Travaux sur la moelle épinière : l’espoir de remarcher
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il nous avait dit ce qui avait changé dans sa vie, - A.-E.Lemoine: J.Bloch, G.Courtine.
Vous êtes respectivement neurochirurgienne et neuroscientifique. Cette innovation, c'est la vôtre. La 1re thérapie de l'histoire de lésions de la moelle épinière qui permet à des patients paralysés de bouger à nouveau les bras, les mains et les jambes.
Un mot sur les images vues dans la Story de Mohamed. Voir un homme, une femme retrouver de la mobilité après des années de paralysie, c'est forcément une immense émotion. - J.Bloch: Pour moi qui suis médecin, qui ait toujours appris qu'après une lésion de la moelle épinière, on restait en chaise roulante, changer de perspective, c'est une émotion.
Et participer à cette aventure, bien sûr. - G.Courtine: J'ai commencé ma carrière avec des petits rats qui étaient paralysés.
Et avoir des hommes qui peuvent bouger leurs jambes paralysées, c'est un grand moment d'émotion. - A.-E.Lemoine: Cette thérapie est efficace, y compris pour des patients qui ont été paralysés longtemps?
La lésion n'a pas besoin d'être récente? - J.Bloch: On a traité plus de 10 patients.
Ils ont tous une lésion qui date de plus d'un an et jusqu'à 15 ans après un accident. On arrive à réactiver les circuits de la moelle épinière plusieurs années après une lésion. - A.-E.Lemoine: Quelle est la mobilité qu'ils récupèrent? - G.Courtine: Il faut calibrer les attentes.
On est loin de guérir, d'avoir une cure. On a des gens qui peuvent tenir debout, qui font des pas. Ils ont besoin d'un déambulateur.
Normalement, depuis 10 ans, ce sont des gens qui étaient coincés dans une chaise roulante. Maintenant, cet homme peut aller debout, entrer dans sa maison le jour de son anniversaire voir son papa. Il lui avait promis qu'il remarcherait. 9 ans après, il arrive à son anniversaire en marchant. - A.-E.Lemoine: Sur le plan psychologique, c'est essentiel, même si la mobilité n'est pas gigantesque.
Les progrès vont continuer à venir. - J.Bloch: Oui, donner de l'espoir.
Ca change le fait de pouvoir se tenir debout face à quelqu'un. Fréquenter des lieux qu'on ne pouvait pas fréquenter en chaise roulante...
C'est vraiment important, psychologiquement, pour la suite. - G.Courtine: Quelque part, on change un peu la perception de la permanence de la paralysie.
Aujourd'hui, ce n'est plus une sentence pour la vie. - A.-E.Lemoine: Quel est le procédé?
L'idée de ce pont digital qui se substitue à la moelle épinière, qui ne transmet pas aux membres inférieurs ou supérieurs les informations du cerveau... - J.Bloch: Après une lésion de la moelle épinière, le cerveau veut communiquer avec les jambes, mais il y a une interruption.
Le but de ce pont digital, c'est avec 2 implants, l'un placé sur le cortex moteur, le cerveau responsable de la mobilité des jambes, et l'autre sur la moelle épinière, responsable de la mobilité des gens, on fait un pont digital pour court-circuiter cette lésion. - A.-E.Lemoine: Cette technologie a aussi des applications pour les malades de Parkinson.
Dans ce cas-là, la moelle épinière n'est pas endommagée. C'est le même procédé? - G.Courtine: On a développé une technologie de stimulation précise de la moelle épinière, qui va aller dialoguer avec cette région qui normalement contrôle les muscles des jambes.
Si le cerveau n'envoie plus les commandes, si on a la maladie de Parkinson, ces informations sont un peu brouillées et on a ces problèmes de marche. On va compenser pour les problèmes du cerveau en stimulant la moelle épinière. - E.Tran Nguyen: Un autre travaille sur le lien entre le cerveau et la machine, c'est E.Musk.
Avec Neuralink...
Il travaille sur un implant placé à l'intérieur du cerveau. Il y a un an, un américain de 29 ans a reçu cette puce. Il peut désormais contrôler un ordinateur par la pensée et jouer aux échecs sans bouger. ... - E.Tran Nguyen: C'est une approche différente.
E.Musk veut contrôler les appareils par la pensée, là où votre approche vise à restaurer le mouvement. Il intègre directement l'implant dans le cerveau, ce que vous vous refusez à faire. - J.Bloch: C'est vrai que nous, on est partis sur une approche qui n'est pas envahissante.
Le patient a un cerveau normal. On veut récolter un signal de son cerveau normal. On a un implant qu'on va poser sur le cerveau, qui va recueillir les signaux du cerveau.
C'est une approche importante pour nous, en tant que neurochirurgiens français. C'est un collègue qui a mis cet implant au point. - G.Courtine: L'approche est différente de celle d'E.Musk.
Il essaye de reconnecter le cerveau avec les ordinateurs. On essaie de réaliser la convergence entre l'intelligence naturelle, l'être humain et l'intelligence de la machine, l'IA pour reprogrammer le système nerveux central et rétablir la motricité. - E.Tran Nguyen: Il y a un problème éthique, avec ce que fait E.Musk? - G.Courtine: Non.
Il essaye aussi d'améliorer le quotidien de gens paralysés, qui ne peuvent plus communiquer avec le monde extérieur. Il suit un angle scientifique médical différent du nôtre. - A.-E.Lemoine: La commercialisation aux Etats-Unis, c'est déjà fait pour les membres supérieurs.
Les membres inférieurs, c'est pour bientôt aux Etats-Unis. Et en France, en Europe? C'est trop cher pour que la France finance ce genre de thérapie?
Car on n'a pas E.Musk ni J.Bezos, que d'ailleurs vous avez rencontré. - G.Courtine: J.Bezos a un angle différent.
Je ne mélangerai pas E.Musk et J.Bezos.
J.Bezos a une approche humanitaire. Il est passionné de technologie.
J'espère qu'on pourra travailler ensemble. Il demande des gens visionnaires. Pour ce qui est des thérapies, leur disponibilité en France, on suit le chemin normal.
Après l'approbation aux Etats-Unis, on cherche l'approbation en Europe. On aura ensuite des discussions avec les autorités sanitaires françaises. - P.Cohen: Vous avez des contacts avec des établissements hospitaliers en France? - J.Bloch: Oui.
En France et dans d'autres pays européens. - G.Courtine: Je pense que dans les 12 prochains mois, on espère que ce soit commercialisé en France.
En France, Garches en particulier, va participer au prochain essai clinique...
Matthieu Bloch