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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 17 octobre 2019 26 min

François-Xavier Bellamy : "La Turquie ne peut plus être notre alliée militaire"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Alexandra Bensaïde, nous recevons ce matin dans le grand entretien de la matinale un eurodéputé PPE, il fut tête de liste Les Républicains aux dernières élections européennes. Question, réaction au 0145 24 7000 sur les réseaux sociaux et via l'application mobile d'Inter. François-Xavier Bellamy, bonjour. Bonjour. Et merci d'être à ce micro ce matin. Merci de votre invitation. Je vous en prie, beaucoup de sujets à aborder avec vous. On va parler du Brexit, évidemment, un accord serait imminent. On va parler de la future Commission européenne.

Mais commençons par l'offensive turque en Syrie qui se poursuit et se poursuivra, dit le président turc Erdogan en substance, jusqu'à ce que les objectifs de son pays soient atteints. Face à cette offensive, François-Xavier Bellamy, l'Union européenne est une spectatrice impuissante. Elle n'a pas de prise sur ce qui est en train de se passer. Est-ce que vous pensez, comme Jean-Louis Bourlange, qui était notre invité il y a quelques jours, que l'Europe est en train de sortir de l'histoire ? Ou est-ce que vous pensez, au contraire, qu'elle est à sa place ?

1:02
Invité

Non, je crois que Jean-Louis Bourlange pose le diagnostic juste sur ce qui est en train de se produire. Et effectivement, pour moi qui suis un nouveau parlementaire, c'est frappant de constater l'impuissance dans laquelle nous sommes aujourd'hui. Impuissance parce que, nous le savons bien, nous n'avons pas su nous donner les moyens de peser sur la situation. Or, l'Europe doit pouvoir constituer un lieu pour équilibrer les relations entre les grands blocs du monde. Et aujourd'hui, nous en sommes incapables. Parce que nous n'avons pas su construire une véritable autonomie stratégique, par exemple, sur les questions de défense. Et c'est un sujet majeur des années qui viendront.

J'aurai l'occasion d'y travailler comme rapporteur sur le sujet du Fonds européen de défense, qui est une avancée importante. Et puis parce que nous sommes impuissants sur les questions de migratoires. Or, il faut savoir qu'aujourd'hui, si les chefs d'État européens se montrent si discrets, c'est parce que Erdogan fait peser sur nous une forme de pression avec l'idée que si nous nous montrions défavorables à ses intérêts, il pourrait laisser passer sur le continent européen des millions de personnes qui sont aujourd'hui en Turquie.

Et je crois qu'il y a, dans cette impuissance de l'Europe, la cause de notre incapacité à agir sur des sujets comme cela est la cause de notre incapacité coupable à venir au secours des Kurdes, mais aussi à venir apporter un peu de stabilité au Moyen-Orient lorsqu'on voit bien que la politique erratique des États-Unis n'est plus capable de l'assumer.

2:22
François-Xavier Bellamy

Donc ce que vous dites, c'est que l'Europe s'est liée les pieds et les mains en confiant à Erdogan, finalement, la gestion des réfugiés, faute de pouvoir le faire elle-même. Que faudrait-il faire ?

2:32
Invité

Il faudrait avoir la capacité de maîtriser nous-mêmes notre politique migratoire. Nous l'avons dit pendant toute la campagne, nous le redisons ici. Je crois que c'est un sujet majeur. Maîtriser ses frontières, ça ne veut pas dire fermer totalement ses frontières. Ça veut dire être capable de déterminer qui entre et qui sort de son territoire. Aujourd'hui, nous ne sommes plus capables de le faire. Nous avons délégué cette mission, en quelque sorte, par exemple, à M. Erdogan en Turquie. Et il est très clair que, du coup, nous sommes complètement dépendants de lui.

Lorsqu'on n'a pas la puissance nécessaire pour prendre soi-même des décisions, on est condamné à subir les errements et les décisions des intérêts autres que les nôtres.

3:07
Présentateur

Est-ce qu'il faut des sanctions européennes contre la Turquie ?

