CONFÉRENCE ISEGORIA | François Xavier Bellamy
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 10 %Défensif 5 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:07Fait
« notre système éducatif a besoin d'être régénéré nous aujourd'hui au collège le collège va mal et ce depuis des années les acquisitions des élèves sur les fondamentaux que sont le français les maths l'histoire-géo n'ont cessé de régresser ces dernières années »
- 3:33Fait
« vous avez en effet écrit les déshérités ou l'urgence de transmettre pour dénoncer ce que vous appelez un effondrement de la culture »
- 7:12François-Xavier BellamyFait
« l'école est nécessairement conservatrice que l'école est forcément et par nature conservatrice »
- 8:38François-Xavier BellamyFait
« nous avons voulu faire de l'école une école immédiatement progressiste une école d'immédiate liberté d'immédiate créativité une école de nouveautés permanente »
- 10:44François-Xavier BellamyFait
« l'école de demain c'est l'école qui doit s'adapter à la nouveauté permanente »
- 11:29François-Xavier BellamyChiffre
« les métiers de demain nous ne les connaissons pas encore 50% des métiers dit-on les évaluations évoluent entre 50 et 70% des métiers de demain n'existent pas encore aujourd'hui »
- 13:28François-Xavier BellamyFait
« le savoir de l'enseignant n'est plus un savoir exclusif qui ferait autorité de façon solitaire à l'intérieur de la salle de classe »
- 14:51François-Xavier BellamyFait
« ce qui compte maintenant c'est que l'école nous apprennent non plus des connaissances que nous devrions stocker dans notre propre mémoire mais que l'école nous apprennent à accéder aux connaissances qui sont disponibles sur le réseau non plus donc apprendre mais apprendre à apprendre »
- 15:31François-Xavier BellamyFait
« transmettre des connaissances c'est remplir l'esprit de nos élèves de tout un poids de savoir de tout un stock de données un fardeau de savoir qu'il faudrait se charger de porter par soi-même »
- 19:54François-Xavier BellamyFait
« la question éducative n'est pas d'abord une question politique »
- 21:08François-Xavier BellamyFait
« vous ne devez surtout pas transmettre un savoir vous ne devez surtout pas transmettre un savoir pourquoi ne faut-il pas transmettre un savoir parce que si Vous transmettez des savoirs ça veut dire que vous savez des choses que vos élèves ne savent pas donc vous les méprisez d'abord vous les insultez vous les prêtez d'ignorants »
- 22:27François-Xavier BellamyFait
« nous condamnons ceux qui sont en situation de récepteur passif à le rester toute leur vie »
- 23:50François-Xavier BellamyFait
« pourquoi dans les disserts on devrait toujours dire ce que pensent les autres pourquoi on devrait toujours citer des auteurs et pourquoi on pourrait pas dire ce qu'on pense nous »
- 25:07François-Xavier BellamyFait
« surtout ne rentrez pas en cours pour faire des cours magistraux quelles choses coercitive quelle réflexe disciplinaire »
- 27:10François-Xavier BellamyFait
« le numérique est l'accomplissement de cette promesse qui veut que justement l'élève puisse aller tout seul vers le savoir sans dépendre de l'autorité d'un maître »
- 28:30François-Xavier BellamyFait
« Wikipédia est d'une précision bien souvent absolument extraordinaire et bien supérieur à celle de beaucoup d'encyclopédie imprimés »
- 29:47François-Xavier BellamyFait
« à l'époque du numérique l’idée même de transmission est complètement périmée »
- 31:39François-Xavier BellamyFait
« le premier moment c'est le moment cartésien le travail de Descartes »
- 39:26François-Xavier BellamyFait
« Pierre Bourdieu en collaboration avec Jean-Claude Passeron a écrit un livre très marquant sur l’école qui s'appelait les héritiers »
- 40:08François-Xavier BellamyFait
« l'école a fondamentalement pour fonction d'être reproductrice de reproduire »
- 41:34François-Xavier BellamyFait
« l'autorité de l'école est le contraire de la liberté de l'enfant »
- 42:17François-Xavier BellamyFait
« l'être humain n'est pas un être immédiateté mais on pourrait dire un être de médiation »
- 43:32François-Xavier BellamyFait
« l'animal est globalement un être immédiateté alors que l'homme est justement un être de médiation »
- 47:16François-Xavier BellamyFait
« le petit bébé humain à côté du petit coucou ou du petit bouquetin il est la première chose qu'on peut dire il est parfaitement démuni »
- 49:56François-Xavier BellamyFait
« n'importe quel petit bébé humain quand vous le regardez il est capable de faire des choses incroyables par sa nature en tant qu'il participe de l'espèce humaine »
- 50:39François-Xavier BellamyFait
« nous n'aurions jamais commencé à penser par exemple sans les mots que nos parents nous ont transmis »
- 53:24non_speechFait
« parler une langue écrire une langue c'est toujours se plier à une infinité de règles de règles d'orthographe de règles de grammaire de syntaxe »
- 54:07non_speechFait
« la langue saisit tout ce que vous êtes tous que vous pensez tout ce que vous imaginez allez donc totalitaire elle est fasciste de telles sortent écrire l'embarque qu'il n'y a de liberté il n'y a de nouveautés il n'y a de créativité qu'en dehors de la langue »
- 55:30non_speechFait
« quand un adolescent se révolte contre ses parents en disant j'en ai rien à faire de tout ce que vous m'avez transmis il le fait encore avec les mots que ses parents lui ont transmis »
- 56:54non_speechFait
« le propre d'un grand artiste c'est qu'il est créateur et quand on dit qu'il crée on parle précisément de la nouveauté qu'il produit »
- 1:08:29non_speechFait
« si j'arrive à bien faire mon travail et si j'arrive à bien faire un cours de philosophie alors j'en suis convaincu l'esprit critique des élèves s'en trouvera augmenté »
- 1:13:31non_speechFait
« Bourdieu dénonçait le système scolaire comme étant exclusivement au service de la reproduction des inégalités sociales par ce moyen qui était la culture »
- 1:14:07non_speechFait
« la culture a une fonction essentielle c'est à dire que sans la culture c'est notre être même qui ne s'accomplit jamais »
- 1:16:52non_speechFait
« nous condamnons les élèves à une ségrégation sociale à une pauvreté culturelle qui signe leur relégation professionnelle mais qui signe aussi de façon bien plus grave une pauvreté intérieure »
- 1:17:33non_speechChiffre
« un élève d'un milieu favorisé a 4 fois plus de mots dans son vocabulaire courant pour s'exprimer qu'un élève d'un milieu défavorisé »
Temps de parole
- ?99 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
[Musique] [Musique]
il est efficace inégalitaire complètement improvisé et imposé est une bonne réponse notre système éducatif a besoin d'être régénéré nous aujourd'hui au collège le collège va mal et ce depuis des années les acquisitions des élèves sur les fondamentaux que sont le français les maths l'histoire-géo n'ont cessé de régresser ces dernières années aujourd'hui la vraie question de l'école ça n'est pas l'orthographe
[Musique] [Musique] [Applaudissements] [Musique]
bonsoir à toutes et à tous je suis très heureuse de vous retrouver ce soir pour une nouvelle conférence 10égoria et nous avons le plaisir aujourd'hui et la joie aussi de recevoir François-Xavier Bellamy sur un thème qui est au cœur de nos préoccupations surtout pour nous étudiants c'est donc celui de l'école et ce n'est pas un hasard si notre invité ce soir est à la fois un pédagogue et un médiateur de culture français-xavier Bellamy bonsoir vous êtes professeur de philosophie en classe préparatoire au lycée Blomet à Paris Norman agrégé de philosophie mais également adjo Robert de Versailles et vous êtes et c'est bien l'objet de votre visite écrivain en 2014 vous avez en effet écrit les déshérités ou l'urgence de transmettre pour dénoncer ce que vous appelez un effondrement de la culture et pour pointer du doigt en premier lieu une situation de l'enseignement et de l'école que vous jugez catastrophique l'école domaine assurément emblématique de notre République puisque censé être le lui-même de la transmission et l'émergence de votre projet d'écriture en dit d'ailleurs long sur cette crise puisque c'est au contact de l'IFM je rappelle être l'institut universitaire de formation des maîtres qui n'est votre réflexion vous amorcez en effet votre livre sur la formation des enseignants que vous trouvez tout à fait étonnante et votre expérience de l'uefm promène chez vous la forme d'un traumatisme initial lorsque l'on a exhorté de ne pas transmettre vous parler d'ailleurs volontiers de votre travail d'écriture comme une psychanalyse personnelle une sorte d'exutoire avec un effet cathartique vous établissez ainsi un constat simple éducation est en crise et plus amplement la culture est en crise et de cette expression chère à Anna Arendt vous ajoutez que ce n'est pas le résultat d'un problème de gestion ni de moyens mais tout simplement un bouleversement intérieur il s'est produit en fait dans nos sociétés occidentales un phénomène unique une rupture inédite celle d'une génération qui s'est refusée à transmettre un ensemble de savoir des repères de l'expérience humaine immémoriale qui constituait son héritage et vous placez dès lors votre réflexion sur le champ culturel et philosophique et non pas politiques ce qui est très intéressant votre position à Versailles vous ne commentez pas un trouble conjoncturel due à tel ou tel politique éducative mais bien au contraire vous observez une crise structurelle héritée de plusieurs siècles de penser et de penseurs Rousseau Bourdieu Descartes en effet la question scolaires n'est pas politique ni technique mais c'est une question intellectuelle voire spirituelle et il est donc légitime que l'homme de l'être que vous êtes interroge avec intérêt la place de la transmission de l'enseignement et de l'éducation dans notre sens hésité que pour avec pour point de départ cette question vertigineuse que produisent l'éducation et la transmission l'alination la liberté a-t-on besoin d'autorité ou bien de liberté et juste en dernier mot et je vous laisse la parole ce soir vous êtes le sachant et nous à l'écoute sommes les apprenants merci beaucoup Mathilde merci infiniment pour votre invitation c'est vraiment une grande joie d'être ici en même temps c'est aussi une très grosse pression j'ai eu l'occasion d'intervenir déjà de façon assez régulière sur le sujet mais je dois dire que jamais je n'avais eu droit à une entrée en matière aussi fracassante et j'ai eu l'impression d'être en quelque sorte dans le générique de Mission Impossible en arrivant dans la pièce de fait réformer l'école et peut-être mission impossible et donc c'est quelque chose qui qui touche à une grande aventure que nous allons évoquer ce soir à travers la question que vous avez choisie de poser et si l'école de demain n'était finalement pas celle d'hier c'est vous qui avez choisi cette question cette formulation il me semble qu'effectivement cette formulation elle est au cœur de la situation contemporaine de l'école et peut-être même au cœur de la crise contemporaine de l'école je voudrais tenter de de commencer par répondre brutalement à votre question en la renversant peut-être en la déconstruisant d'une certaine façon et peut-être de manière un peu décevante je dirais si vous le voulez bien que il me semble et ce sera ma réponse ce soir que l'école de est toujours en même temps celle d'hier pour lui dire autrement que l'école est toujours l'école d'hier que l'école a nécessairement une dimension rétrograde passéiste que l'école est nécessairement le reflet d'un passé toujours déjà un peu dépassé et que c'est là son essence et sa nature propre que d'être en quelque sorte le résultat d'un passé qu'il s'agit de dépasser et de révoquer mais que l'on ne dépasse jamais qu'en étant passé par elle et tout le propos de ce soir consistera à montrer qu'il faut passer par l'école comme un résultat du passé pour dépasser ce passé et s'orienter vers l'avenir j'espère que vous suivez mais vous allez voir en fait l'intuition est à la fois mystérieuse c'est vrai étonnante et finalement toute simple si on veut bien si consacrer un instant au fond on pourrait dire avec Anna Arendt et vous l'avez cité je crois qu'elle était en effet au cœur de notre réflexion de ce soir que l'école est nécessairement conservatrice que l'école est forcément et par nature conservatrice Anna reine écrivait dans la crise de l'éducation dans une conférence qui a été intégrée ensuite à la crise de la culture un arène écrivait que la conservation c'est l'essence même de l'éducation l'école est forcément conservatrice pour le dire autrement il n'y a pas d'école qui soit immédiatement une école du futur une école de l'avenir une école de demain l'école ne sert demain que de façon médiate par la médiation du passé et de la conservation d'un passé qui demain sera périmé mais qui pour l'instant est le seul chemin possible vers l'avenir en ce sens on peut dire de l'école qu'elle est forcément conservatrice et c'est pour l'avoir oublié que nous sommes aujourd'hui en train de vivre cette crise très profonde de l'école c'est parce que nous avons voulu faire de l'école une école immédiatement progressiste une école d'immédiate liberté d'immédiate créativité une école de nouveautés permanente une école du futur que nous sommes condamnés en fait à vivre une école en régression permanente voilà tout le paradoxe est là nous avons voulu une école qui abandonne le passé pour être immédiatement une école de la création de l'innovation de la nouveauté permanente une école de la refondation quotidienne et ça n'est d'ailleurs pas pour rien que les cinq dernières années ont été placés sous le signe de cette refondation l'idée de l'école comme refondation nous vivons d'ailleurs d'une certaine façon une révolution scolaire permanente aucune administration n'a été soumise à une telle fièvre de réforme que l'éducation nationale depuis 40 ans connaît la nouveauté sans cesse ce qui d'ailleurs a un effet profondément anxiogène pour les enseignants pour les parents pour les enfants eux-mêmes nous en sommes empiler les réformes sur les réformes les nouveautés sur les nouveautés les innovations sur les innovations et c'est pour avoir été peut-être trop fasciné par cette nouveauté permanente que nous avons oublié la fonction conservatrice de l'école qui fait d'elle la condition de toute espèce de nouveautés véritable pour demain aujourd'hui posons-nous cette question à quoi ressemble dans notre imagination collective l'école de demain l'école de demain est sans aucun doute une école débarrassée de toutes les espèces de vieilliries de toutes les antiquités du passé c'est une école qui a su s'adapter à l'innovation tout à l'heure en visitant en découvrant quelques couloirs de votre école je suis tombé sur celui qui raconte l'histoire d'odencia l'innovation permanente est précisément dans ces quelques photographies qui sont présentés dans cette petite