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interviewFrance Culture — Le Temps du débat· 23 septembre 2024 39 min

Gouvernement Barnier, cohabitation ou colocation ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Il aura fallu deux semaines de tractations, de négociations pour parler silencieux et semi-public pour que Michel Barnier compose son gouvernement. Mais les équilibres de cette nouvelle équipe sont délicats, avec l'ex-majorité d'abord avec le rassemblement national, ensuite avec le président enfin qui avait réclamé un gouvernement d'union nationale. Alors dans quelle situation nous trouvons-nous, cohabitation ou colocation ? Pour nous aider à le comprendre, deux invités ce soir, Ivan Trippenbach, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes grand reporter au journal Le Monde et avec nous à distance, Laurence Morel, bonsoir.

0:37
Invité

Bonsoir.

0:37
Présentateur

Vous êtes professeure de sciences politiques à l'université de Lille, chercheuse au CERAPS et associée au CEVIPOF de Sciences Po. Merci beaucoup à tous les deux d'être présentes ce soir dans Questions du Soir.

0:48
Michel Barnier

Nous ne sommes pas en cohabitation parce que l'essentiel du socle parlementaire qui va accompagner le gouvernement est constitué de députés, de sénateurs qui ont pour beaucoup soutenu, accompagné le président de la République depuis sept ans. Et en même temps, il n'y a pas de majorité. C'est la première fois depuis 60 ans qu'il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale. Et ce que j'ai essayé de faire avec mes propres amis, la famille politique des Républicains que je veux remercier, c'est de constituer un socle qui soit le socle le plus important de l'Assemblée nationale. Et c'est le cas.

220, 230 députés, c'est plus que les autres coalitions ou socles qui existent, soit sur notre gauche, soit sur notre droite. Et en même temps, ce socle, il restera ouvert.

1:38
Présentateur

Le Premier ministre Michel Barnier, hier soir au journal de 20h sur France 2. Alors, il faut nous aider, Ivan Trippenbach, à dissiper le brouillard. Est-ce que l'on est oui ou non en cohabitation ?

1:49
Michel Barnier

Je ne sais pas si je vais vous aider à dissiper le brouillard parce que moi-même, j'ai l'impression d'être face à un ovni politique. Et d'ailleurs, Michel Barnier, ces deux dernières semaines, a plutôt avancé à tâtons. Avant même de parler de ligne politique face au président Macron, on peut parler de positionnement institutionnel. Et en cela, c'est assez étonnant parce que Michel Barnier, lorsqu'il est arrivé à Matignon, il a d'abord voulu se démarquer d'Emmanuel Macron en promettant des changements et des ruptures, ce qui pouvait être habile a priori. Sauf que ce positionnement-là était aussi périlleux puisqu'il tire sa légitimité de la nomination par le président de la République.

Après, vous l'avez dit, deux mois d'hésitation et voilà, cette nomination ne s'est pas imposée comme une évidence. D'autre part, sa légitimité adossée à sa famille politique qu'il a mentionnée hier au soir de nouveau au JT du 20h, les Républicains, elle aussi, elle est très fragile puisque les LR, on le rappelle, ont obtenu moins de 5% aux législatives dernières. Et puis, n'ont pas participé à ce front républicain choisi par les Français face à l'extrême droite. Et puis enfin, Michel Barnier n'a toujours pas de majorité parlementaire propre.

Et là, ce qui est très intéressant, c'est qu'il a commencé ses négociations pour composer son gouvernement dans une attitude plutôt en surplomb, assez au-dessus de la logique des partis. Il a été rattrapé, en fait, par les chefs de groupe et les chefs de parti. Il a réussi à fâcher Laurent Wauquiez et Gabriel Attal, qui sont les deux piliers de sa base parlementaire à l'Assemblée nationale, ce qui est assez amusant. Et en réalité, il a pu s'en sortir en réunissant les chefs de parti, les chefs de groupe, pour enfin composer son gouvernement.

Donc, ne serait-ce qu'en termes de positionnement institutionnel, on assiste à un Premier ministre qui a avancé à tâtons et qui, finalement, a choisi de se placer, non pas en cohabitation, dans ce qu'il dit en tout cas, mais dans la logique d'une continuité avec le macronisme dans laquelle il va imprimer sa marque, sans doute.

3:57
Présentateur

Laurence Morel, essayons de creuser avec vous cette question de la cohabitation. Au regard de l'histoire, d'abord, si c'était une cohabitation, elle n'aurait pas grand-chose à voir avec les précédentes qu'on a connues dans l'histoire de la Ve République ?

