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DébatFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 22 décembre 2024 32 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileOutre-merEnvironnement & énergieÉconomie & entreprises

Mayotte dévastée, territoire sacrifié ?

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 32 %Attaque 38 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 4:03OuverteRéponse directe

    Est-ce que l'État français a tardé à réagir par rapport à la catastrophe ?

  • 7:02OuverteRéponse directe

    Didier Leschi, comment expliquer l'habitat précaire à Mayotte ?

  • 11:23OuverteRéponse directe

    Bertrand Badier, Mayotte paye-t-elle le choix de 1974 ?

  • 24:34OuverteRéponse directe

    Vous avez mentionné l'OFI, quelles sont ses actions à Mayotte ?

  • 24:41OuverteRéponse directe

    Magali Lafourcade, parlons des droits fondamentaux à Mayotte

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:06PrésentateurFait
    « Une personne sur trois vit dans des habitats précaires, de la tôle qui ne résiste pas aux ouragans. »
  • 31:35InvitéChiffre
    « il y a quand même 2 600 000 de nos ressortissants qui vivent sur ces territoires »

Temps de parole

  • Invité25 %
  • Invité 222 %
  • Présentateur19 %
  • Invité 316 %
  • Invité 416 %

0,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans l'esprit public. Aujourd'hui, Mayotte, dévasté, territoire sacrifié et faut-il renouer sans tarder avec la Syrie. Et nos débatteurs ce dimanche, Thomas Gomart, bonjour. Bonjour Hervé Gardette. Historien, directeur de l'IFRI, votre dernier livre, L'accélération de l'histoire, a été publié chez Talendier. Didier Leschi, bonjour. Bonjour. Directeur général de l'OFI, l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Ce grand dérangement, l'immigration en face, c'est votre dernier ouvrage chez Gallimard. Magalia Fourcade, bonjour. Bonjour. Magistrate, vous êtes secrétaire générale de la CNCDH, Commission nationale consultative des droits de l'homme.

Et Bertrand Baddy, bonjour. Bonjour. Professeur en relations internationales, votre dernier livre à vous, c'est chez Flammarion et ça s'appelle L'art de la paix. Alors dans la deuxième partie de l'émission, nous reparlerons de la Syrie, pays vers lequel convergent de nombreuses délégations depuis une semaine. objectif, accompagner et participer à la reconstruction du pays. J'en profite à ce sujet pour apporter une petite précision par rapport à l'émission de dimanche dernier. Ce sont essentiellement des élus de droite, une majorité de LR et d'extrême droite, qui ont fait le voyage à Damas au temps de Bachar Al-Assad. Aucun député LFI comme cela a pu être dit.

Nous avons mis en ligne sur notre page de la semaine dernière un article qui rétablit les faits. Voilà qui est dit. Allez, tout de suite, on passe à Mayotte, dévasté par le cyclone Chido, où s'est rendu Emmanuel Macron cette semaine. Visite particulièrement chahutée.

1:48
Invité

Monsieur le Président, bonjour, mais ici ça fait 40 ans que nous racontons toujours la même chanson. Non mais c'est vrai. Vous êtes qui, monsieur ? Non, mais moi je suis citoyen ici. Quand on nous raconte qu'il y a... Vous me laissez voir. Non, mais pendant que vous faites votre déambulation ici au CHM, Oui, mais vous voyez, mais nous, nous, nous habitants... Mais je n'arrive pas à les habitants juste après. Non mais ce n'est pas ça qu'on demande. On ne vous demande pas de venir nous voir. On le souhaite, nous... C'est très concret. Non, les côtés concrets ne sont pas arrivés à Wangani. Ils ne sont même pas arrivés à Tchonzo. Il faut parler de l'Etat.

2:22
Présentateur

Un échange houleux jeudi entre Emmanuel Macron et les Mahorais venus à sa rencontre pour lui dire ce qu'ils avaient sur le cœur, de la détresse et de l'exaspération, quelques jours après le passage du cyclone Chido, un des plus violents de ces dernières décennies, des vents à plus de 200 km heure, un territoire dévasté, des biens de première nécessité qui se font attendre et le sentiment d'être une fois de plus abandonné par l'Etat. Bayotte n'avait décidément pas besoin de traverser une telle catastrophe, elle qui semble déjà abonné à de tristes records.

