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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 6 décembre 2016 10 minContradictoireActualité / polémiqueTravail & emploiÉconomie & entreprisesEurope & internationalSolidarités & famille

Benoît Hamon : "La candidature de Manuel Valls est la plus clivante qui soit"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Bonjour Benoît Hamon.

  • 0:01OuverteRéponse partielle

    Bonjour.

  • 0:11OuverteRéponse directe

    Vous auriez pu prononcer le discours d'Evry ?

  • 0:19RelanceRéponse directe

    Ah c'était pas crédible ?

  • 0:56OuverteRéponse partielle

    Le candidat Valls sait parler la gauche, mais il n'a pas été un Premier ministre de gauche ?

  • 2:08RelanceRéponse directe

    En tenant ce discours, Benoît Hamon, vous donnez raison à Manuel Valls, non pas au candidat, mais au Premier ministre ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:25Invité politiqueFait
    « ses intentions de candidat contredisent ses actes de Premier ministre. »
  • 0:36Invité politiqueFait
    « les mots de Munich à l'endroit de Mme Merkel sur la question des réfugiés »
  • 0:43Invité politiqueFait
    « les mots sur la déchéance de nationalité, les mots sur le Burkini »
  • 0:46Invité politiqueFait
    « la loi travail, une loi qui non seulement a inversé la hiérarchie des normes, mais a rendu beaucoup plus vulnérables les salariés français. »
  • 1:16Invité politiqueFait
    « nos électeurs sont si déstabilisés, s'ils ont l'impression d'avoir perdu leur gauche »
  • 2:57Invité politiqueFait
    « Je ne pense pas aujourd'hui que courir après quelques déciles de croissance, quand cela se paye au prix de la destruction de notre écosystème, de la biodiversité de la planète et au prix de la remise en cause de nos droits sociaux »
  • 3:30Invité politiqueFait
    « les citoyens, et ça a été le cas lors des 2 49.3 qu'a décidé Manuel Valls, se sont sentis dépossédés d'une forme de capacité à choisir ce qu'ils veulent pour eux-mêmes »
  • 7:05Invité politiquePromesse
    « ne pas signer le TAFTA »
  • 8:01Invité politiqueFait
    « Une critique féroce du capitalisme qui avait été celle de Michel Rocard. »
  • 8:18Invité politiqueFait
    « Le choix systématique de la démocratie. »
  • 8:22Invité politiqueFait
    « Manuel Valls avait utilisé cet argument oubliant qu'il n'avait qu'une majorité relative. »
  • 9:04Invité politiqueFait
    « Manuel Valls aura été candidat à l'élection présidentielle. »
  • 9:11Invité politiqueChiffre
    « c'est sa deuxième candidature, je vous le rappelle. »

Temps de parole

  • Benoît Hamon79 %
  • Présentateur21 %

4,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Bonjour Benoît Hamon. Bonjour. Égalité, fraternité, défense des humiliés de la vie, république sociale, état qui protège les plus vulnérables, candidateur de conciliation et de réconciliation, vous auriez pu prononcer le discours d'Evry ?

0:13
Benoît Hamon

Peut-être, peut-être aurais-je été aussi plus crédible en prononçant un discours comme celui-là que Manuel Valls.

0:19
Présentateur

Ah c'était pas crédible ?

0:20
Benoît Hamon

Non, je pense que, quelle que soit la sincérité des intentions du candidat Manuel Valls, ses intentions de candidat contredisent ses actes de Premier ministre. Et je pense que sa candidature est sans doute la plus clivante qu'il soit aujourd'hui au Parti Socialiste à raison des choix qu'il a fait, des mots qu'il a prononcés, les mots de Munich à l'endroit de Mme Merkel sur la question des réfugiés, les mots sur la déchéance de nationalité, les mots sur le Burkini, et surtout les actes posés notamment à travers la loi travail, une loi qui non seulement a inversé la hiérarchie des normes, mais a rendu beaucoup plus vulnérables les salariés français.