4:10
Invité

Non, parce qu'on a un Président de la République qui, effectivement, cette fois, n'a pas un Premier ministre qui n'est pas une émanation, disons, de sa majorité ou qui n'est pas quelqu'un qui lui est proche. Mais en même temps, c'est vrai que le Président de la République participe aussi au gouvernement par l'intermédiaire de son groupe parlementaire. Alors, donc, c'est plutôt, on est dans une situation de coalition dans laquelle le Président de la République par l'intermédiaire d'ensemble participe également.

Alors, ce qui est différent aussi, c'est qu'effectivement, le chef de la majorité présidentielle, entre guillemets, n'est plus non plus vraiment en phase avec le Président de la République, Gabriel Attal, pour ne pas le nommer. Donc là aussi, il y a une mini-cohabitation, on pourrait presque dire ça. Donc, c'est un Président qui est à la fois dedans et dehors, si on peut dire. Et puis, la grande différence, la différence aussi, c'est qu'évidemment, le gouvernement ne peut pas s'appuyer sur une majorité. Donc, c'est ça aussi une différence importante qui minimise en quelque sorte le clash ou la rivalité ou l'antagonisme entre le Président de la République et le gouvernement.

Parce que le gouvernement ne s'appuie pas sur une majorité.

5:48
Présentateur

Un autre moyen, Yvan Trippenbach, de tenter de comprendre s'il y a cohabitation ou non, c'est tenter de savoir s'il y a inflexion politique ou non. Depuis quelques mois, vous avez mis la lumière sur la continuité. Pourtant, votre journal, le journal Le Monde, parle, lui, d'un glissement à droite dans son éditorial du jour. C'est bien d'une inflexion politique dont il s'agit, là.

6:11
Michel Barnier

Oui, en fait, il y a deux aspects. Dans la composition du gouvernement qui a fait l'objet d'un bras de fer et de lutte d'influence interne ces dernières semaines, on peut parler de continuité et non pas de cohabitation nette parce que, enfin, plutôt d'une droitisation du macronisme. Parce qu'on a, par exemple, sept ministres sortants qui ont été reconduits, dont Rachida Dati, Sébastien Lecornu, par exemple, qui venaient initialement de la droite. On a sept députés du camp présidentiel qui ont été promus au gouvernement. Donc, les macronistes demeurent présents.

En revanche, effectivement, on parle de glissement vers la droite ou de droitisation du macronisme, droitisation franche, puisque, quand on dézoome un petit peu, en fait, ce gouvernement, c'est une sorte de patchwork de différentes nuances de droite. Et en cela, donc, au-delà de la composition du gouvernement, et là, j'en viens donc à la ligne et à l'inflexion dont vous parlez, ça donne quelques indices sur ce que va être la ligne Barnier. Et, bon, là, on résonne en faisceau d'indices dès lors qu'on ne connaît pas encore le discours de politique générale du Premier ministre. Mais ces indices vont plutôt dans le même sens, c'est-à-dire dans le sens de cette droitisation.

On le voit, par exemple, à travers sa tentative première de servir copieusement sa famille politique d'origine. Donc, les LR, qui a été amendé par la suite avec les réactions des différentes composantes de l'ex-majorité. On le voit aussi, bien sûr, à travers la coloration conservatrice catholique de la droite présente au gouvernement, à travers la figure de Bruno Retailleau, sénateur devenu ministre de l'Intérieur. Et puis, on le voit à travers les différents discours de passation de pouvoir qui ont lieu depuis hier. Et donc, Retailleau, par exemple, est tout à fait symbolique de cette droite franche et conservatrice à travers son discours sur l'ordre et contre l'immigration.

Il dit clairement « trop, c'est trop ».

8:13
Présentateur

Laurence Morel, pourquoi dites-vous, expliquez-vous même plutôt qu'il y a cohabitation entre le président de la République d'un côté et le chef de la majorité parlementaire de l'autre, entre Emmanuel Macron et Gabriel Attal, en somme ?

8:26
Invité

Parce que la relation n'est plus ce qu'elle n'était, pour des raisons que tout le monde sait. Gabriel Attal a très mal supporté la dissolution qu'il a expulsée de son poste et qui a interrompu, en fait, la politique qu'il était en train de mener. Mais au-delà de ce qui peut être, disons, de l'ordre des sentiments ou des rancœurs personnels, Gabriel Attal, maintenant, suit son propre chemin politique et il a donc besoin d'autonomie. Il est clair qu'il a voulu ce poste en connaissance de cause. Évidemment, il est en dehors du gouvernement, de même que Laurent Wauquiez est en dehors du gouvernement. Et ce gouvernement va donc avoir à se confronter avec ses deux chefs de groupe parlementaire.

Et donc, c'est plus du tout la même relation.