exposition qui nous montre l'école d'hier et puis cette école d'hier se métamorphose petit à petit pour adopter de plus en plus les nouveautés d'aujourd'hui les innovations du présent c'est l'apparition de l'informatique sur le développement des cours en anglais c'est la transformation dans l'univers numérique qui fait de votre école une école du futur une école de l'avenir une école à la pointe de la modernité qui a su dépasser tout ce qu'il y avait de vieux d'archaïques de dépasser dans les pratiques du 20e siècle nous avons le sentiment que l'école de demain c'est l'école qui doit s'adapter à la nouveauté permanente que l'école qui doit l'école de demain c'est l'école qui va faire rentrer en elle tout ce que le présent comporte déjà d'ouverture au progrès et d'ailleurs c'est là encore une espèce de paradoxe et si on y réfléchit bien à une difficulté particulière qu'on demande à l'école aujourd'hui d'être déjà ouverte à demain qu'on demande à l'école aujourd'hui d'être déjà ouverte au futur la ministre de l'Éducation nationale déclarait récemment que les enseignants vous le savez c'est un diagnostic que font beaucoup de cabinets spécialisés beaucoup de chercheurs et de spécialistes les métiers de demain nous ne les connaissons pas encore 50% des métiers dit-on les évaluations évoluent entre 50 et 70% des métiers de demain n'existent pas encore aujourd'hui et d'ailleurs à certains égards les métiers que vous allez faire demain vous ne les connaissez pas encore aujourd'hui nous voyons la modernité numérique nous voyons la troisième révolution industrielle nous voyons l'ubérisation du monde nous voyons le numérique constitué de nouveaux métiers constitués littéralement de nouvelles professions et la ministre de l'Éducation nationale a donc déclaré récemment dans une interview que les enseignants doivent préparer les élèves d'aujourd'hui à des métiers qui n'existent pas encore et tout le problème de l'école de demain est là comment voulez-vous former aujourd'hui des élèves pour des métiers qui n'existent pas encore en tous les cas nous en sommes convaincus l'école de demain c'est l'école qui saura faire une place à cette modernité à se progrès permanent et si vous fermez les yeux et que vous imaginez un seul instant à quoi ressemble dans votre imaginaire dans notre imaginaire collectif l'école demain je suis sûr que nous en aurons tous à peu près la même représentation d'abord l'école de demain c'est une école où le numérique s'est fait une place décisive c'est une école où les tableaux noirs ont été remplacés par des tableaux numériques interactifs et peut-être pas pourquoi pas demain par des casques de réalité virtuelle c'est une école où l'enseignant a changé de position à l'intérieur de la classe puisque désormais nous en sommes convaincus et c'est là un lieu commun l'enseignant n'est plus dans cette salle de classe qui était autrefois son terrain de jeu privilégié l'enseignant n'est plus le seul détenteur du savoir aujourd'hui déjà vous avez tous dans la poche ce petit objet et avec ce petit objet on me le faisait encore remarquer il y a quelques jours dans un dîner de de spécialiste de pédagogie auquel j'étais invité un dîner de de chercheurs en pédagogie avec ce petit objet ce smartphone que vous avez dans la poche chacun d'entre vous et chacun de nos élèves aujourd'hui disposent d'un accès illimité à la totalité du savoir universel par conséquent le savoir de l'enseignant est désormais mis en concurrence avec cette source omnipotente cette source transparente cette source qui contient comme une espèce de clé indéfinie tout le savoir universel et d'ailleurs nous le vivons déjà comme enseignant j'enseigne en classe préparatoire à littéraire j'ai eu la chance d'avoir quelques étudiants qui sont passés par ces classes préparatoires pour arriver jusqu'ici et comme un moment de propédetique avant le paradis n'est-ce pas et aujourd'hui en classe préparatoire la quasi-totalité de nos étudiants suivent les cours avec un ordinateur quand il m'arrive d'avoir une hésitation en cours quand je dis en cours je crois que ce livre a été publié en 1757 immédiatement je le vois vous savez on voit très bien les trois quarts de la classe se met à chercher sur Wikipédia la date de publication du livre et vous avez tout de suite un élève qui vous dit non non monsieur c'était 1758 ou 1756 et donc le savoir de l'enseignant n'est plus un savoir exclusif qui ferait autorité de façon solitaire à l'intérieur de la salle de classe et là encore nous en sommes convaincus l'école de demain c'est une école qui a fait une place à la pluralité des sources du savoir et notamment à l'accès au numérique comme une façon d'entrer en relation avec le savoir et puis précisément parce que le numérique va habiter nos existants c'est la dernière conviction que nous pouvons partager ensemble l'école de demain et c'est là encore sans doute quelque chose qui habite notre inconscient collectif c'est forcément une école dans laquelle l'élève est plus autonome dans laquelle l'élève est plus libre de son propre rapport au savoir pourquoi et bien parce que toute notre vie professionnelle de demain nous allons la passer en contact avec cet univers numérique qui nous permet d'accéder tout seul à la connaissance ce qui compte donc dans l'école de demain ça n'est plus de donner des connaissances ça n'est plus de transmettre des savoirs c'est une espèce d'aberration dépassée puisque tout le savoir est sur Internet puisque tout le savoir est à portée de main pour n'importe lequel d'entre nous ce qui compte maintenant c'est que l'école nous apprennent non plus des connaissances que nous devrions stocker dans notre propre mémoire mais que l'école nous apprennent à accéder aux connaissances qui sont disponibles sur le réseau non plus donc apprendre mais apprendre à apprendre voilà bien le maître mot de l'école de demain nous en sommes convaincus non plus apprendre des savoirs mais apprendre à apprendre par soi-même c'est là ce qui a structuré notre formation cette conviction que l'école de demain serait débarrassée de tous les archaïsmes de l'école d'hier l'archaïsme principal étant la conviction qu'il faut transmettre des connaissances parce que transmettre des connaissances c'est remplir l'esprit de nos élèves de tout un poids de savoir de tout un stock de données un fardeau de savoir qu'il faudrait se charger de porter par soi-même alors que le réseau peut le porter pour nous aujourd'hui la réforme du collège vous avez montré quelques images de la rébellion des enseignants contre la réforme du collège la réforme du collège est tout entière inspiré par cette idée là la réforme du collège veut précisément construire le collège de demain par opposition au collège d'hier et à quoi ressemble le collège de demain et bien le collège de demain à travers les enseignements pratiques interdisciplinaires c'est un collège où l'on se confronte à des problèmes concrets plutôt que d'apprendre dans les livres un savoir abstrait qui de fait ne nous est jamais directement utile ça s'appelle donc les enseignements pratiques interdisciplinaires qui seront pris sur des heures de cours au lieu de faire je sais pas une heure de cours de français et une heure de cours de biologie et bien on va mettre ensemble le poussoir de français et le professeur de biologie et ils vont guider leurs élèves accompagner leurs élèves dans une tâche concrète qui consistera par exemple c'est le projet d'un EPI parmi tant d'autres à écrire des publicités pour des parfums si vous écrivez une publicité pour les parfums vous devez savoir comment ils sont composés et c'est la biologie qui va vous y aider et vous devez savoir comment écrire votre publicité comment faire un slogan comment jouer avec les mots et c'est le français qui doit vous y conduire voilà à quoi ressemble une école de demain une école qui conduit les élèves vers des problèmes pratiques plutôt que de déployer des solutions abstraites des savoirs éthérés et livrés ce que qui ne nous sont jamais d'aucune utilité et puis l'école de demain c'est une école qui apprend à apprendre plutôt qu'elle n'apprend des choses c'est une école de la méthodologie plutôt que du contenu et ça c'est un autre grand volet de la réforme du collège c'est l'accompagnement personnalisé là encore qui sera pris sur les heures de cours se dire que au lieu de faire une heure de cours de français de grammaire ou de vocabulaire et bien on va faire une heure de cours de méthodologie et de méthodologie pour apprendre quoi et bien justement pour apprendre à faire le tri des connaissances sur internet pour apprendre à organiser ses recherches pour apprendre à identifier les informations pertinentes voilà qui est utile nous en sommes convaincus dans un monde en permanente évolution dans un monde en permanence mutation l'école doit se garder de continuer à enseigner toujours les mêmes choses qui sont d'ailleurs remarquez-le avec moi complètement et tellement rapidement périmé la science ne cesse de progresser la science ne cesse d'évoluer les connaissances ne cessent de se transformer et dans ce monde en permanente mutation transmettre des connaissances aussi vite périmées qu'a prises nous paraît être évidemment un idéal à révoquer à l'inverse l'école de demain c'est l'école qui voilà sans doute à peu de choses près à quoi ressemble le représentation commune aujourd'hui de l'école de demain et j'espère ne pas mettre fait un trop mauvais porte-parole de ce qu'on pourrait appeler l'opinion commune du moment en tous les cas de cette représentation familière j'en suis absolument convaincu si nous faire mûrir les yeux que nous imaginions l'école de demain nous l'avions rempli d'écran de numérique nous verrions le professeur non plus sur une estrade chose dépassée et rétrograde mais désormais accompagnant ses élèves dans leur fréquentation immédiate des ressources numériques qui s'offrent à eux de façon gratuite et de façon permanente nous verrions sans doute l'école de demain comme cette ouverture à l'innovation comme une école non plus conservatrice précisément mais une école progressiste une école qui nécessairement viendrait s'adapter à toutes les nouveautés une école précisément où c'est la réforme des programmes cette fois-ci qui va s'appliquer à partir de septembre prochain où l'on apprendra plus seulement le français bien sûr mais où on apprendra plusieurs langues vivantes le plus tôt possible dès le primaire et non pas seulement des langues vivantes mais aussi le code informatique dès le CE1 à partir de la rentrée prochaine parce qu'évidemment le code informatique c'est l'avenir et donc il faut s'adapter au métier d'avenir à l'époque de Google à l'époque d'Apple d'Amazon et bien il faut il est préférable d'apprendre le code informatique plutôt que d'apprendre la Princesse de Clèves et de ce point de vue là remarqué bien que ce que je viens de décrire n'est ni de droite ni de gauche vous avez dit que la question éducative n'était pas d'abord une question politique et je crois que de ce point de vue là c'est vrai la question éducative n'est pas d'abord une question politique au sens où le clivage politique et relativement inopérant pour décrire les politiques qui ont été menées en matière d'éducation pendant les dernières décennies et qui sont au fond d'une certaine façon tout inspirée par cette même idée que l'école de demain n'est pas l'école d'hier et que l'école de demain doit dépasser déjà l'école d'hier et tous ces archaïsmes au fond c'est exactement la même vision dans la parole d'un ancien président de la République qui vous vous en souvenez avait ironisé sur le caractère complètement rétrograde de cet injonction qui consistait à obliger des candidats à un concours d'administration de lire La Princesse de Clèves la Princesse de Clèves qu'elle sadique a pu mettre la Princesse de Clèves au concours d'administration vraiment on ne voit pas du tout à quoi peut bien servir la lecture de La Princesse de Clèves c'est la même idée qui préside l'actuel réforme des collèges à l'actuel réforme des programmes qui justement veut déconstruire les disciplines traditionnelles déconstruire les disciplines traditionnelles pour reconstruire des problèmes concrets interdisciplinaires autour desquels le savoir à nouveau fera du sens en étant produit immédiatement par l'élève c'est exactement à ce discours là que j'ai eu à faire quand j'ai commencé à enseigner dans cette expérience que vous avez si justement décrite comme à la fois passionnante et traumatique l'expérience de ma formation d'enseignant cette expérience de ma formation d'enseignant qui était structurée autour d'une injonction centrale d'un impératif décisif et cette impératif c'était le suivant vous êtes de jeunes enseignants nous disait-on surtout vous ne devez surtout pas transmettre un savoir vous ne devez surtout pas transmettre un savoir pourquoi ne faut-il pas transmettre un savoir parce que si Vous transmettez des savoirs ça veut dire que vous savez des choses que vos élèves ne savent pas donc vous les méprisez d'abord vous les insultez vous les prêtez d'ignorants vous les enfermez en tous les cas et c'est là la chose la plus grave vous les enfermez dans la posture de récepteur passif vous leur apprenez à dépendre de vous vous le apprenez à dépendre de l'autorité d'un maître dont il devrait tirer la seule source de leurs connaissances vous ne devez pas transmettre un savoir parce que vous condamnez en transmettant des connaissances vous condamnez vos élèves à la passivité vous les enfermez dans un réflexe de passivité qui demain les empêchera d'innover d'inventer de s'adapter au monde qui vient et de construire leur propre vie vous ne devez surtout pas transmettre un savoir pour le dire autrement là effectivement vous aviez tout à fait raison de le dire je sais plus où est Mathilde mais elle avait tout à fait raison de le dire la situation que que nous vivons en ce moment c'est exactement celle que l'UFM aurait voulu déconstruire ça veut dire je vous parle vous écoutez je suis debout vous êtes assis j'ai un micro et vous n'en avez pas et c'est l'occasion pour moi de vous demander pardon de toute cette violence symbolique que je vais vous infliger pendant l'heure qui vient et donc j'espère vous ne sortirez pas traumatisé en se plaçant dans cette position en s'installant dans cette posture nous disait l'IFM nous condamnons ceux qui sont en situation de récepteur passif à le rester toute leur vie et peut-être vous avez déjà vécu cette expérience vous vous êtes déjà fait cette vous-même cette réflexion peut-être avez-vous déjà formulé implicitement ou explicitement cet objection à l'endroit du système scolaire qui vous a formé que pendant des années vous êtes resté le derrière assis sur une chaise habitué à prendre des notes et que cette passivité à laquelle on vous a condamné si longtemps vous a fait perdre confiance en vous vous apprivez