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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 8 juillet 2022 28 minComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileInstitutions & électionsJusticeSolidarités & famille

"Les Suppliques" : requêtes pour échapper à la déportation. Avec Jérôme Prieur et Laurent Joly

Au micro : Guillaume ErnerSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:44OuverteRéponse directe

    Quelques mots sur ces lettres de suppliques ?

  • 1:22OuverteRéponse directe

    Ces lettres sont des requêtes que des Juifs adressent au gouvernement français pour échapper aux persécutions. Pouvez-vous préciser ?

  • 2:36OuverteRéponse directe

    Votre film est à la fois un grand film et un film terrible. Pouvez-vous expliquer ?

  • 5:23OuverteRéponse directe

    Comment avez-vous composé ce film avec si peu de photos et de films de la rafle ?

  • 6:38OuverteRéponse directe

    Pourquoi cette rafle a une place à part dans l'histoire de l'extermination des Juifs français ?

  • 9:31RelanceRéponse directe

    Ce que vous venez de dire est particulièrement important. Pouvez-vous développer ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:57InvitéFait
    « Ces lettres, je les ai découvertes grâce à Laurent Joly, que je connais depuis longtemps, dont je connais depuis longtemps le travail, et grâce à un producteur qui s'appelle Alexandre Allier, qui sont venus un jour me dire que c'était un matériau pour moi. »
  • 1:42PrésentateurFait
    « Ces lettres sont des lettres que des Juifs adressent au gouvernement français dans l'espoir de pouvoir avoir ou bien un sort moins dur que le leur, ou bien pour échapper aux persécutions. »
  • 1:52InvitéFait
    « Et puis, dans la mesure où il y a une administration qui est dédiée à la question juive, comme on disait à l'époque, c'est-à-dire le commissariat général aux questions juives, ces lettres sont adressées ou transitent par le commissariat général aux questions juives. »
  • 3:42InvitéFait
    « Oui, alors ça c'est une lettre qui est adressée après la première rafle qui a eu lieu à Paris en mai 41 et qui était une convocation. »
  • 3:55InvitéChiffre
    « Vous avez 6500 personnes qui avaient été convoquées, 3700 y sont allées, souvent pensant vraiment que ce serait juste une vérification de papier. »
  • 7:00InvitéChiffre
    « C'est là où on a rassemblé 8000 des 13000 personnes arrêtées les 16 et 17 juillet 1942 par la police parisienne à Paris. »
  • 7:13InvitéFait
    « La première, c'est que c'est la plus importante. C'est-à-dire qu'on n'a pas, en Europe de l'Ouest, jamais on a fait une telle opération. »
  • 7:21InvitéChiffre
    « Arrêté en moins de deux jours, 13 000 personnes, on a vu ça nulle part ailleurs. »
  • 7:29InvitéFait
    « C'est une opération qui est 100% exécutée par la police parisienne et même par la police ordinaire. »
  • 7:54InvitéFait
    « C'est le fruit d'un arrangement entre le gouvernement de Vichy et les autorités allemandes. Le dit l'étant, on vous donne le nombre de Juifs étrangers que vous voulez, on va vous donner le maximum, mais vous nous laissez faire. »
  • 8:39InvitéFait
    « Vichy a fait le choix de les livrer, sachant qu'ils seraient séparés au moment de la déportation. »
  • 9:11InvitéFait
    « Le gouvernement de Vichy avait tous les moyens légaux de s'opposer à cette opération. »
  • 10:30InvitéChiffre
    « Plus de 80% des enfants, parce qu'il y a 4000 enfants français qui sont arrêtés, les enfants visés sont 80% français. »
  • 16:56InvitéFait
    « Très vite, il y a un circuit qui s'est installé dans l'administration française. Toute l'aide qui arrivait et qui concernait les juifs, le maréchal Pétain en recevait beaucoup, était annotée et transmise au commissariat général aux questions juives, qui était le ministère de l'antisémitisme, en quelque sorte, et qui répondait. »
  • 24:05InvitéChiffre
    « On est arrivé à 200 rescapés sur les 13 000. »
  • 25:27InvitéFait
    « Pour presque tous, ça a été une corvée, personne n'a fait ça avec plaisir, c'était pas leur travail. »
  • 26:05InvitéChiffre
    « Les deux tiers des gens ont échappé. Il y avait 35 000 personnes qui étaient recherchées, on en a arrêté 13 000. »

