Europe de l'IA : le temps d'accélération - 16/06
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Tech & Co-Business sur BFM Business. Allez, notre invitée suivante, Anne Bouvreau. Bonjour, Anne. Bonjour. Merci d'être avec nous. Vous êtes coprésidente du Conseil national de l'IA. On a vu apparaître Philippe Aguillon tout à l'heure qui était ici sur la Seine à Lille. Alors là, autant, février 2025, vous étiez au cœur de l'organisation. Là, vous êtes invitée. Mais on peut quand même dire que c'est l'acte 2 de ce sommet de l'IA.
Absolument. On est 18 mois après. Et vraiment l'importance de continuer à avoir des lieux où on parle de l'IA qui continuent à se développer de manière incroyable. Et en particulier dans cette région Hauts-de-France, à Lille, où il y a un certain nombre d'annonces, de très grosses annonces, d'une pente de données d'usines qui ont été faites. C'est très important de parler d'IA.
Oui, qui est un baril centre géographique quelque part. Et puis un baril centre aussi aujourd'hui avec cette infrastructure. Qu'est-ce qui a changé en 18 mois ? On sent qu'on parlait beaucoup de souveraineté. On était plutôt fixé sur Mistral. Il continue sur sa route, sur d'autres boîtes du logiciel. Puis on se rend compte que, peu à peu, cette migration et notre force en France, en Europe, elle migre peu à peu vers les infrastructures. C'est réel, ça.
Oui, mais en fait, c'est vraiment toute la chaîne de valeur. Donc c'est important d'être présent à tous les niveaux de la chaîne de valeur. Et bien sûr, les centres de données, la puissance de calcul, c'est extrêmement important. On est très attractif en France pour tout un tas de raisons de fonciers, d'électricité décarbonée, de zones où on a industrialisé depuis longtemps, où on peut accueillir des projets comme ça. Mais il faut aussi continuer dans le domaine des modèles et dans le domaine du cloud. On a vu Octave Claba ce matin d'OVH. Et ce qui s'est passé en 18 mois, c'est aussi beaucoup une accélération des capacités de l'intelligence artificielle.
Avec les agents IA, avec le développement informatique, avec la cybersécurité, avec tout un... Ça continue. On n'est pas sur un plateau.
On est vraiment sur une accélération. Et on sent qu'on est dans ce mouvement. On rappelle, vous avez sorti, je citais Philippe Aguillon, parce que vous avez sorti ce rapport avec lui. Et je pense que pour vous, il va y avoir une certaine satisfaction de voir certains éléments du rapport qui sont en train de... Peu à peu, certains plus vite que d'autres, d'autres un peu plus lentement, mais qui sont en train de se mettre en place.
Ah mais absolument. C'est toujours satisfaisant. Quand on regarde, c'était mars 2024. C'était il y a un peu plus de deux ans. Et à l'époque de l'IA, deux ans, c'est une très, très grande période. Donc, se rendre compte qu'on avait quand même pointé dans un certain nombre de directions qui sont toujours valides et qu'on voit les choses se mettre en œuvre. Pas encore tout, pas aussi vite que ce qu'on aurait voulu. Mais c'est vrai que c'est très satisfaisant.
En plus, je trouve qu'en investissement, quand on entend les Américains qui sont dans des... En plus, on vit une journée particulière avec cette entrée en bourse de SpaceX où là, les milliards tombent de je ne sais où. Mais en tout cas, ils sont bien là. On voit cet investissement annoncé à la Chouse France. D'ailleurs, dont la région de France doit bénéficier pour 40, 44 milliards. On parle en milliards aujourd'hui.
Ça, c'est important. Ça, c'est important. Quand on a sorti le rapport de la commission IA, une recommandation, c'était un fonds à 10 milliards pour l'IA. Et tout le monde nous disait, mais 10 milliards, mais vous ne pouvez même pas en rêve. Et là, on voit qu'on est... Alors, c'est un peu inquiétant aussi, mais on voit qu'on est sur des dizaines de milliards, des centaines de milliards. C'est presque surprenant.
