Bruno le Maire
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Il est l'heure de notre grand invité, bienvenue à vous qui venez de nous rejoindre, cinquième vague du Covid, compétitivité mondiale, élection présidentielle. L'actualité ne manque pas de sujet. En cette fin d'année, on va pouvoir les examiner en compagnie du ministre de l'économie et des finances. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin dans la matinale RCF. Être gaulliste, ce n'est pas défendre un héritage, c'est le renouveler sans cesse. C'est ce que vous écriviez dans votre précédent ouvrage, L'ange et la bête.
Quel regard Bruno Le Maire portez-vous sur la vidéo de candidature d'Éric Zemmour et ses références assez évidentes au général de Gaulle lors de l'appel du 18 juin ?
Sur la déclaration elle-même, je vais vous dire que je n'ai aucun commentaire à faire. Je pense que les Français savent juger par eux-mêmes. Ils n'ont pas besoin qu'on leur fasse une explication de texte. Pour le reste, je pense que les Français savent depuis très longtemps qui est le général de Gaulle et ils savent désormais qui est M. Zemmour. Donc ils sauront juger et faire la différence.
Restant à droite, si vous le voulez bien, en allant du côté des Républicains qui tenaient hier leur dernier débat. C'est une famille que vous connaissez bien. Vous avez évoqué la notion de dérive politique. Pour vous, elle est où exactement aujourd'hui, Bruno Le Maire, la dérive de la droite en France ?
Je pense surtout que c'est le rétrécissement qui est frappant dans les débats des Républicains. C'est un processus électoral qui est tout à fait respectable. Ce sont des candidats qui sont estimables. Mais quand on regarde la somme de débats qui se sont succédés, on voit l'étroitesse des sujets qui ont été traités. Et dans le fond, les grands enjeux qui se posent pour la France, l'enjeu éducatif, par exemple, a été à peine abordé. L'enjeu de la bataille contre les géants du numérique qui veulent prendre la place des États de notre démocratie n'a même pas été abordé. L'enjeu environnemental a été traité extrêmement légèrement.
La place que l'Europe peut prendre entre la Chine et les États-Unis, qui est un enjeu décisif pour les générations qui viennent, n'a jamais été traité. Donc je regrette que ces débats se soient focalisés uniquement et principalement sur les questions sécuritaires et de migration. Ce sont des sujets qui sont évidemment importants. Mais ça ne résume pas les enjeux de la France.
Vous avez une dent contre le fait qu'ils aient bloqué la privatisation d'aéroports de Paris. Vous en parlez dans votre ouvrage « Un éternel soleil » par édition Albin Michel. Les Républicains qui avaient bloqué cette privatisation d'aéroports de Paris par pur calcul politique les réclament désormais à corps et à cri pour témoigner de leur courage à la veille de l'élection présidentielle. Mais est-ce qu'au fond, Bruno Le Maire, c'est un gouvernement justement d'avoir à gérer des entreprises privées ? Est-ce que derrière la question d'ADP, il ne faudrait pas non plus se séparer des autres grands groupes industriels dont l'État est aujourd'hui actionnaire, comme Renault par exemple ?
La question que je pose dans « Un éternel soleil », c'est est-ce que nous voulons, oui ou non, un État fort ? Et moi, je crois en France à un État fort qui garantit la sécurité, qui garantit l'ordre public économique. Mais je pense qu'un État fort, ça suppose que l'État soit capable de se délester d'un certain nombre de missions qui n'est plus en mesure d'exécuter de façon efficace, qu'il se déleste effectivement d'un certain nombre de participations dans des entreprises qu'il doit laisser gérer par des acteurs privés. C'est sur le plus long terme qu'il faut réfléchir. Quel État est-ce que nous voulons pour que la nation française se sente protégée et accompagnée ?
Et si nous voulons que cet État soit efficace, il doit se recentrer sur ses missions essentielles. Je pense que la crise du Covid, et je le raconte aussi dans « Un éternel soleil », la crise du Covid a montré à quel point on avait besoin de recentrer l'État sur ses missions essentielles pour qu'il soit efficace et qu'il réponde aux inquiétudes et aux préoccupations des Français. Un État qui fait tout, c'est un État inefficace. Un État qui se rechante sur ses activités essentielles, c'est un État qui répond aux préoccupations fondamentales de nos compatriotes.
