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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 29 décembre 2021 29 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesTravail & emploiImmigration & asileSolidarités & famille

Reprise économique : les chiffres bidonnés de la macronie

Source d'origine 8 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:12OuverteRéponse partielle

    Ces chiffres sont-ils une bonne nouvelle, comme l'affirme Bruno Le Maire ?

  • 3:27OuverteRéponse directe

    Quelles sont les rémunérations des auto-entrepreneurs ?

  • 5:08OuverteRéponse directe

    Quel bilan peut-on faire de l'ubérisation 5 ans après ?

  • 7:58OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que tu penses de la victoire de Gabriel Boric au Chili ?

  • 9:21OuverteRéponse directe

    Quelle leçon peut-on tirer pour la France ?

  • 14:21OuverteRéponse directe

    Que penses-tu de la prévision de Stephen Smith sur l'immigration africaine en Europe ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:55PrésentateurChiffre
    « Plus de 915 000 entreprises ont été créées en 2021. »
  • 1:03PrésentateurChiffre
    « Ces nouvelles entreprises sont pour près de deux tiers sous le régime micro-entrepreneurs. »
  • 3:32InvitéChiffre
    « Il y a à peu près deux tiers qui déclarent un chiffre d'affaires positif, deux tiers. »
  • 3:42InvitéChiffre
    « Sur les deux tiers, quand on regarde le salaire moyen, on est légèrement au-dessus du SMIC. »
  • 8:06PrésentateurFait
    « Gabriel Boric, 35 ans, était à la tête d'une alliance allant du Parti communiste au centre-gauche et l'a remporté à 56% des voix. »
  • 14:32PrésentateurChiffre
    « Stephen Smith, dans son livre La ruée vers l'Europe, avait avancé le chiffre que l'Europe serait peuplée à 25% d'immigrés subsahariens. »
  • 16:49InvitéFait
    « 70% de l'immigration se fait dans d'autres pays africains. »

Temps de parole

  • Invité78 %
  • Présentateur14 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher, le dernier de l'année 2021. Je suis ravie de vous retrouver chaque semaine, comme d'habitude, pour comprendre, analyser, décrypter l'actualité avec Thomas Porcher, surtout pendant cette période présidentielle où nous avons tant besoin de comprendre les discours qui se multiplient autour de nous chaque jour. Au programme aujourd'hui, on revient sur le record de création d'entreprises en 2021, dont se félicite Bruno Le Maire, mais qui masque en fait que ce sont en majorité des micro-entreprises une course vers l'ubérisation. On va comprendre tout ça avec Thomas.

On va également revenir sur la journée internationale des migrants. Qu'est-ce que cache ce mot tant récupéré politiquement ? On analyse tout ça. Et enfin, petit détour au Chili où la grande alliance des gauches a battu l'extrême droite aux élections présidentielles. C'est l'instant Porcher. Après des records en matière de création d'emplois, un nouveau record sur les créations d'entreprises. Plus de 915 000 entreprises ont été créées en 2021. On continue, se félicite Bruno Le Maire, notre ministre de l'économie. A noter, ces nouvelles entreprises sont pour près de deux tiers sous le régime micro-entrepreneurs. Qu'est-ce que ça veut dire ? Courtons vers l'ubérisation ? On va voir ça.

Thomas, tout d'abord, ces chiffres sont-ils une bonne nouvelle, comme l'affirme Bruno Le Maire ?

1:16
Invité

Il faut faire attention parce que là, on a l'impression qu'il y a des créations d'entreprises, ce qui donne une impression de dynamisme de l'économie française. Mais quand on voit, comme tu l'as rappelé, qu'il y a deux tiers de ces créations qui sont des auto-entrepreneurs, pour moi, ça n'indique pas forcément une bonne nouvelle sur la solidité de la reprise économique. Pourquoi ? Parce qu'en fait, il faut bien voir que l'auto-entrepreneuriat, c'est le dernier volet de flexibilité. Je veux dire, il y a les CDD, il y a l'intérim, il y a les stages.

Et puis vraiment, quand vous voulez prendre aucun risque, vous dites à quelqu'un, mets-toi en auto-entrepreneur et comme ça, tu seras payé à la tâche. En fait, c'est ça. Donc, je te paye quand j'ai besoin de toi. Donc, je fais en sorte que tu t'adaptes complètement à la volonté de l'entreprise. Donc, ça indique quoi ? Ça indique pour moi que les entreprises ne sont pas aussi sûres de la reprise, comme l'affirme depuis le début Bruno Le Maire en disant que la reprise va être solide, etc. Même si là, elle vient d'être perturbée, elle va être perturbée probablement par Omicron, par le variant Omicron.

