État palestinien reconnu par la France : « une vision ancienne du monde qui pense rétablir l’état palestinien avec une simple déclaration »
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Quel risque prend Emmanuel Macron avec cette reconnaissance de l'État de Palestine ?
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Emmanuel Macron vous paraît très seul ce matin ?
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Comment ça va se manifester par la suite, ces relations entre la France et Israël ?
- 6:29OuverteRéponse directe
Est-ce que cet interlocuteur est crédible ? Est-ce que c'est finalement le seul à qui Emmanuel Macron peut adresser des messages aujourd'hui ?
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Comment vont-ils réagir après cette prise de décision d'Emmanuel Macron ?
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Ça va abîmer la relation aussi entre la France et les États-Unis ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On est véritablement aujourd'hui dans un coup de poker en réalité avec Emmanuel Macron »
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« Avec un droit de veto américain au Conseil de sécurité, même si les États-Unis contestent et critiquent vivement à la fois les Nations Unies, à la fois des déclarations unilatérales, ils restent quand même maîtres du jeu »
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« C'est extrêmement dangereux de jouer avec le feu éternel de ces importations de conflits »
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« On est face à deux camps totalement polarisés »
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« On ne peut plus à la fois condamner la politique du gouvernement israélien sans qu'il y ait mise en danger de la communauté juive en France »
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« Benjamin Netanyahou a des relations détestables avec beaucoup de pays et de personnes à part avec Donald Trump »
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« Mahmoud Abbas et l'autorité ont signé ces accords de coopération sécuritaire avec Israël depuis des années »
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Bonjour Sébastien Boussois, vous êtes chercheur en sciences politiques, spécialiste du Moyen-Orient, directeur de l'Institut géopolitique européen à Bruxelles. Merci d'être avec nous ce matin sur Radio Classique. D'abord une réaction à l'éditorial d'Arthur Berda à l'instant. La France prend le risque de perdre sur tous les tableaux, dit-il. Quel risque prend Emmanuel Macron selon vous avec cette reconnaissance de l'État de Palestine ?
Oui évidemment ce point de vue était plus qu'intéressant parce que beaucoup saluent la décision d'Emmanuel Macron après moult tergiversations, un coup dans un sens, un coup dans l'autre, puis un report et paf au milieu de l'été, une décision finale à Trump de reconnaître la Palestine. On est véritablement aujourd'hui dans un coup de poker en réalité avec Emmanuel Macron parce que si beaucoup pensent que c'est une décision courageuse, louable, salutaire, je pense que c'est aussi le reflet d'une certaine perception du monde qui à mon avis aujourd'hui est complètement dépassée.
C'est-à-dire que si l'objectif est de reconnaître unilatéralement mais quelque part d'entrer dans le jeu du système international et des Nations Unies qui sont aujourd'hui plus marginalisées que jamais, je pense qu'Emmanuel Macron reflète quelque part cet ancien monde qui pense encore qu'on pourra parvenir à un État palestinien avec des déclarations comme ça à gauche à droite. Or aujourd'hui, Donald Trump et Israël mènent quelque part la danse qui peut être plus que tout à fait critiquable dans la situation et dans le cas de l'espèce actuelle.
Mais ce qui est évident, c'est que de toute façon, avec un droit de veto américain au Conseil de sécurité, même si les États-Unis contestent et critiquent vivement à la fois les Nations Unies, à la fois des déclarations unilatérales, ils restent quand même maîtres du jeu. Je pense qu'en fait, l'impact de la France est très très réduit. Par contre, les conséquences sur le paysage politique interne mais également social, à mon avis, sont pour l'instant à ce stade très sous-estimés.
Donc si je vous entends bien, Emmanuel Macron, vous paraît très seul ce matin ?