9:24
Présentateur

Mais moi, une opposition entre l'exécutif et le législatif, j'appelle ça une opposition. C'est le cœur de l'opposition même qui se trouve au Parlement. Et donc, on pourrait imaginer que Gabriel Attal fait partie même modérément aujourd'hui de l'opposition. Tandis qu'une cohabitation, pour moi, c'est l'opposition entre les deux têtes de l'exécutif. Alors, pourquoi utiliser ce terme-là de cohabitation ?

9:46
Invité

Oui, c'est vrai. Mais justement, moi, je pense qu'on est quand même dans une forme de cohabitation parce que le Premier ministre n'est pas du tout... Enfin, il y a une entente, c'est évident, entre Michel Barnier et Emmanuel Macron. Mais ce n'est pas son Premier ministre. Donc, je pense que de ce point de vue... Mais effectivement, c'est ce que j'essayais de vous dire. La vraie cohabitation, en fait, elle est plutôt entre le gouvernement et le Parlement, tout simplement parce qu'on a un gouvernement minoritaire qui, en plus, est une coalition.

Donc, il y a déjà toutes les problématiques de tension entre les deux partenaires de coalition auxquelles s'ajoute le fait que la coalition ne dispose pas de la majorité au Parlement. Donc, ça fait quelque chose de très compliqué et de... Enfin, en tout cas, complètement inédit en France.

10:38
Présentateur

Je voudrais vous faire entendre la voix d'Éric Ciotti. Il a démissionné ce week-end du parti LR Les Républicains et il nous livre son analyse de la séquence politique.

10:48
Locuteur non identifié

Je regarde simplement le casting. Son directeur de cabinet, qui était celui de M. Le Maire, Tout le pôle de Bercy, le ministre de l'économie, le ministre des comptes publics, celui de l'industrie, on peut y rajouter le pôle social aussi, le travail, tous des macronistes, tous ceux qui ont porté ce bilan économique. Quelle est la marge de manœuvre de Michel Barnier ? On n'est pas dans un gouvernement de cohabitation. On est dans un gouvernement choisi, décidé, par Emmanuel Macron, pour continuer la politique macroniste.

11:23
Présentateur

Éric Ciotti donc, qui était l'invité de RTL, la matinale d'RTL aujourd'hui même. Yvan Trippenbach, est-ce que vous êtes d'accord au fond, sur le fond même, en termes de politique publique ? On est prêt à assister à une grande, grande continuité, comme le laisse entendre Éric Ciotti ?

11:38
Michel Barnier

Alors pour le moment, c'est un peu l'inconnu à vrai dire, parce que oui, il y a une forme de continuité dans le choix, dans la distribution des places, on va dire. Par exemple, la Macronie garde la main, en quelque sorte, sur l'économie Bercy, comme le dit Éric Ciotti. Une partie du social, l'éducation nationale.

11:55
Présentateur

Sur l'économico-social, comme on dit parfois.

11:57
Michel Barnier

Voilà, ce qui correspond un petit peu, comme on le dit, à l'ADN du macronisme. Mais aussi sur les armées, par exemple, ou la diplomatie. Donc, ce n'est pas rien. En revanche, moi, j'attends de voir ce que va être la ligne Barnier, parce que il y a quand même quelques indices qui montrent que Matignon est bien décidé à gouverner. Un gouvernement, ça reste un collectif avec un chef. D'ailleurs, Bruno Retailleau le rappelle dans son interview au Figaro où il explique que, enfin, il rappelle que le Premier ministre détermine et conduit la politique de la nation. Donc, autrement dit, il dit que Michel Barnier aura à cœur d'imprimer sa ligne et de cheffer son collectif.

Et puis, les quelques indices que l'on a dans le choix des personnalités, le fait que, par exemple, beaucoup de ministres sont totalement inconnus du grand public, si ce n'est la majorité d'entre eux. Et à cela s'ajoute l'architecture où Matignon a décidé de se rattacher certains ministères comme le budget, par exemple, ou cette fantaisie qui est la coordination gouvernementale, c'est la première fois qu'on voit ça, rattachée à Matignon pour, voilà, asseoir l'autorité de Matignon sur les ministres, autorité que Michel Barnier a réaffirmée ce matin devant ses ministres en disant, voilà, soyez modeste, irréprochable, pas d'esbrouf.

Donc, dans la pratique, disons, du pouvoir, en quelques heures, déjà, on voit que Michel Barnier est quand même décidé à faire respecter son autorité sur les membres du gouvernement. On va voir si ça se traduit par une ligne franchement droitière comme on peut s'y attendre, mais pour le moment, ça reste assez flou.

13:41
Présentateur

Est-ce qu'on sait déjà ce que c'est Ivan Trippenbach, ce ministère de la coordination gouvernementale ? Moi, c'est pareil, dans mon esprit, je pensais que c'était le rôle, le travail de Matignon de coordonner l'action du gouvernement.

