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Conférence de presse de Delphine BATHO suite à son limogeage par Hollande Ayrault

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Mesdames, Messieurs, merci de votre présence. Avant de répondre à vos questions, je voudrais faire une déclaration. J'ai commencé à militer à l'âge de 13 ans contre le racisme et contre l'extrême droite.

J'ai été responsable syndicale puis associative pendant 10 ans. J'ai été secrétaire nationale du Parti Socialiste chargée de la sécurité et j'ai contribué avec d'autres à faire évoluer la doctrine de la gauche sur ce sujet. J'ai été une dirigeante du courant la gauche socialiste.

J'ai soutenu Ségolène Royal lors de la primaire de 2006 dans la campagne présidentielle de 2007, lors du congrès de Reims dans la primaire de 2011. J'ai été une des porte-parole de François Hollande pendant la campagne présidentielle. Députée des Deux-Sèvres depuis 2007, j'ai été réélue au premier tour en 2012.

J'ai été nommée ministre déléguée auprès de Christiane Taubira. Puis Jean-Marc Ayrault m'a proposé de devenir ministre de plein exercice, chargée de l'écologie, du développement durable et de l'énergie. Pendant toutes ces années, je n'ai jamais été prise en défaut de loyauté envers mon camp.

Et notamment dans la période la plus récente, où j'avais en charge des sujets tels que la sûreté nucléaire, les risques technologiques ou le prix de l'énergie, et bien d'autres dossiers particulièrement exposés. Je n'ai jamais commis la moindre bourde ou fait le moindre couac. J'ai le sens de l'État et le sens des responsabilités.

On me l'a d'ailleurs reproché. Je n'ai commis, mardi matin, ni une erreur, ni une faute. Je n'ai pas davantage manqué à la solidarité gouvernementale.

Je me suis parfaitement conformée à la charte de déontologie que j'ai signée lors du premier conseil des ministres du nouveau quinquennat. Cette charte prévoit la collégialité. Il n'y a pas eu de débat collégial au sein du gouvernement sur les arbitrages budgétaires, comme il n'y en a plus dans d'autres sujets.

Je veux rétablir cette vérité. En aucun cas, je n'ai manqué à la solidarité gouvernementale, y compris sur le cœur de cette solidarité qui est le budget. J'ai, en des termes francs, mais mesurés et responsables, ouvert un débat politique nécessaire.

Car ce budget marque un tournant par rapport à la volonté de mener à bien la transition écologique. Je n'ai pas accepté ce tournant en silence et j'ai fait trois demandes précises. Que le budget de l'ADEME ne soit pas amputé de 80 millions d'euros et d'une réduction de 14,6% quand la règle fixée par le Premier ministre pour tous les opérateurs, c'est moins 10%.

Que la moitié des investissements d'avenir soient consacrés à la transition énergétique. Que la fiscalité verte serve à financer l'écologie et ne soit pas synonyme d'un nouvel impôt de l'austérité qui frapperait les plus modestes. Ma conviction, c'est que si tout était clair dans ce qui a conduit à ma mise à l'écart, ces demandes n'auraient pas été considérées comme déraisonnables.

Ce n'était pas hors de notre portée en termes de choix politiques dans le respect du désendettement qui a été décidé. Que l'écologie soit soumise à des restrictions budgétaires parce qu'il faut désendetter la France, je l'assume et je l'ai assumée dans le projet de loi de finances en 2013. Mes demandes budgétaires pour 2014, pour celles qui n'ont pas été réglées directement avec Bernard Cazeneuve, sont remontées à l'arbitrage du Premier ministre qui a décidé.

Le Premier ministre, cette année, a décidé de changer de méthode en faisant les arbitrages sans discussion directe avec les ministres concernés. Quelque chose a changé dans le fonctionnement gouvernemental. Mon éviction est aussi un message à mes ex-collègues pour leur dire que c'est fini, la collégialité au sein du gouvernement.

La forme et le fond se rejoignent car d'autres éléments ont exacerbé la crispation du Premier ministre à mon égard. Parce que je suis fidèle à nos engagements et à mes convictions depuis plusieurs mois, certaines puissances économiques n'acceptaient pas le niveau d'ambition que je fixais pour la transition énergétique. Ce combat s'est cristallisé notamment sur la question des gaz de schiste et plus discrètement sur la réduction de la part du nucléaire en France.