de la conscience de vos propres capacités vous a empêché l'habitude de prendre la parole de vous imposer vous a empêcher de votre propre nouveauté peut-être vous vous êtes déjà fait cette réflexion que vous aviez des idées nouvelles à apporter mais que vous les avez perdus par l'influence qu'on vous a fait subir peut-être que vous êtes déjà fait cet objectif qu'on fait souvent en professeur de philosophie quand vous êtes prof de philo on vous dit souvent ah vous êtes prof de philo c'est génial et tout la philo ça a trop le choix dans ce moment mais on vous fait souvent cette objection quand même on vous dit vous savez quand vous êtes en cours de philo vous devriez pas faire lire des auteurs à vos élèves vous devriez leur permettre de penser par eux-mêmes et parfois les élèves le disent aussi pas en prépa d'ailleurs parce qu'on prépare les élèves sont beaucoup trop scolaires précisément mais quand j'enseignais en lycée où les élèves sont plus réactifs nécessairement et plus spontanées souvent les élèves disaient mais monsieur pourquoi pourquoi dans les disserts on devrait toujours dire ce que pensent les autres pourquoi on devrait toujours citer des auteurs et pourquoi on pourrait pas dire ce qu'on pense nous pourquoi on n'a pas le droit de penser par nous-mêmes pourquoi faudrait-il justement toujours se laisser influencer par cette culture livréeque par le travail des auteurs qui en plus chose absurde d'en parler si longtemps avant nous pourquoi faudrait-il que notre réunions toujours comme un boulet Platon Socrate et Aristote le monde a changé quand même depuis 24 siècles on n'a pas le droit de dire ce qu'on pense nous vraiment on a pas le droit d'être dans une discerte de philo de dire notre propre avis pourquoi faudrait-il toujours se faire influencer par le passé pourquoi faudrait-il se laisser piéger et se laisser aliéner par ce passé qui nous précède et bien cette vision là cet objection c'est celle que nous faisait notre propre institution ce qui est quand même problématique vous voyez quand vous êtes professeur de philosophie nous disait-on surtout ne rentrez pas en cours pour faire des cours magistraux quelles choses coercitive quelle réflexe disciplinaire et vous voyez tout ce qu'il y a d'horribles dans ce mot de discipline tout ce qu'il y a de foucaliens vous voyez quel réflexe qui va constituer une forme d'aliénation et de coercition pour vos élèves non non quand vous rentrez en cours de philosophie oui c'est le syndrome du Cercle des poètes disparu jette des livres monte sur la table et crie très fort pour prouver que tu es libre donc quand vous êtes encore de philosophie nous disons à l'UFM vous mettez les tables en carré vous faites des ateliers participatifs des débats interactifs qu'est-ce que tu penses du sens de la vie qu'est-ce que tu penses du bonheur dans le meilleur des cas vous pourrez dire tiens bah c'est justement ce que pense aussi des cartes du bonheur et ils auront reconstitué l'histoire de la philosophie mais ils l'auront reconstitué par eux-mêmes et par conséquent ils seront libres ils seront enfin protégés de cette violence symbolique que la culture scolaire constituée jusque là pour eux et surtout ils seront rendus à leur créativité alors liberté à leur faculté précisément d'écrire du nouveau à leur faculté d'écrire demain quelque chose d'inédit au fond nous en étions convaincus c'est dans tous les cas toute l'institution qui voulait nous en convaincre il fallait que le passé disparaît pour que l'avenir puisse se faire jour pour que nous soyons pas condamnés à voir unlassablement se répéter la même chose pour pouvoir laisser éclore une créativité une nouveauté une spontanéité une liberté nouvelle il fallait que le passé disparaisse et que toute cette culture héritée du passé avec ses archaïsmes avec ses que toutes ces cultures soient déconstruites déconstruite pour voir enfin surgir une liberté nouvelle pour laisser se faire jour une créativité nouvelle c'était l'obsession de notre formation et si je crois vraiment quelque chose qui encore une fois n'est pas à quelque chose de l'ordre de la technique pédagogique qui n'est pas d'ailleurs précisément l'apanage d'un petit groupe de pédagogie que trop souvent on décrit comme les seules responsables de la crise actuelle de l'éducation pas du tout cette vision là encore une fois profondément je crois qu'elle habite notre inconscient collectif et elle se révèle d'ailleurs encore une fois dans cette grande fascination que j'évoquais tout à l'heure elle se révèle dans cette fascination pour le numérique parce que qu'est-ce que c'est que le numérique c'est l'accomplissement de cette promesse on pourrait dire que le numérique est l'accomplissement de cette promesse qui veut que justement l'élève puisse aller tout seul vers le savoir sans dépendre de l'autorité d'un maître sans être condamné à une forme de passivité résignée sans être justement pendant des heures assis sur une chaise à écouter avec le numérique encore une fois nous pouvons accéder immédiatement au savoir et du coup avec le numérique la fonction magistrale de l'enseignant a nécessairement disparu et tout ce poids de la transmission toute cette pesanteur de l'autorité a disparu avec elle si une chose absolument merveilleuse avec le numérique tout le poids de la culture d'un seul coup a disparu la culture encore une fois elle est stockée pour nous désormais sur Internet il y a quelques semaines un professeur d'histoire me racontait son inspection et dans son inspection le l'inspecteur qui venait dans sa classe lui dit mais enfin vous faites encore apprendre des dates par cœur à vos élèves quelque chose étrange s'ils ont besoin de connaître une date demain ils iront la trouver sur Wikipédia bien sûr et là aussi pour vous tout ce qui est étudiant je suis sûr que vous vous êtes déjà fait 1000 fois la réflexion quand on vous obligeait encore à apprendre des dates par cœur je suis sûr que vous vous êtes 10000 fois mais ça sert vraiment à rien d'apprendre des dates par cœur elles sont toutes sur Wikipédia alors il y avait une période un peu obscure ou vos parents vous disaient encore ou bien vos enseignants et vous enseignants encore plus parce qu'ils se sentaient mal à l'aise ah non mais Wikipédia c'est pas sûr du tout hein il faut faire attention sur Internet on trouve n'importe quoi et oui Wikipédia c'est vraiment foireux parfois mais pas du tout Wikipédia c'est vraiment génial Wikipédia est d'une précision bien souvent absolument extraordinaire et bien supérieur à celle de beaucoup d'encyclopédie imprimés parce qu'évidemment sur Wikipédia quand il y a une erreur on peut la corriger alors que dans les encyclopédies imprimés il y a beaucoup d'erreurs mais elle se corrige pas toute seule et par conséquent cette espèce de refuge de vos enseignants cette espèce d'argument totalement dépassé de vos parents rétrogrades est en fait complètement fictif évidemment que si vous avez besoin de connaître une date elle est sur Wikipédia et par conséquent évidemment cela paraît évident il est désormais inutile de la prendre vraiment par cœur c'est en tous les cas encore une fois vous voyez l'obsession de tout le système scolaire d'aujourd'hui maintenant que nous vivons à l'air d'une mec j'ai là encore une collègue d'anglais qui me raconte la formation qu'elle a commencé une formation sur la forme du collège il y a 15 jours le formateur commence la formation par cette affirmation péremptoire nous sommes au 21e siècle et à l'époque du numérique l’idée même de transmission est complètement périmée c'est le point de départ de la formation oui je crois encore une fois que ça n'est pas le lot d'un ça n'est pas un problème de technique pédagogique ça n'est pas le lot d'une un petit groupe de pédagogie c'est vraiment quelque chose qui habite notre inconscient collectif et ce qui habite notre inconscient collective je le résumerai en un seul mot si vous voulez ce qui habite notre inconscient collectif c'est une fascination commune pour ce qu'on pourrait appeler l'immédiateté au fond nous vivons une forme de fascination collective pour l'immédiateté et de ce point de village je poserai simplement une question que je ne résoudrai pas ce soir ça ne conduirait beaucoup trop loin une question vertigineuse et fascinante une question à laquelle d'ailleurs je ne saurais pas du tout répondre la question que on se pose bien souvent en philosophie parce que c'est peut-être une déformation professionnelle la question on peut se poser c'est qu'est-ce qui fait vraiment l'histoire est-ce que la technique change l'histoire ou est-ce qu'au contraire c'est d'abord des transformations dans la conscience collective des hommes qui produit les mutations de la technique et je me permets de poser cette toute petite question je me demande dans quelle mesure cette fascination contemporaine pour l'immédiateté n'est pas en fait la cause de la mutation numérique bien plus que la mutation numérique ne serait la cause de notre fascination pour l'immédiateté je ne réponds pas à la question GS en suspens mais revenons à notre débat de ce soir nous vivons une fascination collective pour les médiateté cette fascination collective pour les médiathèques qui s'expriment dans l'histoire de la philosophie à travers de grands moments à travers de grands textes qui ont été autant de moments de la crise de la culture alors vous avez cité ces trois moments que j'ai tentés d'isoler dans les déshérités on n'aura pas du tout le temps d'y revenir ce soir et j'en suis désolé mais c'est trois moments où on aurait pu en choisir bien d'autres évidemment mais trois moments qui me paraissent symptomatiques dans l'histoire de la philosophie et dans l'histoire d'ailleurs singulièrement de notre culture française trois moments qui me paraît symptomatique de cette fascination naissante pour l'immédiateté qui trouve aujourd'hui son accomplissement le premier moment c'est le moment cartésien le travail de Descartes car que nous dit des cartes au fond vous vous en souvenez pour ne se rappeler que de ce que vous connaissez tous j'en suis sûr de Descartes de ce dont vous vous souvenez tous de vos cours de terminale ce que nous dit Descartes au fond c'est que la liberté se trouve tout entière dans la faculté critique qui nous permet de mettre en doute ce que nous avons reçu pour retrouver notre liberté originaire en fait des cartes dit la catastrophe c'est que nous avons hérité dans notre enfant nous avons hérité de tout un fatra qui nous vient du passé un peu comme la métaphore que des cartes affectionne beaucoup c'est la métaphore architecturale un peu comme ces villes vous voyez les villes médiévales les villes du Moyen-Âge elles sont le résultat d'une histoire complexe accidentée heurtée si bien que leur plan n'a plus aucun sens on y circule très mal elles ont pas du tout été faites pour la voiture ni pour le tramway ni pour le métroni pour le bus c'est un en pour y installer des transports en commun elles sont vraiment ces villes complètement accidentées elles n'ont plus aucun sens elles n'ont plus aucune espèce de raison elles sont le résultat d'un dépôt successif de toutes les générations qui nous ont précédés et qui chacune ont ajouté qui une maison qui a un hôtel qui est un bâtiment public et à la fin tout ça n'a plus aucun sens si vous êtes cartésien vous êtes en partisan du baron Haussmann et vous faites raser la ville médiévale pour construire de grandes avenues bien clair avec un plan géométrique et comme à Versailles par exemple vous savez Versailles est une ville nouvelle la plus ancienne des villes nouvelles les architectes qui ont travaillé à Versailles ont ensuite été après la Révolution américaine aux Etats-Unis où ils ont travaillé à la construction des villes américaines regardez une ville américaine c'est une ville cartésienne c'est très cartésien ça vient de France tout ça une ville américaine c'est une ville qui est construite à angle droit vraiment c'est pratique on se perd un peu mais au moins vous n'avez pas de dissymétrie il y a pas d'espace perdu il y a rien qui soit anarchique c'est facile pour circuler c'est facile à nettoyer c'est facile à organiser voilà c'est une ville rationnelle et bien nous avons cru comme des cartes nous avons pensé que toute la liberté consistait à déconstruire le passé pour reconstruire quelque chose de nouveau sur des fondations nouvelles en obéissant strictement à notre propre projet à notre propre réseau et Descartes est sans doute le premier à avoir affirmé que l'école de demain devait ne pas être celle d'hier descartez sans doute le premier qui est formulé de façon aussi précise dans le Discours de la méthode évidemment dans les Méditations Métaphysiques l'idée que au fond l'école ne doit pas transmettre des connaissances qui viennent d'hier qui forcément viennent du passé qui sont forcément périmés mais que l'école doit transmettre des savoir-faire non pas des savoirs mais des savoir-faire et même d'une certaine façon des savoirs produire des savoirs inventés et des savoirs à prendre qu'une véritable éducation pour demain serait une éducation qui déferait la culture du passé pour proposer à chaque individu de se faire l'auteur de son propre savoir je pense et donc je suis le cogito cartésien dont vous avez tous certainement la formule célèbre en tête c'est précisément cette grande affirmation d'une nouveauté qui ne peut se fonder que sur le dépassement du passé mais l'auteur le plus important dans cette fascination pour l'immédiateté c'est sans doute ce second auteur que j'évoquais dans les déshérités ces Rousseaux Russo est celui qui a voulu penser justement une éducation sans médiation Rousseau est celui qui a décrit la culture comme une pollution de la nature humaine comme si l'homme était naturellement bon naturellement accompli naturellement humain et que pour le protéger de la culture pour le protéger de cette artificialité de la culture de cette artificialisation que représente la culture et la société l'éducation devait constituer une espèce de bulle autour de l'enfant qui laisse l'enfant construit par lui-même son propre rapport au monde c'est la grande idée de Rousseau c'est la grande intuition de Rousseau Rousseau est fasciné par cette idée qu'il a développé qu'il a cultivé qu'il a travaillé toute sa vie l'idée elle a encore petite réminiscence de terminale l'idée que vous avez tous en tête selon laquelle l'homme est naturellement bon naturellement accompli naturellement libre et tout ce qui nous vient de l'extérieur nous empêche de rester libre c'est exactement ce que j'évoquais tout à l'heure à travers l'idée qu'au fond lire des auteurs du passé c'est perdre notre spontanéité lire des auteurs d'hier c'est ne plus pouvoir vraiment rester complètement soi-même ne plus être vraiment complètement naturel au fond du Rousseau vivre en société nous rend artificielle nous rend artificieux vivre en société