L'été radieux d'Anne Hidalgo et Valérie Pécresse - reportage #cdanslair 24.08.2024
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est l'histoire d'une revanche. La maire de Paris applaudit en Mondovision lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques. Un succès dont elle se félicite dans la presse, pleine page dans le monde et invitation aux 20 heures.
On a réussi quelque chose de grand. Le pays a été rassemblé autour de sa capitale. L'image de la capitale est aujourd'hui rehaussée. La force quand même de ce moment que nous vivons, c'est que le message de fraternité, le message humaniste a écrasé tout le reste.
Anne Hidalgo, heureuse, savoure le moment. Deux ans après l'humiliation de son échec au premier tour de la présidentielle, maire de Paris critiquée, elle avait décidé de faire de ses Jeux Olympiques sa carte maîtresse. Jusqu'à se baigner dans la scène, devant les caméras. Elle est bonne ?
Elle est super !
Une vieille promesse tenue qui devient un événement international. Réponse, en anglais.
C'était un rêve pour nous. Nous travaillons beaucoup et très fort. Nous l'avons fait.
Mais tout au long de la préparation des Jeux, les critiques ont été nombreuses.
Rale-bol du bashing des Jeux, quoi ! Arrêtez, mais rale-bol ! Rale-bol ! A toutes ces peines à jouir, qui n'ont pas du tout envie, qui n'ont pas du tout envie qu'on puisse célébrer quelque chose ensemble.
Il y a pourtant un sujet sur lequel c'est elle qui a lancé les hostilités.
Les deux choses sur lesquelles on ne va pas être prêts. La première, c'est sur les transports. Donc ça, c'est Valérie Pécresse ? Non, non, et puis le gouvernement un peu aussi, quand même.
Une critique que la présidente de la région Île-de-France n'a pas digérée. En témoigne un extrait, capté par des journalistes lors d'une réunion, qu'elle est invitée ce jour-là à écouter.
Si nous devons nous engager sur un montant supérieur, j'apprécierais que les partenaires qui sont autour de cette table disent du bien des transports en commun, et notamment des transports en commun JO, et disent du bien aussi des tarifs JO. Est-ce que je n'ai pas de l'argent pour me faire de la vie sur la gueule ? Voilà, ça c'est assez clair, vous étiez bien agacée. Vous n'êtes pas copine. Ah si, si, moi, si vous voulez, c'est mon caractère. Je dis les choses franco et je n'aime pas les coups de poignard dans le dos. Donc si vous voulez, c'est un travail monumental. Bon voilà, je n'avais pas apprécié qu'on le critique.
Les critiques, elle y est pourtant habituée. Valérie Pécresse revient de loin. Souvenez-vous, en 2022, sa défaite cinglante au premier tour de la présidentielle l'avait obligée à lancer un appel au don.
Je suis endettée personnellement à hauteur de 5 millions d'euros.
Plutôt discrète depuis sur la scène nationale, la présidente de région se consacre à l'île de France. Sauf quand les républicains sont en crise après l'alliance entre Éric Ciotti et le Rassemblement National.
Je crois qu'il n'y a pas de place pour les traîtres ni pour les putschs à la petite semaine. Et je veux que la droite républicaine continue de s'incarner autour de ses valeurs, contre tous les extrêmes et en alternative à Emmanuel Macron.
Quant au futur locataire de Matignon, elle préfère éviter les spéculations.
Moi, homme de droite, homme de gauche, l'important c'est qu'il fasse une politique qui est bonne pour le pays. C'est quoi la politique qui est bonne pour le pays ? C'est remettre de l'ordre.
Et pourquoi pas une femme ? Le nom de Valérie Pécresse circule justement depuis quelques jours. Le Figaro s'en fait l'écho. Il se trame quelque chose avec Emmanuel Macron. Veut croire un ami de Valérie Pécresse qui observe que celle-ci a arrêté d'en dire du mal. Valérie Pécresse, Anne Hidalgo. Une chose est sûre, après le succès des Jeux Olympiques, toutes deux espèrent sans doute peser davantage au niveau national.
Alors, Alexandra Schwarzbord, que vous inspire ce portrait croisé ? Est-ce qu'il est judicieux d'ailleurs, ce portrait croisé ? Est-ce qu'il y a un parallélisme de destin ? Oui, un peu quand même, parce que ce sont deux femmes qui ont pris des gros coups sur la figure, il y a là, ces dernières années. Anne Hidalgo, qu'est-ce qu'elle a pris ? Qu'est-ce qu'elle a pris ? Elle a pris très très cher. Souvenez-vous, ça cache Paris. Tous ceux qui disaient qu'on était en train de faire de Paris un enfer, alors que ça s'est révélé être, ça a été un vrai bonheur. Moi, j'ai passé l'été à Paris.