3:11
Invité

Il faut bien sûr des sanctions européennes contre la Turquie. Je pense d'abord qu'il faut diminuer de façon drastique, peut-être supprimer les fonds qui sont versés aujourd'hui par l'Union européenne à la Turquie. Parce que dans ce cadre d'accords migratoires, l'Union européenne accorde des fonds à la Turquie. Depuis longtemps, les députés de notre famille politique disent qu'il est absolument inadmissible que nous continuions de verser des fonds sous un label qui est des fonds de préadhésion, comme si la Turquie allait rentrer dans l'Europe. Ces fonds existent encore aujourd'hui.

La semaine prochaine, à Strasbourg, nous aurons l'occasion de dire que nous sommes contre le versement de ces fonds de préadhésion. Nous devons continuer de garder avec la Turquie des relations. Bien sûr, c'est nécessaire, notamment pour faire en sorte d'éviter une forme d'instabilité migratoire qui serait catastrophique, d'abord pour les personnes concernées, les premières personnes concernées. Mais nous devons absolument mettre fin à ces fonds de préadhésion qui sont évidemment scandaleuses, notamment dans le contexte que nous connaissons aujourd'hui.

4:06
Présentateur

Et faut-il la suspendre, pardon, la Turquie, la suspendre de l'OTAN ?

4:10
Invité

J'ai fait cette proposition à ma toute petite mesure, parce que je ne suis évidemment pas décisionnaire en la matière, mais j'ai déjà dit dès le début de cette crise qu'il me semblait indispensable d'avoir cette conversation. Et je crois que sur ce plan, le chef de l'État fait ce qu'il faut pour que les instances internationales, je pense au Conseil de sécurité de l'ONU, et je pense aussi évidemment à l'OTAN, puissent réagir. Évidemment, la Turquie ne peut plus être notre alliée militaire dans les mêmes conditions qu'elle l'était auparavant, lorsqu'on voit qu'elle déstabilise à ce point la région.

J'ajoute que la Turquie qui est rentrée dans l'OTAN n'est pas tout à fait celle que nous connaissons aujourd'hui. Et qu'il y a aujourd'hui de la part du chef de l'État turc, il y a évidemment une stratégie de déstabilisation, via notamment l'encouragement d'un islam radical et très identitaire, de déstabilisation de nos pays européens, sur lequel nous devons devenir lucides, enfin.

4:57
Présentateur

Est-ce qu'une armée européenne, François-Xavier Bellamy, n'aurait pas été utile pour remplacer environ 2000 soldats américains sur le terrain ? Chose totalement impossible, vu ce qu'est aujourd'hui l'Union.

5:11
Invité

L'armée européenne, c'est le type même d'une fausse bonne idée. C'est ce que nous avons dit toute la campagne, et je le répète ici, parce que...

5:16
Présentateur

Arnaud Dangean, qui était sur votre liste, le disait et le redisait.

5:20
Invité

Et qui est un très grand spécialiste reconnu des questions de défense.

5:22
Présentateur

De défense et de terrorisme.

5:24
Invité

C'est d'ailleurs ce que disait aussi à l'époque le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui est devenu aujourd'hui ministre des Affaires étrangères. Pourquoi est-ce que c'est une mauvaise idée ? Parce qu'une armée européenne, c'est l'idée d'avoir un commandement unique et centralisé, ce qui pose à la fois un problème démocratique majeur. L'Union européenne n'est pas un État. Ça pose aussi un problème important en termes de construction opérationnelle. Il faut évidemment encourager la coopération entre nos forces de défense. Mais nous n'avons pas le même type de force de défense.

Et nous ne devrions surtout pas, et c'est trop souvent le cas, on l'a vu encore ces derniers jours à Bruxelles et à Strasbourg, nous ne devrions pas, nous Français, regarder l'Europe comme une sorte de France en grand. Nous n'avons pas la même manière de concevoir les questions de défense. Nos armées ne sont pas les mêmes. Nous n'avons pas les mêmes protocoles d'opération. Et par conséquent, une armée européenne, c'est quelque chose qui ne se réalisera pas, qui ne peut d'ailleurs qu'effrayer nos partenaires européens. En revanche, construisons, et ça c'est très important, les conditions de notre autonomie stratégique.