Temps de parole

  • Invité30 %
  • Présentateur25 %
  • Invité 218 %
  • Invité 314 %
  • Invité 44 %
  • Invité 53 %
  • Invité 62 %
  • Présentateur 22 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

7h09, les matins d'été, Guillaume Erner. Il y a 80 ans, le 16 juillet 1942, avait lieu la rafle du Veldiv, un événement marqué par une commémoration cette année particulièrement intense, avec un film, un film que l'on vous doit, Jérôme Prieur et Laurent Joly, bonjour.

0:26
Invité

Bonjour.

0:26
Présentateur

Bonjour. Un film consacré aux lettres de suppli qu'on va vous expliquer dans quelques instants de quoi il s'agit. Ce film sera diffusé lundi prochain sur France 3, dans une soirée d'ailleurs, qui est une soirée spéciale consacrée à cette rafle du Veldiv. Tout d'abord, Jérôme Prieur, quelques mots justement sur ces lettres de suppli.

0:48
Invité

Ces lettres, je les ai découvertes grâce à Laurent Joly, que je connais depuis longtemps, dont je connais depuis longtemps le travail, et grâce à un producteur qui s'appelle Alexandre Allier, qui sont venus un jour me dire que c'était un matériau pour moi. Et ils avaient raison, c'est-à-dire que toutes ces correspondances, ces lettres, sont une plongée absolument incroyable, saisissante, dans l'occupation et dans la vie de ceux qui étaient persécutés.

1:22
Présentateur

Pour le dire en quelques mots, Jérôme Prieur, ces lettres sont des lettres que des Juifs adressent au gouvernement français dans l'espoir de pouvoir avoir ou bien un sort moins dur que le leur, ou bien pour échapper aux persécutions.

1:42
Invité

Oui, les suppliques, c'est un terme administratif qui désigne des requêtes. Quand on n'a pas d'autre recours, on adresse une supplique à l'autorité supérieure, et donc ces personnes s'adressent en général, enfin beaucoup, au maréchal Pétain, au chef de l'État. Et puis, dans la mesure où il y a une administration qui est dédiée à la question juive, comme on disait à l'époque, c'est-à-dire le commissariat général aux questions juives, ces lettres sont adressées ou transitent par le commissariat général aux questions juives.

Mais les auteurs de ces lettres sont des victimes, sont des Juifs français ou des Juifs étrangers, ou des Juifs abatrides, mais ce sont aussi des proches, c'est-à-dire des collègues de bureau, des voisins, des amis qui ne comprennent pas ce qui se passe et qui écrivent en disant qu'il y a une erreur, enfin voilà, mais il n'y a pas d'erreur.

2:36
Présentateur

Votre film est à la fois un grand film et un film terrible, on va en entendre immédiatement un extrait. Il s'agit donc de l'une de ces lettres de suppliques et elle est adressée par un enfant.

2:50
Invité

Monsieur le commissaire général, j'ai l'honneur de vous adresser une supplique au sujet de mon père. Mon père est malade, il souffre d'une sciatique, est âgé de 41 ans et il est juif. Il a reçu une convocation comme tout ce de son cas, il est donc descendu hier matin à 7h au commissariat, croyant que l'on réviserait ses papiers, mais on l'a fait partir. Au plus vite mon père nous reviendra, je vous remercierai que davantage. Vous voudrez bien m'excuser si je ne me suis pas assez correctement exprimé, mais j'espère que vous comprendrez tout de même l'importance de ma supplique. Je vous remercie d'avance, Jacques Zermann, notre adresse est 12 rue Marcel-Samba, Montreuil. Laurent Joly ?

Oui, alors ça c'est une lettre qui est adressée après la première rafle qui a eu lieu à Paris en mai 41 et qui était une convocation. Les gens ont été convoqués, c'est des juifs polonais, et donc il y a eu un effet de surprise. Vous avez 6500 personnes qui avaient été convoquées, 3700 y sont allées, souvent pensant vraiment que ce serait juste une vérification de papier. En fait, on les avait piégés, ils ont été envoyés dans les camps du Loiré, à Pithivier et Bonne-la-Rolande.