Mais là, on se rend compte que même avant ça, la plupart des entreprises ne sont pas si sûres que ça. Et comme elles ne sont pas sûres, elles ne proposent pas des CDI, elles ne proposent même pas des CDD. Elles vont encore plus loin en demandant aux gens de se mettre en auto-entrepreneur. Et la réalité, c'est ça. C'est que la majorité des gens qui sont en auto-entrepreneur sont dans des secteurs qui ont recours beaucoup à des volets de flexibilité. Alors même qu'il y a une hiérarchie souvent, puisqu'elles ont souvent recours à ces gens-là, une hiérarchie très forte entre le demandeur, c'est-à-dire l'entreprise, et ces gens-là.

Mais bon, comme Macron a théorisé l'ubérisation de l'économie, je pense que c'est quelque chose qui est largement accepté. Maintenant, la bonne nouvelle pour Bruno Le Maire, c'est que quand vous passez de chômeur à auto-entrepreneur, vous sortez des chiffres du chômage. Donc quand vous avez un chiffre du chômage qui est plus faible, vous avez de l'autre côté des créations d'entreprises qui indiquent une forme de dynamisme.

Mais derrière, il y a une lame de fond, pour moi, qui pourrait signifier une forme de précarisation des salariés qui, au lieu d'être salariés en CDI, d'être protégés, deviennent des auto-entrepreneurs d'eux-mêmes, qui n'ont pas de congés payés, etc., et qui bossent en fonction des besoins des entreprises, donc à la tâche.

3:24
Présentateur

– Et justement, tu en parlais, quelles sont les rémunérations des auto-entrepreneurs, justement ?

3:30
Invité

– Les rémunérations, quand on regarde les chiffres, déjà, on voit qu'il y a à peu près deux tiers qui déclarent un chiffre d'affaires positif, deux tiers. Les autres, rien. Sur les deux tiers, quand on regarde le salaire moyen, on est légèrement au-dessus du SMIC. Donc on ne roule pas sur l'or. C'est pour ça que cet auto-entrepreneuriat, il faut vraiment voir l'envers du décor. L'envers du décor, c'est des salaires très faibles, ce n'est pas une solution viable comme le fait de trouver un CDI qui permet aux gens de se projeter dans l'avenir. L'auto-entrepreneuriat, voilà, c'est le dernier volet de flexibilité où on paye les gens à la tâche.

Au final, voilà, il y a deux tiers seulement qui ont un chiffre d'affaires. C'est un peu plus du SMIC. Donc ce n'est pas une solution viable pour les travailleurs. Alors je sais que pendant très longtemps, on a dit que c'était de l'esprit d'entreprise, etc. Macron avait même dit, il y a des gens qui ne trouvent pas un emploi mais qui trouvent des clients. Bon, très bien. Mais de là à en faire une solution viable à long terme pour ces gens-là, je ne crois pas. C'est une situation compliquée avec une pression fiscale forte parce que c'est eux qui payent la fiscalité que souvent les entreprises, les grandes entreprises arrivent à échapper.

Par exemple, Uber a une pression fiscale beaucoup plus faible que les gens qui l'emploient. Et puis, donc c'est une situation extrêmement, on va dire, négative pour le travailleur. Il faut vraiment le rappeler. C'est vraiment la dernière solution qu'on a quand on n'arrive pas à trouver un emploi. Donc moi, je pense que le gouvernement ferait mieux de se focaliser sur les créations d'emplois et de regarder ce qui se passe sur les CDI, qui sont les emplois où vous êtes protégé sur le long terme, plutôt que de se féliciter de la création d'auto-entrepreneurs.

5:03
Présentateur

Tu en parlais justement. L'ubérisation de l'économie avait été théorisée par Macron. Quel bilan peut-on faire de cette aventure 5 ans après ?

5:12
Invité

En fait, il faut toujours rappeler que l'auto-entreprise, l'auto-entrepreneur, c'est quelque chose qui est très fort dans les pays en développement. Dans les pays en développement, vous avez de 30 à 50 % des gens qui sont des auto-entrepreneurs. C'est ça, les pays en développement. Et dans les pays très pauvres, comme le Bangladesh ou certains pays africains, vous avez 70 % de la population qui est auto-entrepreneur. En fait, ce sont des gens qui vivent dans des économies qui n'arrivent pas à leur fournir des emplois parce qu'il n'y a pas des industries développées comme chez nous. Et donc, c'est des gens qui s'inventent eux-mêmes des petits emplois.

