La commission d'enquête sur l'audiovisuel public, un exercice démocratique ?
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Questions et réponses
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Bonjour Étienne.
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La commission d'enquête sur la neutralité et le financement de l'audiovisuel public a approuvé hier la publication du rapport du député Charles Alloncle.
- 2:12OuverteRéponse directe
Un mot sur les auditions.
- 3:11OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il s'agit d'une démonstration de force de la droite en France et d'un coup politique pour le RN ?
- 4:27OuverteRéponse directe
Charles Alloncle préconise une vague d'économie dans l'audiovisuel public. Est-ce qu'il fallait dégraisser le mammouth ?
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Quel est le rôle de l'audiovisuel public ? Est-ce un outil de communication ou éditorial ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Le document dont le contenu a fuité en partie propose près de 80 mesures dont certaines très contestées comme la suppression de chaînes ou une vaste réorganisation de l'audiovisuel public. »
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« Si on détruit l'audiovisuel public, si on lui retire ses moyens, il va y avoir une manne publicitaire qui va se réduire considérablement pour les grands groupes comme M6, STF1. »
- 2:57Locuteur non identifiéFait
« Il y a eu une mise en scène sur les réseaux sociaux incroyables avec des extraits qui ont été en général séparés, découpés, mis en scène au profit de Charles Aloncle. »
- 4:57InvitéFait
« Autre proposition, la fusion de France 2 et de France 5 au profit d'une grande chaîne généraliste et la suppression de la radio Le Mouve. »
- 10:29InvitéFait
« Charles Aloncle propose de soumettre les figures de la télévision et de la radio publique à une stricte neutralité et de revenir à la nomination des dirigeants de France Télévisions et à Radio France par l'Elysée. »
- 13:26InvitéChiffre
« Ces propositions permettraient de dégager un milliard d'euros d'économie, d'après les calculs de Charles Aloncle. »
- 13:30InvitéFait
« Cette somme pourrait donc, dans la foulée, servir à l'entretien du patrimoine de l'État et au désendettement du pays. »
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. RCF Notre-Dame Bonjour Étienne. Bonjour Pierre-Hugues, bonjour à tous. La commission d'enquête sur la neutralité et le financement de l'audiovisuel public a approuvé hier la publication du rapport du député Charles Alloncle, rapport qui sera diffusé le 4 mai.
Oui Pierre-Hugues, ce rapport de près de 400 pages a été rédigé après 4 mois d'audition sous haute tension. Il inclura un avant-propos du président de la commission, le député Horizon Jérémy Patrier-Lettus et des contributions des groupes politiques. Le document dont le contenu a fuité en partie propose près de 80 mesures dont certaines très contestées comme la suppression de chaînes ou une vaste réorganisation de l'audiovisuel public. C'est donc l'épilogue de presque 5 mois d'audition souvent très tendu.
Et pour en parler ce matin, Étienne Boursovet, Philippe Moreau-Chevrolet, président de l'agence de conseil en communication des dirigeants MCBG Conseil, professeur de communication politique à Sciences Po. Philippe Moreau-Chevrolet, bonjour.
Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur RCF Notre-Dame. Ce rapport présente un dilemme. S'il n'avait pas été diffusé, on aurait pu reprocher aux députés de vouloir cacher des choses, une faute démocratique disent certains. Il va être diffusé, certains députés s'inquiètent de l'avenir de l'audiovisuel public. C'est un totem intouchable l'audiovisuel public. Philippe Moreau-Chevrolet.
Il y a plusieurs batailles en réalité autour de ce rapport. Il y a d'abord une bataille effectivement politique droite-gauche. Ça fait des années maintenant que la droite reproche au fond à l'audiovisuel public d'être progressiste, de véhiculer des idées de gauche. Donc il y a une vraie bataille de fond là-dessus qui culmine avec cette commission d'enquête et ce rapport. Et puis la deuxième bataille, elle est économique, c'est-à-dire que si on détruit l'audiovisuel public, si on lui retire ses moyens, il va y avoir une manne publicitaire qui va se réduire considérablement pour les grands groupes comme M6, STF1, ce qui pourrait bénéficier à des plus petits acteurs de la TNT notamment.
Donc il y aurait une égalisation du jeu. Donc je pense que c'est les deux qui sont recherchés. Il y a des moyens idéologiques et puis il y a des moyens économiques.