Département français le plus pauvre, 37% de la population active au chômage, un niveau de vie médian 7 fois plus faible qu'au niveau national et des problèmes récurrents d'approvisionnement en eau notamment. Le cyclone Chido ne pouvait y faire que des ravages. D'autant qu'une personne sur trois vit dans des habitats précaires, de la tôle qui ne résiste pas aux ouragans. Parmi les sinistrés, beaucoup d'étrangers venus chercher une vie meilleure dans ce département français du bout du monde, car si Mayotte est pauvre, elle l'est moins malgré tout que ses voisines de l'archipel des Comores et moins encore que la grande île de Madagascar.

Et c'est donc sans surprise que la question de l'immigration s'est invitée dans le débat autour de la catastrophe à Mayotte, non pas en tant que question à traiter dans l'urgence, place d'abord au secours, mais en tant que problème à régler pour l'avenir de l'île. Car beaucoup en sont persuadés, celle-ci se porterait mieux si elle comptait moins de clandestins et si la République était moins généreuse pour accorder la nationalité française. Mais est-ce vraiment cela le problème de Mayotte ? N'est-ce pas passer un peu vite sur le manque d'investissement, de développement et de considération dont le territoire fait l'objet depuis qu'il a choisi de rester français en 1974 ?

Et la question ne doit-elle pas être pensée à l'échelle régionale plutôt que locale ? Magali Lafourcade, commençons d'abord sur ce qu'on a entendu, c'est un témoignage parmi d'autres, de la détresse et de l'exaspération des Mahorais. Est-ce que d'abord l'État français a tardé à réagir par rapport à la catastrophe ?

4:16
Invité

Alors ça, je ne suis pas sûre qu'il ait tardé à réagir puisque très rapidement, le gouvernement français s'est attelé à mettre en place ce qui était le plus nécessaire. On a eu aussi le président Macron qui s'est déplacé sur place et qui devait y aller de manière très très courte et qui finalement est resté uni sur place. La France qui a activé les mécanismes de l'Union européenne, notamment le mécanisme de protection civile qui coordonne la réaction aux catastrophes naturelles pour pouvoir arriver très rapidement à avoir du soutien. On a eu Valérie Pécresse aussi qui a annoncé 500 000 euros pour soutenir Mayotte. La difficulté, bien sûr, c'est l'éloignement.

Les zones de déchargement, les infrastructures portuaires sont très abîmées. Donc même les ponts qui peuvent être faits avec la Réunion, la Réunion reste quand même un territoire éloigné. Donc on est face à une multitude de difficultés. Et c'est là où je pense...

5:15
Présentateur

On peut même ajouter, pardonnez-moi, l'état de calamité naturelle qui a été déclenché.

5:20
Invité

Voilà, l'état de calamité naturelle qui a été déclenché. C'est la première fois que ce dispositif est appliqué. Exactement, et ça permet d'avoir une gestion plus rapide, plus efficace. Donc de ce point de vue, ce ne serait pas ça qui m'inquiéterait. C'est plutôt qu'on est face à un événement climatique extrême. On sait que faute de politiques d'atténuation, ce genre d'événements naturels vont devenir de plus en plus intenses. Ils vont s'intensifier. On sait que Shido a pris beaucoup de vitesse à cause des températures de 30 degrés dans l'océan Indien à la surface. Mais l'étendue de la catastrophe, elle, n'a rien de naturel.

C'est-à-dire qu'elle est le résultat aussi d'une situation qui est catastrophique et qui est dénoncée depuis des lustres, qui révèle, bien sûr, l'insuffisance des politiques d'adaptation, particulièrement à Mayotte, comparée à d'autres territoires comme la Guadeloupe. C'est le département le plus pot, vous l'avez rappelé. Et face à une démographie galopante, il y a une sous-dimension des services publics et des infrastructures. Et on se pose la question aujourd'hui de la capacité de la France à conserver ces territoires d'outre-mer pour lesquels elle donne 28 milliards d'euros par an, soit 3,8% des dépenses de l'État.