Seul face à lui-même, seul dans le paysage politique français. Votre éditorialiste a très justement mentionné l'objectif d'Emmanuel Macron et probablement que c'est une projection au-delà de la fin de son second mandat et de jouer un rôle à l'international. Donc évidemment, il pose ses billes au fur et à mesure et il essaye de peser. Mais quelque part, la France, on sait aujourd'hui que si elle cherche encore à incarner ce rôle qu'elle a joué dans la diplomatie internationale, effectivement, ce rôle de proximité avec les pays arabes, il lui est aujourd'hui de plus en plus difficile de peser.
Alors ce qui est clair, c'est que la déclaration surprise hier, évidemment, a fait couler beaucoup d'encre de Washington à Tel Aviv en passant par un certain nombre de pays européens, pardon, et y compris du côté du Hamas, comme ça a été souligné. Mais après l'impact concret, je pense que c'est extrêmement dangereux de jouer avec le feu éternel de ces importations de conflits. ... sur le sol, en plus qu'on sait à l'heure actuelle qu'il n'y a strictement aucune possibilité, malheureusement, de créer un État palestinien parce qu'on est face à deux camps totalement polarisés.
Du côté du camp palestinien, parce qu'on est dans une islamisation de la question palestinienne avec un difficile retour en arrière, et du côté israélien, on voit aujourd'hui que la Knesset pousse le gouvernement israélien à annexer clairement la Cisjordanie. Les colons de Cisjordanie sont totalement décomplexés depuis des mois et des mois, se servant de la politique de Benjamin Netanyahou sans compromis, sinon ils sautent, pour à la fois mener des ratonnades contre les Palestiniens en Cisjordanie et rendre totalement impossible un éventuel retrait demain ou après-demain.
C'est en ça que je pense que nous vivons aujourd'hui, et nous nous berçons d'illusions sur cette question de l'État palestinien, et qu'à ce stade, pour moi, la question est malheureusement sans issue.
– Alors on va prendre point par point justement ces réactions, vous en parliez. Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, estime que cette décision encourage le terrorisme, Emmanuel Macron récompense la terreur, dit-il. Comment ça va se manifester par la suite, justement, ces relations entre la France et Israël ?
– On voit depuis quelques mois qu'il y a certes effectivement une politique de la part de Benjamin Netanyahou dans cette guerre sans fin dont on peine à voir l'issue, si ce n'est le maintien de Benjamin Netanyahou au pouvoir. On voit à quel point on est dans l'impasse dans cette guerre, et on est dans une situation aujourd'hui qui est tragique, clairement, à Gaza.
Ça a des conséquences aujourd'hui majeures, avec des simplifications outrancières, de l'incitation à la haine et clairement une remontée de l'antisémitisme dans les pays européens, dont la France, où on voit aujourd'hui à quel point on ne peut plus à la fois condamner la politique du gouvernement israélien sans qu'il y ait mise en danger de la communauté juive en France. C'est assez effrayant de voir à quel point d'ailleurs les défenseurs de la cause palestinienne aujourd'hui, incarnés essentiellement par les classiques de la France insoumise, aujourd'hui mélangent tout et quelque part jouent un rôle extrêmement important dans la mise en danger de la dite unité nationale.
Je pense qu'on devrait se garder de ce type de position parce qu'elles ont à mon avis plus de conséquences en interne qu'à l'externe. Alors évidemment, les relations de Benjamin Netanyahou avec Emmanuel Macron ne vont pas s'améliorer. D'ailleurs, aujourd'hui, Benjamin Netanyahou a des relations détestables avec beaucoup de pays et de personnes à part avec Donald Trump. Mais toute la question, évidemment, dans les mois à venir, tiendra autour du maintien ou pas de Benjamin Netanyahou. Il a quand même deux partis qui ont quitté sa coalition.
Il n'est pas éternel et on ne sait pas quelle alternative pourrait émerger du côté israélien pour essayer de revenir vers une forme de modération qui puisse enclencher globalement un retour au calme, si je puis dire, ou à cette fameuse Arlésienne qu'on a longtemps appelée le processus de paix.
Côté palestinien, Emmanuel Macron parle d'une contribution décisive à la paix au Proche-Orient dans une lettre adressée au président de l'autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Est-ce que cet interlocuteur est crédible ? Est-ce que c'est finalement le seul à qui Emmanuel Macron peut adresser des messages aujourd'hui ? Qui incarne politiquement la politique ?