Alors, vous allez dans un pays pauvres, vous avez plein de gens qui vont garder des places de parking, des gens qui vont faire la queue pour vous devant des ministères, des gens qui vont porter votre parapluie. Voilà, c'est des auto-entrepreneurs et qui vont avoir, en échange de ça, un petit salaire. Donc, c'est vraiment des emplois faute de mieux. Et c'est ce qui se passe de plus en plus chez nous. Alors que l'économie française, à la base, il faut vraiment le rappeler, 50 % des salariés travaillent dans des entreprises de plus de 250 salariés. Et 30 % d'entre eux, de ces 50 %, travaillent dans des entreprises de plus de 5 000 salariés. Donc, on est loin de la Startup Nation, en réalité.

Donc, le fait de baser, en fait, une économie sur l'ubérisation de l'économie et sur la création des auto-entrepreneurs, en fait, c'est rejoindre, en réalité, dans la structure de l'entreprenariat, ce qui se passe dans les pays en développement. Il ne faut pas confondre les choses. Il y a beaucoup de gens qui ont cru que l'ubérisation de l'économie, c'était la Startup Nation. Mais la Startup Nation, aux États-Unis, il y a eu des investissements publics massifs qui ont permis des innovations publiques, comme le GPS, Internet, etc., qui ont ensuite été repris par des entrepreneurs.

Donc, il y a eu un réel État entrepreneur pour créer des innovations qui a été repris par des grands entrepreneurs qui ont fait les smartphones, etc. Donc, en France, il ne faut pas penser que l'auto-entrepreneuriat arrivera à la Startup Nation. Si Macron veut une Startup Nation, il faut qu'il y ait en amont des investissements d'État très forts pour permettre des innovations. Et donc, là, on est presque dans un processus industriel et pas dans un processus d'auto-entrepreneuriat individuel comme ça, un peu sauvage, qui va se débrouiller de lui-même.

En réalité, l'auto-entrepreneuriat, comme on le vit aujourd'hui, c'est un peu le capitalisme Far West, Western, que l'on voit dans les pays en développement. Donc, je pense que Macron en revient parce que Macron n'entend plus parler trop d'ubérisation de l'économie et de Startup Nation maintenant. Il parle plutôt des territoires, il parle plutôt de plans de relance. Donc, il en est revenu. C'était un concept, en fait, marketing qui a permis à certains de trouver ça bien. Notamment, on a vu beaucoup d'éditos de la presse un peu économique disant que c'était génial.

Mais en réalité, si on regarde les chiffres, il n'y a jamais eu, on va dire, d'innovation et de processus industriels intéressants via l'entrepreneuriat individuel.

7:55
Présentateur

Vous n'êtes sans doute pas passé à côté de la nouvelle. La grande gauche a gagné les élections présidentielles au Chili contre l'extrême droite. Gabriel Boric, 35 ans, était à la tête d'une alliance allant du Parti communiste au centre-gauche et l'a remporté à 56% des voix dans la nuit du dimanche 20 au lundi 21 décembre. Thomas, qu'est-ce que tu penses donc de cette victoire ?

8:16
Invité

Je suis très content parce que, dans cette victoire, c'est quand même un pays particulier, le Chili. C'est un pays qui a expérimenté, qui a été un laboratoire de toutes les politiques libérales. C'est Milton Friedman, avec Pinochet, qui ont mis en place un libéralisme très fort dans ce pays-là. Ce qui fait qu'aujourd'hui, c'est un des pays qui est le plus inégalitaire dans les pays de l'OCDE. Voilà le résultat des politiques libérales. Et qu'on ait un président de gauche qui a fait campagne sur l'État-providence, sur le service public, ça fait plaisir que celui-là arrive à gagner.

En face, on avait quelqu'un d'autre qui était très libéral, libéral, raciste, comme c'est le cas de Trump, de Bolsonaro et d'autres gens qui veulent l'imiter en France. Là, on avait quelqu'un sur une base de l'État-providence, des services publics, qui arrive à gagner avec un tel engouement. Ça fait toujours plaisir. Et c'est ça qu'on doit retenir, je pense, en France.

9:12
Présentateur

Justement, en France, beaucoup se sont empressés de faire des parallèles avec notre pays ou alors qui ont repris espoir dans la gauche. Toi, quelle leçon penses-tu qu'on pourrait tirer ici sur notre élection présidentielle ?

