvent contribuer proportionnellement en termes d'impôts. - C.Roux: Vous l'avez lu dans "Le Parisien".
Vous n'avez pas eu le sentiment qu'il fermait la porte à la taxe Zucman, etc? - M.Léon: Au-delà des grands discours, qu'est-ce qui va être mis en place pour faire contribuer ceux qui le peuvent plus proportionnellement.
Les plus aisés en termes de patrimoine et de revenus contribuent moins, proportionnellement. C'est inacceptable. La pédagogie de F.Bayrou a bien fonctionné.
Les citoyens et citoyennes sont d'accord. Il est hors de question que le monde du travail soit le seul à payer. Défiscaliser, baisser les cotisations, c'est détruire des droits pour les citoyens et citoyennes qui travaillent. - C.Roux: Vous parlez de défiscalisation.
E.Macron vient, devant les professionnels de la restauration, d'estimer qu'il fallait défiscaliser les pourboires. - M.Léon: On connaît les difficultés.
Quelles sont les solutions et quelles mesures fiscales veut-on mettre en place? Les bidouillages fiscaux ne m'intéressent pas. Il dit ça aux responsables de la restauration parce qu'ils ont envie de l'entendre.
Défiscaliser, ce n'est pas résoudre le problème. On ne peut pas regarder politiquement la situation actuelle par le petit bout de la lorgnette en disant qu'on va préserver untel et untel et en même temps, s'attaquer aux niches fiscales. - C.Roux: Lorsque vous l'entendez dire devant le socle commun qu'il est ouvert sur la justice fiscale...
Il dit: "Je n'ai pas la taxe Zucman, mais je suis ouvert..." - M.Léon: Au-delà des grands discours, il faut soulever le capot et regarder ce qu'il y a dans le moteur.
Qu'y a-t-il comme mesures? La taxe Zucman pose de bons principes d'un meilleur équilibre et une contribution des plus aisés à un effort pour répondre à la situation actuelle. Après, il faut regarder ce qui concerne les patrimoines et les revenus. - C.Roux: En vous entendant, je me dis que c'est vraiment la ligne rouge.
S'il n'y a pas une mesure, une vraie mesure, de justice fiscale dans les propositions du Premier ministre vendredi... - M.Léon: On n'est pas dans les négociations avec les partis politiques.
Je suis représentante d'une association syndicale qui dit que le monde du travail ne peut pas être le seul à faire des efforts. Aujourd'hui, c'est plein pot pour les travailleurs et les demandeurs d'emploi. Vouloir remettre sur la table une nouvelle réforme de l'assurance-chômage alors que les efforts ont été faits et que l'Etat a piqué 12 milliards d'euros dans les caisses de l'Unédic, c'est injuste. - C.Roux: Le patron du Medef, P.Martin, se félicite que ce soit la priorité de ce gouvernement.
C'est ça qui vous inquiète? - M.Léon: Les mesures sur la question de la dépense publique tapent uniquement sur la question des fonctionnaires.
Le travail des fonctionnaires est rendu invisible et considéré comme une ligne budgétaire qu'il faut supprimer. Ne pas remplacer 1 fonctionnaire sur 3 qui part en retraite, c'est insultant pour les fonctionnaires à qui on dit qu'un tiers ne sert à rien. C'est ce que dit aussi le monde du travail qui s'est mobilisé le 18 septembre et qui le fera jeudi. - C.Roux: Il sait ce que vous êtes en train de dire.
Avez-vous l'impression que plus les jours passent, plus il se braque et s'éloigne de ce que vous êtes en train de défendre ce soir? - M.Léon: Je ne suis pas dans sa tête.
Je veux savoir ce qui sera présenté dans le cadre de son discours de politique générale. Il nous a invités à continuer de discuter cette semaine. Je ne sais pas si ce sera possible.
On est en mobilisation jeudi et on portera la voix des travailleurs et travailleuses. Sur les dépenses publiques, j'aimerais que les organisations patronales et le Medef soient prêtes à prendre leurs responsabilités dans les entreprises privées. Quand on dit qu'il y a un problème de budget, le premier sujet pour les travailleurs et travailleuses, c'est le pouvoir d'achat.
