[PODCAST] Affaire Méchinaud : la famille introuvable
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Bonjour,
je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
Des années à accumuler les haines. Un jeune garçon de 10 ans a été tué par le bal. Des aveux, 33 ans après. Son corps a été retrouvé un mois plus tard. Des hommes cagoulés ont tiré sur les mariés alors
que... Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service poli-justice du Parisien, Damien Delsenie.
Bonjour
Damien.
Bonjour Claudia.
Aujourd
'hui, l'affaire Méchino l'est disparue de Noël.
Une famille qui part réveillonnée chez des amis et qu'on ne revoit plus jamais. C'était en 1973, en Charente, près de Cognac. Et c'est aujourd'hui encore l'un des mystères criminels parmi les plus têtus.
Le
jeudi 18 janvier 1973, le journal local La Charente Libre titre sur un mystère près de Cognac.
Les
semaines qui suivent, ce mystère reste entier.
Et
trois mois plus tard, c'est au tour du journal télévisé de l'ORTF de s'emparer du sujet.
En France, une étrange affaire qui est peut-être un drame. Depuis le réveillon de Noël, une famille, les parents et deux enfants, a disparu près de Cognac. Les policiers n'ont toujours trouvé aucune piste. De notre station de Poitiers.
Cognac est une commune de Charente, dans le sud-ouest de la France, située entre Sainte et Angoulême. Elle est essentiellement connue pour son eau de vie de vin, produite par double distillation et vieillie en fût de chêne.
De
l'autre côté du fleuve La Charente, il y a Boutier-Saint-Trojan, une commune d'environ 3000 habitants, parmi lesquels figure la famille Méchineau.
Le
père, Jacques, 31 ans, et la mère, Pierrette, 29 ans, vivent ici avec leurs deux enfants, Éric et Bruno, 7 et 4 ans.
Les
parents ont des parcours relativement classiques. Jacques Méchineau est issu d'une famille très modeste de Jarnac, dans la région, et il travaille comme ouvrier à l'usine Saint-Gobain de Château-Bernard, près de Cognac.
Le
week-end, il arrondit les fins de mois de la famille en réparant des voitures.
Sa
femme, Pierrette, est originaire de Ségonzac, à une quinzaine de kilomètres au sud, et elle est mère au foyer.
Le
couple s'est marié dix ans plus tôt, et habite dans une maison en location, tout ce qu'il y a de plus classique. Des murs beiges en crépit, quelques pierres aux angles et à l'encadrement des fenêtres, et des volets verts. Une maison aussi discrète que ses habitants.
Qu
'est-ce qui a bien pu arriver à cette famille
? Quelques
jours avant ce Noël de l'année 1972, tout semble aller pour le mieux.
Nous
sommes au début des vacances scolaires, et la famille Méchineau n'a pas de grand voyage à l'horizon. Les parents ont prévu de rester avec leurs enfants chez eux. Sauf pour le réveillon du 24.
Des
amis les ont invités à dîner dans leur maison de Cognac, rue de La Plante, précisément à 3,5
km
de chez eux. Le dimanche 24 décembre, dans la matinée, Jacques et Pierrette Méchineau achètent des cadeaux pour leurs enfants.
Ils
les emballent et les placent précautionneusement sous le pied du sapin. On les ouvrira le lendemain.
Au
moment de partir, dans l'après-midi, Jacques et Pierrette Méchineau ferment les volets et les portent, et dispensent leurs enfants de ranger les jouets qui traînent dans le jardin, car ils ne veulent pas faire attendre les Fontanillas, leurs hôtes. Maurice Fontanilla est un collègue de travail de Jacques Méchineau.
Il
n'y a pas de GPS à cette époque, alors Maurice est venu jusque chez eux, en voiture, pour guider la famille facilement, jusqu'à la rue de La Plante.
Avec
sa femme Huguette, ils ont deux enfants, à peu près du même âge qu'Éric et Bruno. Les Méchineau montent dans leur voiture une Simca 1100 Rouge Bordeaux, immatriculée 544-JV-16. Damien, en une dizaine de minutes, les Méchineau sont chez leurs amis.
Et la soirée se déroule apparemment normalement, en tout cas si l'on en croit, les témoignages du Huguette et de Maurice Fontanilla, qui ont été enregistrés par l'ORTF en avril 1973.