A raison de ces actes-là, sa candidature est clivante aujourd'hui.

0:56
Présentateur

Le candidat Valls sait parler la gauche, mais il n'a pas été un Premier ministre de gauche ?

1:02
Benoît Hamon

Écoutez, il a eu des ministres dans son équipe qui ont fait des politiques de gauche, et tout n'est pas ajouté dans le bilan ni du Président de la République sortant, ni du Premier ministre.

La réalité, c'est que si aujourd'hui, nos électeurs sont si déstabilisés, s'ils ont l'impression d'avoir perdu leur gauche, c'est qu'ils ont constaté que nous avions abandonné la question sociale, que nous avions abandonné la question des services publics, la question justement de l'État protecteur, où en tout cas, nous n'avons pas apporté assez de soin à ces questions-là, nous contentons de politiques ou défensives, et certainement pas de penser par exemple ce que doivent être les nouveaux services publics.

Il me semble que, plutôt que de réfléchir à la manière dont on réduit le nombre de fonctionnaires, ce qui est le cas de la droite revancharde de François Fillon, qui est très revancharde sur ces questions-là, pour ce qui concerne la gauche, à part les administrations prioritaires, nous n'avons pas été très ambitieux en matière de services publics.

Moi je pense que, quand on regarde aujourd'hui les besoins des jeunes actifs, un service public de la petite enfance, qu'on ne construirait pas comme on les construit jusqu'ici, c'est-à-dire une administration, un guichet, un fonctionnaire, mais avec la volonté de trouver des solutions adaptées aux besoins des familles, notamment des mères isolées, un service public de la petite enfance, ça pourrait être un objectif louable d'une politique de gauche.

2:08
Présentateur

En tenant ce discours, Benoît Hamon, en qualifiant cette candidature de clivante, vous donnez raison à Manuel Valls, non pas au candidat, mais au Premier ministre, celui qui disait que les gauches étaient irréconciliables, alors elles sont inconciliables ou irréconciliables ? Elles sont parfaitement réconciliables. Ah bon ? Elles sont parfaitement conciliables. Donc le candidat a raison.

2:25
Benoît Hamon

Non, mais je dis que, de ce point de vue-là, il faut regarder qui a théorisé les gauches d'irréconciliables, c'est Manuel Valls, et d'ailleurs avec symétriquement un partenaire, Jean-Luc Mélenchon, qui lui ne conçoit pas travailler un jour avec le Parti Socialiste, pas davantage, que Manuel Valls ne conçoit travailler avec les écologistes et le reste de la gauche. Donc nous avons deux personnes qui ont métadiquement tapé sur le même clou. Et aujourd'hui, une fracture existe incontestablement dans la gauche. Moi, je prétends que sur la question du modèle de développement et du rapport que nous voulons avoir à la croissance, moi, je fus croyant, je ne le suis plus.

Je ne pense pas aujourd'hui que courir après quelques déciles de croissance, quand cela se paye au prix de la destruction de notre écosystème, de la biodiversité de la planète et au prix de la remise en cause de nos droits sociaux, je ne pense pas que ce cap sur la croissance soit bon pour notre pays. Je pense que sur la question du travail, de la souffrance au travail, du surmenage qui est celui de nos compatriotes et du fait qu'on perd sa santé au travail, il y a aujourd'hui besoin de reconstruire une offre politique qui peut là aussi rassembler la gauche.

Et enfin, la démocratie, sur le fond, constatons quoi que la Vème République, aujourd'hui, elle ne permet pas à la démocratie de respirer, que les citoyens, et ça a été le cas lors des 2 49.3 qu'a décidé Manuel Valls, se sont sentis dépossédés d'une forme de capacité à choisir ce qu'ils veulent pour eux-mêmes et notamment pour leur travail, en l'occurrence quand il s'agissait de la loi El Khomri. Donc, voilà, moi, je pense que sur ces questions, la démocratie, le modèle de développement, ce qui associe le progrès économique et l'écologie, mais aussi le rapport au travail, en lien notamment avec la révolution numérique qui va raréfier le travail. Il faudra donc penser à son partage.