13:50
Michel Barnier

Vous avez complètement raison, c'est le rôle de Matignon de coordonner ce travail-là. ça reste flou. Même quand on interroge les principaux concernés, on a du mal à comprendre si c'est pour, justement, externaliser, disons, l'embarras dû à d'éventuels couacs qui pourraient émerger dans un gouvernement aussi hétéroclite en faisant peser la responsabilité de ces couacs sur ce ministère ou bien si c'est au contraire pour renforcer l'entourage de Michel Barnier et, justement, asseoir cette autorité dont je veux parler. Ça reste un petit peu flou pour le moment.

14:38
Présentateur

Laurence Morel, au regard de la photographie du Parlement, une photographie composite faite, grosso modo, de trois blocs, de trois tiers, est-ce que ce gouvernement vous semble être l'émanation de ce Parlement et du choix des Français les premiers et sept juillet derniers ?

14:56
Invité

Je dirais qu'il est, il est en tout cas le résultat d'une série de tentatives qui ont échoué auparavant et peut-être n'y avait-il plus grand choix dans la mesure où la gauche s'est absolument refusée à prolonger l'alliance électorale contre le Rassemblement national dans une alliance de gouvernement, ce qui a été, à mon avis, très net avec le refus de soutenir Bernard Cazeneuve, il n'y avait pas vraiment d'autres solutions. Donc, est-ce que ça reflète ce que les Français voulaient ?

Non, mais aucun, de toute façon, aucun, comme vous le dites vous-même, puisqu'on était en face de trois blocs largement minoritaires, même si, évidemment, certains avaient plus de sièges que d'autres, on ne peut pas, la volonté des Français était difficile à mettre en oeuvre, elle était à construire en quelque sorte.

15:44
Présentateur

Yvan Trippenbach, vous êtes d'accord avec cette idée que tout a été tenté et qu'au fond, le gouvernement Barnier, c'était le dernier choix possible. On a du mal à le croire quand même que tout a été tenté, notamment par l'exécutif.

15:55
Michel Barnier

Non, tout n'a pas été tenté parce que, justement, Emmanuel Macron n'a pas tenté de nommer un premier ministre ou une première ministre issue de la coalition des gauches. Institutionnellement, il était logique qu'il, par exemple, qu'il nomme Lucie Casté puisque c'est elle qui avait été désignée par cette coalition pour voir si celle-ci réussissait à rassembler une base parlementaire suffisamment large pour ne pas se faire censurer à l'Assemblée nationale puis éventuellement se tourner vers Michel Barnier.

Donc, bon, là, on peut rentrer dans des débats sur la responsabilité de la gauche qui a perdu la bataille politique post-législative face à la droite mais la nomination de Michel Barnier, oui, elle est arrivée, ce qui est vrai, c'est qu'elle est arrivée au terme de plusieurs semaines d'hésitation, de discussion, de réflexion mise en scène aussi par le président de la République mais il n'est pas certain que ce soit la dernière solution qui lui restait et ce qui est intéressant c'est qu'on voit une vraie évolution entre le moment où Michel Barnier est nommé où même le Rassemblement National lui laisse le bénéfice du doute on peut dire et maintenant où tout le monde semble braquer en fait et dans l'attente d'une éventuelle censure qui pourrait arriver plutôt que ce qu'on imaginait au départ.

17:18
Présentateur

Alors justement à ce sujet je voudrais vous faire entendre la voix d'un autre analyse de la séquence politique il s'appelle Jean-Philippe Tanguy il était ce matin l'invité de France Inter dans le 7h50

17:30
Locuteur non identifié

Effectivement c'est nous qui déciderons si oui ou non ce gouvernement a un avenir M. Barnier hier soir a étrangement choisi de prendre comme objectif de prendre le mur puisqu'il s'est mis dans la continuité de M. Macron il a dit on n'est pas en cohabitation l'essentiel de ma minorité dépend de ceux qui ont travaillé avec M. Macron les macronistes M. Attal M. Philippe M. Bérou et les républicains parce que la seule information qu'on a depuis deux semaines c'est que les républicains canal hypocrite Laurent Wauquiez Bruno Rotaillot étaient en fait dissolvables dans la macronie comme on l'avait annoncé

18:03
Présentateur

Laurence Morel est-ce que l'on vient d'entendre la voix du juge de paix dans le fond la voix du rassemblement national qui décide ou non du bon vouloir de l'avenir de ce gouvernement