On
les a trouvés comme d'habités,
ils
s'amusaient ensemble, enfin,
on
n'a rien trouvé d'anormal.
Ils
vous ont quittés
? Oui,
il était une heure du matin.
Et
en partant, ils se dirigeaient donc normalement chez eux ? C'est ce qui vous
a semblé ?
Oui, enfin, on a pensé qu'ils devaient partir chez eux, évidemment.
Sauf
que les Méchineaux ne rentrent en fait jamais chez eux.
Non, vers une heure du matin, ils s'engouffrent tous les quatre dans leur sim-car Rouge Bordeaux. Huguette Fontanilla dit qu'elle voit la voiture s'éloigner par la fenêtre en direction de Boutier-Saint-Trojan. Après ça, plus de nouvelles. La famille doit déjeuner en principe le lendemain, le lundi 25 décembre, avec Jean-Paul, le petit frère de Jacques, mais plus personne ne les reverra.
Et on ne s'inquiète pas tout de suite de leur disparition.
Alors, l'enquête va mettre effectivement une semaine à véritablement démarrer, parce qu'initialement, les gendarmes disent à Jean-Paul Méchineaux, le frère de Jacques, que bon, c'est les vacances scolaires, la famille est peut-être partie. Donc après huit jours, les militaires commencent par entrer dans la maison au volet vert que louait la famille. Et une visite qui n
'est
pas vraiment une perquisition, mais une première visite, leur confirme ce qu'ils pensent. Les Méchineaux ne sont pas repassés chez eux, manifestement, après cette soirée de Noël. Les cadeaux de Noël, en tout cas à eux, sont toujours emballés au pied du sapin.
Dans
le réfrigérateur de la famille, les gendarmes trouvent une dinde à varier et une bourriche d'huîtres encore fermée. Autrement dit, un repas de Noël qui n'a jamais été servi.
Dans
le salon, les chambres, les placards, tout est en place. Rien ne manque.
Si
les Méchineaux sont partis de leur plein gré, ils n'ont absolument rien emporté avec eux.
L
'inquiétude grandit encore quand, le lundi 2 janvier 1973, la rentrée à l'école se fait sans Éric et Bruno.
À
l'usine Saint-Gobain, Jacques, qui s'était octroyé quelques jours de vacances, ne réapparaît pas non plus.
Ses
parents et son frère, Jean-Paul, ne comprennent pas. Jacques appartenait à une fratrie de 13 frères et sœurs et il était très lié à certains d'entre eux, notamment à Jean-Paul, plus jeune que lui de 5 ans.
Il
ne serait pas parti sans lui donner de nouvelles.
Le
couple Méchineaux s'était installé à Boutier-Saint-Trojan trois ans plus tôt.
C
'est après la naissance des enfants que Jacques a commencé à travailler à Saint-Gobain. Sur Pierrette, on a beaucoup moins d'informations, si ce n'est sur son physique. Elle est décrite comme une très belle femme, toujours tirée à quatre épingles. Jean-Paul Méchineaux croit savoir que le couple a des projets, et notamment celui de faire construire une maison sur Cognac.
Les
amis chez qui les Méchineaux ont passé le réveillon de Noël se veulent rassurants. Jacques n'avait pas bu et il était tout à fait en capacité de prendre la route selon eux. Néanmoins, la piste d'un accident qui aurait précipité la voiture dans le fleuve ne peut pas être exclue, car la route qui mène du domicile des Fontanillas à celui des Méchineaux longe principalement la Charente.
Le
mercredi 17 janvier, trois semaines après la disparition de la famille, un hélicoptère de la protection civile de Bordeaux est réquisitionné pour l'enquête, une situation loin d'être banale pour l'époque.
Il
survole la Charente, espérant apercevoir la Simca 11 sans rouge.
Les
pompiers de Cognac embarqués sur des bateaux cherchent la même chose, sans succès. Damien, en avril, alors que les Méchineaux ont disparu depuis plus de quatre mois, et même si les cours d'eau ont été sondés et que la voiture n'a pas été retrouvée, les enquêteurs continuent de penser qu'elle a pu tomber dans le fleuve.