Un mot sur les auditions. On reviendra en détail sur ce que vous venez de dire. Des centaines d'heures, très souvent à couteau tiré, notamment avec des visages connus comme l'animateur Nagui ou encore la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte. On n'est plus à peu habitués à voir des stars dans les commissions d'enquête à l'Assemblée nationale. Est-ce qu'on en a fait une série de télé-réalité ?
Alors complètement, ça a été mis en scène sur les réseaux sociaux, notamment par les réseaux proches du RN. Parce qu'au fond, tout ça a aussi une interprétation possible qui est une rampe de lancement pour le programme culturel du RN et de l'UDR, qui est son allié pour 2027. Il y a eu une mise en scène sur les réseaux sociaux incroyables avec des extraits qui ont été en général séparés, découpés, mis en scène au profit de Charles Aloncle, le plus souvent, qui est le rapporteur et qui est aussi, disons, une figure proche du RN aujourd'hui, qui ont été mis en scène justement pour se servir de ces stars, pour faire connaître, véhiculer ce programme culturel qui est assez proche de celui du RN.
Alors en cela, est-ce que vous pensez qu'il s'agit d'une démonstration de force de la droite en France et d'un coup politique pour le RN en particulier et ses alliés ?
Absolument, c'est une démonstration de force de l'extrême droite en France. C'est la puissance qu'elle a prise aujourd'hui, puissance culturelle, réelle. Et c'est très symbolique que ça commence justement par les médias. C'est aussi une bonne manière d'introduire les choses pour l'extrême droite parce que c'est très… C'est sur le terrain de la com'. Donc quand on a des gens comme Nagui qui viennent au fond parler tout de suite, c'est repris très très fortement. C'est une caisse de résonance formidable.
Et oui, c'est un très bon coup de com' de l'extrême droite avant la présidentielle qui essaie de prendre le contrôle un petit peu de la droite d'être un peu le chevalier blanc de la droite et donc de rallier les conservateurs à lui. Et c'est une bonne manière de faire aussi parce que c'est un vieux combat de la droite. C'est un paradoxe absolu historiquement. Pourquoi ? Parce que c'est la gauche qui, souvenez-vous, a permis les radios libres dans les années 80. Et c'est aussi Mitterrand à l'époque qui a voulu la privatisation de l'audiovisuel. Donc on est dans un combat à front renversé en quelque sorte.
Philippe Moreau-Chevrolet, merci d'être avec nous. Professeur de communication politique à Sciences Po, merci d'être avec nous sur RCF Notre-Dame. Charles Allon, dans ce rapport que l'on va découvrir en détail le 4 mai, préconise par exemple une vague d'économie dans l'audiovisuel public qui passerait notamment par la suppression de la chaîne France 24 et France TV Slash dédiée à un public adolescent et de jeunes adultes pour redéployer les moyens sur une nouvelle offre diffusée sur France TV et les réseaux sociaux. Autre proposition, la fusion de France 2 et de France 5 au profit d'une grande chaîne généraliste et la suppression de la radio Le Mouve.
Est-ce qu'il fallait dégraisser le mammouth ?
Alors oui, c'est un vieux, c'est une vieille ancienne, c'est un vieux slogan encore une fois de la droite. Alors c'est toujours possible de supprimer des services publics. C'est un petit peu la théorie ou la stratégie de la tronçonneuse. Ça vient, ça a beaucoup progressé depuis Washington cette idée. Ça vient un petit peu aussi d'Argentine avec Javier Mileï qui a relancé, qui a modernisé un peu cette thématique. Mais au fond, elle est très ancienne. Il s'agit de dire que si on supprime des services publics, si on réalloue les moyens à autre chose, ça va mieux se passer. Donc les cibles varient.
En général, ça peut être l'administration est trop importante à l'hôpital ou alors dans les mairies, au plan local. Il faut dégraisser tout ça et ça ira mieux. C'est une croyance qui est très, très front contre front pour le coup droite, gauche et qui a été vraiment remise au goût du jour et redynamisé par Javier Mileï, par l'Argentine, par la tronçonneuse, etc. C'est peu crédible au sens où ça ne constitue pas un programme.
Si on supprime France 24, en fait, on supprime un élément du rayonnement de la France à l'étranger parce que c'est une chaîne qui est regardée beaucoup par nos compatriotes expatriés, donc par des gens qui veulent garder un lien avec le pays, par des gens qui aiment la France aussi. Donc en fait, on se priverait d'un outil de communication, ce qui irait à rebours de ce que font tous les pays du monde qui cherchent plutôt au contraire, regarder le Qatar avec Al Jazeera, à développer cette image.