Tout le monde avait l'air heureux dans ce Paris qui a été rénové, qui était beau, et dans lequel on circulait. Alors là, pour le coup, il n'y a pas eu trop de problèmes de transport. Bref, cela dit, s'il y avait eu le moindre problème aux Jeux Olympiques, je pense que c'était les deux qui prenaient très très cher. Il se trouve que ça s'est bien passé. Donc elles sont revenues un peu sur le devant de la scène. Cela dit, je crois qu'elles reviennent quand même de très très loin. C'est vrai qu'elles ont été, je pense, toutes les deux extrêmement marquées. D'ailleurs, Valérie Pécresse a été rappelée dans votre reportage financièrement aussi par leurs deux échecs récents.
5 millions à hauteur personnelle qu'elle a dû rembourser. Oui, oui, oui. Parce qu'elle n'avait pas fait les 5%. Oui, oui, oui, exactement. Non, non, ça a été quand même des claques monumentales. Je ne sais pas si on... Alors je sais qu'en politique, il ne faut jamais dire jamais et qu'un vrai ou une vraie politique se remet toujours... C'est ça la marque d'ailleurs d'un vrai politique, c'est de se remettre de ses échecs. Là, quand même, ça a été dur. Donc je ne les vois pas revenir tout de suite sur le devant de la scène. Mais bon, je pense quand même qu'il faut leur porter un coup de chapeau pour la façon dont ces JO se sont déroulés cet été. C'est vrai que ça a été plutôt un sans faute.
Alors c'est ce que disait Emmanuel Macron. Elles ont su faire taire leurs divergences politiques pour réussir ensemble un projet qui est faire le plus beau JO de la terre. Dans le système politique français, c'est qu'on peut revenir d'un échec spectaculaire. À l'élection présidentielle précédente, ça a été pour l'une comme pour l'autre une catastrophe. Dans de très nombreux pays démocratiques, quand on atteint des scores aussi faibles, grosso modo, on quitte la politique. Chez nous, non, il y a moyen et elles l'ont montré de façon extrêmement spectaculaire.
Alors, Alexandra a apparemment raison, ce qu'a pris Anne Hidalgo sur la tête depuis cette élection présidentielle et avant, c'est absolument stupéfiant. Elle a une force absolument incroyable. Elle a réellement tenu le choc. C'est pareil pour Valérie Pécresse. Et effectivement, elles se sont retrouvées sur les Jeux Olympiques. Donc, on peut ne pas désespérer complètement dans cet univers politique. Antoine Oberdorf. Alors l'hypothèse Valérie Pécresse à Matignon. D'abord, les LR seraient bien obligés d'accepter. Et là, ce serait une personnalité issue de Laurent. Tout à fait. Si ce n'est que je ne le crédite pas d'une probabilité plus forte que l'hypothèse Xavier Bertrand, en réalité.
D'ailleurs, quand la ministre démissionnaire Sabrina Gresti-Roubache a déclaré sa flamme à Valérie Pécresse et dit qu'elle lui prêtait justement les mêmes qualités que Xavier Bertrand. Donc, je pense que c'est une des hypothèses que l'on a fait prospérer mais qui n'a pas vocation à aller au bout, selon moi. En revanche, ce qui est sûr, c'est qu'on a affaire à deux femmes véritablement inoxydables qui ont eu le sentiment d'être, après leur débat télélectoral, 1,7% et 4,7% de mémoire pour Valérie Pécresse, qui ont eu le sentiment d'être méprisées par leurs appareils. Fondamment, vraiment. C'est extrêmement vrai pour Anne Hidalgo, au sein du Parti Socialiste.
Elle a eu le sentiment d'être lâchée en race campagne et qui, là, aborde deux échéances. Alors, une échéance régionale qui est loin en 2028, mais une échéance municipale pour Anne Hidalgo. Elle pourrait se présenter pour un troisième mandat à l'Amérique de Paris ? Oui, je le pense tout à fait. Je le pense tout à fait parce que c'est elle, d'ailleurs, qui, avant Emmanuel Macron, employait beaucoup l'expression de maîtresse des horloges. Elle se réserve donc le droit, en temps voulu, de dire si elle rempile pour un troisième mandat. C'est 28 ans d'Hidalgo à Paris. Ça, je veux dire, c'est énorme.
Et simplement, on a vu qu'elle n'avait aucune velléité de passer la main à son dauphin, Emmanuel Grégoire, qu'il a tellement bien compris, son ex-premier adjoint, qu'il a profité de législatives anticipées pour s'exfiltrer de l'hôtel de ville. Et aujourd'hui, quand on voit toute la hargne avec laquelle elle défend son bilan, il y a tout lieu de penser qu'elle aurait envie de l'empiler.
Anne Hidalgo