Le sentiment des citoyens ultramarins d'être des citoyens minorés est très important. Et par rapport à ça, je crois qu'il faut mettre l'accent sur le fait que ces outre-mer sont un atout stratégique extraordinaire. Et je compte bien sûr sur Thomas Gomart pour nous le rappeler, puisque nous sommes sur des zones extrêmement sensibles. L'Indo-Pacifique, c'est central dans la nouvelle géographie mondiale. Et donc, je pense aussi que Bertrand Badier aura beaucoup de choses à dire à ce sujet.

6:58
Présentateur

Merci Magaléa Fourcade, en tout cas, de rappeler l'identité de nos invités. Vous en avez lié un, mais je voulais justement lui donner la parole tout de suite. C'est Didier Leschi. Didier Leschi, par rapport aux dégâts quand même qui ont été causés par ce cyclone Chido. Chido, cyclone d'une rare intensité. Pour autant, c'est une région qui est régulièrement soumise à ce type d'épisode météorologique. Donc, ce n'est pas quelque chose de nouveau. Comment se fait-il qu'on ait laissé se développer un habitat aussi précaire sur cette île avec les conséquences que l'on peut imaginer et que l'on constate là quand il y a des cyclones aussi importants ? Ça paraît totalement incroyable et scandaleux.

7:39
Invité

Je crois que Mayotte, et on a tous une pensée pour les habitants de Mayotte, moi particulièrement pour les agents de Lofi qui sont à Mayotte, Mayotte est victime à la fois de l'histoire et de sa géographie, indépendamment des conditions climatiques. L'histoire, c'est que Mayotte, ce n'est pas l'équivalent de ce qu'on a appelé les quatre vieilles colonies françaises qui ont été départements à partir de 1946 et qui ont une histoire beaucoup plus intriquée avec la France et avec la République. On peut penser par exemple à l'importance qu'a eue Gaston Monnerville pendant des décennies, Guyanais, président du Sénat pendant plusieurs décennies, à partir de la Quatrième République.

Et la question qui est posée et qui explique en partie ce développement de l'habitat informel, c'est qu'en 1974, au moment où se pose le problème de la décolonisation de Mayotte, Olivier Stirn, qui est secrétaire d'État à l'Outre-mer à l'époque, dit que l'archipel constitue une entité. On ne peut pas penser le développement de Mayotte par rapport au développement de l'ensemble de l'archipel. Et il y a eu une sorte de paradoxe...

8:43
Présentateur

Quand vous êtes à l'ensemble de l'archipel,

8:44
Invité

c'est-à-dire l'archipel des Comores. Avec l'archipel des Comores. Et il y a eu une sorte, je dirais, de tête-à-queue qui a été faite à ce moment-là, puisque c'est une alliance entre une partie de la droite gaulliste et les socialistes, qui va démanteler la proposition d'Olivier Stirn et accepter, d'une certaine manière, ce détachement, alors qu'on peut expliquer par des tas de raisons, de Mayotte par rapport au développement de l'ensemble de l'archipel des Comores.

Voilà, c'est ça le point principal et qui explique après l'autre difficulté qui est là, la géographie, c'est que le différentiel économique que vous avez rappelé, va faire de Mayotte une pompe aspirante, d'autant qu'on a un échec de la décolonisation des Comores.

9:27
Présentateur

Ça veut dire quoi, Didier Leschi ? Ça veut dire qu'il aurait mieux valu soit que l'ensemble de l'archipel des Comores soit français, soit que l'ensemble de l'archipel des Comores soit indépendant,

9:35
Invité

mais qu'il n'y ait pas... Il aurait mieux fallu peut-être accepter ce que l'ONU nous rappelle régulièrement à travers un certain nombre de résolutions, c'est de dire qu'il y avait une entité qui s'appelait les Comores dans lesquelles il y a Mayotte et qu'il fallait la garder en tant que telle.

Et on a fait l'inverse et du coup, comme on est à la fois à la conjonction des différenciations économiques et sociales, accentuées en particulier dans cette région, parce qu'on a l'échec d'une décolonisation, c'est-à-dire qu'on peut voir dans d'autres endroits et de ce point de vue-là, la situation n'est pas aujourd'hui totalement équivalente par exemple par rapport à la Guyane dont je parlais tout à l'heure.