4:08
Présentateur

Jérôme Prieur, c'est une forme de, comment dirais-je, de grande réussite cinématographique, même si elle est terrible, que de réussir à porter à l'écran des lettres écrites par des gens qui pour la plupart ont tous été massacrés dans les camps.

4:27
Invité

Je vous remercie, mais c'était un défi et un honneur, évidemment, une responsabilité de prolonger la vie de ces êtres. Tous n'ont pas été déportés, tous ne sont pas morts à l'époque, d'ailleurs. Mais ce que je voulais, c'est que, quelles que soient les traces qu'on avait pu garder d'eux, leurs photos ou non, quelquefois, il y a des gens dont on ne sait rien d'autre que cette supplique, ils existent. Enfin, que le film leur donne ce surcroît de vie, le film les célèbre, les remette sur le devant de la scène. Et donc, j'ai employé tous les moyens possibles pour leur dresser des petits hôtels.

5:17
Présentateur

Alors, lesquels expliquez-nous, parce que, on va revenir là-dessus, d'ailleurs, parce que c'est assez important. Il n'y a quasiment pas de photos de la rafle du Veldiv. A fortiori, bien sûr, il n'y a pas de film. Bref, comment avez-vous composé ce film, Jérôme Prieur ?

5:34
Invité

J'ai utilisé d'abord ce qui est là, c'est-à-dire les archives, les archives, ces lettres. On a un matériau extraordinaire, que sont ces lettres ? Vous en avez entendu une, avec la voix de ce petit garçon qui s'excuse de ne pas s'exprimer peut-être assez bien. Et ce qui est frappant, au contraire, c'est que dans toutes ces lettres, tous ces gens qui sont de toutes sortes de milieux, de toutes catégories, de tous âges, de tous sexes, font des efforts extraordinaires pour s'exprimer, pour plaider leur cause au maximum de leurs possibilités. Donc, là, il y a un matériau, même plastique, visuel, extraordinaire.

C'est-à-dire, il y a toutes sortes de papiers, d'écritures manuscrites, y compris de fautes, de lettres dactylographiées, d'enveloppes. Enfin, il y a tout ça. C'est ce qui nous relie. Moi, pour moi, cinéaste, c'est ce qui me frappe, c'est que ces bouts de papier nous relient à ces êtres vivants. C'est ce qui reste souvent d'eux.

6:38
Présentateur

Laurent Jolie, il faut que vous nous expliquiez, en tant qu'historien, pourquoi cette rafle a une place à part dans l'histoire de l'extermination des Juifs français.

6:50
Invité

La rafle du Veldiv, c'est ce qu'on appelle la rafle du Veldiv, en lien avec le Vélodrome d'hiver, cette salle des sports qui n'était pas loin d'ici, qui est dans le 15e arrondissement, qui a été détruit en 1959. C'est là où on a rassemblé 8000 des 13000 personnes arrêtées les 16 et 17 juillet 1942 par la police parisienne à Paris. Et cette opération, elle a au moins trois singularités. La première, c'est que c'est la plus importante. C'est-à-dire qu'on n'a pas, en Europe de l'Ouest, jamais on a fait une telle opération. C'est le record de très loin. Arrêté en moins de deux jours, 13 000 personnes, on a vu ça nulle part ailleurs.

Deuxième chose, c'est que c'est une opération qui est 100% exécutée par la police parisienne et même par la police ordinaire. C'est-à-dire que la police parisienne, c'est des gardiens de la paix, c'est des inspecteurs. Donc, il n'y a pas un Allemand qui assiste même à cette opération. Ça, c'est vraiment une singularité aussi, unique, parce que d'habitude, il y a quand même les Allemands qui sont là. On parlait de la rave du billet vert en 1941. Là, c'est le fruit d'un arrangement entre le gouvernement de Vichy et les autorités allemandes. Le dit l'étant, on vous donne le nombre de Juifs étrangers que vous voulez, on va vous donner le maximum, mais vous nous laissez faire.

