Message du Président Emmanuel Macron à l'occasion de la COP 15 contre la désertification, à Abidjan
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« Chaque année, près de 12 millions d'hectares de terres sont dégradés. »
- 1:15Emmanuel MacronChiffre
« La désertification a le visage de plus de 3,2 milliards de personnes qui vivent sur des terres dégradées partout dans le monde. »
- 3:30Emmanuel MacronChiffre
« Nous aurons une crise alimentaire dramatique d'ici 12 à 18 mois. »
- 5:00Emmanuel MacronPromesse
« J'ai lancé l'an dernier, aux côtés de plusieurs d'entre vous, l'accélérateur de la Grande Muraille verte. »
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Monsieur le président de la République de Côte d'Ivoire, cher Alassane, Mesdames et Messieurs les chefs d'État et de Gouvernement, très chers amis. D'abord, un très grand merci pour cette invitation. Il était important pour moi de pouvoir partager avec vous quelques mots, sur un sujet qui touche la France comme l'ensemble de la communauté internationale.
La désertification et la dégradation des terres n'ont, en effet, pas de frontières. Chaque année, près de 12 millions d'hectares de terres sont dégradés. Si le continent africain est particulièrement touché, toutes les régions du monde sont affectées, directement ou indirectement, de l'Asie orientale à l'Amérique, en passant par l'Europe.
La désertification a le visage de plus de 3,2 milliards de personnes qui vivent sur des terres dégradées partout dans le monde, ces femmes et ces hommes qui doivent lutter contre des sécheresses plus nombreuses, plus intenses, contre des tempêtes de sable et de poussière aggravées par le changement climatique, et la perte de biodiversité. Parce que cette crise concerne les populations rurales parmi les plus vulnérables, qu'elle se combine avec les difficultés actuelles et menace structurellement notre souveraineté alimentaire, au nord comme au sud, il y a urgence à agir. Des sols en mauvaise santé, une production agricole en baisse, une moindre résilience aux sécheresses, voici le cocktail explosif qui menace les populations rurales, nourrit les conflits, les flux migratoires, le travail précaire ou clandestin, et les pires déstabilisations régionales et internationales.
Face à ces drames qui nous concernent tous, les échanges d'aujourd'hui doivent nous conduire à nous ressaisir et retrouver le chemin de l'ambition, 30 ans après le sommet de Rio. La protection de notre planète nécessite de lutter simultanément contre la désertification, le changement climatique et la perte de biodiversité, et de créer davantage de synergies entre les trois conventions de Rio car tout est lié. En tant que chefs d'État et de Gouvernement, nous avons le devoir de prendre en compte ce triptyque dans l'ensemble de nos politiques publiques.
La mobilisation de tous les acteurs publics et privés, en particulier entreprises, bailleurs, sociétés civiles, au niveau national et international, est absolument capitale. À ce titre, je salue le Business Forum qui se tiendra durant cette COP car, pour lutter contre la désertification, les solutions doivent avant tout venir du terrain. Pour réussir et réparer la planète et ses sols, nous devons accorder une place plus importante aux agriculteurs, aux populations rurales et aux peuples autochtones qui sont en première ligne.
C'est cette méthode, celle des synergies et du travail partenarial, que j'ai voulu que la France adopte face à la lutte contre la désertification. Dans cet esprit, j'ai lancé l'an dernier, aux côtés de plusieurs d'entre vous, l'accélérateur de la Grande Muraille verte, exemple de coopération régionale, et je salue votre engagement qui a permis d'ores et déjà d'utiliser 50 % des 16 milliards d'euros que les bailleurs ont annoncés. Poursuivre les efforts sera essentiel pour atteindre nos objectifs d'ici 2030.
Il s'agit de faire naître des projets très concrets qui illustrent cette Grande Muraille verte, comme l'Initiative Protéines végétales, qui doit permettre de produire de manière durable sur le continent africain les protéines destinées à l'alimentation humaine et animale, essentielles pour assurer la sécurité alimentaire, et que nous avons lancée lors du sommet entre l'Union africaine et l'Union européenne en février dernier. Car nous avons cette ambition, sans doute immodeste mais essentielle, qui est d'agir en même temps sur le plan écologique, sur le développement économique et humain, et sur la sécurité et la souveraineté alimentaires. Ces agendas sont convergents et se renforcent les uns les autres.
Ce dernier enjeu de la sécurité et de la souveraineté alimentaires est rendu d'autant plus urgent, évidemment, par la guerre lancée par la Russie en Ukraine. Les prix des denrées s'envolent. D'ores et déjà, les crises alimentaires commencent et nous aurons une crise alimentaire dramatique d'ici 12 à 18 mois.
Face à cela, une action efficace, multilatérale et solidaire est indispensable. C'est le sens de l'initiative FARM que nous portons avec le président de l'Union africaine, le Président Macky Sall, avec le soutien d'organisations internationales comme le PAM, le FIDA et l'OMC, pour apporter des réponses opérationnelles, de court mais aussi de moyen et long terme, à cette crise. Notre objectif reste le même : investir ensemble dans une transition agricole et écologique durable qui nourrisse les peuples, leur assure aussi un avenir économique et permette le développement des zones rurales qui souffrent encore trop souvent de l'absence de services essentiels comme l'accès à l'eau et à l'énergie, qui seront absolument déterminants pour accompagner les projets de restauration des sols.
C'est aussi l'ambition des dirigeants des pays de la Cédéao, que je salue, car ils viennent d'adopter une stratégie régionale qui doit leur permettre de faire face au réchauffement climatique lors des dix prochaines années, en répondant aux enjeux de déforestation et de désertification. Nous le savons tous, pour respecter l'Accord de Paris, il faudra restaurer nos terres partout. Ce sont des fabuleux puits de carbone, et des sols en bonne santé sont aussi plus résistants face aux conséquences du climat dans cette région qui est déjà si durement touchée par les sécheresses.
En Afrique, le potentiel est immense, et nous devons désormais nous doter clairement d'une stratégie pour investir dans nos sols durablement, à travers des outils innovants comme le fonds Land Degradation Neutrality ( LDN ). Enfin, je voulais souligner le lancement du programme Héritage, Legacy Program comme on dit en bon français, porté par le président Alassane Ouattara. Votre ambition de développer des chaînes de valeur durable, tout en protégeant et en restaurant les forêts et les terres, répond pleinement à la stratégie que je porte également, en France et pour l'Europe, celle de mettre un terme à la déforestation importée d'ici 2030.
Pour conclure, nos actions et vos actions démontrent que la désertification et la dégradation des terres ne sont pas une fatalité. Ces crises ne sont pas irréversibles et des solutions existent. À nous de continuer à avancer ensemble à tous les niveaux et en accordant une place centrale à chacun, notamment aux femmes et aux jeunes générations qui prendront la suite de cet élan.
Pour protéger ces terres que nous partageons, sur lesquelles nous habitons, dont nous avons hérité, sur lesquelles nous travaillons, qui nous nourrissent et que nous aurons à céder à nos enfants, il nous faut relever ces défis. Merci à toutes et tous. Je vous souhaite de très bons travaux, à toutes les parties prenantes de cette conférence.
J'espère surtout très vite vous retrouver physiquement et continuer à agir à vos côtés, sur cet agenda comme sur de nombreux autres. Avec toute mon amitié.
Emmanuel Macron