18:13
Invité

écoutez oui effectivement c'est un fait que l'avenir du gouvernement est entre les mains du rassemblement national dire ça c'est pas s'en réjouir ou c'est pas le trouver acceptable absolument pas simplement moi je persiste à penser que la gauche une perche a été tendue à la gauche Lucie Castette elle avait absolument aucune chance de rassembler une majorité donc c'était à mon avis du temps perdu de la nommer et il y a eu une véritable tentative pour former avec Cazeneuve une majorité qui aurait même pu être une majorité justement puisque même ce passé de la France insoumise donc ça n'a pas ça n'a pas été fait la gauche aujourd'hui elle assure absolument de tout faire pour renverser le gouvernement donc forcément la balle est dans le camp du rassemblement national c'est pas dire ça c'est pas s'en satisfaire du tout mais c'est c'est un constat mais qui a été c'est quand même la conséquence de comportement de c'est pas seulement d'autres forces politiques je voudrais vous livrer

19:29
Présentateur

Ivan Trippenbach la réaction de Jordan Bardella lors de la nomination du gouvernement dimanche dernier il disait sur le réseau social X ce nouveau gouvernement signe le retour du macronisme par une porte dérobée ce que les français ont démocratiquement sanctionné à deux reprises ne peut revenir par de lamentables jeux d'appareils et calculs politiciens c'est donc un gouvernement qui n'a aucun avenir fin de citation et on sent que c'est ce discours là qui commence à monter côté rassemblement national depuis quelques jours depuis quelques heures dans le fond c'est une nouvelle forme de macronisme ce nouveau gouvernement c'est surtout l'idée que le rassemblement national ne parvient pas à attirer autant qu'il le souhaiterait autant qu'il le voudrait sur son espace politique ce gouvernement et Michel Barnier en l'occurrence

20:15
Michel Barnier

ce qu'on peut dire c'est que le rassemblement national jubile en ce moment il y a quelques jours je demandais à Jean-Philippe Tanguy justement s'il fallait interpréter cette déclaration de Jordan Bardella comme l'annonce d'une censure claire et nette et Jean-Philippe Tanguy m'envoie une image de vous savez ce dessin animé de Coyote et Bip Bip qui se poursuivaient dans notre enfance en disant tic tac tic tac personne ne nous poursuit et c'est exactement l'état d'esprit des cadres du rassemblement national en ce moment c'est à dire qu'ils ne répondent pas à la question de savoir s'ils vont voter réellement la censure et en même temps ils profitent pleinement d'être revenus au centre du jeu et d'avoir le destin du gouvernement Barnier entre leurs mains il faut quand même faire attention à cette lecture là parce qu'au moment où Michel Barnier prononcera son discours de politique générale le 1er octobre le rassemblement national lui va subir une épreuve importante un procès historique dans l'affaire des assistants parlementaires dans laquelle Marine Le Pen et une vingtaine d'autres membres du rassemblement national sont poursuivis pour détournement de fonds publics ou complicité de détournement donc c'est quand même important autrement dit Marine Le Pen aura une épée de Damoclès à elle qui est le risque d'une peine d'inéligibilité ce qui n'est pas rien et donc si le RN est fragilisé par cette chronique judiciaire qui va durer près de deux mois il ne va peut-être pas assumer d'être l'agent du chaos et de déclencher d'appuyer sur le bouton nucléaire de la censure qui va faire chuter le gouvernement Barnier voilà donc il y a un contexte particulier cet automne pour le parti d'extrême droite et dans sa stratégie de normalisation où il apparaît comme une sorte d'opposition constructive c'est une image qu'il veut se donner il y a aussi un retour de bâton possible c'est qu'on va peut-être être plus attentif à ses votes à ses positions aux options qu'il défend par exemple je pense simplement à sa proposition d'abrogation de la réforme des retraites est-ce que son allié Eric Ciotti va la voter ou encore son programme économique qu'il a sorti après les élections où la baisse de la TVA sur l'énergie a disparu alors que c'était la mesure phare du rassemblement national lors de ses différentes campagnes ces dernières années voilà donc le RN a beau jeu de dire qu'il va décider de tout ces prochaines semaines dans la configuration parlementaire c'est vrai dans le contexte politique qui est le sien en ce moment bon on peut prendre un petit peu de précaution avec ce discours là

23:04
Présentateur

Laurence Morel qu'est-ce que nous enseignent les cas étrangers en matière de gouvernabilité et de durée de ce type justement de régime et de gouvernement qui se fondent notamment sur des coalitions largement minoritaires est-ce qu'elles peuvent durer j'allais dire dans le cadre de la 5ème république