nous empêche d'être naturelle vivre en société nous empêche d'être nous-mêmes vivre dans la culture nous empêche d'être nous-mêmes et là encore c'est une objection que vous vous êtes tous déjà faites à vous-même j'en suis sûr et cet objection elle nous habite profondément parce que nous sommes profondément ruissoïste sans parfois nous en rendre compte nous avons tous en tête cette idée que on nous a empêché avec la culture avec les rites sociaux avec les conventions sociales on nous a empêché avec les règles qui font la société dans laquelle nous vivons d'être aussi libre aussi spontané aussi naturelle que nous aurions voulu l'être au fond c'est l'idée que même si parfois nous nous y plions à regret qu'il faut bien se résigner à être un peu artificiel qu'il faut bien se résigner se plier à ses conventions qui font la vie de la société qu'il faut bien se laisser faire un peu par la tyrannie de la culture par la domination de la culture sur nos vies parce que nous n'avons pas le choix nous devons vivre en société mais pourtant nous le regrettons et c'est inquiétude que peut-être vous partagez que vous avez peut-être déjà vécu implicitement silencieusement comme étudiant ou comme élève ou comme enfant pour le coup je crois qu'elle habite de façon certaine comme une espèce de scrupule implicite la conscience de beaucoup de parents de beaucoup d'éducateurs de beaucoup d'enseignants évidemment je transmets des choses à mon enfant evidemment j'apprends des choses à mes élèves et je les oblige à se plier à tout ce que je leur apprends mais en disant à un enfant ce que je pense être bon ou mauvaise que je pense être vrai ou faux en disant un élève ce que je crois être juste ou injuste est-ce que je suis pas un peu en train de le priver de sa liberté je le fais un peu à contre-cœur un peu à regret je le fais parce que je suis obligé parce qu'il faudra bien qu'ils vivent dans la société mais je le fais avec la conscience que je l'empêche d'écrire par lui-même complètement sa propre existence je suis en train de faire entrer dans son esprit un peu de mes propres préjugés de ce que j'ai moi-même reçu d'ailleurs est-ce que je penserai par moi-même toutes ces choses que je pense aujourd'hui si je n'étais pas né dans cette famille si je n'avais pas été dans cette école si je n'étais pas l'héritier de cette période de l'histoire particulière ou de ce lieu géographique dans lequel j'ai grandi au fond cette question terrifiante que nous pouvons nous poser de tout ce que vous pensez aujourd'hui être vrai ou faux être bon ou mauvais être juste ou injuste qu'est-ce qui vient vraiment de vous dans tout ça dans toutes les représentations que vous avez du monde qu'est-ce qui vient vraiment de vous et dans toutes les représentation de que vous avez du monde dans tout ce que vous pensez aujourd'hui être vrai ou faux être bon ou mauvais être juste ou injuste qu'est-ce qui est vraiment nouveau là-dedans qu'est-ce qui est vraiment nouveau qu'est-ce qui est vraiment inédit qu'est-ce que vous avez vraiment créé est-ce qu'on est vraiment capable de créer est-ce qu'un jour on se sortira de cette gang que le passé nous a imposé à travers notre éducation et notamment à travers l'école bien sûr car l'école est le lieu absolu de ce qu'on pourrait appeler la reproduction et la reproduction c'est le nom de cette de cet ouvrage qu'un troisième auteur a donné à l'un de ses titres Alain de ces textes les plus importants sur l'école cet auteur c'est Pierre Bourdieu Pierre Bourdieu en collaboration avec Jean-Claude Passeron a écrit un livre très marquant sur l’école qui s'appelait les héritiers c'est son premier ouvrage et le deuxième ouvrage il l'appelle la reproduction l'école a fondamentalement pour fonction d'être reproductrice de reproduire vous voyez que l'école n'est pas libre l'école n'est pas créatrice l'école n'est jamais créatrice l'école ne crée jamais et pour atteindre une forme de création de nouveautés d'innovation alors il faut sortir de l'école la créativité se trouve en dehors de l'école ou bien il faudrait déconstruire l’école déconstruire le savoir scolaire tel qu'il se présente aujourd'hui pour y faire entrer un peu de création un peu d'innovation un peu de liberté moins de cours magistraux plus de liberté de l'élève au fond tout se joue dans cette équation et je terminerai par là cette première étape de notre réflexion tout se joue dans cette équation que Mathilde vous évoquer tout à l'heure dans votre propos liminaire cette équation qui oppose l'autorité à la liberté l'autorité de l'école l'autorité de l'enseignant l'autorité de l'adulte l'autorité des parents l'autorité de la culture l'autorité des auteurs se trouve opposé implicitement à la liberté la créativité de l'enfant sa faculté d'être spontanée d'être nouveau alors nous en sommes convaincus il faut bien un peu d'autorité parce que la vie en société exige que nous nous plions à des moules que nous adoptions des carcans que nous nous laissions faire par les règles qu'elle nous imposera et donc nous acceptons un peu d'autorité et même nous acceptons qu'il y ait plus d'autorités quand il faut plus d'ordre et plus de disciplines mais nous en sommes convaincus l'autorité est le contraire de la liberté et l'autorité qui est donnée à l'adulte est autant de retirer à la liberté de l'enfant voilà l'équation fondamentale qui nous dit qu'au fond du coup si l'autorité de l'école est le contraire de la liberté de l'enfant alors précisément l'école de demain ne peut pas être l'école d'hier et qu'une école qui assumerait encore une fonction d'autorité une fonction de transmission c'est-à-dire l'école d'hier ne peut pas permettre une ouverture réelle à l'avenir ne peut pas permettre une ouverture réelle à la créativité et donc à la création d'un demain qui soit différent d'hier et bien cette idée là que je viens de développer brièvement cette vision que je crois nous partageons assez globalement de ce que doit être l'école de demain cette vision-là me paraît profondément fausse et surtout elle me paraît reposer sur un oubli considérable dans notre fascination pour l'immédiateté nous sommes collectivement engagés dans une espèce d'oubli une espèce d'oubli étonnant et en même temps compréhensible l'oubli du grand mystère qui traverse nos vies et que j'appellerai si vous voulez que j'appellerait humblement le mystère de la médiation le mystère de la médiation qui fait que précisément l'être humain n'est pas un être immédiate que l'être humain n'est pas un être immédiateté mais on pourrait dire un être de médiation c'est-à-dire pour le dire autrement un être de culture pour l'air d'une façon pluviale disons que l'être humain est celui qui n'est pas immédiatement lui-même être un homme c'est ne pas être immédiatement soi-même et c'est très étonnant c'est très étonnant c'est très mystérieux petite pause dans la conversation l'être humain c'est l'être qui n'est pas immédiatement lui-même alors pour le comprendre on pourrait montrer cette expérience toute simple par différence avec l'animal pardonnez-moi d'être si rapide parce que je n'aurais pas le temps de développer l'animal est un sujet merveilleux pour la philosophie et c'est un sujet qui mériterait de très longs approfondissements et de très longs développements mais disons-le d'une façon toute simple et pardonnez-moi encore une fois de ne pas y mettre les nuances qu'il faudrait on pourrait dire que l'animal est globalement un être immédiateté alors que l'homme est justement un être de médiation que l'homme est incapable de cette immédiate qui caractérise l'animal le propre de l'animal c'est qu'il est justement au contraire de l'homme immédiatement accompli qu'il est immédiatement lui-même on pourrait en prendre une infinité d'exemples c'est pas prenons un exemple que j'affectionne particulièrement l'exemple du coucou vous connaissez peut-être le coucou le coucou gris le plus commun sur nos latitudes le coucou comme vous le savez peut-être est un animal parasite là vous vous dites il est fou mais non on est au cœur du sujet vous allez voir le coucou est un animal parasit c'est à dire que la maman coucou ne fait pas son nid elle pond son œuf dans le nid d'un autre oiseau c'est la saison d'ailleurs en ce moment par exemple le nid de la petite Merlette voilà la petite Merlette a fait son nid et la pondu ses œufs et puis elle est partie chercher de la nourriture ou des brindilles et pendant ce temps là la femelle du Coucou passe dans le nid de la petite merlette et elle pond son œuf au milieu des œufs de la petite Merlette la petite Merlette revient elle a rien compris à l'histoire de toute façon elle fait pas compter donc elle couvre tous les œufs y compris celui du petit coucou le petit coucou arrive à maturité plus vite que les autres il casse sa coquille il sort la tête de sa coquille et quelle est la première chose que fait le petit coucou quand il a sorti la tête de sa coquille il casse les autres œufs autour de lui et il les jette par dessus bord oui c'est pas très gentil mais la seule question qui se pose est la question vertigineuse d'ailleurs qui se pose et la suivante qui a appris au petit coucou ce qu'il devait faire pour éliminer ses concurrents dans la lutte pour la survie personne mais c'est vraiment incroyable parce que vous en conviendrez avec moi le geste est quand même du technicité assez remarquable et bien le petit coucou justement il s'est immédiatement ce qu'il a à faire vous voyez comment aurait dit Descartes dès le point de sa naissance le petit coucou est un petit coucou accompli c'est un coucou parfait vous ferez pas de meilleur coucou que le petit coucou qui vient de naître et dès qu'il vient de naître il possède instantanément il possède immédiatement toutes les facultés qui sont le propre de son espèce toutes les facultés qui sont le propre de son espèce cette espèce parasite qui l'espèce du Coucou gris le petit coucou les possède immédiatement il a pas eu besoin d'aller dans une école des coucou il a pas eu besoin d'avoir des professeurs qui lui apprennent comment on fait ou des parents qui l'exerce à faire le geste du petit coucou il le fait immédiatement et il le fait d’ailleurs immédiatement à la perfection c'est absolument incroyable c'est vraiment fascinant pour nous parce que précisément nous sommes bien incapables de cette immédiateté qui caractérise l'animal ce que les animaux savent faire ils savent le faire immédiatement encore une fois il faudrait une nuancer ce propos le complexifier fermer globalement on peut dire que l'animal est capable de cet immédiateté dont nous sommes complètement incapables je sais pas les abeilles n'ont pas besoin de faire des écoles d'architecture pour apprendre à construire des ruches et les araignées n'ont pas besoin de faire des écoles d'ingénieurs pour apprendre à tisser des toiles voilà jamais et bien précisément cette expérience de l'immédiateté elle nous rend très fragile très fragile très vulnérable et en même temps justement à cause de cette cette nécessité de la médiation qui caractérise l'être humain nous rend très fragile et très vulnérable beaucoup plus fragile que l'animal en un sens mais elle fait aussi notre liberté c'est à dire que justement il n'y a pas de distance entre l'animal et son propre savoir les petits abeilles ils savent exactement comment construire des ruches sans avoir eu besoin de faire des écoles d'architecture mais les abeilles nouvelles qui naissent ne renouvelle rien dans l'univers des abeilles et vous ne verrez jamais une abeille architecte arrivée un jour en disant tiens mais si on faisait une ruche en gratte-ciel pour une fois ce serait quand même rigolo de voir à quoi ça ressemble et puisque vous avez reçu Jean-Luc Mélenchon je crois il n'y a pas très longtemps on pourrait dire que vous ne recevrez jamais non plus une abeille marxiste qui vous dira nous allons faire la révolution couper la tête à la reine et nous répartir le capital commun entre ouvrière ça n'arrive jamais pour le meilleur et pour le pire d'ailleurs depuis qu'il y a des coucou et des merles les coucou font le même coup aux merles et les merles se font toujours avoir par le coup du Coucou toujours voilà à côté des abeilles à côté des mers à côté des des coucou et des araignées on peut dire que le petit bébé humain lui il a l'air complètement ridicule c'est quand même le premier constat qu'on peut faire il a l'air complètement ridicule je termine avec les animaux mais un dernier exemple l'autre jour j'ai été dans ce genre dans une chambre d'hôtel et chose absurde je jaime la télévision au hasard je tombe sur un documentaire animalier qui parlait des bouquins et alors bon ça parle les bouquins dans la montagne donc c'est le documentaire disait que les petits bouquins qui sont nés au bout de 24 à 36 heures les petits bouquins se dressent sur leurs quatre pattes et gambad dans la montagne comme il le font toute leur vie la montagne quand même milieu compliqué vous voyez relief escarpé etc 36 heures le petit bouquin saute dans la montagne avec une espèce de sécurité souveraine il est incroyable quelques jours plus tard je vais dîner chez des amis qui ont un petit bébé de je sais pas un an et demi et donc le petit bébé commence à marcher et alors c'est toujours comme ça quand vous avez des amis comment savoir des bébés c'est le sujet de conversation quasiment exclusif de la de la soirée et donc pendant trois quarts d'heure on parle du fait que le petit bébé apprend à marcher alors c'était l'événement du jour c'est que leur enfant faisait trois pas il s'arrête et il repart il paraît que c'est hyper important quand vous apprenez à marcher vous faites trois pas vous arrêtez vous vous stabilise stabilisez et puis vous repartez peut-être que en fait un bébé peut vous le jetez d'un bras à l'autre et emporter par son élan il se jette dans les bras d'en face mais il marche pas encore alors que là il s'arrête et il repart trois quarts d'heure de conversation tu te rends compte il fait trois pas il s'arrête il repartent trois quarts d'heure alors évidemment je m'extasie avec mes amis parce que le contraire était désobligeant mais en moi-même je repensais au petit bouquetin vous voyez je me disais quand même sérieusement quoi un an et demi sur du plat de la moquette il fait trois pas au bout de un an et demi quoi et là on est en train de s'émerveiller en disant truc incroyable etc alors que le petit bouquin encore une fois au bout de 24 heures gambad au milieu de la montagne ici absolument incroyable que même marché même marché nous avons eu besoin de l'apprendre et même pour marcher nous avons eu besoin de rencontrer des médiateurs nous avons eu besoin de rencontrer une médiation le petit bébé humain à côté du petit coucou ou du petit bouquetin il est la première chose qu'on peut dire il est parfaitement démuni évidemment il y a une part d'instant en nous et donc il y a une part immédiateté