Aujourd'hui, pour acheter des armements, des équipements de défense, pour pouvoir les vendre, pour pouvoir aussi les mettre en œuvre sur des théâtres d'opération, il nous arrive très souvent de nous confronter à des réglementations américaines, par exemple, parce que quand vous avez acheté un produit américain, les États-Unis vous interdisent juridiquement de l'utiliser comme vous le souhaitez, selon votre doctrine stratégique.

Eh bien, il me semble indispensable de construire enfin ce Fonds européen de défense, qui a été porté par le dernier mandat, qui est une manière pour les États européens d'investir dans l'industrie de défense de façon stratégique pour pouvoir avoir enfin une véritable autonomie. C'est aussi ce qui a été décidé ces derniers jours entre Emmanuel Macron et Angela Merkel, et on peut se féliciter de les avancer sur ce sujet.

6:59
François-Xavier Bellamy

François-Xavier Bellamy, pardon. Il y a la gestion des djihadistes européens et donc français qui a été confié aux Kurdes. On voit aujourd'hui que c'était un risque majeur. Est-ce qu'il n'aurait pas fallu, est-ce qu'il ne faut pas finalement se résoudre, aller faire revenir en France ces djihadistes, quitte à aller contre l'opinion publique en France, où au moins ils ne s'éparpilleraient pas dans la nature ?

7:23
Invité

François-Xavier Bellamy, le grand problème c'est qu'on n'est pas anticipé sur la situation. Effectivement, on est resté passif devant ce problème. Moi je continue de penser, et nous l'avons là aussi affirmé avec les Républicains tout au long de la campagne, qu'il était catastrophique de faire revenir en France ces personnes. Pourquoi ? Pour une raison très simple, c'est que nous sommes un état de droit, ce qui est tout à fait normal, et que pour juger des gens, vous avez besoin de pouvoir faire la preuve matérielle de leur crime.

Or, à quelques centaines de kilomètres des théâtres où ils ont commis leur crime, il est très difficile de pouvoir les juger, donc les condamner, donc les incarcérer. Et donc on aurait été contraint par nos règles même, à les laisser en liberté en France. Il aurait fallu les juger sur place, là où ils ont commis leur crime. Il aurait fallu faire, c'était la proposition que nous défendions à l'époque, une sorte de tribunal pénal international, sur les zones où ils avaient commis leur forfait, pour qu'ils puissent y être incarcérés, comme ils le méritaient évidemment. Mais là on voit bien que l'instabilité...

Ces hommes et ces femmes ont trahi leur pays, nous n'avons aucun devoir envers eux, notre seul devoir c'est de garantir la sécurité des Français, et de garantir que la justice puisse passer.

8:21
Présentateur

Mais c'est parce qu'on n'a pas su réagir à temps.

8:25
Invité

De fait aujourd'hui les choses sont faites en quelque sorte, et nous sommes restés passifs, mais nous avons défendu depuis longtemps cette idée, et je regrette qu'elle n'ait pas été mise en œuvre.

8:34
Présentateur

En tout cas, c'est dans ce contexte que le Parlement européen a rejeté, fait inédit, la candidature de la Française Sylvie Goulard à un poste de commissaire. Certains y voient le symptôme d'une crise institutionnelle au sein de l'Union, et d'une crise politique. Est-ce que vous partagez ce point de vue ?

8:53
Invité

Bien sûr que non. D'abord ce n'est pas une crise des institutions, c'est au contraire le fonctionnement normal des institutions, qui vient de se dérouler sous nos yeux. Le Parlement européen est indépendant, il n'obéit pas aux décisions de M. Macron, ni aux pressions qui peuvent être exercées sur lui, il fait son travail de façon sérieuse et sereine, pour que les citoyens des pays européens aient confiance dans la Commission européenne. Aucune arrière-pensée, aucune revanche, c'est pas le...

Il y a une seule et unique raison qui fait que Sylvie Goulard a été écartée, c'était les soupçons qui pesaient sur elle, c'était les deux enquêtes dont elle était l'objet qui auraient compliqué son travail, c'était le fait qu'elle avait travaillé pendant quelques années pour un financier américain pour 350 000 euros, sans qu'elle puisse expliquer le travail qu'elle avait fait, et que quand vous allez vous occuper justement de l'industrie européenne, pour revenir au sujet qu'on évoquait à l'instant, vous avez besoin de pouvoir garantir que vous êtes indépendante.