On a une pompe aspirante sociale et du reste, et j'en terminerai par là, en 2009, quand se repose de nouveau le problème de la départementalisation après, je dirais, une motion commune envoyée un peu avant à Lionel Jospin, Premier ministre, qui est signée à la fois par le président de la fédération RPR de Mayotte et le président de la fédération socialiste de Mayotte qui dit qu'il faut absolument la départementalisation. Madame Aliot-Marie, en 2009, est ministre de l'Intérieur, elle dit, attention, vous êtes en train de créer quelque chose qui va accentuer les différentiels sociaux et on va être dans une situation qu'on n'arrivera pas à maîtriser.

Et sur le plan politique, ça a des incidences. En 2012, au moment de la départementalisation, les deux députés sont de gauche. Aujourd'hui, vous avez un député Rassemblement National et une députée qui est l'expression des collectifs qui empêche les étrangers d'accéder à la demande d'asile devant la préfecture. Et là où se pose aujourd'hui le débat sur la question de savoir si on garde ou pas le droit du sol comme droit de la nationalité, ce sont des élus de Mayotte qui l'ont remis en cause et qui vont sans doute continuer à le plaider.

11:21
Présentateur

Voilà, on reviendra dans un instant sur la question migratoire. Mais Bertrand Badier, est-ce qu'on pourrait dire que les Mahorais payent aujourd'hui indirectement le choix qu'ils ont fait en 1974 d'être français à l'inverse des autres îles de l'archipel des Comores ?

11:36
Invité

Oui, c'est ce qu'on appelle la colonisation consentie mais encore faut-il savoir ce que l'on met derrière consentement. Ce serait une longue histoire, je pense qu'on ne va pas entrer dans des détails qui sont pourtant très révélateurs. Mais il faut dire qu'on est face à une situation doublement biaisée depuis longtemps. évidemment on est tous très émus devant ces souffrances effroyables que supporte le peuple maorais mais il faut quand même savoir une chose, c'est que le continent africain dans son ensemble c'est 4% 4% des émissions de gaz à effet de serre mais c'est pour la seule année 2024 7 millions 7 millions de victimes du dérèglement climatique.

On dit que d'ici 2030 le continent africain va être victime à travers 120 millions d'êtres humains qui vont être frappés soit par les effets de sécheresse soit par les effets au contraire d'inondation. Donc il faut comprendre déjà qu'il y a là un angle mort de notre planète dont Mayotte n'est qu'une des composantes. Il ne faut pas l'oublier quand même parce qu'on a trop vite fait de passer sur ce qui est le facteur profond de ce qui est en train de se passer.

12:56
Présentateur

On peut d'ailleurs rappeler que le cyclone a aussi fait des dégâts au Mozambique par exemple.

13:00
Invité

Tout à fait. Même s'il semble que les choses soient mieux maîtrisées au nord Mozambique qu'elles ne le sont sur l'île de Mayotte. En raison des habitants. Alors justement j'en viens c'est à dire et je rejoins ce qui a été dit il faut voir que Mayotte paye le prix d'une départementalisation complètement ratée et je dirais d'une obsession coloniale française. Vous savez la France dans le monde c'est le seul pays à être encore le soir avant le journal télévisé à vous présenter la météo en faisant défiler toutes les îles et les possessions françaises pour montrer que contrairement à tous les autres la France est encore un empire. Et derrière... On peut aussi voir

13:45
Présentateur

une volonté d'intégration de ces territoires justement de dire

13:47
Invité

ils font aussi partie de la France. Cher Hervé Gardette regardons la réalité ça se passe très mal en Nouvelle-Calédonie ça se passe très mal en Martinique ça se passe mal en Guadeloupe ça se passe mal en Guyane même si comme Didier l'a rappelé tout à l'heure il y a un enracinement dans les institutions françaises plus fort du côté de ces départements des Caraïbes que du côté d'autres départements il y a un malaise général à travers cet échec de la décolonisation française.