9:23
Invité

Alors, la leçon qu'il faut tirer, je pense, c'est qu'il faut que la gauche reprenne des thèmes vraiment de gauche d'un point de vue économique. C'est-à-dire que la gauche devrait parler de l'État-providence, des services publics, de l'éducation, de la petite enfance, des retraites, des minima sociaux, d'un État-stratège, etc. Des thèmes vraiment de gauche et il faut qu'elle le fasse de manière crédible. Le problème aujourd'hui, c'est que les gens ne croient plus en ce que dit la gauche, parce que la gauche a beaucoup menti d'un point de vue économique. François Hollande, il a dit, mon ennemi, c'est la finance.

Il n'a jamais donné autant d'importance à la finance, notamment avec le CICE, puisque le CICE a fini beaucoup chez les actionnaires. Il a dit, je ne baisserai pas les dotations aux collectivités locales deux ans après, il les a baissées. Il a fait un programme beaucoup plus à droite dans la deuxième partie de son quinquennat que M. Sarkozy. Donc aujourd'hui, quand quelqu'un de gauche vous dit, moi je vais faire ça, tel changement, tel changement, tel changement, plus personne ne pense qu'ils sont crédibles. Pourquoi ? Parce qu'en fait, ils n'ont rien changé sur l'économie et ils ont souvent compensé cette faiblesse-là par du sociétal.

Or, les deux doivent être aussi importants l'un que l'autre. Le sociétal est très important, mais l'économique est extrêmement importante. Parce que souvent, l'économique, quand vous ne le gérez pas, se charge en fait du sociétal. Vous pouvez nous parler d'égalité hommes-femmes. Si vous passez une loi travail, vous tapez les femmes. Vous voyez, quand vous mettez des moyens en moins sur les transports, notamment les transports d'Île-de-France, vous tapez les gens les plus pauvres, qui sont des gens plutôt d'origine étrangère. Donc, vous voyez, l'économique se charge en fait du sociétal.

Aujourd'hui, vous avez des écoles aux États-Unis où vous n'avez que des gens afro-américains et de l'autre que des gens blancs, alors qu'il n'y a plus de ségrégation. C'est l'économique qui a fait en fait que, dans les quartiers pauvres, vous n'avez que des afro-américains et dans d'autres quartiers riches, vous n'avez que des gens à peau blanche. Donc, l'économique se chargera des questions sociétales quoi qu'il arrive. Donc, il faut régler cette question économique. Et pour ça, il faut avoir un programme très crédible.

Donc, moi, je pense que la gauche aujourd'hui, plutôt que de parler de ce qui se passe à 20 000 kilomètres, de faire des incantations humanistes qui sont rassurantes et qui font du bien dans le discours délétère actuel que l'on a, mais qui ne changeront pas la vie des gens qui sont ici et qui souffrent, elle ferait mieux de réinvestir le champ de l'État et de la question des services publics. Je fais une petite parenthèse aussi pour dire que là, ce qui va se passer au Chili, il va falloir que, et je l'espère, une grosse partie de la France et de la gauche française soutiennent le nouveau président. Parce que ça est très difficile.

Vous savez, quand vous avez un système libéral qui s'est installé, dès que vous arrivez avec des réformes de gauche, vous avez les cours en bourse qui baissent, c'est déjà le cas. Enfin, les cours en bourse s'inquiètent, donc ça baisse. À partir du moment où la bourse baisse, ça se répercute souvent sur les entreprises qui disent « Ouh là là, on a très peur, donc on ne va pas employer », et ainsi de suite. Donc, il va falloir tenir bon. Parce que quand vous êtes un pays communiste, comme c'était le cas à l'époque en URSS, que vous passez du communisme au capitalisme, là, c'est très dur pour les populations.

Je veux dire, il y a eu une décennie très très dure dans ces pays-là, où des gens ont été très pauvres. Mais vous n'avez pas de problème avec la bourse, vous n'avez pas de problème avec des financements, les banques vous prêtent de l'argent, parce que c'est des réformes qui vont, on va dire, du bon côté des choses pour le capital financier. Ça part d'une société étatique à une société libérale. Quand c'est l'inverse, quand vous avez une société libérale qui est là, et que vous faites marche arrière pour avoir un État-providence, des retraites publiques, etc., c'est ce qu'il va faire. Là, vous avez le capital qui est très fâché et qui attaque. Donc, il va falloir tenir bon.

Il va falloir tenir bon, il va falloir faire pression sur tout le monde pour qu'il y ait des financements, etc., pour que l'économie continue à fonctionner normalement. Et aujourd'hui, même si demain, pour faire le parler avec la France, vous avez des gens de gauche qui arrivent au pouvoir, il y aura des perturbations dans un premier temps, parce que le capital va se dire, « Oh là là, les bourses vont s'inquiéter, etc. » Mais il va falloir tenir bon, parce que c'est obligatoire. On sera obligé de passer par cette phase, on va dire, un petit peu de perturbation. On va aller voir se confronter avec l'Europe.