Voilà, et ça, c'est... On en paye encore aujourd'hui le prix parce que, du coup, le gouvernement français devenait complice d'une mesure allemande. Et la troisième singularité, la plus terrible et bouleversante, c'est que pendant cette opération, il était prévu de séparer les familles. Et c'est ce qui a fini par être fait, où on a déporté séparément les adultes des enfants. Les enfants ont été déportés trois semaines plus tard. Et en fait, les enfants n'étaient pas demandés immédiatement par les Allemands, ce qui aurait permis, au départ, ils devaient aller à l'assistance publique, de les sauver, en tout cas, de leur donner une chance de survie.

Et Vichy a fait le choix de les livrer, sachant qu'ils seraient séparés au moment de la déportation. Et ça, ces séparations, cette cruauté dans la cruauté, c'est quelque chose de spécifique à la rafle du Veldiv, Vichy ne le fera plus jamais. Et on a vu ça nulle part ailleurs en Europe. Est-ce qu'il y a eu des discussions à ce sujet au sein du gouvernement de Vichy ? Ce qui s'est passé, c'est qu'en fait, le chef du gouvernement, Pierre Laval, et son chef de la police, René Bousquet, ils ont avancé en électron libre. C'est-à-dire qu'ils ont fait ce choix politique-là, qui est... Alors, parfois, on entend qu'il n'y avait pas le choix, que...

Oui, il y a une pression allemande très forte, évidemment, mais le gouvernement de Vichy avait tous les moyens légaux de s'opposer à cette opération. C'est très important de le dire parce qu'on voit le gouvernement danois qui va s'y opposer, on voit le maire de Bruxelles qui va s'y opposer. Vichy ne s'y oppose pas parce que Vichy met une politique de collaboration, une politique antisémite. Ce que vous venez de dire...

9:32
Présentateur

Pardonnez-moi, je vous interromps, Laurent Jolie, ce que vous venez de dire est particulièrement important parce que si on compare ça, effectivement, à ce qui s'est passé en Belgique, par exemple, on voit très bien ce qu'un pays peut décider de faire contre l'avis des Allemands et finalement, sans mesure en retour.

9:48
Invité

Absolument. Vous avez deux situations qu'on peut comparer à la France puisque la France est un pays à la fois occupé et à la fois souverain avec un gouvernement. Le gouvernement danois a un gouvernement, il est entièrement occupé, mais il a un gouvernement. En Belgique, il n'y a pas de gouvernement qui est entièrement occupé. Et là, on voit deux cas où le gouvernement danois a dit non et où l'administration de Bruxelles dit non. Voilà, il y avait une possibilité de le faire. Et Vichy ne le fait pas parce que Vichy veut donner le maximum de gage aux Allemands et surtout se débarrasser du maximum de juifs étrangers et sa politique depuis longtemps.

Ce qui est une manière de clore l'idée d'un gouvernement qui serait bouclier. Et si on veut définitivement clore cette idée, moi j'ai observé ça dans mes recherches, plus de 80% des enfants, parce qu'il y a 4000 enfants français qui sont arrêtés, les enfants visés sont 80% français. Donc jamais Vichy n'a livré autant de juifs français que les 16 et 17 juillet 42. Donc vous voyez que même là, les juifs français ne sont pas protégés. C'est la raison

10:46
Présentateur

pour laquelle cette rafle du Veldiv a une importance particulière et de manière étrange mais finalement peut-être explicable. Cette rafle, elle a été gommée de la mémoire pendant de longues années. On découvre cela notamment dans un livre, là aussi un livre à la fois terrible et merveilleux, un livre signé Cabu que vous avez présenté, Laurent Jolie. Il y a des dessins de Cabu et j'aimerais qu'on écoute la voix du dessinateur. C'était au micro de Jean Lémarie sur France Info.

11:18
Invité

Moi, je l'ai découvert en 1948. J'avais 10 ans. J'avais gagné un prix de dessin qui me donnait droit à une bicyclette. J'ai pris le train tout seul. J'ai été réceptionné à la gare de l'Est parce que je venais de Châlons-sur-Marne par mon parrain qui m'a emmené au Veldiv. C'était l'équivalent de Bercy, du Palais des Sports, du Palais des Congrès. C'était un lieu de fêtes, de manifestations. Il se passait des tas de choses, aussi bien des concours de chiens que justement les 6 jours cyclistes, 6 jours et 6 nuits tournaient. Et puis au milieu, il y avait souvent un spectacle. C'était un lieu de réunion politique aussi.