La France il ne faut jamais l'oublier a payé très cher une décolonisation mal maîtrisée et pour en venir aux événements actuels à Mayotte que constate-t-on que quand vous avez 40% d'habitats qui sont des bidonvilles nécessairement le cyclone fait plus de ravages quand vous avez déjà un problème d'adduction d'eau quand tout va bien qui fait soleil et que le temps est calme vous imaginez que lorsqu'il y a des catastrophes naturelles cela va également très mal quand 50% de la population maorraise vit avec moins de 10 euros par jour évidemment recevoir un cyclone est infiniment plus coûteux que dans d'autres conditions donc tout ça c'est un échec et alors ce qui moi m'effraye et j'ai encore cette phrase terrible de monsieur Retailleau dans les oreilles qui met en accusation l'immigration lesquelles premièrement immigrés sont les principales victimes de ce fléau et puis quand même un monsieur qui a fait 8200 kilomètres pour venir à Mayotte et qui a le culot de traités d'immigrés des gens qui viennent de 100 kilomètres l'île d'Anjouan c'est 100 kilomètres de Mayotte et c'est pour retrouver des frères et des sœurs des cousins des amis des gens qui appartiennent à la même généalogie mais enfin où sont les immigrés dans cette affaire les immigrés c'est les colons c'est le préfet qui est un immigré ce n'est pas effectivement cette population qui est en ce moment la population souffrante et je voudrais quand même ajouter un dernier élément qui me paraît quand même fondamental dans cette affaire c'est que on ne se rend pas compte à quel point cet échec de la départementalisation non seulement crée des souffrances matérielles on le voit mais crée également des souffrances symboliques c'est à dire que vous avez un mal spirituel dans ces départements et ce qui m'inquiète c'est que ce mal spirituel je le retrouve en Nouvelle-Calédonie de manière explicite et très largement aussi aux Antilles aujourd'hui

16:36
Présentateur

alors j'ai vu que Didier Leschi et Magali Lafourcade réagissaient à vos propos sur l'immigration mais je voudrais quand même qu'on écoute Thomas Gomart c'est vrai qu'on a l'impression quand même d'un contraste par rapport à Mayotte c'est à dire à la fois un territoire que la France a voulu conserver peut-être pour des raisons justement géostratégiques et en même temps une forme d'abandon en tout cas c'est ce dont témoigne une grande partie de la population mahoraise

17:01
Invité

Oui moi je rentrerai pas dans le débat par la porte de la départementalisation à ce stade c'est plutôt ce qui me frappe c'est les têtes calamité naturelle exceptionnelle parce que je pense que c'est très annonciateur effectivement de choses qui vont se reproduire dans la zone et ailleurs en fait c'est à dire que ce qui se joue à Mayotte je pense c'est une réflexion à avoir sur comment on se protège ou on anticipe des crises similaires à venir d'ailleurs je voudrais mentionner que cet effort de prévision j'ai pas l'habitude de faire de la publicité pour les travaux de l'IFRI mais je vais le faire là parce que j'ai un jeune confrère de l'IFRI Elie Tenenbaum qui en février 2020 a fait une grosse étude qui s'appelle confetti d'empire ou point d'appui sur la présence et la souveraineté française en Outre-mer précisément et qui avait écrit un scénario qui se passait figurez-vous le 24 décembre 2024 et qui prévoyait non pas un cyclone mais un séisme parce que vous avez un volcan sous-marin à 50 km de Mayotte qui était en activité et donc je pense que la reconstruction nous devrions aussi la faire en anticipant les problèmes sismiques qui ne manqueront pas de se poser et qui envisageait un scénario avec 4000 morts et 11 000 blessés il avait publié ça en février 2020 et il évoquait aussi le problème de l'immigration avec la montée d'un collectif les Mahorais d'abord sur la préférence nationale dans le traitement apporté aux victimes anticipant aussi des prises de position de leaders internationaux dénonçant une sorte d'humanité à deux vitesses alors pourquoi je mentionne ça c'est que avec l'exemple de Mayotte et plus largement ce qu'on appelle dans la langue technocratique les DROMCOM les Outre-mer en fait ce travail de prévision est fait à la fois sur les aspects sociaux sur les aspects environnementaux et sur les aspects politiques et ce qui est très frappant c'est que nous savons ce qui va se passer en fait dans la plupart des cas mais nous réagissons uniquement sous le sous je dirais sous l'effet de la crise immédiate le deuxième élément c'est que la grande question effectivement ensuite c'est quel type de reconstruction et je crois que là il faut soulever le paradoxe suivant on est là dans le début de la discussion relativement critique sur l'action de l'état or quand vous êtes dans une période de dénuement de crise extrême vers qui vous tournez-vous précisément vers la puissance publique c'est ça qui est très frappant aussi c'est qui va soutenir au fond on peut penser ce que l'on veut des déclarations des dirigeants politiques mais en fait en mettant les gens étant parfaitement démunis se tournent vers la puissance publique