Mais vous venez de prononcer le mot, c'est un outil de communication ou un outil éditorial, l'audiovisuel public ? Quel est son rôle ? Et si on doit le comparer, l'audiovisuel public français, à ce qui existe dans d'autres pays, quel est le rôle de l'audiovisuel public ? Est-ce que c'est de porter la voix de l'État français ou autre chose ?
Alors l'audiovisuel public, c'est supposé éduquer le public, c'est supposé lui donner, c'était le projet dès le départ, c'est-à-dire on va utiliser la télévision pour en faire un outil pédagogique qui va permettre aux gens de s'instruire, de s'amuser, d'apprendre et de voir autre chose. Alors c'est très réussi pour toutes les émissions qu'on a d'investigation, d'information, les compléments d'enquête, les caches, etc. Parce qu'effectivement on est dans une forme de service public, c'est très réussi pour beaucoup d'émissions aussi qui sont diffusées peut-être plus tardivement de pédagogie, des émissions pour enfants aussi qui existent.
France 24 fait un travail de décryptage diplomatique considérable. Après oui, le problème c'est qu'on a fait dépendre beaucoup ces services publics de la manne publicitaire, et qui dit manne publicitaire, plus on augmente cette dépendance, plus on en fait un peu des acteurs comme les autres qui doivent aller chercher des audiences avec du Patrick Sébastien, ce qui pour le coup n'est pas dans la vocation d'origine du service public.
Et alors c'est ça, c'est la question un peu subsidiaire, si vous me la permettez, Philippe Moreau-Chevrolet. Que font les émissions de divertissement, ou les jeux, les jeux musicaux par exemple, sur le service public ? Est-ce que c'est son rôle ? Voilà, ça peut passionner évidemment nos auditeurs qui regardent aussi la télévision. Bon, et ça passionne, ça fait de l'audience. Donc est-ce que c'est quand même le rôle de l'audiovisuel public de proposer du divertissement ?
Au départ non, le problème c'est un petit peu celui de la mouche à qui on coupe les ailes et à qui on demande de voler quand même. Et comme elles ne volent pas, on s'énerve. C'est un petit peu le problème, c'est-à-dire que comme ce discours clivé très droite-gauche anti-service public a beaucoup été répandu, on a diminué les crédits du service public, on a aligné au fond sa logique sur celle du marché et des chaînes commerciales. Et donc il sera produit exactement la même chose, c'est-à-dire une course à l'audience, parce que l'audience c'est la publicité, que la publicité c'est l'argent.
Donc on est dans ce paradoxe où au fond, on veut dégraisser le mammouth, comme vous dites, supprimer des moyens au public en se disant, comme ils font du divertissement, comme ils font un petit peu d'émissions commerciales, finalement, est-ce que c'est encore du service public, donc on va leur couper les crédits ? Plus on fait ça, plus on augmente leur dépendance au commercial, plus on a du Patrick Sébastien à l'antenne. En fait, c'est une contradiction insoluble. Il faudrait accepter qu'on ait des services publics, gérer ça de manière un petit peu apaisée, comme ça se fait partout, mais là on rentre en année présidentielle, donc l'apaisement et la modération, ça va être pour plus tard.
Mais en cela, est-ce que, Philippe Mourot-Chevrolet, il n'y a pas un intérêt à privatiser au moins une part de l'audiovisuel public pour se recentrer sur l'émission originelle du service public ? Je me fais l'avocat du diable, involontairement, mais est-ce qu'il n'y a pas un intérêt, ne serait-ce que pour les finances de l'État, de se séparer d'une part de sa proposition sur l'audiovisuel public ?
Si on fait ça, il faut l'organiser, mais le problème, c'est que le marché publicitaire est restreint. Donc ça veut dire qu'en gros, on va assister à une redistribution des cartes. C'est en partie ce qui est recherché dans cette opération. C'est une redistribution des cartes, c'est-à-dire qu'on va en gros détruire l'assise de groupes comme TF1, qui sont des groupes de puissance européenne aujourd'hui, qui sont des grands groupes de médias européens, ce qui est aussi important dans l'équation française, dans notre souveraineté. Et on a des grands groupes européens dont on va détruire l'assise publicitaire, parce qu'on va tout simplement la répartir sur plus d'acteurs.