Je ne savais rien du tout de ce qui s'était passé là, évidemment, comme la plupart des Français qui ne voulaient pas en parler. Il a fallu 20 ans pour qu'on en parle. On en a parlé vraiment en 1966 quand un des rares survivants, le docteur Claude Lévy, a fait un livre pour raconter ce qui s'était passé. Et il se trouve qu'à l'époque, je dessinais dans Le Nouveau Candide et on m'a demandé d'illustrer ce livre. Donc, c'est pour ça que je sais très bien ce qui s'est passé le 17 juillet 1942. On croyait que ça s'était passé en quelques heures. En fait, ils ont passé deux ou trois nuits même là-dedans. Imaginez la catastrophe que c'était

12:32
Présentateur

la voix de Cabu qu'on retrouve dans ce livre aux éditions Talendier que vous avez présenté, Laurent Jolie, comme on vous doit également un ouvrage sur la rave du Veldiv aux éditions Grasset. Peut-être un commentaire sur cette chose incroyable que dit Cabu. On découvre ses dessins dans Le Nouveau Candide et on se dit qu'il y a eu quasiment 20 ans d'oubli, alors pas pour tout le monde, mais de la rave du Veldiv.

13:00
Invité

Oui, les commémorations de la rave sont très vite devenues quelque chose de strictement communautaire, donc qui ne touchait pas à la mémoire nationale, ce qui fait que les gens continuaient à aller au Veldiv, le Veldiv est détruit en 1959, sans savoir que ça avait été, ou alors en ayant oublié, c'est le cas de Cabu qui est allé deux fois, adolescent puis jeune homme, au Veldiv pour des spectacles, sans savoir que ça avait été le lieu de sans doute ce qui est la pire tragédie en France pendant la Deuxième Guerre mondiale.

13:29
Présentateur

Jérôme Prieur, votre travail, c'est un travail de réalisateur, c'est aussi un travail pour la mémoire et réussir à passer ces différents fragments qui nous arrivent du passé, dont ces lettres de suppliques.

13:45
Invité

Oui, c'est des bouteilles à la mer qui nous parviennent et vous savez, il y a quelque chose qui a été très émouvant, pour moi, pour l'équipe, c'est que je n'ai pas fait de la représentation photographique des auteurs des suppliques un critère de choix. Il y a plusieurs milliers de suppliques qui ont été retrouvés par Laurent Joly, je n'en ai pas lu autant que lui, je n'ai pas lu les 3000, mais j'en ai lu beaucoup, je tenais à en lire beaucoup, mais quand on en lit beaucoup, il faut les choisir et une fois qu'on les a choisis, je ne voulais pas qu'on choisisse ceux dont on connaît l'auteur, dont on connaissait l'auteur.

Mais donc, dans beaucoup de cas, on a essayé, j'avais fait le montage, le montage était largement entamé, et là, on s'est posé la question de savoir si on pouvait retrouver le visage de tel ou tel. et ça a été un moment très émouvant, par exemple, quand on a réussi à retrouver qu'un monsieur qui s'appelle Gaston Lévy était mort après la guerre à l'âge de 80 ans et quelques, qu'un très jeune homme qui s'appelle Lion, cassé des naines Bogen, avait pu survivre, avait réussi à s'évader du camp de Ripsalte et était mort à près de 100 ans. Mais c'est aussi une douleur de se dire que telle jeune fille comme Fanny Grunbaum est morte, elle n'avait pas 21 ans.

Enfin, voilà, ces lettres, c'est un lien entre les vivants et les morts et donc elles ont quelque chose de très intense.

15:18
Présentateur

Deuxième extrait de ce film, M. Stern.

15:24
Invité

Le 16 mai 1941, de Maître André Berton, avocat au barreau de Paris, au commissaire général aux questions juives. M. Aloïs Stern, conseiller technique aux établissements Le Jersey de Paris, 56 rue Saint-Blaise, a été invité avant-hier, comme beaucoup de juifs étrangers, à se rendre au commissariat de police d'où il a été dirigé sur un camp de concentration, à Pithivier. Je suis persuadé que vous voudrez bien intervenir pour qu'une mesure qui est susceptible de réduire au chômage un grand nombre d'ouvrières ne soit pas maintenue. Je vous prie d'agréer, M. le ministre, l'expression de mes sentiments de haute considération. Je vous joins à la pétition des employés. M.

