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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 27 avril 2023 24 min

Les "100 jours" d'Elisabeth Borne, dette, impôts, européennes... Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Eric Coquerel

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Éric Coquerel

Bonjour Eric Coquerel, Elisabeth Borne a présenté hier sa feuille de route pour les 100 jours qui viennent, écologie, travail, santé, éducation. Est-ce qu'il y a un point sur lequel elle vous a convaincu ? Non, non pas vraiment. Déjà elle ne m'a pas convaincu sur une chose, c'est qu'on voit bien que tout ça vise à dire que la réforme des retraites c'est derrière. C'est oublié, les français peuvent continuer à manifester, à protester. On peut continuer puisqu'on va le faire début juin à travers une niche parlementaire. C'est une niche parlementaire, c'est là où les groupes peuvent proposer des lois du groupe Liot, une proposition d'abrogation de la réforme. Que les insoumis voteront ?

Non seulement ils la votent, mais nous la signons. Moi je l'ai co-signé, donc bien évidemment. Donc tout ça vise à dire, bon écoutez, on passe à autre chose. Bon enfin elle est bien gentille, elle décide de passer à autre chose seule, M. Macron décide de passer à autre chose seule, sauf que les français, dans leur très grande majorité, si on en croit les études d'opinion, les gens qui manifestent ne supportent toujours pas le fait, et ils ont raison, le fait de devoir travailler deux ans de plus. Donc vous vous dites, la bataille, le combat contre la réforme continue dans la rue, jusqu'à quand ? Jusqu'à le fait d'essayer de faire en sorte que cette réforme ne soit pas appliquée.

Donc déjà, je vous ai donné une borne, par exemple, début juin, on verra. Moi je pense qu'il y a une chance que cette proposition de loi passe. Bon, c'est une niche, donc après c'est compliqué, il faut que ça aille aussi là, mais ça serait un fait politique. Donc nous, on va amener la bataille jusqu'au bout. Donc ça, c'est une première chose. Alors deuxième chose, dans les annonces, il y a déjà une série d'annonces recyclées. En 100 jours, il y a beaucoup de communication. On nous parle du travail, on nous parle des conditions de travail, mais par contre, par exemple, jamais on nous parle de la question des salaires qui ne suivent pas l'inflation.

On nous parle d'industrie verte, mais dans le même temps, on nous explique qu'on va baisser toutes les dépenses publiques dans les années à venir. Je crois qu'on y viendra en deuxième partie. Donc tout ça, sans plutôt la communication, la propagande, et le fait d'habiller ce que M. Macron a donné comme feuille de route à Mme Borne pour essayer de sauver son gouvernement, c'est-à-dire 100 jours. Bon, moi je continue à dire que 100 jours, ça m'évoque plus Waterloo que Sterlitz, donc on verra bien.

2:06
Présentateur

Hier, un report a été annoncé, celui de la loi immigration. Ce sera finalement pour l'automne, a dit la Première Ministre. Est-ce que c'est un aveu d'échec du gouvernement ou un signe d'apaisement ?

2:15
Éric Coquerel

C'est un aveu d'échec, mais je préfère ça plutôt que d'accélérer une loi d'ici l'été, comme le demandait M. Macron. C'est un échec puisque M. Macron a dit si le 14 juillet, ce n'est pas fait, si ce n'est pas fait avant l'été, ce n'aura pas lieu, c'est ce qu'il a expliqué. Donc manifestement, on est plutôt parti là-dessus. Bon, mais d'un autre côté...

2:33
Présentateur

Tu passes un geste d'apaisement parce que justement, elle a compris que le contexte, il n'était pas favorable.

2:37
Éric Coquerel

Le contexte n'est pas favorable. Et puis, moi je ne suis pas d'accord avec l'idée d'utiliser la question de l'immigration comme sujet pour faire oublier la question des retraites, la question du pouvoir d'achat et redéplacer le terrain vers, disons, un terrain idéologique plus droitier, voire favorable à l'extrême droite. Vous auriez voté la régularisation des sans-papiers dans les métiers en tension ? Vous auriez pu voter cette partie ? La régularisation des travailleurs sans-papiers, nous la votons. Mais par contre, l'idée que chaque année, on révisera ce système, par exemple, avec quelque chose qui ne peut pas fonctionner, je vous le dis à l'avance.

Par exemple, il y avait l'idée que vous travaillez un an et puis au bout de quelques mois, on vérifie si on va continuer à vous donner un titre de séjour. Quand vous regardez l'embouteillage au niveau des préfectures, ne serait-ce que pour renouveler ces papiers en Seine-Saint-Denis, c'est absolument terrible. Je vous assure que tout ça n'est pas efficient. Donc il faut régulariser tous les gens qui travaillent dans ce pays. parce qu'ils contribuent à la richesse. Et en plus... Et ceux qui ne travaillent pas ? Déjà, ça va faire une grosse partie en régularisant ceux qui travaillent. Tous ceux qui travaillent ou ont travaillé en France ?

