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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 7 septembre 2024 10 min

Manifestations du 7 juillet, réaction à la nomination de Michel Barnier… Manon Aubry est l’invitée du 7 septembre

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. La politique à 7h40, ce sont les 4V. Javith Inbert nous rejoint. Bonjour Jeff. Qui recevez-vous ce matin ? Ce matin, nous recevons Manon Aubry qui est eurodéputé de la France Insoumise, qui préside le groupe de la gauche au Parlement européen et qui va nous parler, devinez, des premiers pas, évidemment, de Michel Barnier à Matignon. Et je sens qu'elle ne va pas forcément être ravie de cette nomination et qu'il y a de la colère dans l'air. Je vous laisse mon fauteuil. A tout à l'heure. Merci beaucoup Jeff. Et Manon Aubry s'installe. Bonjour. Bonjour Manon Aubry.

Merci d'être avec nous ce matin. Vous avez entendu, je présume, les premières déclarations, la première interview de Michel Barnier hier soir. Il s'est dit prêt, alors c'est peut-être, vous l'avez peut-être noté quand même, à ouvrir le débat sur la question des retraites. Est-ce qu'il a dit qu'il pourrait améliorer ce texte ? Est-ce que vous y voyez ? J'imagine que vous n'êtes pas forcément très satisfaites de sa nomination, mais peut-être un pas positif au moins dans ce domaine sur une évolution de cette réforme que vous contestez, que vous voulez même abroger.

1:11
Manon Aubry

J'ai surtout entendu qu'il a dit qu'il ne remettrait pas tout en cause. Et en cela, les masques sont tombés hier. On sait pertinemment pourquoi Emmanuel Macron a fait le choix de nommer Michel Barnier plutôt que Lucie Casté pour le nouveau Front populaire. C'est parce qu'il ne voulait pas remettre en cause en profondeur cette réforme des retraites et l'abroger, non seulement comme le peuple français l'a demandé et l'a voté, mais aussi comme le nouveau Front populaire le porte massivement. Donc j'ai envie de dire qu'on a eu une forme de clarification hier. Et d'ailleurs, à la question qui lui a été posée, est-ce que c'est une cohabitation ?

On a plutôt le sentiment que c'est une forme de prolongation, de colocation avec les macronistes.

1:49
Présentateur

Mais sur la question quand même spécifique de la retraite, il ne s'est pas spécifiquement prononcé, il n'a pas répondu sur est-ce qu'on changera la mesure d'âge qui aujourd'hui est fixée à 64 ans. Pour vous, c'est l'abrogation. Sinon, rien ne peut pas juste éventuellement amender ce texte dans votre sens pour les plus fragiles. Par exemple, c'est ce qu'a dit le nouveau Premier ministre. Ça ne sert à rien. C'est abrogation ou rien pour vous ?

2:10
Manon Aubry

Écoutez, soyons sérieux 5 minutes. Quelle est la position de Michel Barnier jusqu'à présent sur les retraites ? Il a défendu corps et âme la retraite à 65 ans. Donc je vais même plus loin. Moi, ce matin, j'ai des craintes. Alors c'est un opportuniste qui change au gré du vent, mais j'ai la faiblesse de penser qu'on a aussi des convictions en politique. Moi, je défends ce matin l'abrogation de la réforme des retraites à votre antenne. Je la défendrai dans un mois, dans un an et dans deux ans.

2:35
Présentateur

En cas d'abrogation, est-ce qu'il faut revenir aussi sur la revalorisation des petites retraites qui fait partie de la réforme, qui est entrée en vigueur et qui, elle, est jugée plutôt positive par les intéressés ?

2:45
Manon Aubry

Écoutez, nous, on a toujours plaidé pour une réforme en profondeur, à la fois pour revenir vers une trajectoire de la retraite à 60 ans, mais aussi pour augmenter le minimum vieillesse et les petites retraites. Ça aurait dû être la priorité puisqu'on a gagné les élections législatives. Malheureusement, Emmanuel Macron reste accroché comme une moule à son rocher à sa réforme des retraites qui a poussé les gens à travailler deux ans de plus dans des conditions extrêmement dures.