19:41
Présentateur

mais le dénuement aurait peut-être été moindre si la puissance publique s'était davantage intéressée à Mayotte

19:45
Invité

probablement mais j'observe que vers qui se tourne-t-on aujourd'hui c'est les appels incessants à la puissance publique le président n'est pas resté suffisamment longtemps etc c'est ça qui est quand même très frappant et qui renvoie une réflexion plus large sur précisément la manière dont on va devoir gérer les crises environnementales à venir vers qui se tourne-t-on quand ça va vraiment très mal et ça plaide en faveur effectivement d'autorités publiques robustes dernier élément c'est que dans la période de reconstruction qui s'annonce ce qui est aussi très intéressant à relever c'est un parallèle qui n'est pas pertinent sauf sur le point que je veux mentionner c'est que pour la reconstruction de Notre-Dame vous avez eu une loi spéciale qui a été prise et là s'annonce également une loi spéciale au fond on est en train de dire pour pouvoir réagir il faut sortir du cadre juridique habituel et ça aussi à mon avis c'est une question à soulever par rapport à l'efficacité des autorités publiques je dirais par temps normal versus par temps de crise et je pense qu'elles réagissent plutôt bien en temps de crise dédiées les skis oui moi je crois qu'il faut bien comprendre que d'abord la départementalisation était quelque chose qui était souhaité par les personnes qui à l'époque étaient dans les territoires d'outre-mer c'est Aimé Césaire qui présente la loi de départementalisation à l'époque il est membre du parti du parti communiste et sur la longue durée si vous voulez le sentiment des personnes en tout cas des départements d'outre-mer d'Amérique et pareil pour la Réunion c'est que en comparaison de ce qui s'est passé à côté en termes d'évolution il vaut mieux rester département ou rester je dirais dans le giron français parce que si les Guyanais se comparent au Surinamiens ou au Guyana indépendamment du fait que ces deux pays sont en train de voir l'économie exploser grâce à la découverte du pétrole et bien du point de vue de sécurité l'investissement public est beaucoup plus fort les hôpitaux sont beaucoup plus performants et du reste quand on est au Suriname on va à Saint-Laurent du Maroni pour essayer de se faire soigner et c'est pareil pour Mayotte et l'investissement public à Mayotte a été ces dernières années extrêmement fort du reste c'est l'essentiel de l'emploi l'essentiel de ce qui a fait le niveau de vie qui a augmenté dans ce département malgré tout c'est ça la situation et du reste sur le plan politique on le voit dans aucun dôme aujourd'hui je mets à part la Nouvelle-Calédonie qui est autre chose mais dans ces vieux départements en tout cas vous n'avez plus de mouvement indépendantiste vous n'avez plus personne qui vous dit notre avenir passerait par une souveraineté pleine et entière en rupture avec la France c'est plutôt le contraire et Thomas Gomart a raison c'est l'appel permanent à la France en disant vous ne considérez pas suffisamment alors que c'est tout à fait difficile de dire et c'est sans doute l'échec de la départementalisation de dire que Mayotte pouvait peut-être la lausère si vous voulez autant Gaston Monnerville faisait le lien entre la Guyane et le Lot quand il a été président du département pendant 20 ans et en même temps maire de Saint-Séret tout en étant Guyanais autant on voit mal aujourd'hui comment on ne devrait pas prendre en compte les spécificités de ces géographies pour justement adapter les législations et ça il y a là un vrai problème alors qu'on fait exactement l'inverse pour dire de manière les choses de manière un peu triviale Mayotte c'est plus la lausère que la Corse d'une certaine manière du point de vue des droits ou des capacités des collectivités locales donc un l'investissement public existe mais n'est jamais suffisant par rapport à ce différentiel social et ce différentiel social il est accentué par la pression migratoire on ne peut pas dire le contraire et vous allez avoir le même débat en Guyane parce que la société créole est devenue minoritaire en Guyane et c'est elle qui réagit en disant il faut être beaucoup plus ferme contre l'immigration illégale comme le sont les Mahorais à Mayotte c'est pas Bruno Rotaillot qui pose la question de l'immigration moi je suis allé plusieurs fois à Mayotte et la dernière fois que je suis allé à Mayotte j'ai eu droit à un comité d'accueil des élus expliquant que l'OFI installé pour apprendre le français à des étrangers qui ont un droit de séjour à Mayotte et bien s'était organisé le grand déplacement des Mahorais et vous avez même aujourd'hui un député de la France Insoumise pour le coup à la Réunion qui s'appelle monsieur Ratenon qui dit attention l'état est en train de transférer l'insécurité de Mayotte à la Réunion parce que l'état organise le déplacement des Mahorais vers la Réunion comme est en train de se faire voilà un peu la situation elle est complexe ce qui est sûr c'est que personne aujourd'hui dans ces régions ne veut l'indépendance et ne veut quitter la France