23:23
Invité

dans le cadre de la 5ème république je dirais moins qu'ailleurs mais déjà elles ont beaucoup de mal à durer dans les régimes parlementaires qui n'ont pas ce bicéphalisme d'exécutif ce sont les gouvernements les plus instables parce qu'ils cumulent à la fois les difficultés de la coalition et les difficultés du fait d'être minoritaire de ne pas avoir une majorité au parlement donc en général c'est des gouvernements qui ne durent pas il y a un pays qui est très intéressant parce qu'ils forment vraiment une exception c'est le Danemark en fait au Danemark depuis maintenant une trentaine d'années même un peu plus depuis le début des années 80 il y a eu beaucoup enfin presque je dirais même plus de la moitié du temps on a eu des coalitions minoritaires de droite en fait c'est la droite qui se met qui forme des coalitions minoritaires et les Danois ont réellement développé une pratique une sorte de capacité à faire durer ces gouvernements et d'ailleurs je crois qu'il n'y a qu'à regarder Borgen il faut regarder Borgen en boucle pour comprendre un peu ce que peut être une situation d'un gouvernement minoritaire et toutes les négociations que ça implique le problème en France c'est que au Danemark et dans un régime parlementaire normale entre guillemets il n'y a seulement enfin il n'y a qu'un chef de l'exécutif donc le premier ministre qui doit être évidemment un habile négociateur dans ce genre de situation mais en France c'est compliqué par la rivalité justement pour sa cohabitation ou non entre le président de la république et le premier ministre donc c'est vraiment très très très compliqué c'est difficile de penser que ça puisse vraiment marcher enfin ça peut marcher si disons que les principales forces d'opposition ne veulent pas retourner à des élections quoi enfin en tout cas bon à des élections parlementaires ce qui n'est pas impossible parce que je ne suis pas sûre que aussi bien Mélenchon que Marine Le Pen ait vraiment envie d'une élection parlementaire je pense qu'il voudrait une élection présidentielle donc c'est peut-être pas enfin à moins qu'il pense que en déstabilisant le gouvernement Emmanuel Macron démissionnera mais bon je ne pense pas qu'il pense ça enfin je ne sais pas ce qu'il pense mais à mon avis enfin en tout cas je pense que c'est douteux donc retourner à des élections parlementaires ce que d'ailleurs les députés n'ont pas du tout envie non plus les députés en général ils aiment bien rester un petit peu en place quoi donc la seule chose ce qui peut vraiment permettre à ce gouvernement d'avancer bon il sera brin que ballant quoi ce sera assez simplement le manque d'enthousiasme vis-à-vis d'élections anticipées bon qui sont évidemment impossibles de toute façon la première année mais même après de toute façon on ne sera plus très loin de l'élection présidentielle après

26:15
Présentateur

alors justement je vous cite Marine Le Pen qui s'est exprimé devant ses troupes comme le veut la formule elle dit ce gouvernement transitoire est la conséquence du bourbier créé par des alliances contre nature nouées lors des élections législatives la grande alternance que nous appelons de nos vœux nous allons continuer à la préparer pour permettre à la France de se relever et elle elle espère de nouvelles élections législatives dans les mois à venir et c'est vrai que la question que tout le monde se pose Yvan Trippenbach c'est est-ce que ce gouvernement au-delà même de vivre peut encore survivre

26:46
Michel Barnier

il va tenter de survivre en échappant à la censure il faudrait que pour cela que la gauche assume de voter avec l'extrême droite une motion de censure ce qui n'est pas dit du tout il faudrait également que le gouvernement Barnier échoue sur l'épreuve du budget enfin l'examen du projet de loi de finances du projet de loi de finances qui s'annonce extrêmement sensible et politiquement très explosif en fait étant donné toutes les économies de 10 à 20 milliards par an qui sont attendues donc donc voilà la menace de la censure elle est réelle ce qui va être intéressant à observer pour nous c'est dans quelle mesure le Rassemblement National sans appuyer sur le fameux bouton va être capable d'amener le gouvernement Barnier sur ses positions et d'obtenir le plus de concessions possibles ne serait-ce que dans le discours Marine Le Pen parle beaucoup de victoire symbolique comme elle l'a fait pour la loi immigration d'Emmanuel Macron qui a créé une crise dans la majorité l'année dernière elle va adopter la même stratégie c'est explicite chez les membres du ARN donc au-delà de la survie de Michel Barnier le simple fait que ce soit précaire pour lui et qu'il ait cette épée de Damoclès au-dessus de la tête ça va forcément avoir des conséquences politiques au moins sur la ligne et les choix de politique publique qui vont être faits

28:12
Présentateur

à nouveau je voudrais vous faire entendre la voix de Michel Barnier qui lui croit dans son gouvernement et il croit notamment à la culture du compromis qu'il est temps d'adopter selon lui en France