Oui, leur hypothèse c'est que si la voiture est bel et bien tombée dans la Charente la nuit de Noël, le courant aurait pu entraîner le véhicule à plusieurs kilomètres en aval de son point de chute. Alors, pour retrouver ce véhicule, il faudrait selon eux attendre que le niveau d'eau baisse un petit peu. Alors, il y a aussi un autre élément météorologique dans la disparition des Méchineaux, c'est que cette nuit du 24 décembre, la nuit de Noël, le brouillard était très dense dans la région, et notamment dans ce secteur. Donc, le brouillard
pourrait
être à l'origine d'une sortie de route, d'un accident de la circulation, qui expliquerait que la voiture est basculée dans la Charente.
Cité dans un article du journal Sud-Ouest de l'époque, certains décrivent les Méchineaux comme un couple sans histoire. C'est l'expression.
Alors oui, c'est toujours le problème de cette expression de couple sans histoire, parce que c
'est
presque nécessairement faux. Personne n
'est
jamais sans histoire, un couple n'est jamais sans histoire. Alors, ce n
'est
pas forcément une histoire criminelle, mais un couple a toujours une histoire. Alors, surtout, en réalité, en ce qui concerne les Méchineaux, et on va vite s'en rendre compte, puisque ce couple, en fait, traversait une période, on peut dire, de turbulence.
C
'était même un peu plus que ça. Dans les enquêtes de gendarmerie, comme dans les enquêtes journalistiques, le couple est dans un premier temps décrit comme uni et sociable. Des gens qui recevaient beaucoup d'amis, dit-on. Mais en creusant, on s'aperçoit que ce tableau est en fait assez éloigné de la réalité. Dans les conversations des uns et des autres, des soupçons de conflit apparaissent. Le mari est décrit comme ayant un caractère jaloux et renfermé, alors que l'épouse serait indépendante.
Il
tenait essentiellement à ce qu'elle soit une fédulogie, en tantons auprès de l'entourage.
Et
visiblement, cette perspective n'était pas du goût de Pierrette Méchineaux. Dans les jours qui ont précédé la disparition de la famille, les voisins du couple disent que Jacques Méchineaux apparaissait encore plus sombre que d'habitude. Madame Méchineaux, elle, portait des lunettes noires et un foulard autour du cou.
Ce
qui suffirait aujourd'hui à soupçonner des violences conjugales est analysé à l'époque comme la promesse, je cite, « de disputes orageuses à venir
». Le
journal Sud-Ouest questionne.
Quel
drame a donc pu avoir lieu le 25 décembre après une heure
?
Jacques Méchineaux a-t-il entraîné ce qu'il aimait dans la mort, conscient de ne pouvoir garder sa femme à ses côtés ? C'est plausible. Une dispute a-t-elle eu lieu entre le domicile et la maison familiale, qui aurait amené l'époux, que l'on dit parfois violent, à frapper sa compagne et à commettre l'irréparable ? C'est également possible. Damien, le mot féminicide n'existe pas encore, mais cette piste fait bien partie de celles qui sont sur la table dès le début.
Comme on ne retrouve pas la voiture, que rien dans la maison ne laisse penser que la famille Méchineaux avait prévu de disparaître sans laisser d'adresse, c'est effectivement une piste privilégiée. Le problème, c'est qu'on n'a rien de plus, les enquêteurs n'ont rien de plus que cette suspicion selon laquelle Jacques Méchineaux était violent avec sa femme. En dehors de ça,
il
n'y a aucun élément, aucun élément matériel qui va dans ce sens.
Jusqu'à ce que les enquêteurs découvrent un nouvel élément qui va orienter leurs recherches.
Ça fait partie de l'enquête de voisinage, menée aussi auprès des proches de la famille Méchineaux, pour essayer d'en apprendre un peu plus, toujours sur le passé, sur l'intimité du couple. Et les gendarmes vont réaliser que ça se passait vraiment très mal entre eux. Pierrette Méchineaux venait même d'annoncer à son mari et qu'elle avait pour projet de le quitter. Jacques Méchineaux avait décidé apparemment de fêter Noël comme d'habitude, comme si de rien n'était, pour préserver les enfants, mais il était quand même très affecté par cette perspective. D'autant que Pierrette ne voulait pas seulement partir, elle voulait divorcer. Et en 1972, le divorce, ce n'est pas rien, ce n
'est
pas une procédure tout à fait répandue, comme elle peut l'être aujourd'hui. Et surtout, on dit dans le village qu'elle voulait quitter son mari parce qu'elle avait un amant. Et que cet amant, ce n
'est
pas n'importe qui, c'est un de leurs voisins, un certain Maurice Blanchon.