Vous arrivez à faire rayonner, justement, vos grandes idées du rapport à un niveau européen, parce que ça aussi, c'est important. C'est bien ce qu'on fait en France, mais on sait bien qu'on ne s'en sortira pas s'il n'y a pas au moins cette alliance avec au moins nos co-frontaliers.
Oui, c'est vrai. C'est super pour la France, mais on est trop petits à l'échelle de la France, même avec ces annonces de Chouse France, même avec les grandes entreprises qu'on a ou les plus petites qui sont très actives. Et donc, oui, c'était une des ambitions du sommet IA. Et on a vraiment, en février 2025, eu un discours d'Ursula von der Leyen avec des annonces d'investissement dans la puissance de calcul, dans le financement de la recherche à l'échelon européen. Et ça continue. Là, on a entendu la vice-présidente Ena Virkunen ce matin, qui expliquait que, donc maintenant, il y a une stratégie européenne du numérique, une stratégie de souveraineté numérique.
On n'avait pas ça il y a deux ans. On n'avait même pas ça il y a un an. C'est vraiment quelque chose de nouveau. Ce n'est pas uniquement maintenant l'approche régulation. C'est qu'il faut marcher sur deux jambes. Il faut développer, produire, avoir des acteurs qui innovent. Et en même temps, bien sûr, il faut protéger les citoyens et nos modes de vie. Mais donc, on continue à avoir des annonces d'investissement, de simplification, pour aider à développer l'écosystème au niveau européen. Et on travaille beaucoup, par exemple, avec les Allemands qui vont être présents à Choose France, avec les Canadiens qui vont aussi être présents à Choose France.
Donc, c'est important de travailler avec d'autres pays, les économies de taille moyenne, l'Europe, pour être plus fortes.
Et d'ailleurs, je rappelle, il y a eu une allocation du président Emmanuel Macron avec le Premier ministre canadien, Marc Carné, ici à Lille. On parle de cette accélération, il faut embarquer tout le monde. On va parler du grand public dans un instant. Mais déjà, je descends un peu d'un cran, les PME, les TPE. Est-ce que là aussi, vous sentez que ça frétire ? Peut-être pas suffisamment vite, mais là, parce que c'est notre tissu économique, il y a beaucoup de petites entreprises. Là, qu'est-ce qu'il faut faire pour qu'elles accélèrent davantage ?
Alors, c'est forcément plus compliqué pour une petite entreprise. Une grande entreprise peut se dire je prends le temps, j'ai différentes fonctions. pour les plus petites, c'est comment prioriser ? Parce qu'on ne peut pas vouloir mettre de l'IA dans toutes les fonctions quand on est vraiment focalisé sur des tailles d'effectifs plus petits et plus de clients. Mais on commence aussi et moins de clients. Mais on commence à voir des solutions plus spécifiques, plus packagées qui commencent à marcher. On commence à voir les domaines dans lesquels ça marche bien. Le développement informatique, c'est un domaine où ça peut aider les petites entreprises comme les grandes.
Et donc, je vois les choses avancées. Mais il y a un énorme besoin de formation et de compréhension également de combien ça coûte. Parce que tout ça est bien joli, mais ça coûte de s'abonner à ces différents modèles d'IA. Et avec les introductions en bourse de Spécix et puis demain d'Enthropic et d'OpenAI, il risque d'y avoir un focus plus important sur leur profitabilité. Et aujourd'hui, ce que ça coûte de s'abonner sur les versions pro de ces modèles, en fait, ça ne correspond pas au coût. Donc, ça fait partie
des éléments importants. Même si on le voit qu'ils essaient, on a vu OpenAI qui a baissé ses tarifs justement pour essayer d'attirer davantage parce que, voilà, il faut trouver. On se dit, je crois que c'est Romain Rivaton qui était sur scène aujourd'hui qui disait, on va peut-être arriver sur le modèle des compagnies aériennes. On en a besoin mais elles ont des marges, elles investissent beaucoup mais elles ont des marges très très très faibles. Là, c'est le risque parce que ça va nous retomber dessus quelque part parce qu'il va bien falloir qu'à un moment, il y retrouve parce que les investissements sont colossaux. Comment justement vous percevez ce modèle ?