3:10
Présentateur

Ce nouveau Premier ministre, Michel Barnier, vous le connaissez bien puisque, je le rappelais en vous présentant, vous êtes depuis plusieurs années eurodéputé. Vous le connaissez à Bruxelles. Monsieur Barnier, il a été commissaire européen. Il a été le négociateur du Brexit. Est-ce que vous lui trouvez, c'est ce que certains disent, quand même, quelques qualités ? On dit que c'est un homme de compromis, de dialogue, un négociateur. Vous le connaissez comme ça, vous ?

3:31
Manon Aubry

Écoutez, Michel Barnier, c'est un homme aux multiples visages. C'est l'homme qui va négocier, par exemple, le Brexit dans une de ses dernières missions au niveau européen et qui, dans le même temps, quelques mois après, va remettre en cause la Cour européenne des droits de l'homme dans la campagne qu'il a menée pour les primaires des Républicains. Donc, je le sens plutôt comme un opportuniste.

3:53
Présentateur

Mais dans son action spécifique à Bruxelles, dans son action plus que peut-être dans ses déclarations, comment vous l'avez jugé ?

3:58
Manon Aubry

Dans son action, il a été aussi commissaire européen à l'agriculture. C'est lui qui a dérégulé le marché agricole européen, qui a mis fin au quota laitier dont nos éleveurs souffrent encore aujourd'hui. C'est l'homme, finalement, qui incarne le libéralisme et qui sera sans doute bien placé pour faire l'austérité budgétaire que nous demande Bruxelles, malheureusement.

4:17
Présentateur

Vous appartenez à une formation et à une coalition qui défend la transition écologique. Est-ce que vous considérez quand même que Michel Barnier a, dans son CV, dans son histoire, une sensibilité aux questions de l'environnement ? En tout cas, lui, il se présente comme tel. Il a écrit des atlas, des livres à ce sujet. Ou alors, est-ce que, bon, même sur le plan écologique, environnemental, vous ne faites pas la différence entre lui et les autres leaders de la droite ? Puisque c'est un peu sa spécificité dans sa famille politique.

4:42
Manon Aubry

Écrire des bouquins, c'est bien. Agir, c'est mieux. Et en tant que commissaire européen, il a notamment défendu des accords de libre-échange, non seulement qui soumettent nos agriculteurs, nos industries à une concurrence déloyale, mais qui fait venir des produits des quatre coins du monde. Donc, pardon, mais comme prix Nobel de l'environnement, on repassera.

4:59
Présentateur

Donc, ce n'est pas votre tasse de thé dans ce domaine. Est-ce que, donc, on peut dire que la nomination de Michel Barnier, que la situation politique, c'est ce qui va être au cœur, parce que c'est aussi un des événements du jour, des manifestations que vous allez organiser, vous, au nom de la France insoumise, mais il y aura aussi le Parti communiste, les écologistes, les organisations de jeunesse, pour donc dire non à ce qui se passe aujourd'hui. Alors, il n'y aura pas le Parti socialiste. Est-ce que ça, c'est un petit peu dommage, vous diriez, quand même, puisque la gauche, c'est un nouveau Front populaire, n'est pas tout à fait unie dans ses marches d'aujourd'hui ?

Celle de Paris aura lieu à la Bastille, je précise.

5:32
Manon Aubry

Moi, ce matin, je vais vous dire, je suis vraiment en colère et je ne décolère pas. Et je crois que cette colère, ce n'est pas uniquement la mienne, c'est celle de millions de Français qui ont voté, qui se sont mobilisés, qui ont souvent voté le cœur noué, qui ont douté, qui ont espéré, et qui, finalement, ont exulté ou qui ont été soulagés après le vote du 9 juillet et le résultat des élections législatives que le nouveau Front populaire a remporté, certes, avec une majorité relative. Et cette mobilisation, elle s'adresse à tous ces gens-là.

Elle s'adresse aussi aux démocrates de notre pays parce que, je vais vous dire, leur résignation, votre résignation, je veux m'adresser à eux, notre résignation collective serait le meilleur cadeau que l'on pourrait faire à Emmanuel Macron.

6:13
Présentateur

C'est quoi l'inverse de la résignation, Manon Aubry ? Qu'est-ce qu'il faut faire, à part descendre dans la rue, renverser le gouvernement ?