24:34
Présentateur

vous avez mentionné l'OFI je rappelle Didier Leschi vous en êtes le directeur général c'est l'Office français de l'immigration et de l'intégration Magali Lafourcade

24:41
Invité

alors moi je voudrais parler un peu de droits fondamentaux parce que je crois qu'il faut avoir aussi une approche par les droits qui est là en fait dans notre discussion de manière assez claire on a eu l'opération Wambushu qui a été quand même avec un bilan très très mitigé qui a été lancé par Gérald Darmanin en 2023 l'idée de reprise du territoire face à cette à cette insécurité à cette migration galopante où on ne peut pas on ne peut pas dire que ce soit couronné de succès est-ce qu'on va dire que c'est un échec pour autant je ne sais pas ensuite on a un droit très dérogatoire au niveau du droit du sol et au niveau du droit au regroupement familial et on a comme un slogan l'idée qu'il faudrait revenir complètement sur le droit du sol alors qu'on a vu que malgré le changement en 2018 donc les dérogations au droit du sol massivement trois quarts des femmes qui accouchent à Mayotte qui a première maternité de France viennent donc de l'étranger parce que la mortalité maternelle y est quatre fois moindre c'est ça la réalité aussi et donc je voudrais

25:46
Présentateur

pour qu'un mineur devienne français à sa majorité à Mayotte il faut que l'un de ses deux parents au moins ait été en situation irrégulière pendant plus de trois mois avant sa naissance voilà c'est ça la dérogation disons on va dire par rapport au droit français porté par un sénateur maorais

26:00
Invité

oui et donc je voudrais je voudrais vous lire l'article 72-3 de la constitution qui reconnaît au sein du peuple français les populations d'outre-mer dans un idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité et je trouve que c'est dans ce moment de crise qu'il faut absolument faire résonner cela maintenant une fois qu'on a parlé des droits fondamentaux je voudrais dire un mot des solutions je crois que la France aurait tout intérêt puisqu'elle est la deuxième zone exclusive économique mondiale qu'elle a ses outre-mer représentent 97% de son espace maritime elle aurait intérêt à se lancer dans une politique océanique un peu d'envergure de penser son destin maritime et pour l'instant elle est quand même assez loin de ça valoriser les atouts stratégiques de la mer les ressources naturelles des fonds marins le tourisme les richesses minières les énergies renouvelables par exemple tout à l'heure Thomas Gomart parlait du fait qu'il y avait un volcan on peut faire de la géothermie à Mayotte il faut aussi sortir de la dépendance vis-à-vis des subventions et de transferts sociaux et pour ça il faut insérer Mayotte dans son environnement régional investir pour qu'il y ait une production locale et puis repenser l'école c'est pas normal que la moitié des enfants à Mayotte soient en difficulté de lecture alors que c'est que 11% en métropole donc ces solutions il faut les réfléchir dans l'espace géographique qui est celui de Mayotte Bertrand Maddy Oui je pense qu'on est assez largement d'accord mais plus pour montrer les aspérités que pour les résoudre justement et c'est là l'intérêt peut-être du débat premier élément effectivement ce que disait Didier Esqui tout à fait vrai c'est-à-dire il y a une revendication de la départementalisation mais qui est une façon de lutter contre la logique coloniale n'oubliez pas par exemple que Léon Bas lorsqu'il était à la tête du gouvernement avant l'indépendance du Gabon mais à la tête du gouvernement décentralisé réclamait non pas il ne voulait pas l'indépendance il voulait que le Gabon devienne un département français donc c'est quelque chose qui dans la rhétorique anticoloniale est extrêmement enraciné le deuxième élément et c'est là tout le problème évidemment que les conditions économiques à Mayotte comme les conditions économiques aux Antilles sont supérieures à celles des pays voisins indépendants mais la question que je pose c'est comment se fait-il que malgré ce décalage économique évident et qui effectivement incite à la prudence lorsqu'il s'agit de revendiquer l'indépendance conduit cependant à une situation sociale de plus en plus tendue ce qui se passe aux Antilles on ne veut pas le regarder en face mais ce qui s'est passé en Martinique et qui risque de rebondir lorsque les procès vont apparaître au mois de janvier est extrêmement dangereux donc la question et je rejoins ce que disait Magali il y a un instant c'est de se précipiter vers les solutions et la solution elle est quoi ?