Le
soir du lundi 24 décembre 1972, la famille Méchineaux, composée du père Jacques, de la mère Pierrette et de deux enfants, Éric et Bruno, 7 et 4 ans, se volatilise.
Sur
les coups d'une heure du matin, après avoir réveillné avec des amis à Cognac, en Charente, ils prennent la direction de leur maison située à Boutier-Saint-Trojan, à moins de 4 km de là. Leurs amis les regardent s'éloigner dans leur voiture flambant neuve, une Simca 11 sans rouge Bordeaux. Après quoi, plus personne ne les verra. Quatre mois après leur disparition, en avril 1973, les gendarmes, qui ont d'abord cru à un accident, s'intéressent sérieusement à d'autres hypothèses. Notamment quand ils découvrent que Pierrette avait un amant, le voisin du couple. Maurice Blanchon habite juste à côté des Méchineaux, chez ses parents. Les deux terrains sont uniquement séparés par un grillage.
Le
lundi 25 décembre, jour de Noël, quand il a constaté que la voiture des Méchineaux n'était pas rentrée, et que leur poêle, située à
l
'extérieur, s'était arrêtée, sans que personne ne vienne y remettre du fioul, il s'est immédiatement inquiété.
Il
affirme être le premier à avoir prévenu le frère de Jacques Méchineaux.
Quand
les enquêteurs viennent l'interroger sur sa relation avec Pierrette Méchineaux, Maurice Blanchon ne nie pas les faits. Au contraire, il semble même en retirer une certaine fierté. Né dans la maison de Boutier-Saint-Trojan où il vit encore, Maurice Blanchon a rencontré Pierrette à l'âge de 27 ans. Très vite, il se voit confier une clé de la maison des Méchineaux, car Jacques est souvent amené à travailler tard le soir, et Pierrette a peur d'être seule avec les enfants chez elle.
L
'idée que Maurice Blanchon est une clé la rassure.
Au
bout d'un an, cette relation de confiance devient une relation extra-conjugale pour Pierrette. Dès que Jacques s'en va, les deux amants se retrouvent dans la maison familiale.
Cette
histoire durera deux ans, jusqu'à la disparition des Méchineaux. Maurice Blanchon et Pierrette Méchineaux tombent très amoureux.
Le
mari de Pierrette ne se doute de rien, au moins pendant un an et demi.
Mais
d'après un collègue de l'usine, Jacques avait finalement appris cette liaison, de la bouche d'une voisine.
C
'était peu de temps avant les fêtes de fin d'année. Damien Delsenny, le frère de Jacques Méchineaux, Jean-Paul, confirme.
Oui, il va même ajouter que son frère lui en a parlé quelques temps avant, autour d'une bière, et qu'il a eu cette phrase. Tu sais, si Pierrette ne revient pas, je ferai disparaître tout le monde, et jamais vous ne nous retrouverez. Ce sont les derniers mots qu'ils ont échangés ensemble.
Dans
cette hypothèse où Jacques Méchineaux aurait fait disparaître toute sa famille, l'expression consacrée à l'époque est celle du suicide collectif.
Oui, ça ne se dit plus trop, voire plus du tout aujourd'hui. Mais c'est vrai que pendant longtemps, si un homme, parce que c'est quand même très souvent le cas, même quasiment tout le temps le cas, tue toute sa famille et se tue lui-même ensuite, on parle de suicide collectif ou de drame familial, alors même que les autres victimes n'ont apparemment rien demandé. Et c'est donc une piste qui, à ce moment-là, devient peut-être la plus probable dans le cas de la disparition des Méchineaux.
Mais là encore, on cherche des éléments qui pourraient étayer cette hypothèse, et on ne trouve rien du tout.