On va aller devoir faire un certain nombre de réformes qui ne profitent pas au modèle libéral et au capitalisme financier et qui va se faire ressentir par des cours d'action qui baissent. Mais tout ça est provisoire. Donc j'espère, moi, que la gauche française et même la gauche mondiale soutiendra le Chili dans ses réformes pour un meilleur modèle social, parce qu'in fine, c'est les populations qui profitent de ça.

13:57
Présentateur

Le samedi 18 décembre, c'était la journée internationale des migrants. On a décidé d'y revenir aujourd'hui avec Thomas. Ce mot qui cache 280 millions de personnes dans le monde est balotté, réutilisé et fait sans cesse objet de récupération politique monstre aux mensonges et drames exorbitants. Il est bon, en période présidentielle, qui plus est, de se poser et faire un point afin de chasser les idées reçues. Thomas, le fantasme de l'invasion des migrants est souvent agité par les politiques du centre jusqu'à l'extrême droite. On se souvient que Stephen Smith, dans son livre La ruée vers l'Europe, avait avancé le chiffre que l'Europe serait peuplée à 25% d'immigrés subsahariens.

Que penses-tu, toi, de cette prévision ?

14:38
Invité

Alors déjà, il faut rappeler que cette prévision, elle a eu un écho majeur chez beaucoup de politiques allant du centre, Macron, qui a félicité quand même ce livre, Manuel Valls, allant jusqu'à l'extrême droite, Marine Le Pen. Donc il faut vraiment se rappeler, on va dire, à la peur qui est à l'intérieur de ces politiques, de se dire qu'en 2050, il risque d'y avoir 25% de l'Europe qui soit peuplée de personnes d'origine africaine. Parce qu'en fait, la peur, elle vient de là. Si on vous dit que l'Europe est peuplée de 25% d'Américains ou 25% d'autres, on vous dirait, il n'y a pas de souci. Mais là, comme ça vient d'Afrique, il y avait une peur.

Bon, mais il faut rappeler que cette prévision, alors déjà, qui est M. Stephen Smith ? Bon, c'est un essayiste, ce n'est pas un chercheur, ce n'est pas un universitaire. Donc il a fait des prévisions comme ça, de coin de table, il sort un grand chiffre, tout le monde applaudit, sans qu'il y ait un débat sur la manière dont ont été faits ces prévisions. C'est ça qui est important. Parce qu'il y a d'autres gens qui ont fait, qui ont repris ce qu'il avait fait comme prévision et qui ont refait des prévisions beaucoup plus sérieuses. Il y a M.

Héran, qui est professeur au Collège de France, qui a refait la même prévision dans une revue académique, donc corrigée par des pairs, ce qui n'est pas le cas de lui. Il lui fait une prévision, personne ne corrige, il la sort dans un livre et tout le monde applaudit. Quand vous faites ça dans une revue académique, vous avez quand même des pairs qui regardent vos prévisions. Ça ne veut pas dire que c'est juste à 100%, mais vous avez quand même, on va dire, une validation supplémentaire. Et M. Héran a fait cette prévision, et lui, il arrive en 2050, avec une prévision cinq fois plus faible que celle de M. Smith.

Il dit qu'en 2050, il y aura 4% de la population, 4%, on passe de 25% à 4%, vous vous rendez compte, 4% de la population européenne qui sera d'origine africaine. Il arrive à ça. Donc, on est loin de l'invasion, entre guillemets, prônée, et donc, ça alimente toutes les théories du grand remplacement, de M. Smith. Et en fait, pourquoi il arrive à ces 4% ? Parce qu'il y a une chose que tout le monde connaît, quand on analyse un petit peu les flux migratoires, c'est que les migrations se font principalement dans les pays pauvres.

Vous savez, quand un Africain, il immigre, peut-être que dans sa tête, son rêve, c'est d'aller en Europe parce qu'il y a plus d'emplois, l'économie est plus solide, etc. Mais dans la majorité des cas, il immigre dans un autre pays africain. Donc, 70% de l'immigration se fait dans d'autres pays africains. C'est la réalité des faits. Et M. Smith ne t'est pas compte de cette réalité. Donc, vous voyez, moi, je pense que ce qui a été révélateur avec ce livre, qui n'est pas d'un grand chercheur, qui a une prévision catastrophiste, c'est qu'on a vu, en fait, que pour beaucoup de gens, la question de l'immigration, en fait, c'est une question africaine uniquement.