Vous ne pourrez jamais sortir Mayotte des difficultés qui sont les siennes à partir de la métropole c'est à partir d'un ancrage régional et donc à partir d'une renégociation ou plutôt d'une négociation avec les Comores à cause

29:19
Présentateur

que les Comores veuillent bien le faire aussi

29:22
Invité

et bien les Comores ont toujours revendiqué leur souveraineté sur Mayotte et ils sont en cela appuyés par une résolution plusieurs résolutions de l'Assemblée Générale des Nations Unies notamment la 3385 qui ont joint la France à rendre Mayotte à l'archipel des Comores mais ça se négocie je n'entends pas qu'il y ait quelques négociations amorcées pour réfléchir sur ce problème le dernier point mais là on va ouvrir la boîte de Pandore et ça va faire peur à Hervé c'est est-ce que vraiment l'avenir de la France passe par une stratégie indo-pacifique qui n'est pas à sa mesure on a du mal à s'en sortir avec la Méditerranée pourquoi veut-on construire une grande stratégie de l'indo-pacifique qui d'ailleurs n'a aucun sens si on y réfléchit mais là je vous vois affoler donc je ne vais pas développer ce point mais il ne faut pas le prendre en tous les cas comme un acquis comme une donnée qui justifie l'immobilisme du statut de Mayotte

30:29
Présentateur

et figurez-vous que non seulement vous ne me faites pas peur Bertrand Baddy mais vous me donnez l'occasion de donner une dernière fois la parole à Thomas Gomart sur ce sujet est-ce qu'il faut le prendre pour acquis justement cette dimension-là qu'évoquait Bertrand Baddy

30:41
Invité

d'abord peut-être en écho à ce que vient de dire Bertrand je vois bien effectivement la difficulté de la situation sociale aux Antilles mais ma réponse c'est que la situation sociale n'est pas guère plus brillante dans l'hexagone ce que je veux dire par là c'est qu'il ne faut pas non plus à mon avis on nous verra mais je pense qu'il faut aussi voir ça d'une manière un peu plus large la deuxième chose c'est que je reprendrai le point sur évidemment l'adaptation les adaptations au contexte régional peut-être réfléchir à de nouvelles formes de législation quant à l'Indo-Pacifique ou à la stratégie moi je considère que les Dromcom sont évidemment un atout pour la France

31:24
Présentateur

Dromcom je rappelle les autres maires

31:27
Invité

les Outre-mer et que c'est habillé par un certain nombre de textes c'est expliqué par un certain nombre de textes il y a quand même 2 600 000 de nos ressortissants qui vivent sur ces territoires donc c'est pas rien et qui veulent continuer à vivre sur ces territoires dans le cadre dans le cadre national et que c'est effectivement aussi une manière peut-être de voir le monde dans sa globalité précisément cher Bertrand c'est à dire que je pense qu'en France nous sommes aussi encore capables de produire une pensée globale grâce à nos Outre-mer

31:58
Présentateur

et on va continuer à produire de la pensée en tout cas en évoquant à présent la Syrie et la Syrie

32:12
Locuteur

en évoquant à Berlin et on va sa la planète et on paye de la pensée à Berlin et on va tenir