Ces forces dont je parle ne se sont pas cachées de vouloir ma tête. Mais si le gouvernement avait été solidaire, elles n'y seraient pas parvenues. Est-il normal que le patron de l'entreprise Valourec, directement intéressé par l'exploitation des gaz de schiste, ait pu annoncer ma marginalisation des semaines à l'avance devant des responsables de son entreprise aux États-Unis ?

Que le patron de Valourec dise que je suis un désastre parce que je fais rempart au gaz de schiste et que je veux réduire la part du nucléaire, c'est une chose. Qu'il annonce ma mise à l'écart à l'avance, c'en est une autre. De quelles informations disposait-il pour être si sûr de lui ?

Est-il normal que des conseillers de Matignon et de l'Elysée me critiquent publiquement dans la presse ? Comment se fait-il que le texte de la réponse de la France à la consultation de la Commission européenne sur les gaz de schiste n'était toujours pas déposé auprès de la Commission européenne samedi dernier ? C'est sur l'écologie aujourd'hui, en partie, que se concentre l'affrontement avec le monde de la finance et avec la politique d'austérité.

Mon constat, c'est que sans une société mobilisée, le changement ne sera pas possible. Les forces opposées au changement sont puissantes. Le moment est venu de se mobiliser pour faire face aux forces financières qui bloquent l'action de la gauche.

J'assume donc ma responsabilité d'être une lanceuse d'alerte pour la gauche, pour l'écologie, pour tous ceux qui aspirent à des changements profonds dans notre société. Je ne suis pas une victime. J'aurais voulu continuer le travail que j'avais entrepris depuis un an et en voir les résultats.

Ce que je n'accepte pas, c'est l'abandon, c'est le fatalisme, c'est le tournant et le rénoncement à l'espoir du 6 mai. À ce jour, je n'ai pas de projet précis, mais j'aspire à trouver sur mon chemin les aides nécessaires pour changer le cours des événements. Je reviendrai à l'Assemblée nationale et fidèle à mes électeurs, je continuerai le combat dans la majorité.

Mon engagement pour l'écologie va aussi se poursuivre. J'apporterai mon aide et mon expérience à la fondation de Nicolas Hulot pour la nature et l'homme. Devant vous et devant les Français, je voudrais remercier d'abord celui qui est encore député des Deux-Sèvres, mon suppléant Jean-Luc Drapeau, qui aurait mérité de poursuivre son travail à l'Assemblée nationale et qui n'a aujourd'hui plus de mandat exécutif local parce qu'il s'est appliqué à lui-même, alors que ce n'est pas la loi, les principes de morale publique auxquels nous croyons.

Je veux ensuite remercier mes collègues ministres qui m'ont apporté publiquement ou discrètement leur soutien ou leur amitié, en particulier Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti, Manuel Valls, Cécile Duflo, Benoît Hamon et Marisol Touraine. Je veux dire aussi que j'ai été touchée par les milliers de messages qui me sont parvenus de ma circonscription, de toute la France, de tous ceux qui ont compris que ce n'est pas une faute que l'on sanctionnait, mais une résistance que l'on voulait soumettre. J'ai évoqué la déception, j'ai évoqué le doute qui existe dans le cœur de l'électorat de gauche et écologiste.

L'exercice des responsabilités suppose de faire des compromis. Ce que je n'accepte pas, ce n'est pas de faire des compromis, c'est le tournant de la rigueur qui ne dit pas son nom et qui prépare la marche au pouvoir de l'extrême droite dans notre pays. Ce dont il est question, ce n'est pas d'un poste ministériel, c'est du droit de ma génération à avoir des espoirs et à agir.

Le temps est venu de reprendre la main du changement. J'appelle la gauche à un sursaut en faveur de l'écologie, de l'espoir et des générations futures. Est-ce qu'il y a d'autres forces économiques ou est-ce qu'il y a d'autres forces économiques que l'entreprise Valbrèche ?

Il y a cet exemple déjà avec une déclaration publique. Merci. Merci.

Merci.

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