et le petit bébé humain il y a bien une part de sa voix immédiat en lui il sait pleurer pour dire quand il a faim il sait prendre la nourriture qu'on lui tend mais à part ça immédiatement il est capable de bien peu de choses et pourtant n'importe quel petit bébé humain quand vous le regardez il est capable de faire des choses incroyables par sa nature en tant qu'il participe de l'espèce humaine il est capable de faire des choses extraordinaires il est capable de penser il est capable d'imaginer il est capable de parler il est capable d'entrer en relation avec les autres il est capable d'aimer il est capable d'innover mais pour accomplir toutes ces facultés pour accomplir tous ces facultés qui sont en lui naturellement parce qu'elles sont le propre de son espèce et bien précisément il aura d'abord besoin de rencontrer les autres il aura besoin de rencontrer une altérité et même il aura besoin de rencontrer une autorité par où lui viendra toute la culture qui est comme le travail des générations qui nous ont précédés pour apprivoiser notre propre nature tenez par exemple quand nous étions petits nous étions capables de penser quand nous étions bébé nous étions naturellement capables de penser nos parents n'ont pas produits en nous la faculté de penser et de fait il ne l'aurait jamais produit si elle n'avait pas été en nous nous étions capables de penser mais nous n'aurions jamais commencé à penser par exemple sans les mots que nos parents nous ont transmis et ces mots remarquez-le avec moi ces mots se sont toujours les mots du passé ces mots ils nous viennent toujours de l'histoire ils sont le produit d'une culture la langue que nous parlons aujourd'hui est une construction culturelle et elle porte d'ailleurs comme toute construction culturelle la trace d'une histoire très ancienne d'une histoire accidentée heurtée qui fait-elle un produit d’ailleurs limité imparfait d'un produit forcément un peu pesant à porter d'ailleurs tout le XXème siècle s'est révolté contre la langue comme nous avons esquissé tout à l'heure cette révolte contre la culture au nom de l'immédiateté tout le XXème siècle qui oppose l'autorité à la liberté à opposé la langue à la créativité dans ces Roland Bart qui était professeurs de littérature au Collège de France qui comme vous le savez commençait son cours inaugural de littérature dans les années 70 en disant la langue est fasciste pourquoi la langue est-elle fasciste d'abord parce que vous l'avez pas choisi pour commencer vous n'avez pas choisi votre langue il y a plein de langues dans le monde mais quand vous étiez petit vos parents vous ont imposé une langue et comme par hasard d'ailleurs la leur dans une espèce d'arbitraire culturel totalement dénuée de scrupule vous n'avez pas été consulté sur ce point c'est devenu comme par hasard votre langue votre langue maternelle et ensuite vous vous êtes rendu compte très vite que parler une langue c'est toujours se plier à des règles à une infinité de règles il y a des choses qui se disent il y a des choses qui ne se disent pas et vous avez été repris parfois sévèrement repris quand vous étiez petit comme moi pour avoir dit des choses qui ne se disaient pas et ensuite comble du traumatisme vous avez été à l'école et comme on ne vivait pas encore dans cette période bénie de l'évaluation bienveillante nous allons mettre maintenant des gommettes et des smileys à nos élèves et bien vous avez eu des notes et parfois même des mauvaises notes et vous avez dû vous rendre à l'évidence parler une langue écrire une langue c'est toujours se plier à une infinité de règles de règles d'orthographe de règles de grammaire de syntaxe et d'où viennent règles elles viennent du passé elles viennent d'hier elles sont totalement historiques et totalement historiques y compris au sens de l'arbitraire elles non aucun sens absolument aucun sens je veux dire par là qui a aucun sens au fait qu'on écrive chou pour genou hibou avec un X plutôt qu'avec un S mais voilà c'est comme ça vous avez dû écrire Choubou il bouge nous avec un X parce que sinon vous aviez des mauvaises notes violences scolaire vous avez eu sur vos copies le rouge sang de la mortalité éducative comme disait Bourdieu bref vous avez vécu la rencontre avec cette discipline que constitue la langue cette discipline que constitue la culture à chaque fois que vous parlez vous pliez déjà à une infinité de règles parler en quelque sorte c'est déjà obéir parler c'est non pas créer mais toujours répéter des règles déjà écrites avant vous et par conséquent on dit Roland Bart à chaque fois que vous parlez et même à chaque fois que vous pensez la langue saisie tout ce que vous avez à dire vos idées les plus personnelles vos émotions les plus intimes vos intuitions les plus nouvelles la langue les a déjà saisies dans son carcan parce que vous pensez dans les mots combles de l'envahissement comble de la liation vous pensez avec la langue vous pensez avec ces règles vous ne pouvez jamais penser quelque chose de nouveau puisque déjà la langue vous a pris la langue saisit tout ce que vous êtes tous que vous pensez tout ce que vous imaginez allez donc totalitaire elle est fasciste de telles sortent écrire l'embarque qu'il n'y a de liberté il n'y a de nouveautés il n'y a de créativité qu'en dehors de la langue et bien voilà toute la question est là toute la question se trouve ici voyez où se trouve cette nouveauté où se trouve cette créativité où se trouve cette liberté en dehors de la langue pour ma part je crois que cette vision procède d'un oubli immense est-ce que nous penserions plus librement est-ce que nous pensions d'une façon plus nouvelle plus inédite plus libre et plus créative si nous n'avions jamais reçu cette langue qui nous vient du passé et bien la réponse est évidemment non parce que si nous n'avions jamais reçu cette langue qui nous vient du passé nous n'aurions jamais commencé à penser à chaque fois que vous pensez et dans l'idée la plus nouvelle que vous exprimez dans l'intuition la plus inédite et la plus originale vous dites quelque chose qui n'aurait pas été possible sans cette culture qui vient du passé ça veut pas dire que vous en êtes prisonnier évidemment vous n'en n'êtes pas prisonnier quand vos parents vous ont donné les mots pour parler ils vous ont donné les mots pour penser et vos parents ne pouvaient pas prédire l'usage que vous alliez faire des mots qu'ils étaient en train de vous donner ça doit d'ailleurs être une expérience vertigineuse j'imagine pour tous les parents que quand vous apprenez à un enfant à parler vous lui donnez les moyens de penser par lui-même et peut-être un jour de penser contre vous vous ne savez pas du tout ce qu'il fera de ces mots que vous lui donnez un jour peut-être avec les mots que vous lui avez appris il se révoltera contre vous mais voilà tout le grand mystère de l'expérience humaine tout le mystère de la médiation c'est que toute la liberté que nous avons aujourd'hui nous la devons à ceux qui nous ont précédés et pour le dire d'une façon très triviale que quand un adolescent se révolte contre ses parents en disant j'en ai rien à faire de tout ce que vous m'avez transmis il le fait encore avec les mots que ses parents lui ont transmis encore une fois nous ne sommes pas piégés par ce que nous avons reçu du passé mais au contraire ce que nous recevons du passé fondent notre liberté d'aujourd'hui et des mots que vous avez reçu vous faites tous aujourd'hui un usage que personne n'aurait pu prévoir que personne n'aurait pu prédire un usage complètement nouveau ou plus exactement si vous voulez en faire un usage vraiment nouveau un usage qui soit vraiment le vôtre alors il faut recevoir le plus possible de se passer les richesses qu'il vous propose c'est d'ailleurs ce que nous montre l'expérience paradoxale de l'artiste l'artiste de fait est celui qui crée quelque chose de nouveau l'artiste est celui qui prouve que les hommes ne sont pas enfermés dans la répétition du passé le propre d'un grand artiste c'est qu'il est créateur et quand on dit qu'il crée on parle précisément de la nouveauté qu'il produit et d'ailleurs cette nouveauté systématiquement dérange tous les grands artistes ont commencé par déranger parce que l'artiste est réussi à faire quelque chose qui l'exprime vraiment d'une façon complètement singulière personne d'autre n'aurait pu faire ce qu'il fait personne d'autre n'aurait pu créer comme lui si vous connaissez bien un grand artiste je sais pas par exemple si vous connaissez bien un grand pianiste vous connaissez son style et vous avez le reconnaître entre 1000 le style c'est la faculté qu'un artiste d'exprimer quelque chose qui lui est vraiment personnel si vous connaissez bien Chopin par exemple et qu'un jour on vous fait écouter un morceau de Chopin que vous n'aviez jamais entendu vous direz ah bah ça c'est du Chopin ça ne peut être que lui c'est vraiment Chopin c'est son propre style vous avez vu qu'on a trouvé un tableau qui est supposé être l'oeuvre de Caravage et bien justement on se demande est-ce que c'est un Caravage et comment est-ce qu'on se demande si c'est un carnage on se demande si c'est le style de Caravage personne ne peint comme Caravage et quand on trouve ce tableau dans un grenier et qu'on le regarde en face tous ceux qui connaissent Caravage dit bah c'est forcément lui après on peut discuter bien sûr mais vous voyez que on peut reconnaître un artiste dans ce qu'il crée parce que c'est tellement personnel c'est bien la preuve donc que l'artiste est libre que l'artiste n'est pas condamné à la répétition mimétique du passé que l'artiste est justement capable de produire demain quelque chose qu'on n'avait jamais vu hier or comment devient-on un grand artiste et bien précisément devenir un grand artiste ça n'est pas du tout immédiat pas du tout j'étais il y a quelques semaines à l'Opéra de Lyon pour un coloc sur l'éducation artistique on nous montre une une très belle vidéo d'ailleurs sur un projet que l'Opéra de Lyon mène a destination des écoliers de la banlieue lyonnaise des collégiens plutôt donc c'est un pianiste de l'Opéra qui vient avec son piano dans une salle de classe il vient présenter son instrument et il joue un morceau et puis ensuite il dit aux élèves venez au piano venez à pied au hasard sur les touches du piano alors beaucoup d'élèves n'ont jamais vu un piano d'orchestre alors ils sont tout impressionnés ils s'approche du piano et puis ils appuient au hasard sur les touches comme le pianiste le raconseillé appuyez au hasard sur les touches du piano improvisées et la vidéo nous dit pour la première fois de leur vie ces élèves ont fait une expérience de leur créativité personnelle bien justement tout le problème est là c'est que ça n'est pas du tout une expérience de créativité personnelle cette expérience elle est très belle et même elle est très nécessaire peut-être qu'il y a dans cette salle de classe un futur grand artiste de demain peut-être qu'il y a dans cette salle de classe un futur grand pianiste de demain mais il y a une distance infinie entre happy au hasard sur les touches d'un piano et composer une oeuvre qui révèle une créativité personnelle voilà le grand mystère de la médiation c'est que nous nous sommes pas immédiatement nous-mêmes c'est pas immédiat d'exprimer quelque chose de soi et si vous vous mettez devant un piano c'est pas parce que vous appuyez sur les touches du piano que vous allez dire quelque chose qui vous exprime si vous vous mettez devant une toile blanche avec des pinceaux c'est pas parce que vous faites des traits de couleur sur la toile blanche que vous aurez que vous exprimez quelque chose qui vous exprime vraiment comment Chopin est-il devenu Chopin et bien justement d'abord il a eu des professeurs de piano il a commencé par faire des gammes et ensuite il a appris des morceaux que d'autres compositeurs avaient avec composé avant lui il les a même appris par coeur et à la fin de tout ce parcours accompagné par ces médiateurs que sont ces professeurs de piano Chopin tire de tout se passer la matière de sa propre créativité personnelle et alors c'est vrai à la fin de tout ce parcours surgit dans le monde quelque chose de nouveau quelque chose d'inédit quelque chose d'inouï même un Nocturne de Chopin mais ça n'est pas du tout immédiat et voilà précisément ce que nous avons oublié voilà ce que nous avons collectivement oublié préparer l'avenir et préparer la nouveauté qui surgira demain suppose précisément de faire de l'école ce chemin cette médiation qui conduira les générations qui viennent vers leur propre nouveauté vers leur propre liberté vers leur propre créativité comment voulez-vous composer et ces Bergson qui ironisaient sur cette question à quoi ressemblera le grand roman du 21e siècle ben on n'en sait rien à quoi il ressemblera vous pouvez pas le prévoir justement à quoi ressembleront les métiers de demain vous ne pouvez pas les prévoir et c'est pas d'ailleurs en collant à la modernité dans ce qu'elle a de plus actuel que nous pouvons le mieux préparer la créativité de demain nous sommes convaincus que précisément la l'avenir est numérique et c'est la raison pour laquelle nous allons faire des cours de code informatique à tous nos élèves de CE1 mais quel aberration absurde les inventeurs de Google d'Apple et de facebook n'avaient pas par définition il n'avait pas fait de code informatique à l'école en revanche ils avaient eu des bons cours de mathématiques et même d'ailleurs dans le cas de Apple vous avez peut-être vu le film qui retraçait l'histoire de Steve Jobs récemment dans le cas de de Steve Jobs il y a un élément qui est tout à fait frappant dans son parcours c'est que Steve Jobs à la suite d'un moment d'épreuves dans son existence personnelle à quitté les études dans lesquelles il était engagé et ne sachant trop quoi faire il s'est lancé dans la passion pour la calligraphie il a appris la calligraphie mais un très haut niveau avec beaucoup d'exigence apparemment ça ne servait à rien la calligraphie c'est un art très ancien ça paraît complètement périmé à l'heure de l'informatique sérieusement on aurait pu lui dire mon pauvre Steve nous vivons à l'époque du numérique plus personne n'écrit à la main la calligraphie est totalement dépassée maintenant et bien Steve Jobs a dit de lui-même que s'il n'avait pas appris la calligraphie s'il n'avait pas été en contact avec ce savoir immémorial tellement ancien qu'il remonte quasiment au début de l'écriture linéaire il n'aurait jamais inventé le Mac et il n'aurait jamais porté à ses produits l'attention qu'il a donné au design à l'esthétisme à la graphie à la police même de caractère qui a fait la singularité des lignes Apple oui c'est très étonnant notre créativité de demain elle vient de la réception d'une culture parfois très ancienne et donc par définition nous ne soupçonnons pas ce qu'elle va éveiller en nous de capacité de