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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 14 novembre 2022 11 minContradictoireActualité / polémiqueLogementSolidarités & famille

Insalubrité : Paris Habitat sur le banc des accusés | Orian Lempereur

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:46ComplaisanteRéponse directe

    Bonjour Orien. Merci beaucoup d'avoir accepté cette interview.

  • 0:51OuverteRéponse directe

    Alors, donc, tu as enquêté sur ce bailleur social qui est Paris Habitat.

  • 2:00OuverteRéponse partielle

    Est-ce que, par exemple, dans ton enquête, tu as pu constater qu'il y avait des différences entre certains arrondissements, certains quartiers ?

  • 2:52OuverteRéponse directe

    Alors, le plus souvent, justement, vous expliquez que ces dysfonctionnements sont dus à ce que tu appelles des travaux mal effectués, par des sous-traitants d'ailleurs, qui ne sont pas toujours, voire pas du tout contrôlés.

  • 3:51RelanceRéponse directe

    Donc, il y a vraiment une stratégie de la part de Paris Habitat d'aller vers du moins-disant social, du moins-disant en termes de prix.

  • 5:11OuverteRéponse directe

    Alors, l'histoire qui est un petit peu emblématique dans ton enquête, c'est peut-être le personnage principal de l'enquête, c'est l'affaire Cynthia.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:14InvitéChiffre
    « Paris Habitat, c'est même le premier bailleur social de France avec un peu plus de 280 000 locataires. »
  • 1:22InvitéFait
    « On a constaté des appartements très mal isolés, donc avec des températures qui tombent à 15 degrés l'hiver, qui surchauffent l'été, qui provoquent de la moisissure. »
  • 1:48InvitéFait
    « Il y a eu beaucoup d'accidents dans les résidences à cause de locaux de poubelle mal installés et mal protégés. »
  • 1:55InvitéFait
    « Et il y a eu un cas d'une résidence du XIXe, un homme qui est mort suite à une morsure. »
  • 3:21InvitéFait
    « Paris Habitat missionne des prestataires pour faire des travaux. Mais ces travaux sont très mal réalisés, car peu contrôlés. »
  • 3:35InvitéFait
    « Dans l'appel d'offres, puisque Paris Habitat, un organisme public, doit publier des appels d'offres, il y a 50% de l'appel d'offres qui est consacré au prix, donc au prix le moins cher, et 50% à la qualité. »
  • 4:41InvitéChiffre
    « On leur avait promis 50 millions d'euros pour une rénovation thermique. Et au final, ils n'obtiennent que 5 millions d'euros. »
  • 6:02InvitéFait
    « Pour éviter qu'elle soit bloquée chez elle, comme ça arrive souvent lors de travaux de Paris Habitat ou lorsque les ascenseurs sont bloqués, Paris Habitat prévoit un système de portage en escalier. »
  • 6:13InvitéFait
    « Cinthia, elle avait alerté Paris Habitat à plusieurs reprises, donc via des courriers recommandés, via des rendez-vous, elle avait alerté de la dangerosité de ce système. »
  • 6:26InvitéFait
    « Paris Habitat avait totalement ignoré ses demandes de relogement, alors que le relogement est une obligation légale. »
  • 6:41InvitéFait
    « Le prestataire, Bull Service, se vantait d'une formation qu'il aurait donnée à ses agents, une formation privée d'un centre national de la formation. »
  • 7:14InvitéFait
    « La formation ne permet pas d'enseigner aux porteurs cette pratique de portage en escalier qui est une pratique quand même dangereuse et très spécifique. »
  • 9:34InvitéFait
    « Selon les représentants des locataires au conseil d'administration, oui, il y a vraiment une volonté de réduire les coûts et donc de faire appel à la sous-traitance pour ça. »

Temps de parole

  • Invité64 %
  • Présentateur36 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Certains d'entre vous, ceux qui vivent à Paris en tout cas, connaissent peut-être Paris Habitat. Paris Habitat, c'est un bailleur social, donc qui s'occupe de logements sociaux dans la capitale française. Vous vous direz sûrement, pour ceux qui ne connaissent pas la capitale, dans la capitale dite, les logements sociaux sont bien entretenus, confortables, propres, etc. Eh bien, pas si sûr. Comme ailleurs, des dysfonctionnements, des problèmes de chauffage, d'ascenseur, des prestataires pas toujours fiables et des locataires méprisés. C'est ce qui ressort de l'enquête menée par Orien, l'empereur Castelli, pour off-investigation. Je le reçois sur ce plateau pour en parler.