Stern, qui est un homme intègre et sans tâche, en même temps que grand spécialiste, dans son métier, était l'animateur de notre maison. Grâce à lui, elle a pris un grand essor et il faisait travailler sur place une quinzaine d'employés et ouvrières, ainsi qu'une soixantaine dehors. Si M. Stern ne revient pas pour créer les modèles et distribuer le travail, nous resterons toutes sur le pavé car on sera obligés de fermer la maison.

16:37
Présentateur

Un extrait de votre film, Les Suppliques, Jérôme Prieur, Laurent Joly, qui sera diffusé lundi prochain sur France 3. Ces lettres de supplis, que sont-elles devenues lorsque les commissariats, lorsque le gouvernement les a reçus ? Quels traitements ont-elles reçus, Laurent Joly ?

16:56
Invité

Très vite, il y a un circuit qui s'est installé dans l'administration française. Toute l'aide qui arrivait et qui concernait les juifs, le maréchal Pétain en recevait beaucoup, était annotée et transmise au commissariat général aux questions juives, qui était le ministère de l'antisémitisme, en quelque sorte, et qui répondait. Ceci qui est étrange et qu'on voit aussi dans le film, c'est qu'il y a quasiment à chaque fois une réponse plus ou moins agréable, mais toujours dans les formes. Et donc, c'est le commissariat général aux questions juives qui concentre ces lettres. C'est pour ça que je les ai trouvées dans les archives du commissariat général aux questions juives.

Est-ce que certaines de ces personnes ont eu gain de cause ? C'est très rare, mais effectivement, ça arrive. Ça arrive et ça explique aussi pourquoi les gens ont cette tentation. On se dit, ils sont complètement naïfs, pourquoi ils écrivent ? Alors, on voit qu'ils n'écrivent pas tout le temps. On voit que c'est surtout en 1941, c'est vraiment frappant. En 1941, on pense encore qu'on peut obtenir quelque chose, qu'on peut être défendu par le gouvernement français. La moitié des lettres de mon corpus viennent sont de 1941. Mais exceptionnellement, il peut y arriver qu'il y ait eu une véritable erreur. Par exemple, qu'un juif a été arrêté par erreur pendant la rave du Veldiv.

Ça m'avait vraiment frappé. Sa femme n'aurait pas dû être arrêtée. Il écrit. Qu'est-ce que ça veut dire

18:11
Présentateur

arrêté par erreur ? Qu'est-ce que ça veut dire arrêté par erreur ?

18:13
Invité

Par erreur, par exemple, elle n'était pas dans les catégories de... C'est une erreur de l'administration. Il dit, non, ma femme, elle n'est pas réfugiée russe. Elle a obtenu une nationalité française. Il arrive à la faire libérer. Ça, c'est exceptionnel. Évidemment, c'est un peu comme quand on gagne au loto. C'est la tentation de se dire qu'on peut espérer quelque chose. Mais la plupart du temps, évidemment, 99,99%, il n'y a rien. C'est une réponse. On ne peut rien faire. Ou c'est l'application de la loi. On est désolé.

18:47
Présentateur

On se retrouve dans une vingtaine de minutes. Jérôme Prieur, Laurent Jolie. Je rappelle que donc votre film Les Suppliques sera diffusé lundi prochain sur France 3. Il faut aussi que j'évoque votre somme, Laurent Jolie, la rafle du Veldiv aux éditions Grâcesse. C'est la première fois qu'un livre d'histoire est consacré à cet événement. Je veux dire un livre complet qui permet de comprendre le déroulement et les conséquences de cet événement. Et puis, le livre de Cabu, La rafle du Veldiv avec des dessins qui sont présentés par vos soins, Laurent Jolie. Et c'est aux éditions Talandier.