Et que l'immigration est un problème quand elle est africaine. Et c'est ça qu'il faut rappeler. Et c'est ça que cette prévision, en fait, a montré. Et que des gens du centre la félicitent, comme des gens de l'extrême droite, veut dire que dans les esprits, il y a clairement une convergence, en fait, de pensées sur le fait que ce soit un problème. Vous voyez ? Et la réalité des faits, c'est que ce livre a eu plein de prix, prix géopolitique, c'est-à-dire plein de prix. Vous voyez ? Alors même que toutes les études scientifiques montraient que ce chiffre était faux. Donc, ça révèle quand même un état d'esprit un peu particulier chez nous.

17:56
Présentateur

Et aujourd'hui, c'est quoi, du coup, les causes de l'immigration ?

18:00
Invité

Il y a deux causes, en fait. Il y a la première, c'est les guerres. Ça, c'est que c'est... Alors, c'est plutôt... c'est plus aléatoire, même s'il y a beaucoup de conflits dans le monde, mais c'est quand même plus aléatoire que l'autre question, qui est une question économique, qui est là un vrai problème structurel. C'est-à-dire qu'il y a un certain nombre de jeunes dans le monde qui n'arrivent pas à avoir, à se projeter dans l'avenir, d'un point de vue économique, dans leur pays. Et donc, ils sont contraints à fuir pour aller chercher un emploi. Et c'est pour ça que parfois, ils fuient juste dans des pays à côté où il y a un peu plus de possibilités.

Même en Europe, les jeunes qui ont dû quitter leur pays, ce sont que des jeunes qui étaient dans des pays qui ont eu des contraintes économiques fortes. Par exemple, là, les plus grandes migrations, au début, venaient de l'Europe de l'Est, des pays plus pauvres qui ont migré vers l'Europe de l'Ouest. Puis, récemment, c'est surtout les jeunes Grecs. Comme les jeunes Grecs voient qu'il y a très peu de débouchés en termes économiques dans leur pays, notamment avec tout ce qui a été imposé par la Troïka en Grèce, il y a beaucoup de jeunes Grecs qui ont fui en Europe de l'Ouest.

Alors même quand vous les interrogiez, ils vous disaient qu'eux, ils veulent avoir un avenir dans leur pays, qu'ils adorent leur pays, mais qu'il n'y a pas d'emploi. Et donc, ils vont être contraints de migrer dans d'autres pays. Et bien, ce qui se passe aujourd'hui à une plus petite échelle en Europe se passe en réalité partout dans le monde. Vous avez, par exemple en Afrique, énormément de pays où la jeunesse n'arrive pas à trouver un emploi. Pourquoi elle n'arrive pas à trouver un emploi ? Tout simplement parce que ces pays n'ont pas d'industrie pour les employer. D'accord ? Et pourquoi ils n'ont pas d'industrie ?

Parce que vous savez, quand vous êtes en France, que vous voulez, je ne sais pas moi, relancer l'industrie, vous faites un plan de relance à 30 milliards comme Macron. Pourquoi il peut les faire Macron les 30 milliards comme ça ? Parce qu'on est la France, un pays riche, on appelle les banques, on emprunte de l'argent, et les banques nous empruntent de l'argent, peut investir dans l'industrie. Quand vous êtes un pays africain, que vous demandez à emprunter de l'argent pour créer une industrie et donc créer des emplois, on vous raccroche au nid. On ne vous prête pas d'argent.

Quand vous ne vous prête pas d'argent, vous vous retournez vers ce qu'on appelle le prêteur de dernier recours, qui est le FMI. Le FMI veut vous prêter de l'argent, mais il vous le prête en échange d'un certain nombre de réformes imposées, comme c'était le cas en Grèce. Et une des premières réformes imposées, c'est de se spécialiser dans les biens à l'export, donc dans des biens qui profiteront à d'autres pays. Et en plus de donner ces matières premières à des entreprises privées. Or, quand vous êtes un pays pauvre et que vous n'avez pas d'entreprise privée, quelle entreprise privée va exporter votre pétrole ? C'est des entreprises multinationales étrangères.

Donc, vous vous concentrez sur un bien à l'export qui profitera d'autres pays, qui sera exploité par des sociétés privées que vous n'avez pas, qui viennent d'autres pays. Donc, ils ramènent leurs employés. Total ramène... Donc, comment vous voulez créer des emplois pour la jeunesse de ces pays-là ? Donc, aujourd'hui, les contraintes économiques empêchent un certain nombre de jeunes africains d'envisager un avenir parce que leur économie ne crée pas d'emplois. Elles ne créent pas d'emplois parce qu'il y a des contraintes économiques. Je ne parle même pas du France CFA qui sont d'autres contraintes aussi importantes.