C'est parti pour l'entretien express. Alors tout d'abord, bonjour Orien. Bonjour. Merci beaucoup d'avoir accepté cette interview. Merci. Alors, donc, tu as enquêté sur ce bailleur social qui est Paris Habitat. C'est le plus grand bailleur social de Paris. Et durant ton travail, tu as très rapidement constaté, justement, on en parle en introduction, des dysfonctionnements, notamment en ce qui concerne le chauffage, les ascenseurs, la plomberie et même, ton enquête a pu constater la présence de rats.

1:14
Invité

Oui, en fait, Paris Habitat, c'est même le premier bailleur social de France avec un peu plus de 280 000 locataires. Et on a constaté des appartements très mal isolés, donc avec des températures qui tombent à 15 degrés l'hiver, qui surchauffent l'été, qui provoquent de la moisissure. Il y a aussi des canalisations mal entretenues qui sont donc bouchées, qui provoquent des dégâts des eaux et des ascenseurs qui tombent régulièrement en panne. Et puis, tu en as parlé, des rats. Ça, c'est des rats. C'est un problème qui est fréquent à Paris. Mais il y a eu beaucoup d'accidents dans les résidences à cause de locaux de poubelle mal installés et mal protégés.

Et il y a eu un cas d'une résidence du XIXe, un homme qui est mort suite à une morsure. Et aujourd'hui, sa fille porte plainte. D'accord.

1:57
Présentateur

Alors, Paris Habitat, c'est à Paris. Est-ce que, par exemple, dans ton enquête, tu as pu constater qu'il y avait des différences entre certains arrondissements, certains quartiers ? Est-ce que ce bailleur social entretient mieux ses logements dans certains quartiers que dans d'autres ?

2:13
Invité

Ce n'est pas quelque chose que j'ai pu prouver, puisque je n'ai pas pu aller dans chaque résidence. Mais c'est vrai que c'est un sentiment qui revient beaucoup de la part des locataires, notamment dans la résidence Avia Frères Voisins, qui est située dans le 15e arrondissement, mais en fait à l'extérieur du périph'. Donc, ils sont très isolés, mais aussi dans des résidences dans le 19e, ce qui est un quartier très populaire à Paris. Eux ont le sentiment d'être moins bien traités que dans des résidences qui sont situées dans le 5e. Mais aussi, factuellement, les résidences sont très souvent situées dans des arrondissements très précaires.

Et on a affaire à un public très précaire et qui s'est beaucoup renouvelé ces dernières années. Donc, on a des gens qui ne parlent pas forcément très bien français et qui ne connaissent pas forcément leurs droits. Et donc, pour qui il est dur de se mobiliser.

2:52
Présentateur

Ok. Alors, le plus souvent, justement, vous expliquez que ces dysfonctionnements, ceux dont on a parlé après la première question, sont dus à ce que tu appelles des travaux mal effectués, par des sous-traitants d'ailleurs, qui ne sont pas toujours, voire pas du tout contrôlés.

3:08
Invité

Oui, c'est vrai, parce qu'il y a deux choses. Il y a d'une part des appartements vétustes, parce qu'ils n'ont pas été rénovés. Puis, il y a les locataires qui dénoncent ces appartements vétustes. Et donc, Paris Habitat missionne des prestataires pour faire des travaux. Mais ces travaux sont très mal réalisés, car peu contrôlés. Et car là, c'est les représentants des locataires ou conseils d'administration qui m'en parlaient. On fait souvent appel à des prestataires extérieurs pour réduire les coûts.

Et dans l'appel d'offres, puisque Paris Habitat, un organisme public, doit publier des appels d'offres, il y a 50% de l'appel d'offres qui est consacré au prix, donc au prix le moins cher, et 50% à la qualité. Et parfois, c'est même du 60-40, donc seulement 40% pour la qualité.

3:50
Présentateur

D'accord. Ah oui, d'accord. Donc, il y a vraiment une stratégie de la part de Paris Habitat d'aller vers du moins-disant social, du moins-disant en termes de prix. Et d'ailleurs, tu nous expliques que les locataires ont effectivement sonné l'alarme. Ils ont un peu râlé, si je peux me permettre. Alors, c'est des alertes régulières et répétées, mais alors, rien ne bouge. Ils sont même, tu nous expliques, méprisés par le bailleur.