Les responsables de cette situation, c'est les employeurs. Je veux bien que tout le monde aille chercher les responsables en dehors de son camp, mais il faut aussi que chacun prenne ses responsabilités. - C.Roux: Ils se font entendre.
Ils organisent un meeting le 13. - M.Léon: Je suis un peu surprise du mot d'ordre et des termes utilisés.
On n'a pas forcément besoin de caricatures. - C.Roux: Dans cette interview, le Premier ministre a fermé la porte à un sujet qui vous tient à coeur, la question de la réforme des retraites.
Pas de suspension de la réforme. - M.Léon: Je le prends au mot.
Il dit que la suspension ne résout pas le problème, mais ce n'est pas vrai. C'est exactement la solution qui répond au problème. - C.Roux: Il ferme la porte. - M.Léon: Je pense que non.
Quand on dit suspension...
On bloque les compteurs. Aujourd'hui, l'âge légal évolue. On arrête cette évolution et on répond aux effets extrêmement lourds du décalage de l'âge légal en matière de pénibilité et pour les carrières des femmes.
C'est ça qu'il faut travailler plutôt que de dire suspendre... - C.Roux: "Ca ne règle pas le problème", c'est ce qu'il a dit. - M.Léon: Si.
C'est le décalage de l'âge légal qui pénalise les femmes et les personnes qui ont des métiers pénibles. - C.Roux: Ca vous inquiète, tout ce qu'on est en train de se dire?
Arriver avec une position très claire...
Le Premier ministre semble savoir où il veut aller. - M.Léon: Rendez-vous au moment de son discours de politique générale.
On aura l'intégralité de la photo et on pourra se dire si ça répond aux enjeux du monde du travail. Chacun a sa place et son rôle. - C.Roux: Votre rôle sera aux côtés des autres syndicats jeudi avec une nouvelle journée de mobilisation.
Quel est le mot d'ordre? Est-ce le même que pour le 18 septembre? - M.Léon: Oui.
On a eu une rencontre à Matignon après cette 1re journée de mobilisation. On n'a pas eu l'ensemble des réponses sur lesquelles on avait questionné le Premier ministre. On veut savoir s'il veut faire reposer l'ensemble des efforts sur tous ceux qui le peuvent et pas seulement sur le monde du travail qui est en total désaccord. - C.Roux: On annonce autour de 10 % de grévistes, notamment dans les écoles.
Qu'espérez-vous de cette journée de mobilisation avec une intersyndicale? Ca n'arrive pas tous les 4 matins. - M.Léon: On est d'accord sur ce mot d'ordre.
Le monde du travail qui a envie de s'exprimer, j'espère qu'il pourra le faire par la grève, le fait de rejoindre les cortèges. Il y aura beaucoup de villes avec des choses organisées. - C.Roux: Il y aura autant de monde? - M.Léon: J'espère au moins autant, voire qu'on soit plus nombreux.
Je pense que les pouvoirs politiques, les partis ou les responsables, actuellement, ont besoin d'ouvrir leurs oreilles et de comprendre ce qui se passe. - C.Roux: Vous leur parlez à tous, l'ensemble des responsables politiques? - M.Léon: Evidemment.
C'est aussi de dire que la balle est dans leur camp. C'est les responsables politiques qui ont la possibilité, S.Lecornu, de présenter sa politique générale, de savoir s'il doit aller au-delà, présenter un budget...
Vous me demandez si je suis inquiète de la situation actuelle. Oui, mais ce n'est pas nouveau. La CFDT existait il y a plusieurs dizaines d'années.
On est là aujourd'hui et on sera là demain. Nous sommes les garants du temps long. - C.Roux: Le seul problème, c'est qu'on n'a plus le temps. - M.Léon: Mais ce n'est pas parce qu'il y a des urgences qu'il faut faire n'importe quoi à court terme.
Sur la question écologique, dont on ne parle plus du tout...
Plus on parle d'investir, plus ça coûtera cher plus tard. C'est ça aussi, la responsabilité d'une organisation. - C.Roux: Merci, M.Léon.
Sébastien Lecornu