Sur ces questions-là, les passerelles, elles sont nombreuses. La gauche peut se reconcilier, si tant est, qu'on ne la laisse pas à Jean-Luc Mélenchon d'un côté et à Manuel Valls de l'autre.

4:04
Présentateur

Cette orientation écologique et antiproductiviste, si je vous ai bien entendu, Benoît Hamon, c'est ce qui vous distingue d'Arnaud Montebourg aussi ?

4:12
Benoît Hamon

Écoutez, c'est, en tout cas, mon projet. Peu importe de qui cela me distingue. Je demande à être jugé sur ce projet.

4:18
Présentateur

Vous avez un peu le même positionnement. Vis-à-vis de Manuel Valls, vous avez employé, je ne voulais pas faire remarquer, mais au début de l'interview, exactement les mêmes phrases qu'Arnaud Montebourg hier soir.

4:27
Benoît Hamon

En tout cas, moi, j'ai un projet. Et sur ce projet, je prétends aujourd'hui que continuer à dire qu'il faut faire de la croissance pour atteindre le plein emploi, même si cette croissance, ça se traduit par des choix politiques, des choix industriels, des choix économiques qui sont dangereux pour notre environnement, je ne veux pas faire ce choix-là. Et je considère aujourd'hui que nous devons réfléchir à un objectif qui vise à baisser le chômage par le partage du temps de travail, qu'il faut penser cela parce que c'est le seul moyen d'atteindre un objectif qui est un objectif de plein emploi. C'est donc mon choix politique et je le proposerai à nos compatriotes.

J'observe aujourd'hui qu'il rejoint les préoccupations de beaucoup de jeunes actifs et ces jeunes actifs, ils demandent quoi ? Ils constatent que le travail salarié sera moins important, qu'ils auront des carrières beaucoup plus hachées, que la protection sociale qui est la leur ne leur permettra pas justement de faire face à ces carrières moins linéaires. Eh bien, ils veulent des protections. Ils veulent des protections comme en ont eu leurs parents et leurs grands-parents qui avaient pour eux l'État-providence et la sécurité sociale et dont ils ont le sentiment parfois que ces parents et ces grands-parents exigent maintenant qu'on démantèle l'État-providence.

Eh bien, moi, je pense que ces jeunes générations, ces actifs qui sont aujourd'hui les forces vives de notre pays aspirent à du service public mais qui correspondent à leurs besoins, à des protections sociales qui correspondent à leur vie concrète et c'est autour de ça qu'on doit construire des réponses à gauche.

5:42
Présentateur

Sur l'Europe, sujet abordé par Bernard Guetta il y a un instant. Est-ce qu'il faut que la France pèse davantage pour faire évoluer les règles actuelles de l'Europe ou est-ce qu'il faut se détacher de cette Europe ? Là encore, je vous renvoie aux positions d'Arnaud Montebourg. Ou d'autres,

5:59
Benoît Hamon

ou d'autres,

5:59
Présentateur

ou d'autres.

5:59
Benoît Hamon

Moi, je ne suis pas pour la stratégie de la vaisselle cassée. Je n'y crois pas. Je n'y crois pas parce que je ne la trouve pas sérieuse sur le fond et mon objectif comme responsable politique...

6:10
Présentateur

La vaisselle cassée, c'est l'expression employée par Montebourg.

6:13
Benoît Hamon

Oui, et d'autres. Parce que je considère aujourd'hui qu'il faut bâtir des alliances. Bâtir des alliances, ça suppose qu'à gauche et pas simplement au sein de la gauche sociale-démocrate bien mal en point dans toute l'Europe, nous mettions d'accord sur ce que pourrait être un agenda européen sur l'harmonisation fiscale, de façon à ce qu'on arrête de se faire de la concurrence fiscale entre pays et ça se traduit par une baisse des recettes fiscales et aujourd'hui une concurrence qui va au détriment de nos intérêts économiques. Sur la question de la convergence sociale, comment peut-on faire harmoniser nos différents modèles sociaux de façon à protéger ce que sont nos préférences collectives ?

