"On est à 98% d'efficacité" pour la PrEP, le traitement pris en prévention du sida
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« C'est vraiment le traitement le plus attendu aujourd'hui ? »
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« Ah oui absolument, c'est ce qu'on appelle la PrEP, c'est-à-dire le traitement pris en prévention. »
- 2:09InvitéFait
« C'est efficace à 100% ? »
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« Alors c'est efficace, il y a quand même toujours quelques cas. »
- 2:15InvitéChiffre
« On est à 98% d'efficacité »
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« Il y a eu en France depuis 2015 100 000 initiations. »
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« C'est entièrement remboursé. »
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Il est 6h21, on va le voir partout aujourd'hui, le petit ruban rouge en cette journée mondiale de lutte contre le sida, une maladie qui reste mortelle, même si la prise en charge des malades s'est beaucoup améliorée, et que la recherche a fait de très grandes avancées, notamment en matière de traitement préventif. Bonjour Constance Delogère.
Bonjour, merci beaucoup de votre invitation.
Je vous en prie, vous êtes professeur en virologie, virologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris, membre du conseil d'administration du SIDAction. Alors l'innovation la plus récente, c'est un traitement préventif sous forme d'une injection aux Etats-Unis. C'est disponible depuis 3 ans, pas encore en France. C'est vraiment le traitement le plus attendu aujourd'hui ?
Ah oui absolument, c'est ce qu'on appelle la PrEP, c'est-à-dire le traitement pris en prévention. Ce sont des molécules qui sont utilisées aussi pour le traitement, et que l'on donne avant de s'exposer. Et donc il était très connu la PrEP orale, le ténophovir et l'emtricitabine, qui est une combinaison d'antirétroviraux, qui est disponible en France, et vient de sortir la PrEP injectable. Et donc il y a une molécule qui a été homologuée et prouvée, l'efficacité a été prouvée dans les essais, qui est le lénacapavir, injectable tous les 6 mois.
Oui c'est ça la grosse différence, c'est que la PrEP qui existe en France sous forme de comprimés, il faut prendre ses comprimés avant chaque rapport sexuel à risque.
Voilà, soit autour des rapports sexuels, soit tous les jours comme la pilule. C'est ça. Donc ce qui est compliqué, c'est effectivement d'anticiper ces rapports sexuels, et plutôt de connaître son risque, et d'anticiper le risque auquel on est exposé.
Et là aux Etats-Unis, c'est une piqûre pour 6 mois, ça marche ? Ça suffit ?
Voilà, une piqûre tous les 6 mois. Alors il y a une autre PrEP injectable, dont il ne faut peut-être pas passer parce qu'elle va bientôt arriver en France, qui est déjà une avancée majeure, c'est la PrEP tous les 2 mois, qui est le caboté-gravir, et qui va être disponible en France début 2026, et qui est déjà une avancée par rapport à la PrEP oral.
Et dans les 2 cas, PrEP or injectable, c'est efficace à 100% ?
Alors c'est efficace, il y a quand même toujours quelques cas. On est à 98% d'efficacité, ce qui aujourd'hui fait partie des meilleurs outils de prévention. On n'a jamais atteint ça, ça fait 40 ans que la recherche sur le sida recherche bien sûr le Graal, c'est-à-dire le vaccin, et la prévention pour les gens qui s'exposent, et pour nous, une réussite majeure. Maintenant, c'est la mettre en place qui est compliquée.
Est-ce qu'il y a encore des effets secondaires ou des contre-indications ?
Alors les effets secondaires sont assez minimes, surtout ce sont des PrEP injectables donnés tous les 6 mois. Pour l'instant, le recul est quand même faible, parce que ce n'a été donné que dans les essais. Donc les gens exposés sont au nombre de 5 000, ils ont été exposés 2 à 3 ans, et pour l'instant, les effets secondaires sont vraiment très acceptables et sont comparables au bras placebo, qui n'a pas reçu ce traitement préventif. Donc on est très très rassurés sur la partie tolérance.
Et pour la PrEP sous forme de comprimés, celle qui existe en France aujourd'hui, qui peut en prendre ? On dit que ce sont les populations à risque, mais c'est quoi être à risque ?
Alors effectivement, c'est recommandé pour les gens les plus exposés. Donc on définit trois groupes de gens très exposés. Il y a les hommes qui ont des rapports sexuels avec les hommes. Il y a les travailleurs du sexe. Il y a les gens qui viennent des pays d'endémie, c'est-à-dire des gens qui viennent principalement d'Afrique subsaharienne, voire d'Afrique du Sud. Et donc ce sont... Puis en France, c'est une population très très très très rare maintenant. Ce sont les personnes qui s'injectent des drogues. Mais aujourd'hui, avec tous les moyens de compensation des drogues injectables, on n'a plus... Cette population n'est plus à risque pour le VIH.