28:22
Michel Barnier

le choix c'était de dégager l'action des deux ans qui viennent le plus possible de ce qui va se passer après avec les élections présidentielles voilà c'est ça le choix et on va faire des compromis cette culture du compromis que je connais assez bien c'est comme ça qu'on négocie à Bruxelles ou à Strasbourg il n'y a pas de majorité au Parlement européen il faut la prendre cette culture du compromis c'est pas la compromission c'est la culture du compromis avec des gens qui ne viennent pas du même endroit qui ne vont pas forcément au même endroit mais qui pendant un certain temps font ensemble un compromis pour le progrès du pays pour servir les gens

28:54
Présentateur

un nouvel extrait de Michel Barnier qui a été l'invité du journal de 20h de France 2 hier Ivan Trippenbal qu'est-ce que cette culture du compromis on a du mal quand même à l'imaginer possible entre ce grand écart qui est le RN d'un côté qui met la pression sur le gouvernement et de l'autre côté l'ex-majorité présidentielle Renaissance qui met à peu près la même pression pour faire entendre sa voix

29:17
Michel Barnier

il faudra au gouvernement Barnier réaliser des acrobaties pour le faire d'autant que ces dernières semaines on a vu que la culture du compromis était difficile à appliquer à l'égard de ses propres alliés voire de sa propre famille politique puisque avec Laurent Wauquiez la négociation pour les postes au gouvernement a été très musclée donc la culture du compromis c'est une expression qu'on entend beaucoup depuis les législatives 2022 on l'entendait beaucoup dans la bouche d'Elisabeth Borne qui avait pour mission d'élargir la majorité relative et de faire voter des textes des réformes texte par texte c'est-à-dire de trouver tantôt des voix un peu à droite tantôt des voix un peu à gauche étant donné aujourd'hui la tripartition à l'Assemblée nationale et disons le fait que les blocs se figent les uns et les autres avec les deux oppositions disons extrêmes face à cette coalition qui est bel et bien scellée entre la droite et le camp présidentiel ça paraît effectivement compliqué de sortir des postures qui vont être exprimées on s'y attend à l'Assemblée ces prochains mois

30:30
Présentateur

Laurence Morel est-ce qu'en tant que chercheuse cette expression-là la culture du compromis c'est une expression qui a du sens pour vous selon vous on a l'impression que les Français sont incapables de s'acculturer aux compromis que partout d'ailleurs en Europe les gens seraient capables de faire des compromis de dresser des coalitions mais que nous intérieurement physiquement même presque on n'y arriverait pas est-ce que ça a du sens pour vous ?

30:54
Invité

Oui c'est vrai il ne faut pas non plus exagérer idéaliser cette sorte de concorde qu'il y aurait ailleurs et qu'il n'y aurait pas en France mais c'est vrai quand même qu'en France on s'enorgueille même un petit peu de ne pas faire de compromis et il y a une sorte de mauvaise presse pour cette attitude disons dans la politique mais c'est vrai qu'il n'y a aucun doute que tous ces pays d'Europe dans lesquels il y a la proportionnelle il faut bien voir que ça part quand même c'est quand même largement déterminé par la loi électorale sont habitués à des discussions à la construction de coalitions sur la base de programmes j'entends Michel Barnier dire justement lui louer le compromis mais pourquoi n'a-t-il pas alors comme dans les autres pays européens justement commencé par faire un pacte de coalition apparemment les négociations pour la formation du gouvernement ont été seulement des questions d'équilibre de distribution de ministères mais pas du tout ils n'ont pas parlé de programme enfin ils en parlent sans doute un peu mais il n'y a pas un pacte alors qu'officiel un programme de gouvernement qui fait d'ailleurs que dans les autres pays d'Europe justement quand il y a des coalitions ça prend souvent beaucoup plus de temps à partir du moment où un premier enfin en fait c'est pas un premier ministre qui est nommé mais c'est quelqu'un qui est chargé de voir s'il peut par le chef de l'état s'il peut rassembler une majorité et bien ça prend du temps aussi parce qu'il faut faire justement des compromis déjà à ce niveau là pratiquement quand le gouvernement est formé tout est fait il n'y a plus qu'à mais est-ce que ce pacte

32:37
Présentateur

est-ce que ce pacte il ne sera pas passé au moment de la préparation de l'écriture du discours de politique générale on imagine qu'à ce moment là chaque mot chaque paragraphe sera négocié pied à pied par les blocs politiques

32:51
Invité

mais qui va le faire cette déclaration politique générale est-ce qu'elle va je doute qu'elle soit écrite à plusieurs mains qu'elle implique les différents ministres c'est pas en tout cas c'est pas la manière dont normalement les choses se passent dans ces pays qui forment justement