Et ça va provoquer un big bang de l'audiovisuel, mais ça risque de provoquer aussi un appauvrissement considérable de l'offre, avec une redistribution des cartes au bénéfice des nouveaux acteurs de la TNT. Ce qu'il faut comprendre, c'est que ce n'est pas un jeu à somme nulle. Il y a des gens qui vont en profiter, un petit peu comme à la bourse. Et ces gens sont les nouveaux entrants. Donc est-ce que ces nouveaux entrants seront mieux et permettront une amélioration de l'offre culturelle ou médiatique en France ? C'est toute la question.
Philippe Moreau-Chevrolet, notre invité de la matinale sur RCF, Notre-Dame-Professeur. De communication politique à Sciences Po, merci d'être avec nous ce matin. Charles Aloncle propose de soumettre les figures de la télévision et de la radio publique à une stricte neutralité et de revenir à la nomination des dirigeants de France Télévisions et à Radio France par l'Elysée. Comme cela a été officiellement le cas pendant des années, un retour à l'ORTF, critique un député du Bloc Central. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Oui, ce serait un retour à l'ORTF. Il faut que l'ORTF, pour ceux qui ne connaissent pas, c'était avant les années 80, avant les années 70 même. C'était ce système du général de Gaulle qui faisait qu'on avait le ministre de l'Information. Ça s'appelait comme ça à l'époque, qui avait ses bureaux au sein de Radio France.
On avait le ministre de l'Information, c'est ça, au sein de Radio France.
Oui, il avait son bureau tout en haut d'une tour qui était la tour principale de Radio France. Donc le ministre avait les mains directement sur l'audiovisuel public. Est-ce qu'on veut ça aujourd'hui ? Non, sauf si on est dans une perspective de régime autoritaire, comme ça se fait ailleurs en Europe, comme l'avait fait Orban en Hongrie par exemple. Non, c'est évidemment pas ce qu'il faut faire. En fait, on a choisi de prendre ce pouvoir de nomination des mains de l'Elysée pour le confier à une autorité indépendante. Pourquoi on le confie à une autorité indépendante ? Pour que cette autorité régule ce qu'elle a fait.
Elle a supprimé par exemple le C8 qui ne respectait pas son cahier des charges. Donc c'est un peu le gendarme des médias. Et effectivement, on a une nomination pluraliste du PDG des services publics, ce qui paraît quand même préférable. Imaginez que demain, Emmanuel Macron nomme ses propres journalistes. Ce serait invraisemblable. Revenir à ce système-là, je ne comprends pas personnellement pourquoi...
Alors, on comprend que vous ne comprenez pas qu'on revienne à ce système de l'ORCF. D'où ma question. Est-ce que c'est qui tout double pour Charles Aloncle, justement cette proposition de nommer directement les dirigeants de France Télévisions et de Radio France par l'Elysée ? Est-ce que là, c'est un coup politique dans la perspective de l'élection 2027 ?
Oui, en fait, c'est un programme culturel que le RN est en train de déployer par Aloncle Interposé, le RN UDR, qui sont alliés et qui est en train d'être mis en place. Alors, c'est un programme qui est tout à fait légitime par ailleurs, qu'on doit pouvoir entendre, qu'on doit pouvoir connaître. Et le moyen qui a été choisi pour le faire connaître est particulièrement redoutable. Une commission d'enquête, on convoque des stars, on provoque énormément de buzz, on fait énormément de vidéos sur les réseaux sociaux.
C'est un véritable flux continu de vidéos qu'on met en scène pour désigner finalement des cibles, qui sont les tenants de l'audiovisuel public, des journalistes, vos confrères, et puis essayer de faire passer un message politique. C'est redoutablement efficace et c'est un aperçu de ce qu'on risque d'avoir en 2027. Une campagne très, très forte, vraiment drive-up, comme on dit, par les réseaux sociaux et qui va prendre beaucoup de vitesse, les démocrates modérés.
Philippe Moreau-Chevrolet sur RCF Notre-Dame. Ces propositions permettraient de dégager un milliard d'euros d'économie, d'après les calculs de Charles Aloncle. Cette somme pourrait donc, dans la foulée, servir à l'entretien du patrimoine de l'État et au désendettement du pays. Est-ce que cela permettrait aussi de soutenir d'autres médias ? On le sait, les radios, comme RCF Notre-Dame, sont en partie financées par des subventions d'État. Est-ce que cela permettrait d'abonder les fonds de soutien à l'expression radiophonique, par exemple, qui sont en sursis aujourd'hui ?