On parle d'une bulle mais vous, avec votre regard, vous êtes chercheur et vous connaissez parfaitement ce... Pas chercheuse. Non, non, je ne suis pas chercheuse mais je travaille sur le domaine. Sur le domaine. Comment vous voyez un peu justement ces bulles ou pas bulles tout simplement ?
Je pense qu'il y a clairement une bulle mais après, c'est une anticipation des besoins que beaucoup de gens pensent qu'on aura. Il va y avoir des limites en termes de la quantité d'énergie qui est disponible et puis des limites en termes de ce que les gens sont prêts à payer. Dans le domaine des télécommunications, j'ai beaucoup, j'ai longtemps travaillé chez Orange et puis à l'Association mondiale des opérateurs mobiles. Il y a un moment où on est passé, vous voyez, sur le pricing des tokens, on est passé à... En fait, il faut mettre des fortes avec des volumes donnés. Ça, c'est une des pistes en termes de ce qu'on fera payer ou non pour l'IA.
Mais ça nous ramène aussi au sujet de souveraineté. Si en Europe, on n'a pas la capacité de développer nos propres acteurs, on payera ce que les Américains voudront nous faire payer. Et ça, c'est un risque énorme.
Et là, très franchement, est-ce que vous sentez en souveraineté, on sent que ça y est, il y a un vrai élan de souveraineté aujourd'hui et quelque part, merci des Etats-Unis. Alors, c'est Donald Trump de façon très visible, mais les autres avaient déjà quand même posé les rails de tout cela. Mais vous sentez qu'on va pouvoir y arriver aussi dans ce domaine-là. Alors là, on va voir les infrastructures, mais on aimerait descendre un peu dans la chaîne de valeur vers les composants et tout ça. Vous pensez qu'il y aura un déclic aussi ?
Je pense qu'on peut y arriver. Si on va y arriver, on va voir. Mais il y a une vraie prise de conscience citoyenne. On l'a vu avec le sondage qui a été présenté ce matin. La souveraineté, tout le monde... Et ce n'est pas vrai qu'en France, c'est vrai aussi en Allemagne, en Angleterre, en Italie. Les citoyens vraiment comprennent parce qu'effectivement, la géopolitique montre que nos alliés d'hier sont moins nos alliés. Donc, il y a cette prise de conscience. Il y a de l'argent qui est mis au niveau des pays et de la Commission européenne. On a la chance d'avoir des chercheurs et des start-up excellents.
Dans le domaine des semi-conducteurs, on a ce lab qui s'appelle IMEC, qui fait de la recherche dans les futurs semi-conducteurs. C'est clé qu'on ait ça. On a ASML pour la fabrication des machines qui permettent de fabriquer les semi-conducteurs. Dans le domaine du cloud, on a quelques acteurs, mais il faudrait vraiment qu'ils grandissent. Donc, on a toute une politique industrielle à mettre en œuvre au niveau européen. C'est possible d'y arriver. Les citoyens veulent le faire et on a les talents, mais encore faut-il le faire.
Oui. Eh bien, merci Anne Beauvraud d'être venue parler de tout ça et d'avoir pris quelques minutes. On essaie de recevoir beaucoup d'invités. On profite de ce grand sommet de l'IA ici à Lille. Donc, Anne Beauvraud, co-présidente du Conseil national de l'IA. Et on va continuer à suivre évidemment tous les rapports, les lignes de votre rapport qui sont en train de s'inscrire devant nous au jour le jour. C'est parti.