Qu'avons-nous de commun avec les Etats-Unis ? La démocratie et le marché, qu'avons-nous de différents ? Un haut niveau de service public et un haut niveau de protection sociale. Comment le protège-t-on ? C'est de surcroît qu'on l'impose avec ces partis de gauche étrangers, ces pays, la question du libre-échange. Moi, il me semble que prioritairement, il faut remettre en cause et suspendre la mise en oeuvre du CETA, ne pas signer le TAFTA et se méfier de tout ce qui contribue à libéraliser encore davantage les services. Sur ces questions-là, un agenda politique est possible, mais il faut des alliés.

Parce que quand Cipras s'est trouvé seul face à la Commission européenne, quand il s'est trouvé seul face à la Commission européenne, c'est parce qu'il n'y avait justement eu aucune stratégie d'alliance et de travail en commun des partis de gauche. C'est valable pour Paul Magnette quand il a résisté le wallon au CETA. Ils étaient seuls, isolés. C'est d'abord cela qu'il faut reconstruire. Une gauche européenne et ainsi, je pense qu'on pourra réorienter la construction européenne plutôt que de croire ou d'imaginer que par un repli à l'intérieur des frontières nationales, il y aurait là un paradis ou je ne sais quel paradis perdu.

7:47
Présentateur

Avant de feuilleter la presse avec Hélène Jouan, je reviens une minute sur Manuel Valls. Vous avez grandi dans le même creuset, Benoît Hamon, celui du rocardisme. Qu'est-ce qu'il vous reste de... Vous en parlez moins que Manuel Valls, mais qu'est-ce qu'il vous reste de Michel Rocard ?

8:01
Benoît Hamon

Une critique féroce du capitalisme qui avait été celle de Michel Rocard. Le choix d'un modèle de développement respectueux de l'environnement, l'aspiration profonde à ce que le progrès économique soit conciliable avec le progrès social. Tout ça, je le retiens de Michel Rocard comme je retiens une leçon de lui. Le choix systématique de la démocratie. Alors, ça n'a pas été facile quand il était premier ministre. Il est lui-même passé par 49-3. Je me souviens que Manuel Valls avait utilisé cet argument oubliant qu'il n'avait qu'une majorité relative. Mais profondément, Michel Rocard était un homme qui faisait confiance à la démocratie, c'est-à-dire l'intelligence collective.

Moi, je m'inspire de cela. Mes choix politiques n'ont pas toujours été les mêmes que les siens. Mais incontestablement, ces leçons étaient précieuses dans ma jeunesse militante et elles continuaient à irriguer ce qu'est mon projet politique aujourd'hui.

8:43
Présentateur

Et un dernier mot, est-ce que vous ne vous sentez pas un peu responsable aussi de cette candidature Valls si vous n'aviez pas fait pression avec Arnaud Montebourg pour dégager Jean-Marc Ayrault de Matignon au printemps 2014 ? On n'en serait peut-être pas dans cette situation politique ?

8:57
Benoît Hamon

Je pense que avec ou sans Benoît Hamon, avec ou sans François Hollande, avec ou sans qui que ce soit, Manuel Valls aura été candidat à l'élection présidentielle. Ah oui. Je pense que c'est un projet qu'il nourrit depuis très très longtemps. La preuve, c'est sa deuxième candidature, je vous le rappelle.

9:13
Présentateur

Il a déjà été candidat une fois. Oui, primaire effectivement du PS qui était celle de 2011. Voilà, 2011, il avait fait un peu plus de 5% des voix. Manuel Valls qui vient d'arriver à l'Elysée nous dit l'AFP pour remettre sa démission et celle de son gouvernement. On vous tient au courant et dans un instant la revue de presse.

9:29
Locuteur

Merci.

9:29
Présentateur

Merci.