Justement, en parlant de la crise du Covid, vous n'avez pas peur que les derniers revirements, ces 47 000 nouvelles contaminations hier, l'OMS qui déconseille aux plus de 60 ans de voyager, des frontières qui se referment, est-ce que ça ne risque pas d'entacher la reprise économique qui était la nôtre ?
On a appris à chaque vague pédémique à mieux gérer le retour du virus. Donc on a une expérience, on sait comment réagir. Donc moi, je n'ai pas d'inquiétude particulière. Je pense que la croissance française est solide, qu'elle repose sur des fondamentaux qui sont sains. On a eu hier la confirmation par l'INSEE que nous avions fait au troisième trimestre 3% de croissance, que nous avions la possibilité de dépasser largement les 6% de croissance en 2021.
Nous sommes, et je le dis justement face à ce déclinisme ambiant, nous sommes un des pays européens qui sort le plus fort et le mieux de la crise économique, qui a su le mieux protéger, le mieux relancer et le mieux ouvrir des perspectives pour la relance et le développement de son économie. Donc tout ça doit nous permettre de faire face au virus sans que ça ait d'impact sur notre croissance et sur notre niveau économique. Pour autant, il y a des secteurs, et j'en ai parfaitement conscience, qui commencent à être inquiets, qui voient des réservations s'annuler. C'est vrai dans le secteur du tourisme, c'est vrai dans le secteur du transport aérien, c'est vrai dans le secteur événementiel.
Et je dis à tous ces secteurs que nous serons là pour les soutenir, pour les accompagner, si la situation devait se dégrader et si leur situation personnelle devait devenir plus difficile. Mais c'est des secteurs particuliers, c'est sectoriel, ça n'est pas l'ensemble de l'économie.
Bruno Le Maire, dans un éternel soleil, vous dites « Nos échecs ou nos déceptions, notre incapacité à parfois mener à bien des réformes importantes tiennent avant tout à un problème structurel de gouvernance politique ». Est-ce que ce n'est pas un petit peu facile de rejeter la faute sur la mécanique plutôt que sur le conducteur ?
La mécanique, ça compte beaucoup. Et quand vous avez des institutions ou des modes de gouvernement qui ne sont pas suffisamment efficaces, ça bloque un certain nombre de réformes qui sont pourtant indispensables pour le pays. Moi, ce qui me frappe, je vais vous dire, ça fait près de 20 ans que je suis engagé en politique et c'est aussi la force du témoignage que je veux apporter dans ce dernier livre, c'est que tout a changé en France. Tout a changé. Les bureaux ont changé, les entreprises ont changé, les modalités de travail ont changé pour les salariés, pour les cadres, pour les employés, pour tout le monde. Le seul endroit où rien n'a changé, c'est la politique.
Et ça, ce n'est plus possible. Et si je sors aussi fortement sur ce sujet dans un état à le soleil, en proposant des changements institutionnels, des changements de gouvernance, des gouvernements plus restreints, des députés moins nombreux, un contrôle du Parlement plus efficace, si je le dis avec autant de force, autant de détermination, c'est que je suis convaincu que ce n'est plus possible, que nos compatriotes ne vont pas accepter longtemps de changer, eux, dans leur vie quotidienne et dans leur travail, alors que les responsables politiques, eux, ne changent rien à leur fonctionnement ni à leurs institutions. Si nous voulons être plus efficaces, il faut être plus simples.
Si nous voulons être plus respectés, il faut davantage écouter les Français. Et si nous voulons aller plus vite dans nos décisions, il faut changer les processus institutionnels.
Changer les processus institutionnels, est-ce que cela nécessite de changer de République, comme certains disent qu'il faudrait passer à la VIe République, ou est-ce qu'au fond, ça peut se faire de manière plus légère ? Vous appartez en partie votre point de vue dans ce dernier ouvrage.
Non, moi, je pense que ça peut se faire dans le cadre de la Vème République. Ça demande beaucoup de détermination. Ça demande d'aller très vite. Mais je vais vous dire très franchement, on ne va pas perdre son temps pendant deux ans ou trois ans à porter une réforme constitutionnelle. Il y a trop de sujets à traiter qui vont de l'éducation à la sécurité des Français. Mais avec quelques décisions simples et rapides, on peut améliorer profondément le gouvernement de la France. Et je le redis parce que c'est un des messages forts que je porte dans ce livre.
Si nous voulons être à la hauteur des défis qui nous attendent, il faut que les responsables politiques et que le gouvernement de la France changent en profondeur.
