Céline Calvez - Le Barbier du matin du 27/06/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Astrid Panossian-Bouvet, bonjour et bienvenue. Bonjour. Vous êtes candidate aux législatives, vous êtes députée sortante dans la quatrième circonscription de Paris. C'est le 16e et le 17e arrondissement de Passy jusqu'au Ternes, même jusqu'à la pleine Monceau.
Porte-Champéry-Pantanière.
Un grand territoire, une circonscription passionnante politiquement et une situation difficile nationalement. Dernier événement, Marine Le Pen, dans une interview au Télégramme, dit « Le chef de l'État en matière de commandement militaire, comme chef des armées, c'est une position honorifique. » Que répondre à ce mot ?
On voit déjà la position très changeante du Rassemblement National. Enfin, je veux dire, sur une question aussi stratégique que l'appartenance de la France au commandement intégré de l'OTAN. C'est quand même stratégique. C'est une décision sur laquelle se sont prononcées le général de Gaulle jusqu'à Jacques Chirac.
En passant par Nicolas Sarkozy qui a changé.
Et là, il y a un revirement sur une position aussi stratégique. Comme il y a un revirement aussi stratégique sur quelque chose qui était dans le programme de Marine Le Pen en 2022, qui était d'instituer une alliance avec la Russie.
Donc, avant de faire des leçons de droit constitutionnel sur les prérogatives du chef de l'État sur les questions de défense, et d'ailleurs la Constitution dit clairement, quand même explicite clairement, les prérogatives du chef de l'État sur les questions régaliennes, moi j'aimerais avoir des éclaircissements sur des questions aussi fondamentales que les alliances militaires et les alliances européennes de la France dans le contexte actuel où une guerre se déroule à quelques milliers de kilomètres de nos frontières.
Le RN veut donner des gages d'indépendance, il interdira aux binationaux l'accès aux postes stratégiques. Donc, pas de franco-russe à la tête d'une centrale nucléaire ou un poste militaire.
Oui, jour après jour, le RN nous montre à la fois son amateurisme et révèle lui-même le fait qu'il y a certaines mesures qui étaient tout simplement impraticables. Je pense à la question de la sortie du marché européen de l'électricité. Et jour après jour, il révèle son vrai visage parce que derrière la question des binationaux, qu'est-ce qu'il y a ? Il y a cette petite musique de la double allégeance, de la double allégeance. Il y aurait des Français qui ne sont pas des Français comme les autres.
Ils ne sont pas loyaux.
Et qui ne sont pas loyaux.
Vous aviez dit dans un débat parlementaire, c'est un parti xénophobe. Ça vous avait valu d'ailleurs quelques remontrances de la présidence de l'Assemblée.
Tout à fait. J'avais dit précisément que c'était un parti dont l'ADN xénophobe était vieux de 50 ans, en référence au 50e anniversaire du Rassemblement National, qui a été fêté à l'Assemblée Nationale en présence de Jean-Marie Le Pen.
Donc, il y a une continuité et non une rupture.
Il y a en tout cas, dans chaque parti, nous avons chacun une histoire. Chacun, on ne peut pas la rompre.
Ni les communistes avec l'Union soviétique.
Ni les communistes avec l'Union soviétique et le bilan globalement positif de Marchais quand il parlait de l'Union soviétique. On parle là de temps que les moins de 20 ans ne connaissent pas. Mais il faut aussi assumer son histoire et ses origines, bien sûr.
Alors, le Rassemblement National marque des points sur des thèmes comme, par exemple, la sécurité. Des thèmes que vous retrouvez, vous, sur votre terrain.
Oui, parce qu'il y a des sujets que, malheureusement, les partis républicains ont pu laisser de côté. Il y a la question de la sécurité. Mais ça, ça date depuis des années. Il y a la question de la sécurité dans tout, d'ailleurs, ça composante la sécurité physique, la sécurité sociale, la sécurité économique et puis la question de l'insécurité culturelle. Donc, je pense que sur la question de la sécurité, il y a une vraie demande d'autorité aujourd'hui. Je pense qu'il faut, et ça fait partie du programme défendu par Gabriel Attal, revenir à la fois sur la question de l'excuse de minorité. Je pense que les mineurs, lorsqu'on a fait l'ordonnance de 1945, ne sont plus les mêmes qu'aujourd'hui.