Et comment ça se passe pour y avoir droit ? Il faut forcément passer par un médecin ?
Alors, aujourd'hui, on a absolument ouvert la PrEP à beaucoup, beaucoup de dispositifs. Donc bien sûr, il y a l'hôpital. Il y a tous les centres de santé sexuelle ou les CIGID. Ce sont des centres de prévention. On vient aussi se faire dépister du VIH et des IST. Et depuis 2021, donc ça c'est très important de le dire, les généralistes sont autorisés à prescrire la PrEP. Donc c'est de plus en plus accessible. Ça ne coûte pratiquement plus rien. C'est entièrement remboursé. Et c'est génériqué. Donc ça ne coûte non plus pas grand-chose pour la société, je dirais.
Est-ce qu'il y a un suivi ? Est-ce que ça permet aussi de vérifier justement le fait d'avoir des rendez-vous comme ça avec son médecin ? Vérifier qu'il n'y a pas d'autres infections sexuellement transmissibles ? Parce que la PrEP, ça ne protège que du VIH. On est bien d'accord ?
Absolument. Mais vous avez tout à fait raison. Ce qui est important, c'est qu'il y a un suivi. Et donc les gens rentrent en fait dans un programme. On appelle ça le programme de PrEP. Ils viennent tous les trois mois dans leur rendez-vous avec déjà le dépistage et de la PrEP et de l'ensemble des IST bactériennes. Et donc tous les trois mois, ils ont ce bilan. Et souvent dans certains centres, donc on vient effectivement, ça ne prévient que du VIH. Et donc s'il y a des IST, eh bien on les traite tout de suite. Ce qui permet de diminuer finalement la quantité d'IST dans la population. Et probablement diminuer aussi la contamination à d'autres partenaires.
Donc en fait, c'est l'ensemble qui est pris en charge. On est vacciné de l'hépatite B. On est suivi pour l'hépatite C, la syphilis, chlamydia, gonos. Et ça permet de réduire dans la population qui se suit. Et le dépistage reste la pierre angulaire quand même de la prévention de n'importe quel IST.
Et globalement, est-ce que la PrEP est largement utilisée par les personnes à risque ? Ou est-ce qu'il y a encore des réticences ou un manque de connaissances ?
Eh bien les deux. On est assez surpris. Là, j'ai regardé les chiffres de l'assurance maladie qui nous donne des chiffres. Il y a eu en France depuis 2015 100 000 initiations. Mais actuellement, il n'y en a que 55 000. Ce sont principalement des hommes. Il y a 6 % de femmes seulement. Et pourquoi ? Ce qui représente très très peu de... Donc on comprend que cette PrEP n'est pas encore ce qu'on appelle implémentée comme il faut. Et donc on voit quels sont les freins. Les gens ne sont soit pas au courant, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas dans les réseaux. Donc il y a un gros problème d'information. Certaines personnes ne se sentent pas à risque.
Donc là aussi, il y a un travail compliqué à faire pour démontrer aux gens qu'ils sont à risque. Il y a encore des signals de stigmatisation. Et donc prendre des comprimés tous les jours, peut-être c'est compliqué. Et donc pour nous, vraiment la recherche sur la mise en place de la PrEP injectable va être vraiment un outil qui permettra d'atteindre des populations qui ne sont pas encore sous PrEP.
Mais avec cette PrEP injectable, donc avec peut-être même une injection tous les ans seulement, est-ce que ça a encore un intérêt de chercher un vaccin ?
Eh bien c'est une excellente question. Parce qu'il se trouve que ça va être difficile de trouver un vaccin. Puisque déjà les essais devront être faits contre la PrEP. C'est-à-dire, éthiquement, c'est compliqué de mettre un bras placebo. Donc là, le dernier essai qui a été publié ce mois-ci dans le Lancet, c'était un essai chez des hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes sur le continent américain, avec le meilleur des vaccins possibles, qui essayait d'étudier la réponse immune et la prévention contre plein de protéines virales. Parce que vous savez que ce virus est très variable. Et il a été démontré dans cet essai qu'encore une fois, il n'y avait pas de protection.
Et que les gens qui recevaient le vaccin avaient le même incidence, le même risque de s'infecter que les gens qui n'avaient pas pris la PrEP. Donc nous sommes toujours dans une impasse sur le vaccin. Nous ne connaissons pas ce qu'on appelle les corps à la protection. Si on fait un parallèle avec le Covid, on savait qu'il fallait fabriquer des anticorps contre l'enveloppe du virus. pour le VIH, on ne sait pas comment stimuler la réponse et vers quelle stimulation il faut faire. Donc on reste encore dans l'impasse.
Merci Constance Delogère, professeur en virologie et virologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris. Vous étiez l'invité du 5-7 ?