Or cette garantie, il était très difficile pour elle de l'apporter, elle ne l'a pas apportée dans les auditions, nous avons fait notre travail sans arrière-pensée. Et je me permets de dire que c'est un fait inédit pour la France, mais ça n'est pas du tout un fait inédit au Parlement européen. Dans cette session, deux commissaires avaient déjà été écartés, dont l'un d'entre eux n'avait jamais fait l'objet ni de la moindre enquête, ni de la moindre condamnation.

Il est parfaitement normal que le Parlement fasse son travail, il est totalement anormal que le président de la République se montre si incapable de comprendre que la démocratie, c'est aussi l'existence de contre-pouvoirs et d'institutions indépendantes de son autorité.

10:14
François-Xavier Bellamy

Donc vous dites qu'il n'y a pas de crise institutionnelle, mais quand même, on a eu des élections européennes en mai, on a une commission qui devait prendre ses fonctions au 1er novembre, maintenant ça va être le 1er décembre, est-ce que c'est à la hauteur de ce qu'on vient de détailler, des dossiers qui sont brûlants et sur la table, normalement, des commissaires européens ?

10:30
Invité

Non mais moi je regrette évidemment ce délai, j'aurais été très heureux de pouvoir approuver la candidature de la commissaire française en disant que nous avions parfaitement confiance. J'en aurais été très heureux. C'est M. Macron qui est responsable de cette situation. Il en est d'autant plus responsable, permettez-moi de vous le dire, que beaucoup l'ont averti sur le risque que cette candidature rencontrait. Je ne juge pas Mme Goulard, je ne suis personne pour la juger, et de fait c'est à la justice de faire son travail. Par ailleurs, c'est une personnalité qui ne manque pas de compétences et qui ne manque pas de crédibilité.

C'est simplement que son mandat aurait été extrêmement compliqué du fait de ses soupçons, du fait de ses enquêtes. Le jour même de la présentation de la Commission européenne, elle était convoquée devant un juge à Paris. Comment est-ce que les parlementaires, et d'ailleurs je me permets de le dire, les parlementaires qui ont voté pour écarter sa candidature sont des parlementaires de tous les pays européens. Elle a été écartée à une très forte majorité.

Comment est-ce que des parlementaires auraient pu sérieusement dire aux citoyens de leur pays « Nous avons confiance dans le fait que la Commission pourra travailler de manière sereine et transparente » alors que Sylvie Goulard avait dû démissionner du gouvernement en France pour exactement la même raison. Et pour terminer, je me permets de dire cela, c'est, je crois, un point important. Au sein de son propre camp, Emmanuel Macron avait eu des avertissements. Jean-Louis Bourlange, que vous citez tout à l'heure, ne cessait de tirer la sonnette d'alarme.

« Nous avons fait, de façon sereine et constructive, le travail de prévenir le gouvernement en disant « Attention, nous sentons qu'au sein de nos groupes, il va y avoir un problème. » Emmanuel Macron aurait eu tout le loisir d'entendre ces avertissements, de comprendre qu'il allait dans une impasse, et peut-être de faire en sorte d'éviter cette situation. Il ne l'a pas fait, parce qu'au fond, il y a peut-être une forme d'arrogance ici qui l'a piégée, comme sur beaucoup d'autres terrains, je suis le premier à le regretter.

12:08
François-Xavier Bellamy

Et donc, après le rejet de cette candidature Goulard, pour ce portefeuille qui est colossal d'ailleurs, quel Français pour prendre le poste ?

12:14
Invité

C'est évidemment au Président de la République d'en décider.

12:16
François-Xavier Bellamy

Vous avez fait le travail de prévenir, vous connaissez maintenant, il y a des noms qui circulent.

12:21
Invité

Pour le coup, je suis très respectueux des prérogatives de chacun. D'ailleurs, quand le Président de la République nous dit qu'il avait consulté la Présidente de la Commission, qu'il essaye de rejeter la faute sur elle, ou bien sur les chefs des groupes parlementaires en disant qu'ils avaient donné leur accord, il se défaut sa bon compte. En réalité, jamais cet accord n'a été donné. Et de fait, c'est au Président de la République, et à lui seul, que revient la responsabilité de nommer un commissaire français.