Et puis, aussi, s'attacher, parce que maintenant, on a mis plus de moyens, plus de paquets sur la justice, à la question des sanctions immédiates.
Quand on voit le profil des violeurs de la tragédie de Courbevoie, où ils ont 13 ans, même l'excuse de minorité durcie ou amendée, ça ne changera pas le problème ?
Sur Courbevoie, on est sur deux ignominies. C'est le viol d'une enfant et c'est l'antisémitisme, avec les préjugés traditionnels, comme les nouveaux préjugés autour de la délégitimation de l'État d'Israël. Je pense qu'il faut être une sanction, il faut que la peur change de camp, tout simplement. Et donc, il faut être d'une fermeté tout à fait implacable.
LR, gauche, vous, les partis de gouvernement modérés, réformistes, semblent toujours se réveiller trop tard sur ces sujets-là. Et dire, on a sous-estimé, on n'a pas assez fait.
Parce qu'il y a une violence qui semble, à travers les réseaux sociaux, à travers les bulles cognitives, irriguer de plus en plus rapidement la société. Moi, c'est aussi quelque chose qui me marque profondément. C'est-à-dire que de voir qu'il y ait des passages à l'acte de garçons aussi jeunes, c'est quelque chose de tout à fait effrayant, dont on n'aurait peut-être même pas pu s'imaginer la possibilité il y a encore six mois ou un an.
Face à cela, le nouveau Front populaire, la gauche radicale comme la France insoumise, fournit une réponse sociale et dit, voilà, c'est si on traite le problème social, les familles monoparentales, la pauvreté, qu'on évitera la délinquance. Est-ce que vous croyez à ce travail de fond ?
Je pense qu'il faut une réponse globale. Ce qui fait prospérer aujourd'hui les populismes d'extrême droite comme d'extrême gauche, c'est le sentiment d'insécurité, c'est le ressentiment, c'est le sentiment de déclassement. Et donc, par rapport à ce sentiment d'insécurité, il faut traiter la question de l'insécurité physique, le fait d'avoir peur de revenir du cinéma à une heure tardive ou de pouvoir être dans le métro quand on est une femme. C'est l'insécurité sociale et c'est le sentiment de déclassement. Il faut quand même se dire que dans notre pays, le salaire médian est de 2000 euros. 50% des gens qui travaillent, ils ont un salaire inférieur à 2000 euros dans notre pays.
Et c'est l'insécurité culturelle parce que souvent, la gauche, jusqu'encore très récemment, a mis de côté la question de la laïcité. La laïcité, elle ne remplit pas le frigo. Mais la laïcité, elle est essentielle, elle est matricielle aussi dans n'importe quel projet politique.
Vous venez de la gauche modérée, du centre-gauche. Vous arrivez à dater l'abandon de ce combat pour la laïcité, pour la République ? Qu'est-ce qui s'est passé à gauche ?
Qu'est-ce qui s'est passé à gauche ? Alors ça, il faut demander à des chercheurs. Il n'y a pas de moment. Vous connaissez ma... Voilà, moi j'ai toujours eu un problème de parler de ça parce que j'avais un complexe d'infériorité par rapport à mon mari qui aurait pu tellement mieux vous parler et vous répondre. Laurent Bouvet, auquel on pense si souvent. Tout à fait. Je pense que ça date des années 80 où on a commencé à vouloir mettre plus en avant le droit à la différence à l'inverse de la nécessité de l'intégration. Je pense que la marche des beurres dans les années 80, c'était des jeunes hommes et des jeunes femmes qui réclamaient l'intégration.
L'assimilation même.