On cherche toujours cette voiture, cette Simca, plus seulement d'ailleurs dans le fleuve, mais aussi beaucoup plus loin, mais on ne la trouve toujours pas. L'hypothèse d'un meurtre de masse, entre guillemets, commis par le père de famille laisse alors la place à une autre piste. Jacques a menacé auprès de son frère de faire disparaître tout le monde, mais il n'a pas parlé de les tuer. Alors on est en 1972, les déplacements ne sont pas consignés comme aujourd'hui, les paiements ne se font pas en carte bancaire, on ne
peut
pas suivre quelqu'un avec son téléphone ou autre. Donc les Méchineaux, ils ont pu disparaître en réalité beaucoup plus facilement, fuir n'importe où, y compris même à l'étranger, et ne plus donner de nouvelles.
En
tant qu'excellent mécano, il est certain que Jacques Méchineaux aurait trouvé du travail facilement ailleurs, où qu'il soit.
Dans
le cadre de son emploi à Saint-Gobain, il a d'ailleurs déjà été envoyé en Italie ou au Maghreb.
On
peut imaginer que dans l'une ou l'autre de ses destinations, il est noué des relations lui permettant de bâtir une nouvelle vie.
C
'est l'hypothèse soutenue par Maurice Blanchon, l'amant de Pierrette Méchineaux, qui est convaincue que la famille est tout simplement partie vivre en Australie.
Il
se trouve qu
'à
l'époque, le gouvernement australien favorise l'immigration des travailleurs français.
Ce
pays fascinait Jacques, et le couple avait de l'argent de côté, et en liquide, fruit du travail au noir que Jacques faisait en réparant des voitures. Mais là encore, si la piste est séduisante, rien ne vient l'étayer. Face à l'impossibilité de recueillir le moindre élément, l'enquête est finalement close avant l'été 1973.
Et
les disparus de Boutier, comme on les appelle, entrent dans la légende.
Dans
le bourg, la vie reprend son cours, et chacun apprend à vivre avec ce mystère. 28 ans plus tard, en 2001, l'adjudant-chef Stéphane Chalumeau arrive à la gendarmerie de Cognac.
Il
fouille dans le carton des dossiers non élucidés et découvre l'affaire des disparus de Boutier. « J'étais très étonné de constater que la disparition d'une famille entière tienne sur si peu de feuillets », confie-t-il dans un article de l'Obs.
Il
décide de s'y consacrer. Pendant 10 ans, quand il en a le temps, le gendarme recueille patiemment de nouveaux éléments et de nouveaux témoignages.
En
2011, il se sent prêt.
Il
envoie une copie de ses recherches au procureur d'Angoulême. Au même moment, Jean-Paul et Annie Méchinaud, deux des frères et sœurs de Jacques, souhaitent vendre un terrain dont ils ont hérité et qu'ils possèdent en indivision avec leurs frères disparus. Ils sont dans une impasse juridique et en réfèrent au même procureur qui décide de rouvrir l'enquête.
Fin
novembre 2011, 39 ans après la disparition de la famille, elle est réellement relancée. Damien, ce dont on se rend compte, c'est que la première enquête a été complètement bâclée.
Il y a eu des recherches, mais finalement très peu, à part quelques plongées, quelques sondages dans la Charente et vraiment aux alentours immédiats de leur lieu possible de disparition. Les auditions, elles, elles n'ont pas non plus fait l'objet d'intenses travails, on pourrait dire. Les auditions, seules une dizaine de personnes, en réalité, ont été entendues dans l'entourage familial ou professionnel des Méchinaux. Et par exemple, l'audition de Maurice Blanchon, qui est à la fois le voisin, mais aussi l'amant,
qui
est quand même d'une importance assez grande dans l'enquête, son audition, elle ne remplit même pas une feuille à quatre acto verso.
Presque 40 ans après leur disparition, d'importants moyens sont donc déployés, aboutiers et dans les environs. Des dizaines de gendarmes sont mobilisés et de nombreux points d'eau sont à nouveau sondés.
Oui, cette fois-ci, on met des moyens. En plus, les techniques ont un peu évolué, donc on va fouiller les écluses, les trous d'eau, les puits, toutes les cavités possibles et imaginables dans le secteur. D'anciennes carrières aussi vont être visitées et fouillées. Pourquoi ? Parce que Jacques Méchinaud les connaissait, ces carrières. Donc, les gendarmes vont essayer d'investiguer de ce côté-là. Une cellule d'enquête spéciale est créée, elle s'appelle Brunerie 47. Alors, pourquoi ce nom de code qui peut paraître un petit peu étrange ? C'est une contraction à la fois des deux prénoms et des deux âges des enfants méchinaux. En plus de cette cellule d'enquête et donc de cette mobilisation, il y
a
un appel à témoins et un numéro vert qui sont mis en place.