Oui, il est le représentant officiel des Palestiniens, même si ça fait des années qu'on attend la convocation de nouvelles élections de l'autorité palestinienne, qui peut-être aurait pu permettre de voir émerger de nouvelles figures, plus dynamiques, peut-être plus enclines à essayer de canaliser... ...de proposer une alternative politique claire. On voit bien aujourd'hui que les deux camps sont irréconciliables. Le Hamas, qui probablement cherche à jouer un rôle encore extrêmement important dans la vie politique palestinienne, puisqu'il a salué hier la décision d'Emmanuel Macron, mais on n'est pas du tout dans une destruction du Hamas telle que l'avait souhaité Benjamin Netanyahou.
Et dans le même temps, si Emmanuel Macron s'adresse à Mahmoud Abbas, c'est certes parce qu'il est le président de l'autorité palestinienne, mais tout est très compliqué à Ramallah depuis des années. Il n'y a pas eu de convocation d'élections, comme je le disais. Il y a une difficulté de Mahmoud Abbas à exister sur la scène internationale, de par son âge, de par son inaction, de par quelque part l'érosion du pouvoir, et puis aussi parce que Mahmoud Abbas et l'autorité ont signé ces accords de coopération sécuritaire avec Israël depuis des années, qui l'ont mis dans une posture extrêmement complexe.
Beaucoup considèrent, dans les camps les plus radicaux du côté palestinien, que Mahmoud Abbas et le FATA sont des collabos dans cette situation avec Israël. Il y a une véritable faiblesse du leadership palestinien modéré, et il y a probablement une forme de séduction, hélas, tragique, chez un certain nombre de jeunes palestiniens, dans les actions horribles et effrayantes du Hamas depuis le 7 octobre, mais même avant et puis ensuite encore après, dans la capacité dont le Hamas a voulu faire croire à tout le monde qu'il est...
Sébastien Boussois, en direct de Bruxelles, que nous avons perdu. Nous évoquions donc justement les réactions côté israélien, côté palestinien, et effectivement l'absence pour l'instant d'interlocuteur après l'initiative du chef de l'État. On va essayer de récupérer la liaison avec Sébastien Boussois, des questions également qui se posent sur les États-Unis, qui ont également violemment condamné cette reconnaissance de la Palestine par la France, qui parle de camouflet pour les victimes du 7 octobre. C'est par la voix du secrétaire d'État américain Marco Rubio. Une décision imprudente, précise-t-il, et qui va évidemment reposer toutes les questions sur l'implication de ces pays du G7.
J'imagine Sébastien Boussois, puisqu'on vous a retrouvé, les pays du G7 aussi. Comment vont-ils réagir après cette prise de décision d'Emmanuel Macron ?
En réalité, ce qu'espère Emmanuel Macron, puisqu'il est à la tête du pays européen le plus important, par la dissuasion nucléaire, par effectivement son appartenance au G7, mais également au Conseil de sécurité des Nations Unies, il espère bien évidemment faire des émules, que ce soit du côté de l'Allemagne, ou que ce soit du côté notamment de la Grande-Bretagne. Je ne sais pas si les pays du G7 et les pays européens en général pourraient suivre, parce que les intérêts sont différents.
C'est compliqué évidemment pour l'Allemagne de reconnaître l'État palestinien de manière unilatérale, mais il y a évidemment du côté des pays du sud de l'Europe une forte détermination, comme ce fut le cas avec l'Espagne et d'autres, de vouloir défendre cette question. Il n'y aura pas d'unité, pas plus au sein évidemment du Conseil de sécurité que du G7 ou que de l'Union européenne, et je pense qu'en réalité d'ici 15 jours, on n'en parlera pas.