Bruno Le Maire, il y a quelques semaines, à Glasgow, avait lieu la COP26. Dans les jours qui ont suivi, on a vu une aciérie qui avait la possibilité, dont les actionnaires souhaitaient qu'elle migre en Allemagne, où l'électricité coûtait moins cher, mais produite par du chabon. Est-ce qu'aujourd'hui, si on réduit en France les émissions de CO2 et qu'on est particulièrement vertueux, quel intérêt si en face, nos voisins ne jouent pas le jeu, y compris en Europe, et qu'on est pénalisé à la sortie ?
C'est une des grandes questions qui se posent, et parfaitement raison. Si on prend l'exemple de l'aciérie que vous avez cité, c'est l'aciérie Ascoval. Je me suis battu pour le maintien d'une aciérie ouverte, de l'ouverture de cette aciérie, depuis quatre ans. Pourquoi est-ce que je me suis battu ? D'abord, il y avait des salariés qui étaient très motivés, et ensuite, il y avait un four électrique, c'est-à-dire qu'on produit de l'acier avec moins de CO2 qu'un four classique. Tout ça a été très bien jusqu'au moment où le prix d'électricité a explosé.
Et là, le nouvel actionnaire, Zarchtal, explique aux ouvriers, écoutez, votre four électrique, il produit peu de CO2, c'est très sympathique pour l'environnement, mais c'est très coûteux, donc je vais délocaliser la production. J'ai dit, niette, il en est hors de question. C'est vrai que c'est plus cher, 150 euros la tonne, pour être tout à fait précis. Mais ce que vous dépensez en plus financièrement, vous l'économisez sur les émissions de CO2. Parce qu'un four classique, c'est deux tonnes de CO2 en plus par tonne d'acier produite. Donc ça n'est pas acceptable. Quelle est la conclusion de tout cela ?
Un, il faut harmoniser les règles en Europe, et que ce prix du carbone permette de valoriser des installations comme celle d'Ascoval qui émettent moins de CO2. C'est indispensable, c'est la bataille que nous menons avec le Président de la République. La deuxième bataille qui est indispensable, c'est soutenir financièrement les entreprises industrielles, notamment les aciéries, pour qu'elles décarbonent massivement leurs activités. Ça demande du soutien public. Nous en avons dégagé, là aussi avec le Président de la République, dans le cadre du plan d'investissement. Aider des aciéries qui polluent et qui émettent du CO2 à en émettre moins grâce à de l'argent public.
Enfin, la troisième bataille que nous allons livrer, qui est décisive, sera menée dans le cadre de la présidence française de l'Union Européenne. Nous voulons une taxe carbone aux frontières. À partir du moment où on dépense de l'argent pour réduire les émissions de CO2 en Europe, il faut que l'acier qui vient de frontières extérieures de l'Europe, des pays étrangers, ils payent au passage leurs émissions de carbone.
Vu que vous parlez justement de l'Europe, la présidence tournante de l'Union Européenne va revenir dans les prochaines semaines à la France. L'histoire se fait dans les crises, l'histoire européenne davantage encore que les autres. Vous pensez que l'Europe aujourd'hui est l'échelon indispensable, Bruno Le Maire, pour résoudre ce genre de problème ?
Bien sûr. Tout simplement parce que si vous vous amusez à fermer uniquement vos frontières françaises à l'acier chinois, vous n'aurez plus accès au marché chinois. Ce sera très mauvais pour toutes les entreprises françaises, les entreprises du luxe, la cosmétique, du vin, les entreprises financières. Toutes ces entreprises n'auront plus accès au marché chinois. Vous serez pénalisés. L'Union fait la force. Si ce sont les 27 États européens qui mettent en place une taxe carbone aux frontières, comme le marché européen a suffisamment de poids face au marché chinois, là vous pouvez le faire.
Je pense que c'est une illustration très concrète et très simple de ce que, une fois encore, l'Union fait la force. Ce qu'on peut faire à 27, on ne peut plus le faire tout seul.
Merci beaucoup Bruno Le Maire d'avoir été avec nous ce matin dans La Matine à l'ERCEF. Je rappelle le titre de votre dernier ouvrage, Un éternel soleil, c'est paru aux éditions Albain Michel. Bonne journée, à bientôt.
Merci beaucoup, bonne journée à vous. Sous-titrage Société Radio-Canada
Bruno Le Maire