Mais il y a des contraintes économiques qui les empêchent de créer ces industries-là. Donc, si un jour, on veut régler ce problème des migrations, parce que les migrations se font tout le temps dans la douleur, il ne faut jamais l'oublier. même quand elles se font, on va dire, de manière légale, elles se font dans la douleur. C'est-à-dire que quand vous êtes obligés de quitter votre famille pour aller travailler à 2000 kilomètres, comme c'est le cas des jeunes grecs, ou même comme ça peut être le cas parfois de certains travailleurs africains, eh bien, c'est un problème, c'est triste, parce que vous vais sans votre famille, etc.

Donc, pour qu'aujourd'hui, on puisse garantir un avenir à cette jeunesse africaine, il faut absolument changer le modèle économique de ces pays pauvres. Et c'est ça, en fait, que nous révèlent aujourd'hui tous les drames que l'on voit de la Méditerranée, en fait. Je veux dire, ce n'est pas moi qui l'avais dit, c'était un député italien, Jean Léonard Toidi, qui avait dit une fois, suite à un drame à Lampedusa, qu'il avait dit, en fait, vous savez, dans tous ces drames, on ferme les yeux, on ferme les yeux sur notre modèle économique, sur l'échange inégal qu'il y a avec les pays pauvres et qui fait qu'en fait, aujourd'hui, ces gens sont forcés à fuir.

Donc, tant qu'on n'ouvrira pas les yeux sur ce modèle-là, on ne réglera pas la question de l'immigration, de ce qui pousse ces jeunes à migrer vers d'autres pays.

22:16
Présentateur

Comment tu expliques aujourd'hui que la question de l'immigration soit aussi inquiétante pour une partie de la population ?

22:22
Invité

La première chose, c'est la perception de l'immigration. Quand on interroge des gens, on regarde l'immigration telle qu'elle est, le sol migratoire, ce n'est pas l'explosion qu'on nous dit. C'est faux. Ça a légèrement augmenté, mais ce n'est pas l'explosion qu'on nous dit. Mais la perception de l'immigration est souvent trois, quatre fois plus élevée que ce qu'est l'immigration réelle. Pourquoi ? Parce que la France a changé. La France a changé. Vous avez aujourd'hui des Français qui ont des origines étrangères. Mais ils sont Français. Mais pour beaucoup de gens, dans la perception, ils ne sont pas Français.

Donc, beaucoup de partis d'extrême droite jouent avec cette confusion en disant, voilà, pour eux, être Français, c'est être blanc. Alors qu'on peut être Français et ne pas être blanc. C'est ça, la réalité des faits. Donc, il y a ce problème de perception. Mais après, il y a des sondages qui montraient que la question de l'immigration est plus liée à une question économique. Et là, je reviens là-dessus. C'est-à-dire qu'il y a sept Français sur dix qui disent, qui pensent que la France n'a plus les moyens d'accueillir des immigrés. Donc, c'est une question de moyens. Ce n'est pas une question de racisme crasse, comme il y en a encore une partie. Mais qui n'est pas que ça.

Une grosse partie se disent, bon, OK, et comment peut arriver ce sentiment, en fait, de se dire, moi, ça ne me dérange pas particulièrement. Je vis dans un endroit où je ne vois pas forcément une forte immigration. Mais j'estime que la France n'a plus les moyens. Donc, je fais partie de ces sept gens sur dix qui l'estiment. Comment on arrive à ça ? C'est très simple, en fait. Quand ça fait des années que vous avez une modération salariale, parce que ça profite aux actionnaires. Quand ça fait des années, vous avez eu des crises successives, crise de 2008, et vous avez 1,5 million de chômeurs en plus.

Quand ça fait des années qu'on supprime des lits, 70 000 lits en moins à l'hôpital, qu'on supprime des services publics, des maternités, etc., dans les régions et dans les territoires, que vous demandez une place en crèche, qu'on vous dit qu'il n'y a pas de place, que vous demandez un HLM et vous dites, il n'y en a plus, que vous prenez un rendez-vous avec le médecin, vous attendez un an. Dans ces conditions-là, c'est très difficile de vous dire, ah ben oui, on a la capacité financière, mais il ne faut pas se tromper d'ennemis. Il ne faut pas se tromper d'ennemis. Ce n'est pas les immigrés qui ont supprimé 70 000 lits à l'hôpital.