6:20
Manon Aubry

Le pire, ce serait de rester les bras croisés face à, quand même, ce qui est un coup de force démocratique. C'est une forme de braquage, de hold-up. Emmanuel Macron a effacé le résultat des élections. Et donc, oui, il faut utiliser tous les outils. La mobilisation dans la rue, 14 heures à Bastille pour les Parisiens. Il y a plus de 150 rassemblements partout en France. À l'Assemblée nationale, nous allons déposer une motion de censure. Nous avons initié une procédure de destitution. Mais on est en tournant de notre histoire. Si les élections ne servent plus à organiser notre société, à canaliser un fait majoritaire, alors à quoi servent-elles ?

6:54
Présentateur

J'allais prolonger votre phrase. Si les élections ne servent plus, dites-vous, alors qu'est-ce qu'il faut faire ? C'est la rue, c'est une autre action qu'il doit commander, puisque vous appelez les électeurs de gauche, notamment que vous considérez floués, à descendre dans la rue. Mais encore une fois, c'est pour quoi faire ? Très concrètement, est-ce que c'est juste une sorte de moteur pour votre action à l'Assemblée ou c'est aussi pour, d'une autre façon, renverser la table ?

7:19
Manon Aubry

Écoutez, là, on est sur un beau site, le site des JO. Et vous le savez, peut-être, je suis une grande fan de sport et j'ai vibré pour les Jeux olympiques tout cet été. Et on est un peu dans une situation, pour prendre une métaphore, comme si Léon Marchand avait gagné son 200 mètres papillon. Et on disait que la médaille d'or était au dernier de la finale. Évidemment que Léon Marchand et tous les amateurs de sport auraient protesté. Le dernier, c'est la droite. On est exactement dans cette situation, puisque les Républicains sont quand même arrivés derniers aux élections isolatives. Ils ont un groupe de 41 députés. Et c'est eux qui, aujourd'hui, ont le poste de Premier ministre.

Le 9 juin dernier, Emmanuel Macron, ce n'est pas l'Assemblée nationale qui l'a dissoute. C'est la démocratie. Alors oui, on ne peut pas rester les bras croisés. Et il faudra utiliser tous les outils, parce qu'on a un tournant de notre histoire.

8:08
Présentateur

Manon, vous le rappeliez, le nouveau Front populaire est arrivé en tête. Mais ce n'était pas une majorité. C'était la plus grande minorité, on va dire. Est-ce que le pays ne penche pas à droite lorsqu'on additionne effectivement le Rassemblement national, la droite, le centre, entre guillemets, macroniste ? Est-ce qu'il n'y a pas aussi, même si LR n'est pas le premier parti, loin sans faux, une réalité politique de la France aujourd'hui plutôt à droite ? C'est ce qu'observent quand même beaucoup de gens.

8:32
Manon Aubry

Moi, ce que j'observe, c'est que le meilleur moyen d'avoir un sentiment de ce qui se passe dans le pays, c'est les élections quand on est des démocrates. Et en l'occurrence, le bloc politique le plus large, c'est celui du nouveau Front populaire. Mais là, vous avez peut-être raison, c'est que si ce gouvernement est nommé de Michel Barnier, c'est avec l'assentiment, le soutien et la bénédiction du Rassemblement national. Et là, les masques tombent. Ce gouvernement, c'est quelque part un gouvernement Macron-Le Pen.

Et on voit très bien que Marine Le Pen, le Rassemblement national, préfère censurer un gouvernement du nouveau Front populaire, qui aurait abrogé la réforme des retraites, qui aurait augmenté le salaire minimum, par exemple, plutôt qu'un gouvernement de Michel Barnier qui va prolonger le macronisme. C'est ça qui est en train de se passer. Et ce gouvernement Macron-Le Pen, il n'a pas de légitimité, y compris dans les urnes. Ce n'est pas ça qui a été présenté aux électeurs en juillet dernier.

9:20
Présentateur

Eh bien, vous l'avez dit ce matin, merci beaucoup, Manon Aubry. Heureux d'équipé, la France Insoumise. Et c'est la suite de Télé Matin après cette courte page de publicité. C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage Société Radio-Canada