Nous attendons qu'il nomme quelqu'un, et nous serons très heureux de travailler avec le commissaire que la France nommera, pour pouvoir faire en sorte qu'effectivement, ce portefeuille important soit mené comme le contexte actuel l'impose.

12:53
Présentateur

Bon, on annonce François-Xavier Bellamy, on l'entendait dans le journal de 8h, on l'entendait avec Pierre Haski, un accord de la dernière, dernière, dernière, dernière chance pour le Brexit, on ne l'a pas encore. Quel est votre sentiment ce matin ? Soulagement, succès ? Doutes ?

13:11
Invité

Soulagement parce qu'un accord est en vue, et rien ne serait pire qu'une sortie sans accord du Royaume-Uni de l'Union Européenne. Ce serait évidemment une catastrophe pour toutes les parties, ce serait une catastrophe pour la France en particulier, je me permets de le dire, parce que beaucoup de choses sont en jeu pour notre pays, pour notre industrie, pour notre économie, pour notre sécurité, parce que nous avons évidemment une frontière commune à travers la Manche avec le Royaume-Uni. Beaucoup est en jeu aussi pour beaucoup de filières économiques de notre pays, je pense en particulier à l'agriculture et en particulier à la pêche.

Une sortie sans accord du Royaume-Uni serait une catastrophe pour beaucoup de travailleurs français, donc je pense que tout sera mieux qu'une sortie sans accord, et c'est un vrai signe d'espoir qu'on s'en rapproche.

13:57
Présentateur

Allez-y, Alexandre, allez-y.

13:59
François-Xavier Bellamy

On passe à la politique, vous étiez tête de liste, les Républicains aux Européennes, vous avez fait 8,5%, un score historiquement bas, qui a conduit Laurent Wauquiez à quitter la présidence du mouvement, c'est Christian Jacob qui a été élu président dimanche dernier. Maintenant vous pouvez nous dire, vous avez voté pour lui ?

14:16
Invité

Non, mais encore une fois, je ne vais pas répondre indéfiniment à cette question, même après l'élection. J'avais dit d'ailleurs avant l'élection que j'avais beaucoup d'estime pour chacun des candidats, pour Christian Jacob en particulier, c'est vrai, je lui dois beaucoup parce qu'il m'a apporté un soutien très fort dans la campagne que j'ai menée l'année dernière, et maintenant je suis sûr que le travail qu'il va mener sera nécessaire pour reconstruire le parti.

Cette élection, ça n'est pas à la conclusion d'une campagne, c'est le début d'un travail immense qui attend cette formation politique et qui attend d'une façon plus générale la droite pour tenter d'offrir aux Français l'alternative dont ils ont besoin.

14:49
François-Xavier Bellamy

Christian Jacob, c'est un Chiraquin, ça, ça veut dire que c'est quand même un recentrage du discours du parti, c'est quand même la conclusion d'une campagne européenne où on a entendu un discours de plus en plus droitier des Républicains, dans votre bouche ?

15:03
Invité

Dans cette campagne de l'élection européenne, nous avons tous été unis autour d'un projet pour l'Europe qui était aussi une manière de prendre en charge les grandes questions politiques qui nous attendent. Moi je crois que la question n'est pas...

15:14
François-Xavier Bellamy

Recentrage ou pas ?

15:15
Invité

La question ne se pose pas dans ces termes, je ne crois pas du tout que notre parti ait dérivé ou qu'il ait quitté ses bases ou qu'il soit dans une forme d'incertitude de fond. Au contraire, encore une fois, le fond de notre projet était clair et autour de ce projet, tout le monde était rassemblé. Et donc je crois que c'est maintenant un travail de fond pour retrouver la confiance des Français. Il s'agit moins de ce type de curseur qui me paraît toujours très artificiel que de tenter d'imaginer maintenant concrètement les réponses que nous pouvons apporter à tous les grands défis que la France attend et à toutes les grandes inquiétudes que les Français éprouvent.

15:51
Présentateur

On va donner la parole aux auditeurs de France Inter. Encore beaucoup de questions à vous poser évidemment. François-Xavier Bellamy, j'accueille un homonyme au Standard. François-Xavier, bonjour. Oui, bonjour. Bienvenue, on vous écoute.