Alors oui, il faut soutenir, par ailleurs, les radios comme la vôtre. Il faut soutenir le secteur médiatique. C'est ce que l'État fait. C'est tout le paradoxe de cette discussion, parce qu'en fait, même les médias qui sont proches de Charles Aloncle bénéficient de l'aide de l'État. Il y a des aides indirectes, comme les abattements fiscaux, par exemple. Il y a des aides à la création. Il y a énormément d'aides qui permettent, paradoxalement, à la diversité, y compris aux opinions de Charles Aloncle aujourd'hui, de s'exprimer. Mais je dirais qu'il n'y a pas un seul média en France qui n'est pas aidé par l'État, d'une certaine façon. Qu'il faille augmenter cette aide, on en est tous d'accord.
Je pense que tous les acteurs qui sont dans les médias régulièrement le pensent. Après, est-ce qu'il faut prendre un Paul pour habiller Jacques ? Je ne suis pas certain de la logique.
Mais est-ce que ça pourrait servir de la pluralité des médias en France ? En soutenant des petits médias, comme aux côtés de Radio France, évidemment, des médias associatifs ou des médias comme RCEF Notre-Dame pourraient bénéficier de ça.
Le paradoxe absolu, c'est de proposer de détruire des médias, des médias de service public, qui fonctionnent bien et qui fournissent énormément de matières que les gens regardent, de beaucoup d'enquêtes aussi, beaucoup d'investigations, et de détruire ces médias-là pour, en gros, faire de la place à d'autres médias. Est-ce qu'on grandit le pluralisme en détruisant des médias ? Je ne sais pas. On sait ce qu'on perd, vous savez, en politique. On sait ce qui va être supprimé. Ce qui va être mis en place à la place, je ne suis pas certain qu'on puisse le prévoir. Et le problème, c'est que ce sont des propositions d'extrême droite.
Donc, on a des précédents en Europe de ce qui est mis en place par l'extrême droite en matière culturelle. On a un précédent en Hongrie qui vient de s'effondrer avec Viktor Orban, mais c'était des médias qui étaient à la botte du pouvoir, qui étaient centrés autour du pouvoir avec très, très peu d'autonomie, nommés pour le coup par l'Élysée ou l'équivalent hongrois de l'Élysée. Et non, les aides n'ont pas bénéficié à la création. Les aides ont bénéficié essentiellement aux amis du pouvoir. Le problème, c'est la logique populiste. On est dans une logique populiste.
On n'est pas avec des acteurs politiques traditionnels, droite-gauche, qui nous diraient, comme Chirac à l'époque, écoutez les gars, on va prendre un petit peu au public pour donner au privé. On va aider les radios libres. On va essayer de faire quelque chose qui puisse développer le pluralisme. On n'est pas dans ce type de contrat de confiance, j'ai envie de dire. On est dans un combat idéologique frontal. On propose de donner plus de pouvoir à l'État pour le contrôle des médias, de supprimer des médias qui sont jugés trop indépendants, trop progressistes.
Et ce combat-là, malheureusement, on sait comment il se termine, avec moins de liberté, moins de pluralisme et moins d'aide pour les médias comme le vôtre.
Est-ce qu'en quelques secondes, est-ce que c'est un service public qui n'a apporté que de diffuser les commissions d'enquête comme celle-ci, finalement, Philippe Moroche-Chevrolet ?
C'est tout le paradoxe. Vous avez des populistes qui utilisent les moyens de la démocratie contre la démocratie, mais ça reste un débat démocratique important. C'est bien qu'on l'ait eu, c'est bien que ce rapport a été publié malgré tout, c'est bien que ce débat existe, il faut l'avoir. Et ça, c'est la supériorité de la démocratie sur son n'importe quel autre régime. Donc, on peut dire que, moi, personnellement, je trouve ce débat, dans ses conclusions, dans ses recommandations et dans son inspiration, dangereuse pour la démocratie, mais il faut qu'il ait lieu parce que c'est tout simplement ça, la démocratie.
Merci infiniment, Philippe Moroche-Chevrolet, d'avoir été notre invité ce matin sur RCF, Notre-Dame, professeur de communication politique à Sciences Po. Merci beaucoup.
Et merci à vous, Étienne Pépin. On continuera d'en parler dans le débat du jour à partir de 9h10 avec Akim El-Karoui et Stéphane Vernet. Fallait-il publier le rapport de Charles à l'oncle ? On attend dès à présent vos réactions par mail à l'adresse directe à rebase rcf.fr. À suivre, la météo sur RCF Notre-Dame.