nouveautés de capacité d'innovation et c'est la raison pour laquelle je terminerai par là préparez les enfants préparer les élèves préparer les étudiants à la modernité qui vient je parle ici de l'école pas des études supérieures je parle bien de l'école préparez nos enfants et nos élèves à la modernité du monde qui vient les préparer à être vraiment inventifs vraiment créatif à apporter leur nouveauté à ce monde dans lequel ils seront plongés suppose d'une certaine façon de renouer avec la culture en tournant par principe le dos à la fascination contemporaine pour l'immédiateté dans son expression la plus immédiate c'est-à-dire dans son expression technologique vous en avez peut-être entendu parler les ingénieurs de Google et d'Apple se battent dans la Silicon Valley pour inscrire leurs enfants dans les écoles les plus chères les plus coûteuses et les écoles les plus coûteuses dans la Silicon Valley sont celles qui proposent une éducation sans écran et bien à titre personnel je suis moi aussi assez convaincu que la meilleure façon de préparer les enfants à la modernité numérique c'est de leur donner l'occasion de grandir encore une fois à l'école et non pas dans les études supérieures mais dans ce temps primaire de l'école primaire et secondaire leur permettre de grandir à distance de l'immédiateté numérique de fait nous ne sommes pas immédiatement capables de bien utiliser ses ressources fabuleuses que sont les ordinateurs que sont les smartphones que sont toutes les facettes de l'univers numérique dans lequel nous allons vivre nous n'en sommes pas immédiatement capables quand vous êtes professeur de philosophie vous vivez nécessairement cette expérience assez frappante là encore en lycée bien plus qu'en prépa que quand vous donnez un sujet à travailler à vos élèves évidemment de façon compulsive ils vont tous chercher la réponse sur Internet bon c'est normal je ne les emblème pas je fais exactement la même chose nous sommes de la même génération quand j'ai un problème quelconque je vais chercher la réponse sur Google si ma machine à laver tombe en panne je tape sur Google LA référence de la machine à laver les symptômes de la panne et je tombe sur un forum ou des tas de gens bienveillants soupe pseudonyme raconte la même panne et m'explique comment la résoudre c'est absolument fabuleux donc quand je demande à mes élèves si la vie a un sens ils font exactement la même chose que moi avec ma machine à laver il demande à Google si la vie a un sens or qu'est-ce qui se passe quand vous demandez à Google si la vie a un sens fait de l'expérience vous allez voir quand vous demandez à Google s'il a dit à un sens vous tombez sur les plus belles pages de l'histoire de la philosophie parce que c'est vrai internet est une chance fabuleuse qui nous permet d'accéder en temps réel à la quasi-totalité de la connaissance philosophique du passé mais vous tombez aussi sur la page d'accueil des Témoins de Jéhovah et vous tombez aussi et de façon absolument égalitaire sur la page d'accueil du blog d'un solitaire déprimé qui publie ses méditations ces méditations désespérée et dysorthographiques entre deux émoticônes et des photos de chatons des années 70 donc quand vous demandez à vos élèves si la vie a un sens au début d'une année de terminale ils vont demander la réponse à Google et il recopie motamo avec une fidélité touchante alors certains recopient les plus belles pages de philosophie que d’ailleurs au début d'une année de philosophie et c'est normal il ne comprennent pas complètement mais d'autres recopient expérience vécues la page d'accueil du site des Témoins de Jéhovah et d'autres recopies les élucubrations et déprimées d'un solitaire blogueur avec les fautes d'orthographe comprise et quasiment même les émoticônes et les photos de chatons bref comment les élèves pourraient-ils faire la différence mais ils ne peuvent pas faire la différence c'est évidemment impossible à la fin de l'année de philosophie j'espère qu'ils savent faire la différence pourquoi précisément parce qu'ils ont fait de la philosophie et parce que à l'école dans une institution ils ont rencontré un savoir qui normalement fait autorité ils ont rencontré des grands auteurs ils ont rencontré des auteurs et quand vous rencontrez des auteurs précisément vous vous familiarisez avec ce qui peut fonder en vous une capacité de discernement un sens critique ça ne s'apprend pas tout seul ça n'est pas du tout immédiat pas du tout immédiat alors aujourd'hui on se réveille brutalement on dit mais c'est très curieux on a passé notre temps à fournir à nos élèves des tablettes des iPad et des outils numériques on a passé notre temps à faire entrer dans les écoles ce qu'on appelle dans l'éducation nationale des technologies d'information et de communication et pourtant nos élèves qui sont nés avec ces outils dans les mains sont complètement incapables de s'orienter sur Internet et c'est le vrai traumatisme qui a suivi les attentats de Charlie Hebdo c'est que nos élèves sont revenus en étant tous complètement désinformés c'est incapable de savoir ce qui s'était vraiment passé beaucoup d'élèves croyaient que Charlie Hebdo était un journaliste qui avait eu un souci quelque part en revanche tous les élèves savaient que sur la voiture des frères Kouachi au début les rétroviseurs étaient noirs et qu'après ils étaient blancs que la CIA avait monté le coup avec le Mossad et que bref nous avons découvert avec stupeur que internet était pour nos élèves n'ont pas simplement une technologie d'information et de communication mais d'abord une prodigieuse technologique de désinformation évidemment qu'est-ce qui peut permettre à nos élèves de bien utiliser l'univers numérique dans lequel ils vont grandir et bien c'est peut-être précisément j'en suis convaincu la rencontre avec la culture la rencontre avec le livre la rencontre avec l'enseignant la rencontre avec un savoir qui justement fait autorité alors du coup devant le traumatisme poste sur Hebdo d'un seul coup on dit au professeur oh là la réveillons-nous il faut absolument apprendre à nos élèves l'esprit critique alors vous les professeurs de philosophie vous devez faire des cours d'esprit critiques mais moi je sais pas faire un cours d'esprit critique vous savez à quoi ça ressemble vous un cours d'esprit critique j'ai aucune espèce d'idée en revanche je suis convaincu d'une chose c'est que si j'arrive à bien faire mon travail et si j'arrive à bien faire un cours de philosophie alors j'en suis convaincu l'esprit critique des élèves s'en trouvera augmenté c'est tout le sens de l'autorité c'est tout le sens de la rencontre avec les grands auteurs rencontrer les auteurs et je terminerai par là ce n'est pas être condamné à penser comme eux rencontrer les auteurs du passé ce n'est pas être enfermé dans le passé et privé d'inventer l'avenir quand vous avez des tocs vous n'êtes pas tous devenus libéraux et quand vous avez lu Marx vous n'êtes pas tous devenus communiste d'après vous êtes abonnés mais si vous avez lu Tocqueville et si vous avez lu Marx même à odencia si vous avez du Tocqueville et si vous avez du mal vous avez plus de chance d'avoir une pensée plus personnelle et plus libre sur la question de l'argent de l'économie du travail sur le sens de la vie en société si vous lisez Pascal vous ne venez pas forcément mystique mais si vous lisez ni de vous ne devenez pas forcément athée mais si vous avez lu Pascal et ni je vous avais plus de chance d'avoir une pensée plus personnelle plus libre même une pensée plus neuve sur la question de la religion de l'existence de Dieu ou du sens de la vie et bien précisément c'est le sens de l'autorité des auteurs de l'autorité des grands auteurs qu'elle fait grandir notre propre liberté quelle fait grandir notre propre créativité il n'y a pas de grand philosophe qui n'est jamais lu les philosophes qu'il précédait qu'il n'est jamais commencé par dialoguer avec les autres il y a pas de grands romancier qui n'est d'abord lu des romans qui n'est d'abord appris à écrire et à parler il n'y a pas de grands physicien qui n'est d'abord travaillé les auteurs qu'il avait précédé en physique quitte allait dépasser un jour bien sûr mais on ne dépasse un physicien que quand on a d'abord connu les propres travaux qu'il avait construit toute l'histoire des sciences comme toute l'histoire de la philosophie comme toute l'histoire de la culture nous montre que la clé vers l'avenir c'est précisément le passé que le chemin vers l'invention c'est la rencontre avec la conservation et c'est là encore tout le sens de l'autorité autorité vient du verbe latin à au guérir qui veut dire augmenter qui donne à autoritaire le propre de l'autorité c'est qu'elle augmente notre liberté qu'elle augmente notre créativité et ainsi peu avoir un sens et je terminerai par là parce que arène t'appelle la natalité ainsi peut avoir un sens le fait que d'autres êtres humains ne cessent de naître dans ce monde les abeilles précisément dans leur immédiatet absolu ne cesse de se répéter et les abeilles font toujours les ruches de la même façon et les araignées utilisent toujours leur toile de la même façon précisément l'école a pour fonction de conserver la culture qui nous a précédé et ainsi de conduire chaque enfant vers la nouveauté qu'il peut apporter dans le monde parce que pour le coup que naissent un enfant nouveau et c'est le monde entier qui peut s'en trouver ébranlé c'est le facteur décisif lui disait Anna Arendt c'est le facteur décisif du monde humain c'est que des êtres humains naissent et que la naissance et la clé de la nouveauté personne ne sait ce que vous allez faire du monde dont vous hériter et vous même d'ailleurs vous ne le savez pas encore mais une chose est sûre c'est que pour apporter quelque chose de nouveau à ce monde vous avez d'abord besoin de beaucoup recevoir non pas parce que vous êtes inférieur aux autres mais parce que comme toutes les générations qui vous ont précédé et je m'inclus dans le Lot évidemment car c'est toute l'histoire de la vie qui se résume dans cette aventure nous avons besoin de recevoir ce qui nous précède pour accomplir quelque chose de nouveau dans ce monde et pour devenir ce que nous sommes pour devenir ce que nous sommes voilà merci beaucoup de votre attention et maintenant je suis prêt à répondre à vos questions bon bah écoutez d'abord je tiendrai à remercier au nom de toutes les colles et pour tous les gens qui sont là on a je suis sûr que tout le monde a apprécié la clarté et l'intelligence de vos propos et on est à peu près sépare le temps on va juste poser une question Julien et moi et ensuite on pourra demander au public si quelqu'un a une question à vous adresser Julien vas-y alors Monsieur Bel-Ami vous parlez beaucoup dans le livre des nouvelles pédagogies qui se veulent plus égalitaires et qui sont pour une bonne part l'héritage de Pierre Bourdieu alors ces pédagogie on fait vous le dites dans le livre énormément de dégâts depuis une trentaine d'années pourtant elles sont toujours défendus bec et ongles par le ministère de l'Éducation nationale les parts un certain nombre d'organes de presse alors 50 ans après la publication des héritiers comment expliquer vous un tel succès une telle vivacité de la pensée de Bourdieu ce qui est très frappant avec la merci beaucoup Bourdieu vous le savez dénoncer le système scolaire comme un lieu de reproduction je le disais tout à l'heure et essentiellement de reproduction des inégalités sociales pour Bourdieu et sans doute il ne vous aurait pas fait de cadeau s'il avait été dans cet amphi pour Bourdieu l'école a d'abord pour fonction d'orienter de sélectionner et de sélectionner des héritiers qu'on envoie à odencia pour devenir les maîtres du monde tandis que les autres seront condamnés à être vos ouvriers vos salariés pour lui dire autrement les exploiter et les opprimer du système capitaliste de demain et c'est d'ailleurs ce qu'on nous expliquait dans notre formation d'enseignant qui était tout entière bourdieusienne comme le débat sur la notation que j'évoquais tout à l'heure on nous expliquait que quand nous mettion des notes à nos élèves je me rappelle de cette parole dans nos formateurs qui m'avait frappé à l'époque évidemment quand vous mettez des notes à vos élèves nous disaient ce formateur vous êtes les capots du système ultralibéral et vous préparez pour les multinationales de demain les masses laborieuses résignées dans lesquelles elles iront se servir bref Bourdieu dénonçait le système scolaire comme étant exclusivement au service de la reproduction des inégalités sociales par ce moyen qui était la culture la culture qui pour lui est un pur artifice totalement dénué de fonctions ce que je viens de ce que j'ai tenté de montrer ce soir et j'espère malgré la brièveté du propos avoir pu vous en donner une toute petite intuition c'est que la culture a une fonction essentielle c'est à dire que sans la culture c'est notre être même qui ne s'accomplit jamais mais pour Bourdieu la culture au contraire n'a une fonction qui accessoire elle est du côté de Laki elle est du côté de la voir je pense que la culture et du côté de l'être mais pour Dieu a imposé dans le vocabulaire commun l'expression de capital culturel qui nous est devenu tellement familière qui vient directement du marxisme et que tout le monde a adopté l'idée que la culture est un capital ou bien que la culture est un bagage si vous voulez alors évidemment le grand paradoxe c'est que parce que la culture est un capital qui sert à sélectionner les élites et à réprouver ou à disqualifier les déshérités ou les opprimés et bien nous avons déconstruit la transmission de la culture à l'école et en déconstruisant la transmission de la culture à l'école ce que nous sommes en train de continuer à faire avec les réformes actuelles nous avons consolidé comme jamais les inégalités sociales parce que aujourd'hui et pour lui dire n'est à son triviale soit vous venez d'une famille favorisée d'une famille privilégiée qui habite en centre-ville et qui exerce une vigilance soutenue sur l'école de ses enfants qui inscrit ses enfants dans l'enseignement privé ou qui leur donnent des cours particuliers soit vous êtes dans une famille qui ne sait même pas que l'école est en difficulté qui fait confiance à l'école en banlieue dans des quartiers défavorisés et là vous n'avez aucune chance de vous en sortir nous n'avons jamais eu un système scolaire aussi inégalitaire aujourd'hui alors évidemment du coup le système actuel semble consolider la prédiction de Bourdieu en fait on pourrait dire que Bourdieu a prédit l’école qui l'a construit et il a dénoncé l'école qu'il a servi à fonder c'est très frappant mais aujourd'hui comme la culture n'est plus transmise dans bien des lieux c'est il faut se rendre à l'évidence les statistiques nationales et internationales nous le montrent en France aujourd'hui à la fin de la