Près d'un an plus tard, en octobre 2012, un promeneur découvre des ossements humains.
Qui semblent être ceux d'un homme et surtout qui sont à côté d'autres ossements qui eux ressemblent aux fragments de crâne d'un enfant. Cette découverte, elle est faite dans une chaînée à Coursera, qu'on est à une vingtaine de kilomètres au nord de Cognac. Un médecin légiste qui va arriver, qui va faire un premier examen de ces ossements estime leur âge à environ 40 ans. Donc là, on se dit, c'est presque sûr. Une partie de squelette d'un homme, un fragment de crâne d'un enfant, 40 ans. On se dit, ça y est, on a retrouvé une partie de la famille méchinaux. On est presque sûr que ce sont eux jusqu'au retour des analyses ADN,
c
'est-à-dire des prélèvements qui ont été faits sur les ossements, qui ont été comparés à l'ADN prélevé chez les proches des méchinaux.
Il
n
'y
a aucune concordance, donc ces ossements n'appartiennent pas à la famille méchinaux.
Mais un an plus tard,
nouveau rebondissement. Nouvel espoir. Cette fois, c'est une vieille voiture qui est découverte dans la Charente, près d'Angoulême. On est à un peu moins de 50 kilomètres de Cognac.
La
voiture est une Simca 1100 rouge bordeaux. Le même modèle, donc, que celle des méchinaux.
Des
plongeurs sont réquisitionnés pour tenter d'identifier le véhicule. Le numéro de série est encore visible. Il suffit de vérifier que c'est le bon.
L
'adjudant-chef, Stéphane Chalumeau, est présent à bord d'un Zodiac. Il ne veut rien rater, du moment qui va peut-être enfin permettre de résoudre l'énigme méchinaux.
Mais
le plongeur remonte et éteint toutes les lueurs d'espoir. Le numéro n'est pas le même.
Un
véritable coup de massue, concède Stéphane Chalumeau. En 2020, 48 ans après la disparition des méchinaux, les carrières de sein même qui avaient déjà été inspectées, mais de manière plus sommaire en 1973, sont à nouveau fouillées.
Elles
sont une piste intéressante car elles se caractérisent par un vaste réseau de galeries souterraines en partie immergées. Sous terre, c'est une sorte de labyrinthe qui descend jusqu'à 90 mètres de profondeur et dont les galeries, irrégulières, sont souvent assez larges pour permettre à une voiture de passer.
Mais
cette fois-ci encore, les enquêteurs font chou blanc. Cependant, même si les nouvelles investigations ne portent pas encore leurs fruits, elles ont le mérite de maintenir l'attention sur l'affaire Méchinaux et de convaincre le procureur que ça vaut le coup de continuer à chercher. Sept ans plus tard, en 2020, alors que les Méchinaux ont disparu depuis 48 ans, l'enquête est relancée. Plusieurs courriers anonymes ont été envoyés à la gendarmerie
et
leur contenu a convaincu la juge d'ordonner de nouvelles investigations et d'ouvrir une instruction, une première depuis 1973.
Ses
courriers ciblent Maurice Blanchon. Il est directement accusé par Le Corbeau d'avoir, avec un de ses amis prénommé Claude dans les médias, fait disparaître la famille Méchinaux. Claude est un ancien voyou du coin que le journal La Charente Libre décrit en citant une formule qui revient à son sujet. Fallait pas le faire chier. Maurice Blanchon est convoqué à la gendarmerie pour être entendu. Pendant ce temps, une perquisition est ordonnée sur un terrain qu'il a acheté depuis la disparition de la famille Méchinaux et dans sa maison, celle où il vivait déjà à l'époque.
Damien, un des éléments qui intriguent notamment les enquêteurs concernant Maurice Blanchon, c'est son absolue conviction que toute la famille est partie vivre en Australie.