16:05
Auditeur

Bonjour M. Demorand, bonjour M. Bellamy. Bonjour. Voilà, c'est au sujet de la PMA-GPA. Ma femme et moi avons eu besoin de la GPA et au total nous avons eu jusqu'à 26 embryons. Malheureusement, aucun de ces embryons ne s'est implanté. Donc moi je suis très favorable pour la GPA car aujourd'hui si elle existait en France, j'aurais certainement des enfants. Alors je voulais savoir pourquoi elle est opposée à la GPA. Et il y a quelque chose qui me gêne aussi, c'est quand j'entends dans la manifestation pour tous, etc. Les personnes qui disent que quand on fait avorter, on tué un enfant. Aujourd'hui, j'ai eu jusqu'à 26 enfants potentiels.

Et donc je me dis qu'en refusant la GPA, les mêmes personnes ont tué 26 de mes enfants potentiels. Alors je voudrais avoir une réponse claire. Je vous remercie.

16:57
Invité

Merci à vous. François-Xavier Bellamy vous répond. Pardon, juste une précision, vous parlez bien de la gestation pour autrui ou de la procréation médicalement assistée ?

17:06
Présentateur

C'est face à l'échec de la PMA, il voudrait recourir à la GPA. C'est bien ça François-Xavier ? Voilà. Donc on s'est bien compris. Alors François-Xavier, Bellamy vous répond.

17:18
Invité

Alors je crois que ce qui vient de se passer à l'Assemblée nationale est à la fois important et éclairant. On a eu un débat sur la procréation médicalement assistée étendue aux couples de femmes et aux femmes seules.

Moi, mon sentiment que j'ai défendu pendant ce débat et qui d'ailleurs a été relayé à l'Assemblée nationale par des parlementaires, les Républicains et par quelques parlementaires d'autres groupes, c'est que cette extension est une mauvaise idée parce que la procréation médicalement assistée, c'est un acte thérapeutique qui vise à guérir, en tous les cas à pallier une infertilité qui était pathologiquement constatée et que là nous avons affaire dans cette extension à toute autre chose qui est le fait de pouvoir mettre un dispositif médical au service d'un désir d'enfant qui est évidemment légitime et respectable mais qui se heurte non pas à une pathologie, qui se heurte à la finitude de la condition humaine.

Et je crois que la grande question qui nous est posée, c'est la grande question de notre avenir, c'est que ferons-nous de cette finitude de la condition humaine ?

La gestation pour autrui, elle pose un autre type de problème, elle pose la question de l'exploitation du corps de la femme et dans un moment où heureusement nous prenons conscience qu'il est nécessaire de mettre absolument fin à toutes les violences qui sont faites aux femmes et là aussi un débat vient d'avoir lieu à l'Assemblée nationale sur ce sujet fondamental, à l'initiative d'Aurélien Pradié, les parlementaires et les Républicains dans un moment où évidemment nous devons défendre absolument l'égalité de l'homme et de la femme je crois que exploiter le corps d'une femme, quel que puisse en être le motif c'est une forme de rupture à laquelle nous ne devons jamais nous résoudre mais j'observe que ceux qui nous disent aujourd'hui qu'ils sont contre la gestation pour autrui et que jamais on ne fera la gestation pour autrui doivent se rendre à l'évidence l'extension de la PMA qui a été votée est aussi évidemment un pas en avant vers la gestation pour autrui et vers cette exploitation du corps de la femme pour ma part je le déplore absolument

19:06
Présentateur

en tout cas ça a été voté largement à l'Assemblée nationale 359 voix pour, 144 comptes, 72 abstentions vous reconnaissez la défaite tout simplement ?