classe de troisième vous avez 19% des collégiens qui ont de grandes difficultés dans la maîtrise de la lecture à la fin de la classe de 3e évidemment ça n'est pas 19%, vous en êtes tous bien conscients ça n'est pas 19% de collégiens dans toutes les classes de troisième de France non pas du tout il y a des classes de troisième dans les centres-villes des grandes villes dans les lieux les plus bourgeois les plus favorisés dans les lieux les plus privilégiés ou tous les élèves quasiment savent très bien lire la fin de la classe de 3e ce qui veut dire qu'il y a d'autres quartiers ou la moitié est deux tiers parfois des élèves vont de grandes difficultés de lecture à la fin de la classe de 3e là où nous avons été jusqu'au bout dans la rupture avec la transmission de la culture alors c'est vrai nous condamnons les élèves à une ségrégation sociale à une pauvreté culturelle qui signe leur relégation professionnelle mais qui signe aussi de façon bien plus grave une pauvreté intérieure une pauvreté essentielle et non pas seulement accessoire il y a bien des égards je crois que nous pouvons comprendre aussi le terrorisme contemporain auquel nous devons faire face aujourd'hui comme l'une des conséquences de cette crise éducative de cette crise culturelle très profonde parce que quand vous avez été privé des mots même pour vous exprimer il y a une statistique qui a été publiée il y a trois semaines toute récente et qui montre que entre un collégien de centre-ville dans un quartier favorisé et un collégien de banlieue dans un quartier défavorisé le nombre de mots dans le vocabulaire courant moyen et différent les différentiel et de 1 à 4 ça veut dire que un élève d'un milieu favorisé à 4 fois plus de mots dans son vocabulaire courant pour s'exprimer qu'un élève d'un milieu défavorisé quand vous avez été privé même des mots pour vous exprimer même de la richesse du vocabulaire qu'est-ce qui vous reste pour vous exprimer quand vous avez le sentiment de vivre une injustice qu'est-ce qui vous reste pour dire ce que vous tentez d'exprimer il ne vous reste que la violence précisément le propre de ce mystère de la médiation c'est que l'homme n'est pas immédiatement nul lui-même et que l'homme n'est pas immédiatement libre qu'il n'est pas immédiatement accompli et qu'il n'est pas immédiatement humain quand la culture n'est plus transmise quand ce chemin vers l'accomplissement de soi n'est plus offert alors nous le savons bien l'homme est capable d'être inhumain et de ce point de vue là je crois qu'encore une fois nous devons trouver non pas comme la seule cause mais comme l'un des facteurs qui permettent de comprendre le terrorisme contemporain la crise de la culture comme un chemin qui a conduit dans cette pauvreté culturelle à la violence anomique absurde délirante que nous rencontrons aujourd'hui et d'ailleurs l'État islamique la bien compris l'État islamique ne recrute pas avec des mots ne recrutent pas avec des argumentsaires il recrute précisément avec ce média de l'immédiateté qui est l'image la vidéo c'est c'est une génération qui a été totalement privée d'esprit critique et qui se trouve abandonné à la facilité à la superficialité à la superficialité des discours les plus sectaires et les plus délirants sans aucune espèce de protection qui se trouve aussi abandonnée à la facilité à la fascination pour la violence la plus gratuite la plus radicale la plus visible la plus évidente la plus inhumaine aussi dans ce sens et donc pour Dieu de ce point de vue là oui j'en suis convaincu ou la réception que nous avons faite de Bourdieu a contribué à produire exactement l'école qu'il avait dénoncé je me permets de dire que mais ce sera vraiment juste une je suis profondément révolté contre l'argumentaire qui s'oppose à la tout à l'heure il était ce mot était était sur votre petite bande-annonce il y a toute une opposition la réforme du collège qui s'est fait au nom de la dénonciation de l'égalitarisme comme s'il réforme du collège qu'on nous propose aujourd'hui était une réforme égalitariste mais d'abord je pense qu'il faut défendre l'égalité absolue et surtout l'égalité à l'école et que c'est l'honneur d'une société que d'offrir à tous les enfants riche et pauvres français d'hier ou de très longtemps d'offrir à tous les enfants la culture sans laquelle il n'y a pas de liberté d'accomplissement personnel et deuxièmement je crois que c'est très fort qui nous est proposé aujourd'hui et ça n'est pas du tout un jugement politique encore une fois elle est dans le sillage exact de ce que la droite elle-même a fait quand elle était au responsabilité cette réforme n'est pas du tout égalitariste au contraire en faisant un pas de plus dans la déconstruction de la transmission de la culture à travers cette fascination pour l'immédiate qui s'exprime dans les EPI dans l'accompagnement personnalisé etc cette réforme sera à nouveau un pas de plus vers l'inégalité merci beaucoup au risque de faire une espèce de de grand écart j'aimerais vous poser une question plus politique je sais qu'on peut parler de tout avec vous que pensez-vous du mouvement nuit debout d'abord de ces gens enjeux politiques c'est à dire la fin des parties les initiatives citoyennes qui partent qui partent du bas et des enjeux je dirais éducatifs on a vu certains professeurs de la Sorbonne qui est qui est allé donner des cours sur la place de la République et c'est une forme de transmission peut être plus horizontale du savoir que vous approuvez alors d'abord je crois qu'il y a pas de volonté de transmission précisément parce que l'idéal de nuit debout c'est un idéal d'horizontalité absolue si quelqu'un se présente sur la place de République en prétendant détenir une autorité quelle qu'elle soit il en sera immédiatement éjecté et c'est la raison sans doute ou l'une des raisons de l'éviction récente dans l'académicien qui avait osé y pointé son nez de fait à nuit debout comme vous le savez tous les intervenants qui participent à son lieu général quel que soit leur titre leur grade leur âge leur expérience ont droit de parler 2 minutes chrono pas plus pas moins donc je crois pas qu'il y ait de de volonté de transmission et à l'idée d'un partage parfaitement horizontal qui s'exprime dans cette initiative de sciences debout ou effectivement des enseignants ou des thésards viennent proposer à ceux qui veulent de répondre à leurs questions alors que que dire de nuit debout en fait je m'interdirais d'en parler parce que je n'y ai pas été et donc je sais trop à quel point les médias peuvent constituer un filtre déformant pour maintenir d'avoir un avis définitif sur ce mouvement je dirais que de ce que je peux en voir de l'extérieur nuit debout exprime clairement et constitue comme le symptôme effectivement de la faillite du système politique contemporain ou de sa de sa crise très grave qui est d'abord qui est d'ailleurs à certains égards liés à ce que nous venons d'exprimer la crise de la situation politique actuelle est d'abord une crise de la parole politique une crise du langage et donc aussi en un sens une crise de la culture c'est à dire les politiques semblent ne plus pouvoir parler leur parole le porte plus il faudrait beaucoup de temps pour réfléchir à cette question mais quand on veut dire que la crise politique actuelle n'est pas d'abord une crise de la situation politique après tout notre pays a connu des situations bien plus tragiques dans son histoire enfin nous ne sommes pas oyé en mai 1940 quand même nous ne sommes pas pendant la guerre de 14 à certains égards notre pays va plutôt bien il est rencontre évidemment des problèmes majeurs mais le principal de ces problèmes c'est que l'outil qui devrait servir à la résolution des problèmes c'est-à-dire la politique cet outil-là semble totalement une opérant à cause de l'incapacité des politiques à produire une parole qui porte qui est du sens et de fait la parole c'est l'outil de la politique dans un monde démocratique en particulier mais c'est l'outil de la politique depuis le quatrième siècle grec et cette grande révolution de la politique occidentale dont nous sommes les héritiers donc nuit debout est d'abord un exercice de la parole qui voudrait remédier à cette difficulté de la politique contemporaine et de ce point de vue là je regarde le début de nuit debout avec intérêt avec curiosité et avec avec une forme de de d'espoir et en même temps évidemment ce qui m'attriste profondément et encore une fois sans porter jugement définitif sur ce point c'est c'est qu'on peut pas prétendre renouveler la démocratie avec un sectarisme absolu et je crois que je crois que malheureusement c'est ce qui c'est ce qui se joue aujourd'hui dans dans l'initiative lui-même je dois dire que j'y reconnais là pour une part le climat de ma propre formation intellectuelle puisque derrière nuit debout il y a pas mal de mes de mes anciens copains d'école qui en fait ont juste quitté le cinquième arrondissement pour le plaisir et l'adrénaline de faire une assemblée générale exactement la même qu'à l'école mais sur la place de la République et le problème c'est que évidemment ce mouvement va probablement se tuer lui-même par sa difficulté à s'ouvrir dans tous les sens du terme c'est-à-dire que quand vous considérez que Nelly légitime pour parler avec vous que celui qui est d'accord avec vous c'est difficile de reconstruire un débat démocratique et quand vous ne parlez une langue que que quand vous parlez une langue que que personne d'autre que vous ne peut rejoindre et comprendre c'est difficile de prétendre reconstruire une société on va passer aux questions du public bonsoir J'ai une question en ce qui concerne le latin et le grec qui sont aujourd'hui trop souvent caractérisés de langue morte et qui sont devenus des reliques pour beaucoup de gens et je voulais savoir ce que vous pensiez parce que finalement enfin moi j'ai fait que que mes sept ans de latin enfin juste en terminale et j'ai adoré je suis une des enfin je suis on est peu à avoir adoré le latin mais moi j'en fais partie et je voulais savoir qu'est-ce que vous pensiez de de son futur du latin et du grec parce que pour moi ça m'a permis d'avoir une autre perception en fait du monde contemporain parce que je suis entièrement d'accord avec le fait que on construit un futur en s'appuyant sur des fondations solides du passé et donc je voulais savoir est-ce que vous pensez vraiment que le latin et le grec sont en danger en France alors évidemment si on se place dans le paradigme que je tentais de décrire au début de mon intervention clairement le latin et le grec ne semble pas faire partie de l'école de demain si l'école de demain c'est l'école du code informatique et de du développement durable le latin et le grec non rien à y faire c'est complètement dépassé vous voyez c'est un parlementaire qui me disait mais attendez à prendre le latin et puis quoi encore enfin oui il faudrait qu'on apprenne du coup tout ce que les hommes ont inventé depuis des millénaires ce serait ridicule enfin voyez le il faut se libérer du passé me disait ce parlementaire il faut au sens nicher un loyer au sens de la santé que constitue l'oubli actif il faut être capable d'oublier quoi il y a des trucs qu'on va pas traîner sur notre dos indéfiniment donc ce parlementaire exprimait l'idée que l'école de demain c'est l'école du numérique l'école du code informatique l'école des enjeux de l'avenir et évidemment dans les enjeux de l'avenir le latin et le grec semble effectivement être des fossiles ou des reliques comme vous l'évoquiez justement et bien je pense précisément le contraire ce parlementaire me disait aussi c'est même parlementaire qui me disait vous savez de toute façon l'école de demain c'est très simple pour pour rénover l'éducation nationale on va faire un truc très simple on va prendre tous les contenus de connaissances qui sont partagés à l'école et tout ce qui n'est pas directement utile dans la vie des entreprises d'aujourd'hui on le supprime ne sert à rien lui il prenait comme exemple le fait d'avoir dû apprendre à jouer du pipeau vous avez quand on était en cinquième vous l'avez peut-être fait comme moi on nous a mis une flûte en plastique dans les doigts pour nous apprendre les rudiments du solfège et de la notation musicale bon alors j'étais étonné de son exemple parce que quand on est parlementaire français aujourd'hui il jouait du pipo semble être une compétence professionnelle assez décisive mais j'ai pas osé lui répondre ça je suis un garçon trop bien élevé si on prend ce critère si on adopte ce critère très bien et encore une fois ce critère je pense que beaucoup de gens seraient prêts à l'adopter passer un critère qui n'est pas même s'il exprimait ici d'une façon un peu brutale et radicale et qui n'est pas si étrange que ça aux mentalités contemporaines si on adopte ce critère alors très bien supprimons le pipeau supprimons le latin et y on peut supprimer aussi d'autres choses qui sont très faciles à enlever comme la philosophie par exemple dans la contribution au PIB national est absolument nulle mais à ce compte là en fait qu'est-ce qu'on va garder choisissons d'adopter ce critère avec lui et posons-nous cette simple question pour tous ceux qui sont déjà ici dans la vie professionnelle ou qui ont vécu déjà leur vie professionnelle de tout ce que vous avez appris un jour à l'école au collège au lycée qu'est-ce qui vous a été un jour directement utile de tout ce que vous y avez appris qu'est-ce qui vous a été un jour directement utile dans votre vie professionnelle en général quand on quand on pose cette question à une assemblée d'adultes il suffit de trois ou quatre secondes pour qu'un gigantesque vertige dépressif traverse la salle parce que la vérité c'est que et vous le savez déjà très bien vous qui êtes étudiant la quasi-totalité des choses que nous avons appris sur les bancs de l'école du collège et du lycée ne nous ont jamais été ne nous serons jamais directement utile dans la vie professionnelle tous ces cours de physique de bio de maths tout ça là ça vous servira à quelque chose un jour les lois de la dioptrie que vous avez péniblement appris le tableau des éléments enfin donc tout ça est complètement absurde en fait et même les matières les plus défendables vous voyez quand on était lycéen ou collégien vous étiez peut-être comme moi vous voyez bien que les parents que les enseignants étaient gênés parce qu'il y a des matières un peu indéfendables mais il y a des matières qui sont faciles à défendre par exemple l'anglais alors là là les adultes jouaient sur du billard comme parce que l'anglais là c'était facile à défendre mon petit on vit dans un monde mondialisé si tu ne parles pas parfaitement anglais demain tu n'as aucune chance d'avoir un métier c'est fini pour toi c'est foutu mais c'était évidemment complètement faux évidemment complètement faux il y a plein de métiers qu'on peut faire