4:14
Invité

Oui, ils se sentent vraiment méprisés, parce que quand ils sont face à des moisissures ou à des dysfonctionnements d'ascenseurs, ils appellent leur bailleur. Et face à ça, ils se heurtent vraiment à un mur de silence. Donc, c'est des courriers recommandés, c'est des rendez-vous avec leurs gérants de leur direction territoriale, puisque Paris Habitat est divisé en plusieurs directions territoriales. Et à chaque fois, on leur explique que oui, les choses vont être faites, que les travaux arrivent. Et souvent, ils ont la mauvaise surprise de voir que rien ne bouge. On les balade en quelque sorte.

Et par exemple, dans une résidence du 15e, on leur avait promis 50 millions d'euros pour une rénovation thermique. Et au final, ils n'obtiennent que 5 millions d'euros. C'est ce qui les a poussé à manifester, à créer un groupe Facebook. Et depuis la création de ce groupe Facebook, où ils visibilisent leur colère et ils s'entraînent entre voisins, ils constatent que le bailleur est beaucoup plus réactif. Et ça, je le constate sur beaucoup de résidences, où dès que les résidents commencent à faire du bruit, à faire appel aux médias, Paris Habitat se bouge.

5:09
Présentateur

D'accord. Alors, l'histoire qui est un petit peu emblématique dans ton enquête, c'est peut-être le personnage principal de l'enquête, c'est l'affaire Cynthia. Il illustre, en fait, ce qu'on appelait tout à l'heure le système du moindre coût. Elle est toujours au moins cher possible. Vous expliquez donc que le prestataire qui s'est occupé de cette locataire a même menti sur sa formation. Alors, si tu veux, on peut nous raconter un peu cette affaire, Cynthia ?

5:35
Invité

C'est une locataire de Paris Habitat, elle vit là-bas depuis plus de 15 ans dans une résidence du 15e, donc une autre résidence, je ne l'ai pas encore citée, et elle est en fauteuil roulant. Et donc, comme ça arrive parfois, les ascenseurs devaient être rénovées. Donc, on lui annonce qu'ils vont être bloqués pendant plusieurs mois, 5 mois au total, et elle habite au cinquième étage. Pour éviter qu'elle soit bloquée chez elle, comme ça arrive souvent lors de travaux de Paris Habitat ou lorsque les ascenseurs sont bloqués, Paris Habitat prévoit un système de portage en escalier. Et lors de ce portage, elle tombe, comme on peut le voir sur la photo.

Elle tombe et elle est arrêtée pendant un mois. Elle ne peut plus aller au travail, elle a des douleurs au dos. Et le problème, c'est que Cinthia, elle avait alerté Paris Habitat à plusieurs reprises, donc via des courriers recommandés, via des rendez-vous, elle avait alerté de la dangerosité de ce système. Et Paris Habitat avait totalement ignoré ses demandes de relogement, alors que le relogement est une obligation légale, puisque chaque locataire est censé pouvoir jouir de son logement de façon appropriée. D'autant que là, ce logement, dans le cas de Cinthia, la met en danger. C'est ça.

Et nous, en enquêtant, on s'est rendu compte que le prestataire, Bull Service, se vantait d'une formation qu'il aurait donnée à ses agents, une formation privée d'un centre national de la formation. Et on se rend compte que ce centre national de la formation met sur son site que la formation pour le portage a été validée par l'INRS. Donc c'est un peu compliqué, mais l'INRS, c'est simplement un organisme public, une association qui est mandatée par l'État pour certifier les formations. Et en fait, le CNFCE, le centre de formation, a menti sur cette certification. Suite à ça, on s'aperçoit aussi que pendant la formation, il n'y a pas du tout le portage en escalier qui est abordé.

Donc la formation ne permet pas d'enseigner aux porteurs cette pratique de portage en escalier qui est une pratique quand même dangereuse et très spécifique, où il faut normalement prendre un fauteuil chair, puisqu'il est plus stable et moins lourd. Il faut imaginer que le fauteuil de Cinthia, il doit peser dans les 10-15 kilos. Donc c'est vraiment un poids supplémentaire. Donc quand les pompiers déplacent une personne en fauteuil roulant, ils le mettent sur un autre fauteuil. Ça n'a pas été le cas dans le cas de Cinthia, puisqu'on le voit sur les vidéos où elle est portée, on la porte directement sur son fauteuil et c'est très instable.