Jérôme Prieur et Laurent Jolie sont dans ce studio pour évoquer le film qu'ils consacrent aux lettres de Suppliques et qui sera diffusé sur France 3 le 11 juillet prochain dans une soirée consacrée à la rafle du Veldiv puisqu'il s'agit donc des 80 ans. On commémore les 80 ans de cette rafle. De nombreux livres à vous suggérer, notamment votre somme, Laurent Jolie, publiée aux éditions Grasset. C'est probablement le livre d'histoire le plus complet consacré à cet événement La rafle du Veldiv et puis aussi les dessins de Cabu qui sont publiés chez Talandier et que vous présentez également Laurent Jolie.

Jérôme Prieur, on vous doit une œuvre de réalisateur très riche consacrée à cette période de l'histoire. Le nombre de films que vous avez consacrés au nazisme, à la persécution des Juifs donne effectivement le tournis. Comment vit-on avec cela puisque lorsqu'on entend ces lettres de suppli que lorsqu'on les lit on se dit que c'est à la fois essentiel que ces lettres soient lues, connues et c'est quelque chose de terrible ? Quelle est la vie d'un homme comme vous qui vit avec ses atrocités au quotidien ?

20:36
Invité

Ah oui, c'est une très bonne question ça.

C'est-à-dire qu'on peut, certains me reprochent de m'intéresser, je suis un peu obsessionnel, il y a eu toute une période consacrée à l'histoire du christianisme avec les séries après Corpus Christi avec mon ami Gérard Mordia et là malgré moi d'une certaine façon depuis le film que j'ai fait sur le mur de l'Atlantique ou sur le journal d'Hélène Baer je sens que plus j'en connais moins j'ai de certitudes et que donc plus on en connaît plus la complexité devient passionnante et donc j'ai pas l'impression d'être au bout du chemin j'ai envie de continuer et j'ai envie de continuer parce que ça me paraît comment dire ça me paraît être une façon de parler de l'histoire au présent c'est à dire que pour moi l'histoire n'est pas ce qu'on regarde de l'autre côté de la vitre en disant oh là là les pauvres idiots ils ont rien compris ils ont rien vu ce qui est un peu le reproche que je ferais à quelques documentaires souvent historiques de télévision qui nous mettent du bon côté or moi j'ai envie comme moi-même mais j'ai envie de plonger le spectateur dans l'espèce d'incertitude comme ça dans la purée de poids qui est le passé de provoquer ce qui me saisit moi c'est à dire la stupeur la sidération et en même temps d'apporter des éléments de regard critique de comprendre de déchiffrer mais sans être sans être en surplomb et c'est pour ça que dans ce film sur les suppliques bon c'est vrai que c'est un film difficile à faire moralement mais dans ce film ce que ces gens-là ont vécu c'est tellement incommensurablement plus difficile que je trouverais ridicule de se plaindre et puis je suis fier de faire ce métier mais c'est pour ça que dans ce film sur les suppliques je tenais à mettre en vis-à-vis de ces lettres toutes sortes de gens hommes, femmes, enfants vous l'avez dit je tenais à mettre en vis-à-vis le poids le poids du pétainisme le poids de l'état français le poids de la propagande c'est à dire que je pensais au début dans mon projet je pensais utiliser des séquences des actualités qui mettent en scène pétain il y en a quelques-unes dans le film parce qu'elles me paraissent toujours incroyables enfin comment comment nos ancêtres nos aïeux ont pu gober tout ça quand on se demande et puis pendant les repérages je me suis rendu compte surtout en allant aux archives nationales qui nous ont ouvert les portes d'une façon absolument merveilleuse pour que je puisse filmer pendant plusieurs jours les archives des suppliques je me suis rendu compte qu'il y avait aussi tout un matériel iconographique tout un matériel visuel qui m'a donné envie de fouiller de ce côté là et donc j'ai retrouvé des albums à colorier des dessins des affiches enfin les timbres enfin tous ces éléments qui font qu'on comprend que dans la tête des gens il y avait un pilonnage inconscient de la figure du chef de la figure du maréchal Pétain Laurent Jolie

23:44
Présentateur

qu'est-il arrivé à ces juifs raflés au Veldiv ?