Ce n'est pas les immigrés qui ont fait qu'il y a de la modération salariale. Ce n'est pas les immigrés qui ont fait qu'il y a eu 1,5 million de chômeurs en plus après la crise de 2008. C'est le capitalisme financier qui a fait tout ça. Et donc, en réalité, le combat que devraient mener ces gens qui ont l'impression qu'il y a de moins en moins de moyens autour d'eux, c'est un combat sur le modèle économique. Et aujourd'hui, les gens de gauche ne devraient parler que de ça. Comme d'ailleurs le leader au Chili. Ils ne devraient parler que de ça. Ils ne devraient pas parler comme l'a fait Valls ou comme l'a fait Montebourg de ces questions en allant sur le registre de l'extrême droite.

Ils devraient recentrer le débat là où il faut le recentrer. Parce qu'aujourd'hui, la casse du service public, ce n'est pas les immigrés qui l'ont causé, c'est nos décideurs qui sont soumis à une idéologie libérale.

25:19
Présentateur

Merci Thomas. Avant de conclure ce dernier épisode de l'instant emporché de l'année 2021, je vous rappelle donc que le média est dans sa campagne de dons de fin d'année qui conditionne sa survie. Nous avons besoin de vous, notre audience, pour assurer une information indépendante, sans pub ni actionnaire. Rendez-vous sur lemediatv.fr slash soutien. Merci à vous. On attend vos partages, vos petits pouces en l'air sous la vidéo. Merci à vous d'avoir suivi cet instant emporché pour toujours mieux comprendre ce qui se passe autour de nous. Je vous souhaite de très belles fêtes. Spectateurs, abonnés, donateurs et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine en 2022.

25:52
Locuteur 9

4 ans, cela va bientôt faire 4 ans que le média existe. Grâce à vous, grâce à votre enthousiasme, 4 ans que nous suivons les mouvements sociaux et documentons les luttes contre la Macronie pour la justice sociale et climatique. 4 ans que nous enquêtons sur l'évasion fiscale, sur les violences policières ou encore sur les scandales en France-Afrique.

26:21
Locuteur 5

Le 1er mai dernier, nous sommes devenus la première société coopérative audiovisuelle de France. Portée par environ 8 000 sociaux, plus de 12 000 donateurs et 600 000 abonnés sur YouTube, nous sommes toujours là. Nous sommes là et nous avons de nouveaux projets, de nouvelles ambitions pour les prochains mois. Depuis septembre, nous vous proposons une nouvelle émission, la Contre-Matinale, une quotidienne alternative diffusée en audio et en vidéo du lundi au vendredi. Nous vous y donnons la parole à travers la rubrique La Minute Citoyenne.

26:51
Locuteur 1

J'aurais voulu commenter la phrase de M. Blanquer de la semaine dernière.

26:55
Locuteur 8

Pour moi, l'un des gros problèmes en Guadeloupe, c'est quand même l'absence de restabilité de l'État.

27:00
Locuteur 7

Les 208 salariés sont dehors. Voilà, fermez-le de cycle. Le combat, on ne le lâche pas

27:05
Invité

et on est là. Justement, aujourd'hui, pour ça. Nous recevons des syndicalistes, celles et ceux qui luttent pour un monde plus juste. Face aux médias, des puissants invitent de buzz et de polémiques. Face à la dérive droitière des médias audiovisuels mainstream qui participent à un narratif complaisant favorisant la fascisation de notre société.

27:24
Présentateur

Nous avons donné la parole à des femmes et des hommes dont l'opinion est marginalisée, à des analystes engagés au service du progrès social, à des travailleuses et travailleurs subissant avec violence l'ordre néolibéral, à des citoyennes et citoyens subissant dans leur esprit et leur chair l'ordre autoritaire en marche.

27:40
Locuteur 6

Nous avions promis, nous l'avons fait, grâce à votre soutien. Vous nous avez permis de lancer la contre-matinale du Média à un moment dont l'objectif est de raconter autrement la présidentielle qui vient.

27:50
Locuteur 7

En janvier, nous voulons accélérer, nous voulons héberger, au siège du Média, un véritable quartier général de campagne. Un QG dans lequel vous retrouverez les journalistes et les chroniqueurs que vous connaissez déjà, mais qui rejoindront, si vous nous en donnez les moyens, les talents dont nous avons besoin pour raconter cette séquence de notre vie politique nationale de manière radicalement alternative.

28:08
Invité

Une campagne électorale coûte cher. Elle coûte cher aux politiques, mais aussi aux médias qui la couvrent. Donnez-nous les moyens de continuer de raconter autrement les échéances qui viennent. Offrez-vous une autre vision médiatique de notre quotidien.

Reprise économique : les chiffres bidonnés de la macronie · Pourquijevote