Oui,
et d'après les enquêteurs, il n
'y a
pas vraiment de raison valable de s'accrocher à cette hypothèse en particulier. Ils pensent d'ailleurs que si les enfants, Eric et Bruno, étaient encore en vie, ils auraient probablement fini par donner des nouvelles, en tout cas, par essayer de rentrer en contact avec les autres membres de leur famille. Ils auraient quand même aujourd'hui, respectivement, 58 et 61 ans et même si leur père avait décidé de fuir avec ou sans leur mère, ça paraît assez incroyable que n'ait jamais fait le chemin inverse qu'il ne soit pas en tout cas signalé. Donc, ils se demandent, les enquêteurs, si en fait, cette réponse, ce départ vers l'Australie, ce n
'est
pas une façon un peu pratique pour Maurice Blanchon de, en quelque sorte, détourner les regards vers ailleurs.
Que
sait-on de l'autre homme mentionné, prénommé Claude ?
Dans un courrier anonyme, on dit de lui qu'il aurait un jour au détour d'une phrase dit la chose suivante j'ai fait disparaître toute une famille. Alors, on ne sait pas si cette phrase a réellement été prononcée, son degré de véracité. Alors, ça n'a pas été confirmé d'ailleurs par son épouse. Lui-même ne peut plus être entendu puisqu'il est mort en février 2019 des suites d'un cancer. Ce que l'on sait de cet homme, c'est que c'était, il était réputé pour être, alors, ce qu'on appelle un bon vivant, plutôt sympathique, plutôt avenant pour certains, mais aussi, finalement, assez difficile à vivre, notamment pour sa femme.
Il
ne disait, apparemment, jamais ce qu'il faisait ni à quelle heure il allait rentrer.
Il
faisait un
peu
ce qu'il voulait, en fait. Et surtout, à sa mort, sa propre femme a découvert qu'il avait une double vie puisqu'il avait eu d'autres enfants.
Physiquement, c'était un homme qui était très impressionnant.
Oui, très fort, assez bagarreur en plus et globalement, assez craint, assez redouté dans la commune de Boutier-Saint-Trojan et surtout, il était ami avec Maurice Blanchon, le voisin, l'amant. Et certains enquêteurs se demandent même si ce Claude n'a pas été lui aussi un amant de Pierrette Mechino.
Le
pôle des crimes sériels ou non élucidés, le PCSNE du tribunal judiciaire de Nanterre, créé en 2022, a récupéré cette affaire.
Oui,
c
'est le pôle communément appelé Colcase qui compte aujourd'hui environ 130 procédures, 130 dossiers complexes qui sont sans solution, sans réponse. Donc, ce pôle, il a lancé un nouvel appel à témoins
en
janvier 2026. Il y a eu quelques opérations d'enquête menées depuis, notamment les carrières de Saint-Même qui ont été à nouveau fouillées par des gendarmes. Ça a duré jusqu'au mois de mars dernier. Mais pour l'instant, il n
'y a
pas vraiment d'avancée concrète sur ce dossier.
L
'affaire Mechino est un cas unique en France. Il s'agit de la seule disparition d'une famille entière pour laquelle on n'a jamais retrouvé aucun corps. Jean-Pierre Mechino, le frère de Jacques, a fini par se retirer du dossier et n'est aujourd'hui plus partie civile. Stéphane Chalumeau, le gendarme qui y a consacré tant de temps, a lui aussi pris du recul.
Mais
il est presque certain d'avoir résolu l'affaire, même s'il se garde de livrer sa conviction.
D
'après lui, on finira par retrouver les Mechino.
Il
en est persuadé.
Vous
venez d'écouter Crime Story, Affaires Mechino, les disparus de Noël. Ce récit était écrit par Claudia Prolongeau et raconté avec Damien Delceny. Pour écouter tous nos autres podcasts, c'est sur le site leparisien.fr et sur n'importe quelle plateforme d'écoute. Cette semaine, il y avait à la production Thibaut Lambert, Clara Garnier-Amourou et Clémentine Spiller et à la réalisation Julien Moncoukiole.
Jules
Lavi est le rédacteur en chef.
Si
vous aimez Crime Story, vous pouvez vous abonner et nous laisser des commentaires ou des petites étoiles. Vous pouvez nous écrire à l'adresse crimestory arrobaseleparisien.fr ou directement sur Instagram. Et surtout, vous pouvez écouter chaque jour Code Source, notre podcast d'actualité qui propose un nouvel épisode du lundi au vendredi. Sous-titrage
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