sans savoir parler anglais par exemple professeur de philosophie il y a plein de métiers pour lesquels on aurait pu apprendre sur le tard les rudiments d'un anglais de circonstances largement suffisant à une pratique professionnelle comme d'ailleurs les générations qui nous ont précédés donc en fait à ce compte là il ne reste rien de l'école rien la vision que j'ai tenté de proposer tout à l'heure celle qui nous dit qu'en fait l'école n'a pas pour fonction de transmettre un bagage culturel qui serait nécessaire à l'insertion professionnelle mais qu'au contraire à l'école est le chemin qui offre dans la gratuité de la culture l'accès pour chacun à sa propre liberté cette vision là elle nous dit qu'en fait ce qu'il y a de plus inutiles et peut-être ce qu'il y a de plus nécessaire en fait ce qu'il y a de plus inutile et peut-être ce qu'il y a de plus nécessaire de plus essentiel et de ce point de vue là vous voyez qu'évidemment apprendre une autre langue et évidemment décisif parce que oui nous ne sommes tellement pas immédiatement nous-mêmes c'est vrai mais même d'un point de vue organique c'est presque vrai d'un point de vue biologique on a tous un corps on a tous un corps mais ce corps n'est pas immédiatement accompli dans ses facultés les plus naturelles sans la culture que nous recevons par exemple aussi étrange que ça puisse paraître nous avons besoin des mots pour parler nous avons besoin des mots pour penser et même nous avons besoin des mots pour voir le monde autour de nous sans les mots nous ne voyons pas c'est dans les mots que nos yeux s'ouvrent sur le monde autour de nous c'est incroyable mais c'est vrai quand j'étais jeune j'aime beaucoup la voile quand j'étais jeune je me rappelle un jour pour pour apprendre la voix j'ai appris la climatologie parce que quand vous voulez skipper il faut il faut connaître les rudiments de la météo parce qu'il faut apprendre à prévoir à peu près le climat qui va venir et je me rappelle très bien cette expérience tout à fait étonnante que j'ai appris un jour les noms des nuages jusque là je ça a été comme une révélation ça jusque là je croyais que dans le ciel il y avait du ciel bleu ou des nuages mais en fait il y a pas des nuages il y a des cumulus des cumulonimbus des Stratus elles tostatus des Cyrus ils sont tous complètement différents mais je ne l'avais jamais vu et en apprenant les mots de la climatologie mon regard s'est ouvert à cette infinité des nuances que le réel nous présente et chacun d'entre vous avec les spécialités qu'il acquérir acquiert aussi un vocabulaire spécialisé c'est-à-dire une façon de nommer ce que le réel nous présente de variété de diversité et que le non spécialiste ne voit pas parce qu'il n'a pas acquis la culture dans laquelle c'est réalité apparaissent un médecin qui a appris à nommer le nom de tous les os du corps vois infiniment plus de choses que moi dans un corps humain dans une main dans une main que je ne serai en voir moi-même la philosophie aussi a des choses à nous dire sur la main qui nous font regarder la main différemment et la poésie aussi il y a des choses à nous dire sur la main et la littérature a de choses à nous dire sur la main et la biologie aussi fin oui toutes les cultures et toutes les disciplines toutes les formes de la culture ouvrent notre regard sur le réel et de ce point de vue là alors il devient vraiment essentiel de rencontrer la pluralité des formes de la culture et du coup la pluralité des langues c'est très important d'apprendre d'autres langues vivantes restons à l'élément climatique vous avez peut-être qu'en anglais il y a sept mots différents pour dire l'équivalent du français brouillard on comprend pourquoi les Anglais ont 7 mots pour dire le brouillard c'est qu'ils sont beaucoup plus faibles familiers de ce phénomène météorologique que nous et donc et quand vous apprenez le les sept mots anglais pour dire le brouillard for Miss cloud sched je n'ai oublié quelques-uns en fait vous vous rendez compte que ce que nous appelons brouillard est fait d'une variété de nuances différentes et paraît que les Esquimaux j'ai appris ça récemment ont plus de 20 mots pour dire ce que nous appelons neige c'est normal parce que les Esquimaux ont besoin de désigner la neige par des nuances variées selon qu'elle est molles ou dures se reconnaitre selon qu'elle est plus ou moins blanche plus ou moins solide plus ou moins résistante et bien là encore c'est notre regard qui se trouve augmenté par la variété des mots qu'une autre langue nous présente dans ses richesses parce que toutes les langues ont leur richesse et leur pauvreté alors évidemment vous me direz pour le climat c'est pas d'un grand intérêt mais nous le savons bien chacun de ceux qui sont bilangues et qui ont grandi avec deux langues maternelles font cette expérience qu'ils ont parfois une idée qui leur vient dans une langue et qui n'arrive pas à traduire dans une autre langue how do you say in French veuillez l'expé l'expérience assez pénible d'avoir une idée dans un une langue qui est vraiment intraduisible ça veut dire que chaque langue constitue pour nous un potentiel de créativité de penser d'innovation un potentiel de désignation nouveau et c'est vrai des langues vivantes et c'est vrai des langues anciennes évidemment quand vous faites du grec ancien par exemple quand vous faites du grec ancien là encore à l'expérience qui m'a beaucoup marqué vous apprenez qu'il y a trois mots pour dire ce que nous appelons en français amour Eros le mouvement du désir filia la dimension de l'amitié et agaper la volonté de se donner mais là quelque chose d'un peu intraduisible justement et quand vous faites du grec ancien en fait c'est votre regard qui se trouve ouvert à l'infinité des nuances à la variété des dimensions de ce que nous appelons avec notre pauvre mot français amour en fait dans aimer il y a quelque chose d'infiniment complexe alors évidemment avec trois mots on ne résout pas cette infinité mais déjà on l'apprivoise différemment et déjà cette autre langue la rencontre avec cette autre langue élargie notre propre regard intérieur sur la vérité de notre propre vie intérieure c'est tellement mystérieux nous avons besoin de la culture et des mots pour savoir ce que nous sommes pour savoir ce que nous ressentons pour éprouver ce que nous vivons et c'est de ce point de vue là évidemment ce grand trésor que peuvent constituer pour nous les langues anciennes parce que les langues anciennes sont aussi ceux qui viennent nous donner une distance par rapport à notre propre langue d'aujourd'hui dont les mots ont été formés quand je dis autorité le fait de savoir que l'autorité vient du latin à au Guéret et dit beaucoup de choses de ce qu'est l'autorité dit beaucoup de chance du sens de l'autorité et du sens de l'autorité dans son expérience la plus concrète et la plus triviale l'autorité qui se vit dans le rapport à l'État aux institutions l'autorité suivie dans le rapport aux enseignants l'autorité qui se vit ici dans la moindre salle de cours de cette autorité le latin nous dit quelque chose et de ce moment-là vous avez raison je crois qu'effectivement il y a une joie une jubilation particulière à découvrir mais ça n'est pas du tout immédiat et c'est vrai qu'au début c'est difficile le latin que c'est pénible c'est un rides que c'est compliqué la joie d'apprendre elle ne se vit pas immédiatement c'est comme le sport c'est comme c'est comme tout ce qu'il y a de la valeur tout ce qu'il y a de la valeur à du prix et précisément la joie n'est pas au tout début le grand paradoxe c'est que plus on cette chose est plus on est curieux et plus on est ignorieux plus on est ignorant et plus on est indifférent et c'est la raison pour laquelle évidemment personne n'aura spontanément l'envie d'apprendre le latin ou l'idée d'apprendre latin mais si nous proposons le latin alors il peut être un chemin un chemin de découverte pour beaucoup de jeunes de leurs propres existence de leur propre langage de leur propre vie intérieure et il peut être évidemment une source de joie extraordinaire dans la découverte de cette langue de cette richesse culturelle de cette richesse langagière alors vous avez raison de poser cette question et je répondrai à cette question malheureusement que de façon très triste et vraiment tragique objectivement tragique les langues anciennes vont disparaître la réforme du collège vous le savez supprime clairement l'enseignement de langue anciennes ou plus exactement elle ne supprime pas clairement parce que et là je me permettrai une petite incursion politique je suis pas ici pour parler de politique mais le gouvernement a le droit de défendre le projet qu'il veut il a le droit de penser que le latin est grec ne font pas partie de l'école de demain mais il a le devoir de le dire et le drame c'est quand toutes ces réformes reposent sur des mensonges parce que là il y a un grand mensonge on dit aux gens non non vous inquiétez pas on va continuer à faire du latin et du grec on va faire des EPI langue et culture de l'antiquité mais un pays langue et culture de l'antiquité d'abord peut être assumée par n'importe quel enseignant même un enseignant qui n'est pas un enseignant de langue ancienne doit être assumé par deux enseignants puisque c'est un enseignement interdisciplinaire donc en gros au lieu d'apprendre une langue on va construire je sais pas des des pyramides en boîte d'allumettes après tout c'est ça vraiment un EPI et surtout le dernier élément qu'il faut signaler c'est qu'un EPI ça dure trois heures et ça dure maximum 6 mois sur toute une scolarité de collège donc vous ne pouvez pas concrètement vous ne pouvez pas apprendre une langue ancienne en trois heures par semaine et six mois c'est pas possible ça n'a aucun sens donc c'est un mensonge on fera effectivement une initiation aux cultures de l'antiquité d'ailleurs pas seulement la culture grecolatine ça peut être très bien culture égyptienne la culture babylonienne la culture mycérienne la culture Perse qui sont aussi des cultures de l'Antiquité on fera donc une initiation aux cultures de l'antiquité mais on apprendra plus les langues anciennes comme on les apprend encore aujourd'hui pour les quelques semaines qui restent encore et le grand drame précisément je terminerai par là est-ce que je crois nous sommes vraiment un rendez-vous historique de notre de notre de notre école il faut pas le négliger ce rendez-vous pour une raison assez triviale et assez simple c'est que précisément la culture n'est pas un capital un capital vous pouvez le stocker quelque part même au Panama si vous voulez peut-être il est en danger mais tant qu'il est dans un coffre il est bien là il est bien à part il est bien stocké le jour vous en aurez besoin vous ouvrez le coffre il est toujours là la culture n'est pas un capital vous pouvez pas la mettre de côté et la récupérer 30 ans plus tard il y a peu de décisions irréversibles dans la vie des sociétés si vous avez été trop laxiste en matière de dépenses publiques pendant des années un jour vous dites bon ça suffit on redresse les comptes publics c'est dur évidemment c'est douloureux mais c'est possible si vous avez été trop laxiste en matière de sécurité je vous dis bon ça suffit on remet des policiers dans les rues c'est dur mais c'est possible mais si vous avez cessé de transmettre la culture pendant 30 ans pendant 40 ans où est-ce que vous irez trouver précisément la culture que vous n'aurez plus transmise pour l'enseigner à vos enfants ce qui dans 30 ans nous nous rendons compte qu'en fait le latin était un trésor fabuleux et que nous l'avons laissé se perdre qui enseignera le latin à nos enfants quand nous aurons cessé de le transmettre c'est un immense c'est un énorme problème le propre de la culture c'est qu'elle trouve tout entier son accomplissement dans l'être de ce qu'il a reçoivent c'est sa grandeur c'est sa beauté c'est sa gratuité c'est que justement elle n'est pas du côté de la voir c'est qu'elle ne se divise pas quand elle est partagée si j'ai partagé avec vous une idée juste ce soir je la garde et vous l'avez tous je n'ai rien perdu vous avez tous gagné quelque chose c'est fabuleux comme expérience la culture ne s'amoindrit pas d'être partagé contrairement à un capital en revanche elle se perd quand elle n'est pas transmise contrairement à un capital et si nous arrêtons de transmettre ce que nous allons faire à partir de la rentrée prochaine si nous arrêtons d'enseigner le latin et grec dans tous les collèges de France dans 30 ans aucun enseignant ne sera enseigné de la terre y et c'est la raison pour laquelle nous sommes vraiment devant un rendez-vous historique alors bien sûr vous êtes dans une business school vous êtes dans une école de commerce peut-être certains d'entre vous sont passés par la canne et peut-être certains d'entre vous non mais vous avez tous parce que vous serez appelé demain à avoir des fonctions de responsabilité comme citoyen je dirais même presque chacun d'entre nous comme être humain solidaire de ce monde dont nous héritons nous avons tous la responsabilité de ce que ce monde deviendra ce monde privé de culture sera aussi un monde appauvri dans l'humanité qu'il sera construire je crois que c'est là l'un des grands défis qui attend votre génération je me permets de dire notre génération parce que je n'ai que quelques années de plus que la plupart d'entre vous et donc je crois que c'est vraiment quelque chose qui nous lira d'ailleurs une certaine façon c'est que avec ce que nous avons reçu et bien nous allons devoir inventer des chemins pour rendre ce monde plus humain et c'est ce que vous saurez tous faire d'une façon imprévisible aujourd'hui d'une façon nouvelle d'une façon vraiment libre et singulière et j'espère d'une façon aussi efficace que possible en servant cette culture que nous avons eu la chance de recevoir merci infiniment encore une fois pour votre invitation et votre attention encore merci à Monsieur Bellamy pour cette très brillante prestation c'est extrêmement intéressant on s'est régalé pendant une heure et demie et maintenant on va juste faire une petite allocution pour vous prévenir quelques secondes je vous rassure ça permettrait longtemps des futurs événements de notre association iségoria pour ce mois de mai qui s'annonce particulièrement chargé allons nous allons avoir lundi prochain lundi 2 mai à 18h30 la grande finale du concours d'éloquence intérêtsia nous allons recevoir jeudi 12 mai à 18h30 toujours au dencia madame Irène Frachon qui a tout de même découvert le scandale du Médiator et nous sommes très heureux de vous dévoiler en avant-première ce soir notre grande nouveauté cette année le festival Emera qui se tiendra du 19 au 21 mai un festival de réflexion autour du thème la culture française solution à nos crises plus d'informations sur Facebook et Internet encore merci de votre compréhension
[Applaudissements]