23:49
Invité

ce qui est arrivé aux juifs raflés du Veldiv c'est que ils ont été conduits dans des camps et de là ils ont été déportés voilà il n'y a quasiment aucun rescapé dans le film que j'ai co-écrit avec David Cornbrosa j'ai fait une longue recherche et on est arrivé à 200 rescapés sur les 13 000 voilà si vous comptez ceux qui ont été déportés tout de suite et qui ont pu revenir voilà aucun enfant n'est revenu par exemple vous voyez donc c'est très très peu de rescapés il faut aussi compter qu'il y a plusieurs centaines de personnes qui ont pu sortir d'où encore des témoins on a encore des témoins qui ont été à Drancy qui ont été à Pétivier qui ont pu sortir voilà des enfants ont pu sortir mais c'est vraiment l'exception et tous les autres les 4000 enfants du Veldiv tous ceux qui n'ont pas eu la possibilité comme certains des témoins que nous interrogeons de sortir soit du Veldiv soit des camps du Loire soit de Drancy ils ont été gazés immédiatement à Auschwitz donc il y a là une sorte d'énormité absolue et les policiers

24:50
Présentateur

puisque donc l'une des spécificités que vous rappeliez Laurent Jolie c'était le fait que cette rafle avait été organisée par la France par la police française est-ce que certains ont renoncé à s'y livrer est-ce qu'il y a eu des discussions au sein de la police

25:07
Invité

oui alors ça c'est vraiment le livre que j'ai écrit sur la rafle du Veldiv et il s'est dit de combler un trou ce qui était la dimension policière de la rafle la rafle du Veldiv c'est avant tout une opération de police et ça ne va jamais été étudié comme ça et donc grâce au dossier d'épuration que j'ai pu voir j'ai pu voir les différentes réactions des policiers donc pour résumer pour la mage pour presque tous ça a été une corvée personne n'a fait ça avec plaisir c'était pas leur travail normal et donc vous avez à partir de là toute la gamme d'attitudes ceux qui avaient peur qui voulaient exécuter les ordres et qui étaient très stricts et puis d'autres qui utilisaient les marges de manoeuvre et il y en avait beaucoup plus que ce qu'on pouvait imaginer on pouvait dire qu'on allait revenir on pouvait ne pas défoncer les portes on pouvait même un témoin nous raconte ça détourner le regard voilà je reviens dans un quart d'heure le flic est en bas les gens fuient et le policier fait semblant de regarder à côté donc c'est tout ça qui explique que la rave du Veldiv est un paradoxe parce qu'on n'a jamais arrêté autant de gens en si peu de temps et en même temps c'est une découverte de mon travail les deux tiers des gens ont échappé il y avait 35 000 personnes qui étaient recherchées on en a arrêté 13 000

26:10
Présentateur

la rave du Veldiv c'est donc à la fois votre livre aux éditions Grasset les dessins de Cabuche et Talendier et puis votre film Jérôme Prieur Laurent Joly les suppliquent il sera diffusé dans cette soirée spéciale sur France 3 lundi prochain 8h30 vous voulez dire quelque chose

26:29
Invité

très rapidement Jérôme Prieur très rapidement parce qu'il y aura aussi un prolongement sur France Culture que j'ai pu concevoir 4 podcasts et une émission de 2 heures qui fait apparaître d'autres suppliques que celles qui sont dans le film et qui fait apparaître aussi un dialogue que je mène avec Laurent Joly sur ses lettres et tout ça avec la voix de Nicolas Bouchot la voix de Marie Vial la voix de Christophe Brault comme dans le film

26:59
Présentateur

Merci Jérôme Prieur et Laurent Joly 8h31 sur France Culture Chloé Oui ? Sylvia je vais te montrer les étoiles Moi les étoiles je ne suis pas contre surtout si ça me fait aller me coucher plus tard Le premier podcast France Culture Savoir et Science dédié à la jeunesse Les mondes de Chloé Le nez en l'air et la tête dans les étoiles Histoire de grandes et petites ours Entre fiction et astronomie La première saison consacrée au ciel et aux constellations Les mondes de Chloé à la belle étoile par Alice Buteau et Charlotte Roux sur franceculture.fr et la Pire Radio France

"Les Suppliques" : requêtes pour échapper à la déportation. Avec Jérôme Prieur et Laurent Joly · Pourquijevote