33:13
Présentateur

c'est pas la bonne manière et sans doute pas le bon ordre et la gauche dans tout ça Yvonne Trippenbach est-ce qu'elle est totalement hors jeu ou est-ce qu'elle peut assumer pleinement et avec efficacité un rôle d'opposante

33:27
Michel Barnier

alors là elle est hors jeu hors du jeu gouvernemental et d'ailleurs c'est aussi un échec de Michel Barnier effectivement s'il avait proposé un pacte de coalition ou s'il avait donné quelques clés sur la politique qu'il comptait mener peut-être que ça aurait rassuré des personnalités de gauche qui ont été approchées parce que toutes les figures de la gauche qui se sont vues proposer un ministère ont refusé alors même que Michel Barnier avait pour mission de composer un gouvernement qui se rapprocherait de l'Union Nationale incluant des personnalités de la gauche donc le fait que la gauche

34:05
Présentateur

à l'exception bien sûr mais vous l'avez dit de Didier Migaud qui a été député socialiste de 1988 à 2010

34:11
Michel Barnier

qui est présenté comme la personnalité de gauche ayant rejoint le gouvernement ancien député socialiste il y a 14 ans ça reste relativement limité et timide par rapport à ce qui avait été présenté au départ donc la gauche oui est en dehors du jeu de l'exécutif on va voir quel jeu elle va jouer au Parlement mais ça semble on s'achemine vers une opposition frontale dès lors qu'Olivier Faure a parlé d'ores et déjà de censure François Hollande également donc voilà ça reste on poursuit la posture d'opposition au gouvernement actuel qu'on observe depuis les législatives avec un danger qui est celui-là si le gouvernement Barnier perdure et si même au-delà même du gouvernement la fusion entre le bloc central et la droite voilà prospère il va y avoir des conséquences électorales à long terme avec les élections prochaines par exemple au municipal on peut s'attendre à des alliances de second tour voire même de premier tour entre la droite et l'actuel bloc central ce qui pourrait conduire à un raz-de-marée conservateur et à l'installation très durable d'une droite conservatrice et d'un centre droit allié à cette droite-là dans le paysage politique français donc dans ce cas-là la gauche serait durablement écartée du pouvoir mais aussi du pouvoir local et aurait toutes les peines à devenir majoritaire dans le pays et voilà à revenir aux responsabilités

35:52
Présentateur

Laurence Morel je vous pose une question similaire peut-être un peu plus d'ailleurs à la lumière des exemples étrangers c'est quoi une opposition constructive efficace si je puis dire dans des régimes parlementaires européens

36:07
Invité

c'est une c'est une en réalité il ne faut pas croire que ça existe en dehors les partis qui en général sont exclus des coalitions ne sont pas particulièrement coopératifs ça c'est prenez par exemple l'exemple de l'Italie en ce moment on ne peut pas dire que la gauche le parti démocrate fasse une opposition une opposition constructive je pense que c'est c'est pas réellement la posture privilégiée moi ce que je peut-être ce que je voudrais dire ce que j'ajouterais c'est que à mon avis ce qu'on peut se demander quand même à la fin de cette séquence entamée depuis début juillet c'est pourquoi en fait l'alliance républicaine contre le rassemblement national a fonctionné pour les élections mais pas pour gouverner et c'est c'est cela à mon avis qui est qui est la clé pour comprendre ce qui s'est passé depuis

37:07
Présentateur

alors quelles réponses vous donnez

37:08
Invité

la réponse que je donne c'est que finalement la gauche peut-être ne veut pas que le rassemblement national arrive au pouvoir mais elle lui permet finalement d'exercer une influence puisque de fait maintenant il va en avoir une et sur le gouvernement qu'il n'aurait pas si elle avait accepté d'élargir justement de faire pas seulement une opposition constructive mais une forme de collaboration avec le bloc central donc je trouve que c'est un peu ça la contradiction on s'allie avec le bloc central contre le rassemblement national mais après on ne veut plus parler avec lui donc finalement on fait re-rentrer enfin évidemment c'est pas comme si le rassemblement national avait eu la majorité et gouvernait mais de fait le rassemblement national maintenant est en position d'arbitre du fait de l'incapacité de deux forces qui se sont unies dans les élections à avoir une entente un peu plus constructive

38:09
Présentateur

merci beaucoup à toutes les deux d'être venus mettre la lumière sur cette situation complexe pour le gouvernement on l'a bien compris Ivan Trippenbach vous êtes grand reporter au journal Le Monde Laurence Morel professeure de science politique à l'université de Lille chercheuse au CERAPS et associée au Cevipof de Sciences Po dans un instant restez à l'écoute car après le journal un grand entretien avec le prospectiviste et essayiste américain Jérémy Rifkin on a un eu

38:38
Locuteur

merci beaucoup m m