19:19
Invité

mais c'est pas une question de victoire ou de défaite, c'est une question de choix collectif et moi depuis le début de ce débat je dis que nous sommes en train de faire un choix

19:25
Présentateur

on peut mener, gagner ou perdre si vous préférez

19:28
Invité

d'abord le parcours de la loi n'est pas terminé parce que maintenant la loi va aller au Sénat ensuite elle reviendra probablement à l'Assemblée et moi j'invite tous les français qui nous écoutent quel que soit leur sentiment sur ce sujet à se renseigner sur les débats qui ont eu lieu à l'Assemblée nationale c'est pas une question de victoire ou de défaite c'est une question de lucidité quant au choix que nous sommes en train de faire et oui, ça a pu étonner même certains de vos confrères qui s'en sont moqués en réalité il faut regarder et prendre au sérieux ce qui s'est passé on a voté la possibilité de créer des embryons chimères c'est-à-dire de créer des embryons qui mêlent le génome de l'homme et le génome de l'animal oui, on a occasionné dans ce débat des dérapages incroyables sur des sujets éthiques fondamentaux par exemple a été débattu la transformation du droit de la filiation les notaires ont dit hier, qui sont maintenant chargés de ce droit de la filiation que si on fait reposer la filiation comme c'est le cas pour l'extension de la PMA aux couples de femmes ou aux femmes seules si on fait reposer la filiation sur la volonté et non pas sur la biologie si maintenant, comme le dit Jean-Louis Touraine qui est le rapporteur du projet de loi la mère n'est pas la femme qui accouche mais celle qui veut être mère alors les notaires nous en ont averti hier il sera possible demain de remettre en cause une filiation établie c'est-à-dire, comme on divorce avec son conjoint de se séparer de ses enfants, pourquoi pas ou de revenir sur un acte de filiation ça n'est pas moi qui dis ça ce sont les organisations des notaires donc il faut que les français se renseignent sur ce que nous sommes en train de faire et je crois que ce qui est le plus important et ce n'est pas une question, encore une fois, de victoire d'un camp sur un autre ce qui est le plus important, c'est que nous soyons conscients de ce qui est en train de se passer

20:57
François-Xavier Bellamy

alors justement, qu'est-ce qui est en train de se passer ? la droite, ces dernières années, elle a été contre le PAX elle a été contre le mariage pour tous vous, vous manifestez contre la PMA est-ce qu'il n'y a pas un risque, à un moment donné c'est un de vos sénateurs, sur le départ, qu'il dit que la droite ne sache plus, ne soit plus capable de prendre le pouls de la société passe à côté des aspirations de la société

21:17
Invité

la première chose, c'est que d'abord, je ne peux que constater que ce que nous disions, par exemple quand nous nous opposions à la loi Taubira se réalise, c'est-à-dire qu'à l'époque nous disions que cette décision allait nécessairement ouvrir la porte à une transformation de la filiation c'est ce qui est en train de se passer sous nos yeux de la même manière, aujourd'hui, il est totalement hypocrite de croire que la ligne rouge que la GPA constituerait sera respectée très longtemps en tous les cas, dans les conditions actuelles donc, j'observe que la cohérence de notre propos je crois, mérite d'être entendue et que, peut-être, nous avons servi de lanceur d'alerte, en tous les cas nous avons permis de mettre en lumière ce qui allait se passer la deuxième chose, c'est que la société française, vous savez ses aspirations sont sans doute mal prises en compte dans ce qui est en train de se produire beaucoup de Français ne comprennent pas ce qui est en train de se jouer aujourd'hui mais en fait, quand on les écoute les Français, que nous disent-ils ?

ils nous disent que nous avons besoin de faire attention à l'excès de la toute-puissance de la technique sur la nature et dans la prise de conscience écologique que nous partageons aujourd'hui il y a évidemment le sentiment que, à force de vouloir vaincre toutes les limites de la nature nous avons fait des erreurs dramatiques se réconcilier avec les grands équilibres de la nature, c'est aussi peut-être se réconcilier avec nos corps avec aussi, bien sûr, leurs limites mais avec leur magnifique fécondité et je crois que c'est ce qui est en jeu aujourd'hui quand on demande aux Français s'ils sont pour la PMA pour toutes les femmes effectivement, aujourd'hui ils y sont favorables quand on demande aux Français si tous les enfants ont le droit de grandir avec un père ils répondent majoritairement oui aussi à cette question moi je crois qu'un jour les Français comprendront ce qui est en train de se jouer et je ne mesure pas mes engagements d'aujourd'hui à leur popularité immédiate ou à leur rentabilité électorale le rôle des responsables politiques c'est de tenter d'éveiller les consciences et c'est de dire en conscience ce qu'ils pensent être juste et bon pour une société