L'assimilation, l'intégration. Et la gauche aura dit non. On a voulu leur mettre plutôt la question du droit à la différence. C'est le moment où aussi une partie de la gauche a voulu répondre au chômage contre lequel on a tout essayé. Finalement, des réponses sociétales.
C'est pour ça que vous tenez une réunion publique, je crois, aujourd'hui avec Manuel Valls, Yannis Roder, Alain Finkielkraut.
Je pense que dans les temps actuels, les temps troubles, et je trouve que la chronique nous révèle la difficulté du moment sur lequel la France danse sur un volcan, il faut revenir au fondamental. Et pour moi, c'est les valeurs républicaines. J'ai donc Manuel Valls, Alain Finkielkraut, Yannis Roder et Maxime Lotte qui me font l'amitié de venir pour en parler et avoir un débat public et citoyen.
On peut garder les valeurs, on a l'impression qu'on est en train de changer de république, qu'on arrive à la fin de la cinquième république avec cette dissolution incomprise.
Alors je pense que le barysante va effectivement changer plus vers l'Assemblée nationale avec un Premier ministre, ce qu'on n'a pas fait depuis 2022 et on peut peut-être revenir aussi depuis 2022, qui sera vraiment responsable devant l'Assemblée nationale. Et c'est pour ça qu'avec un Gabriel Attal, avec un Édouard Philippe, moi je milite vraiment pour la nouvelle majorité parlementaire, qui soit un bloc central et qui est avec des hommes modérés, des hommes et des femmes modérés de droite et de gauche. Et c'est pour ça qu'au sein du Front populaire, moi j'ai un nouveau Front populaire, j'ai vraiment envie de dissocier...
On peut casser ce Front populaire et récupérer.
Moi je l'ai vu à l'Assemblée nationale où des députés socialistes et écolos n'en pouvaient plus de certains électriques.
Ah oui, ils sont retournés dans l'Union en 48 heures.
Voilà, et ça c'est... Et notamment, moi je comprends le désarroi de beaucoup qui ont voté pour Glucksmann, précisément parce qu'il était capable pendant les Européennes de se dissocier de cette France insoumise qui, sur la question de l'antisémitisme, la question de la laïcité, la question de la culture démocratique en fait, pose vraiment, vraiment question.
Et demain à l'Assemblée, selon le nombre de députés, vous croyez vraiment qu'on peut construire une famille de François Hollande à Laurent Wauquiez en passant par Gabriel Attal ?
Je pense qu'on n'a pas le choix. Je pense qu'on n'a pas le choix. Je pense qu'il y a des pays où ça se fait régulièrement. Voilà, ce qu'on n'a pas fait en 2022, alors qu'on avait une majorité relative, mais majorité d'ailleurs comme parti politique de l'opposition, on a fait du débauchage, on a fait du texte par texte, ne donnant pas la lisibilité nécessaire. Il nous faut un vrai contrat de gouvernement sur lequel travail, sécurité, école, on n'a pas parlé de l'école dans cet entretien, santé et commun républicain, on puisse avancer sur deux, trois priorités pour que les années qui viennent soient vraiment utiles aux Français et pour préparer aussi l'alternance sereinement de 2027.
Et ça sera plus fort que les désaccords insolubles sur le budget par exemple, entre vous et la droite, entre la droite et la gauche ?
Mais je pense que si on n'a pas réussi en 2022, c'est qu'il n'y avait pas ce sentiment d'urgence. Pourtant, moi, dès juillet 2022, je disais, il ne faut pas qu'on soit les Obamas européens, il ne faut pas qu'on soit ceux qui, tel Obama, donnons les clés aux populistes d'extrême droite. Là, il y a urgence. Il y a urgence et il y a nécessité vraiment de mettre les quelques désaccords qu'on peut avoir pour, voilà, sur l'école. Je ne vois pas pourquoi sur l'école, sur le travail des seniors, sur la trajectoire des finances publiques qui menacent aussi la soutenabilité, la souveraineté du pays, on ne peut pas trouver de réponse commune.