Évidemment on en reparlera au moment de l'Assemblée générale des Nations Unies, puisque c'est là en septembre qu'Emmanuel Macron fera sa déclaration, mais je doute honnêtement qu'il y ait un impact ou qu'il y ait un effet d'entraînement plus important, et même s'il y en avait un, honnêtement je crois que tout cela n'aura que peu d'effet sur la situation, malheureusement sur le terrain.
Ça va abîmer la relation aussi entre la France et les Etats-Unis, Sébastien Boussoir ?
Écoutez, on ne peut pas dire qu'elle soit extraordinaire. Elle n'est pas au beau fixe. Elle n'est pas au beau fixe, et de manière globale avec l'Europe, Donald Trump a une dent clairement contre les Européens, contre la législation, contre ce côté donneur de leçons, il considérera encore que le président français s'agite et essaye de peser au-delà de ce que la France pèse réellement à l'international. Donald Trump avait déjà été très énervé par le soutien sans faille d'Emmanuel Macron à Volodymyr Zelensky.
Je crois qu'aujourd'hui, effectivement, Emmanuel Macron représente ce chef au sein du village d'irréductible européen qui essaye de résister à ce nouvel ordre international que veut imposer Donald Trump, c'est-à-dire largement, totalement dominé par les États-Unis, contre les BRICS, mais également contre ses propres alliés que sont l'Europe. La relation n'est pas bonne. Donald Trump n'aime pas beaucoup Emmanuel Macron. Je pense qu'évidemment, ça c'est probablement le premier clou du cercueil des relations actuelles qui sont déjà dans une situation tout à fait catastrophique.
Cette reconnaissance de l'État palestinien, elle va prendre corps finalement au mois de septembre devant l'Assemblée Générale des Nations Unies. Et justement, je voulais vous poser cette question, Sébastien Boussois. Quel discours, quel président se retrouvera à la tribune de cette Assemblée Générale au mois de septembre ? Quel visage aura-t-il ?
Vous parlez d'Emmanuel Macron ?
D'Emmanuel Macron, évidemment.
Oui, il aura probablement le visage de ce président dont beaucoup savent à l'international qu'il est extrêmement affaibli sur la scène politique interne, qu'il ne pèse en réalité plus grand-chose, que beaucoup évidemment sont déjà, on en parle suffisamment, en train d'aiguiser leur couteau pour l'après 2027. Donc je pense que son objectif, évidemment, contrairement d'ailleurs à d'autres dirigeants européens ou autres qui ont souvent raté leur départ, 2027 va vite arriver. C'est dans moins de deux ans.
C'est une occasion, à mon avis, très personnelle, très égocentrique aussi quelque part, de peser, de jouer un rôle et de se positionner au fur et à mesure pour essayer de décrocher un rôle stratégique à l'international après 2027 sur des dossiers qui sont des dossiers éternels, qui sont des dossiers que personne n'a jamais réussi à résoudre et dont je pense qu'Emmanuel Macron ne sera pas plus à même de pouvoir le faire. La question russo-ukrainienne est en suspens. De nombreux conflits restent en suspens. De nouveaux conflits surgissent. Certains conflits sont oubliés.
Il y a énormément de travail sur la scène internationale à faire mais on a l'impression que ce soit le système international ancien ou la stratégie de Donald Trump de produire des cessez-le-feu qui durent ce qu'il dure sera extrêmement compliqué. Mais c'est probablement tout ce qui reste à Emmanuel Macron, la possibilité de s'exporter et d'exporter une méthode, je ne sais pas laquelle, en tout cas une diplomatie à la française avec de plus en plus de difficultés aujourd'hui à peser.
Sébastien Boussois, spécialiste du Moyen-Orient, directeur de l'Institut Géopolitique Européen. Merci d'avoir répondu à nos questions depuis Bruxelles ce matin sur Radio Classique. 8h30, conséquences internationales, conséquences nationales, politiques aussi, on le disait, après cette future reconnaissance d'un État palestinien. On va en parler dans un instant avec nos deux esprits libres. Le directeur adjoint de la rédaction de l'Express, Sébastien Le Folle et Samuel Fitoussi, chroniqueur au journal Le Figaro. Ce sera juste après la revue de presse.