Ce qui se peut expliquer pourquoi elle est tombée dans les escaliers.

7:47
Présentateur

D'accord. Donc en fait, si je comprends bien dans la réponse que tu viens de me donner, il y a une responsabilité à plusieurs niveaux. C'est Paris Habitat, mais c'est aussi le centre de formation. Mais c'est aussi, je suppose, la mairie de Paris.

8:01
Invité

En fait, c'est ça. Chacun se reporte sur le sous-traitant suivant. Donc Bulle Service se reporte sur le centre de formation. Le centre de formation se reporte sur Bulle Service. Et Paris Habitat, eux, ne souhaitent même pas répondre. Ils ont simplement indiqué à nos confrères de Mediapart, qui avaient déjà écrit un article sur l'affaire de Cinthia, sans avoir toutes ces révélations, que l'organisme Bulle Service avait été formé. Mais ils n'ont même pas pris la peine de vérifier la qualité de cette formation. Alors que c'est quelque chose de très simple. Il m'a suffi d'un mail à l'INRS pour vérifier que la formation n'était pas du tout adaptée au portage en escalier.

Pour en revenir à la responsabilité de la mairie de Paris,

8:43
Présentateur

tous ces dysfonctionnements, pardon, ils sont dus à un manque de savoir-faire ou à une ignorance complète, une inhumanité complète vis-à-vis des locataires ? Ou est-ce que, encore une fois, on tombe un peu sur les pattes de l'austérité budgétaire ? Est-ce qu'on n'a pas affaire aussi à un manque de moyens accordé par la mairie de Paris et à Paris Habitat ?

9:04
Invité

En fait, pour le savoir, il aurait fallu que la mairie de Paris ou Paris Habitat nous répondent. Or, on a adressé plein de mails à la mairie de Paris, donc à Anne Hidalgo, qui est responsable de Paris Habitat, mais aussi à Yann Brossat, qui est son adjoint au logement, mais aussi à Éric Pliese, qui est maire du 20e arrondissement et président de Paris Habitat. Et tous ont refusé de nous répondre, argumentant que nous aurions un angle à charge et des conclusions déjà définitives. Sauf que nous, nous souhaitions simplement savoir pourquoi ils n'avaient pas pris en compte les alertes de leurs locataires.

Et donc, selon les représentants des locataires au conseil d'administration, oui, il y a vraiment une volonté de réduire les coûts et donc de faire appel à la sous-traitance pour ça.

9:44
Présentateur

Oui, c'est une réponse un petit peu classique qu'on prend quand on travaille dans un média indépendant. C'est ça. Et pour finir, est-ce qu'il y aura une suite à ça ? Est-ce qu'il y aura un suivi de cette enquête chez OFF ?

9:55
Invité

Nous, on va suivre le dossier. Paris Habitat a pris connaissance de nos articles puisqu'on a eu le retour de quelques témoins qui ont été appelés un peu en panique par Paris Habitat. Et eux argumentent qu'ils n'auraient pas été au courant de l'enquête, alors que comme je viens de te l'expliquer, nous les avons lancés à beaucoup de reprises. Ils ont toujours refusé de nous répondre. Donc, s'ils veulent nous donner leur version des faits et nous expliquer pourquoi ils n'ont pas souhaité reloger Cynthia, mais aussi pourquoi ils sous-investissent dans leur bâtiment, nous serons heureux de recueillir leur témoignage.

10:27
Présentateur

OK. Écoute, merci beaucoup, Orion. Cette enquête sur Paris Habitat, vous pouvez la retrouver évidemment sur le site Internet de OFF Investigation. Quant à nous, c'est la fin de ce deuxième bulletin d'info. N'oubliez pas, pour que le média survive, il nous faut réunir d'ici la fin de l'année 200 000 euros de dons défiscalisables. Il en va de la survie de notre antenne 24-7, mais aussi de la survie du média. Ce n'est que grâce à vous que nous pouvons vous proposer, en toute liberté, un autre regard sur l'actualité, en direct sur YouTube et, on l'espère, à l'avenir à la télévision. On compte sur vous. Connectez-vous sur soutenez.lemédiatv.fr. Donnez, abonnez-vous, parlez de nous autour de vous.

Merci.

11:09
Locuteur

Merci. Merci. Merci.