Et j'ajouterais que dans les temps troubles qui arrivent, il faut à l'Assemblée nationale des gens qui soient courageux, des gens qui soient capables de tenir les valeurs, qui soient également capables de pouvoir faire du transpartisan, de travailler à gauche comme à droite, c'est ce que j'ai fait depuis deux ans à l'Assemblée nationale. En fait, finalement, là, dans les temps troubles, c'est de quel bois sont faits les députés qu'on envoie à l'Assemblée nationale ? Des gens courageux et des gens qui tiennent leurs valeurs et je pense que je suis faite cet alliage.
Donc, soit vous êtes en majorité et vous pouvez faire ce gouvernement-là, soit dans l'opposition, ça serait une sorte de shadow cabinet qui attendrait la chute du gouvernement RN ?
Si on est dans l'opposition, ce que je ne me projette pas, moi, je me bats avec un Gabriel Attal, avec Anne-Edouard Philippe pour constituer ce bloc central, il faudra être très, très vigilant sur tout ce qui pourra aller à l'encontre et de l'État de droit, de la stabilité économique et des alliances européennes et internationales. Très, très vigilant.
Vous avez embrassé la cause du macronisme dès le début de cette aventure. Quel est son avenir maintenant ? Ce sont des écuries présidentielles, chacun pour soi. Emmanuel Macron ne peut pas se représenter, cette dissolution-là affaiblit.
Moi, je crois en la promesse républicaine. C'est que quand on travaille, quand on respecte la loi, on doit pouvoir se construire une meilleure vie pour soi et pour ses enfants. Et donc, c'est ça que les Français attendent. C'est ça que les Français attendent. Ça veut dire être fort sur le travail, sur les services publics, sur la question du régalien et de la règle commune. C'est ça que les Français attendent. Et c'est ce pourquoi j'ai envie de me battre. C'est pour ça que j'ai toujours voulu avoir un engagement politique et que je continuerai à le faire.
Revenons à votre circonscription. Vous affrontez un maire, le maire du 17e, Geoffroy Boulard, un républicain. Ça change la donne ? C'est un combat atypique ?
Alors moi, j'ai regretté qu'on ne puisse pas s'entendre. Je l'avais proposé à M. Boulard, avec lequel je travaille par ailleurs dans le cadre de mon mandat, puisqu'il y a aussi beaucoup d'interactions entre un député et un maire, et c'est bien normal. Ça n'a pas été le choix. Moi, je fais une campagne qui allie le local et le national. Mais il ne faut pas se tromper d'enjeux sur cette élection. Cette élection, elle est nationale. Cette élection, elle est existentielle. Et certains en font une pré-municipale. Oui, je ne veux pas faire de procès à quiconque. Mais en tout cas, moi, je me base sur une élection qui est d'abord nationale et qui est existentielle. Voilà, Paris arrivera plus tard.
En ce moment, c'est le pays, c'est l'équilibre, c'est l'ancrage, c'est une forme de stabilité pour les prochaines années.
La majorité absolue pour le RN, vous le craignez vraiment ? Ou ça vous semble quand même inaccessible ?
Je pense qu'il ne faut exclure aucune hypothèse aujourd'hui. Il ne faut exclure aucune hypothèse. Et elle est sur la table.
Beaucoup de procuration aussi chez vous ?
Beaucoup de procuration. Alors, il y a l'effet vacances, mais il y a l'effet aussi sursaut.
Mobilisation.
Mobilisation. Et on est en train de les traiter.
Eh bien, nous regarderons ça dimanche soir. Astrid Panossian-Bouvet, merci beaucoup d'être venu. Bonne journée, bonne fin de campagne. Merci, bonne journée. Merci Christophe Barbier, qu'on retrouvera bien sûr demain dans le Morning, cette fois-ci présenté par Ilana Ferradian. Votre invité, ce sera bien Mohamed L'Aquila, député candidat dans la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône. Tout à fait, nous irons dans le Sud. Très bien, à demain.
Céline Calvez