23:03
Présentateur

Thomas est en ligne bonjour et bienvenue

23:05
Auditeur

bonjour, merci bonjour monsieur Benami je souhaiterais vous poser une question notamment quel regard avez-vous porté sur la convention qui a été organisée par Marie-Laurent Réchal avec l'intervention plus que contestable d'Éric Zemmour est-ce que vous pensez que les propos qui ont été tenus doivent être condamnés et ce que je voudrais aussi vous poser comme question est-ce que vous pensez que l'union des droites est un projet viable pour notre société

23:37
Présentateur

bien compris Thomas réponse rapide de François-Xavier Bellamy

23:41
Invité

j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur ce sujet je ne crois pas une seule seconde que des alliances d'appareils peuvent être la réponse à la crise politique que notre pays traverse aujourd'hui je ne crois pas non plus qu'il puisse y avoir une union des droites dans la mesure où je me sens tant d'immenses points de différence avec le Rassemblement National aussi bien dans la doctrine politique que dans la manière d'agir politiquement et je crois que sur beaucoup de sujets et je pense en particulier à tous les sujets qui traversent la société aujourd'hui toutes les questions qui touchent par exemple à l'islam ou à l'islam radical à la montée d'une forme de communautarisme islamiste je crois que notre devoir de responsable politique c'est de nommer ce qui est en train de se produire mais de le nommer pour apporter des solutions et pour faire en sorte que nous puissions reconstruire ce qui est en train de se défaire dans tant de lieux de notre société

24:28
François-Xavier Bellamy

l'actualité François-Xavier Bellamy c'est donc cette maman en sortie scolaire accompagnatrice voilée est-ce que pour vous c'est ça la laïcité pouvoir accompagner son enfant en sortie scolaire tout en étant voilée

24:40
Invité

d'abord il ne s'agit pas d'accompagner son enfant il s'agit d'accompagner une classe je voudrais commencer par dire que jamais je crois on ne devrait prendre ces questions comme je le disais à l'instant dans une méthode qui consiste à électriser la situation à aggraver les problèmes à creuser encore le fossé qui est en train de se créer mais on ne peut pas non plus nier les problèmes jamais je ne me serais adressé à cette dame de cette manière là jamais non plus je crois nous ne devrions nier ou fermer les yeux sur le fait que nous sommes devant une montée du communautarisme et de la sécession envers la république c'est d'ailleurs cette dame elle-même

25:14
François-Xavier Bellamy

cette maman c'est de la sécession

25:16
Invité

cette maman elle-même a déclaré dans une interview qu'elle n'a pas voulu faire auprès des médias mais auprès du comité contre l'islamophobie en France elle a déclaré je ne sais plus la formule exacte mais je suis j'ai une idée assez négative de ce qu'on appelle la république mais c'est ce qui est en train de se produire sous nos yeux et on ne peut pas nier le problème le fait d'accompagner des enfants en sortie scolaire ce n'est pas le fait d'accompagner son enfant

25:38
François-Xavier Bellamy

donc il faut une loi ce que vous êtes en train de nous dire c'est le fait c'est le fait

25:42
Invité

de contribuer au travail de l'éducation nationale et d'assumer un rôle pédagogique on n'a pas le droit de mettre un voile quand on rentre comme acteur pédagogique à l'école je crois qu'on ne devrait pas non plus pouvoir accompagner des sorties scolaires avec un voile je crois que Jean-Michel Blanquer a dit ce qui me paraît être nécessaire de rappeler c'est que ça ne correspond pas à ce modèle républicain que nous voulons encourager et d'ailleurs sur ce point j'ai eu beaucoup de désaccord avec lui mais sur ce point je le soutiens et je crois qu'il faut aller jusqu'à une loi Eric Ciotti a proposé une loi sur le sujet et je pense qu'il faudrait qu'elle puisse faire l'objet d'un consensus

26:09
Présentateur

on en reste là on est déjà très en retard merci François-Xavier Bellamy d'avoir été au micro d'Inter ce matin

26:14
Invité

8h48

François-Xavier Bellamy : "La Turquie ne peut plus être notre alliée militaire" — François-Xavier Bellamy · Pourquijevote