Par là, ceux qui travaillent ont le droit évidemment de vivre en France. Et surtout, ils ont le droit de faire quelque chose qu'ils réclament, c'est-à-dire le fait d'avoir des contrats de travail, d'avoir des salaires, d'avoir des papiers légaux, de façon à ne pas baisser le coût du travail, parce que c'est ça aussi dont il est question, dans les secteurs qui les emploient. Je pense que non seulement c'est une revendication nécessaire pour eux, mais quand ils revendiquent ça, en réalité, ils revendiquent ça pour tous les travailleurs de ce pays.

4:01
Présentateur

Éric Coquerel, le gouvernement est prêt à reprendre l'accord signé entre les partenaires sociaux qui oblige donc toutes les entreprises de plus de 10 salariés à verser obligatoirement de la participation ou de l'intéressement dès lors qu'ils font des bénéfices. Vous dites, c'est bon à prendre ?

4:15
Éric Coquerel

Écoutez, même les syndicats qui l'ont signé, j'en avais parlé il y a quelques temps avec Laurent Berger, ils trouvent que c'est vraiment très timide qu'ils l'ont signé. Ils l'ont signé quand même, sauf la CGT. Oui, je vous dis ce que disent les syndicats. Et ils ont demandé au gouvernement de reprendre les textos qu'ils avaient signé. D'abord parce que c'est laissé quand même au bon vouloir du chef d'entreprise, de la discussion, la manière dont ça peut se faire. Et deuxièmement parce que ça laisse de côté un pan entier. C'est-à-dire qu'en gros, c'est un partage de la valeur ajoutée qui se fait toujours à travers des primes et non pas des augmentations de salaire.

Le problème quand vous augmentez la part de la valeur ajoutée, le partage des richesses via les primes, c'est que non seulement ce n'est pas des salaires, donc ce n'est pas pérenne, mais en plus de ça, il n'y a plus de salaire socialisé, il n'y a plus de cotisation. Quand il n'y a plus de cotisation et plus de salaire socialisé, vous avez des trous dans la sécurité sociale, aux retraites, et donc vous appauvrissez nos mécanismes de solidarité. Et pour le salarié, c'est bon à prendre, c'est de l'argent, malgré tout.

Oui, alors on peut se dire ça d'un côté, mais de l'autre côté, si vous prenez de l'argent, mais que vous n'avez plus cette part socialisée de vos salaires, en réalité, vous vous appauvrissez de l'autre côté. Vous vous appauvrissez parce qu'on vous dit au bout d'un moment, il n'y a plus assez pour les retraites, il n'y a plus assez pour vous soigner. Mais est-ce qu'on peut, à longueur d'année, regretter qu'il n'y ait pas de dialogue social en France et quand il y a un accord conclu avec la quasi-unanimité des partenaires sociaux, dire qu'il n'est pas terrible cet accord ? Ah oui, je crois qu'on peut dire les deux, bien sûr. On peut dire les deux. Et d'ailleurs, les syndicats le disent.

Encore une fois, les syndicats que vous citez le disent. Ils disent, on l'a signé parce qu'on estime qu'il y a un petit mieux et que notre façon de travailler, c'est d'accepter les petits mieux. Mais d'un autre côté, on ne peut pas dire qu'aujourd'hui, ça renverse la problématique du partage des richesses dans ce pays, qui est que depuis plusieurs années, il y a de plus en plus de pourcentages des revenus de la richesse nationale qui partent vers les revenus du capital et non pas les revenus du travail.

Ça, c'est un problème fondamental et qui, en plus de ça, font en sorte que les salaires ne suivent pas l'inflation et perdent, j'allais dire, la part de salaires socialisés dont je parlais tout à l'heure avec toutes les conséquences que ça a.

6:16
Présentateur

Les salaires des professeurs aussi vont être revus à la hausse à partir de la rentrée, entre 100 et 230 euros net à partir de septembre et même jusqu'à 500 euros pour ceux qui travaillent un peu plus. Là, c'est une bonne nouvelle ?

6:28
Éric Coquerel

Ce n'est pas les salaires, justement. C'est intéressant ce que vous venez de dire parce que vous reprenez vous-même. Justement, ce n'est pas les 100 à 230 euros, c'est du salaire. Non, non, non. Le salaire, c'est les 3,5% de revalorisation de l'indice dont tous les fonctionnaires vont bénéficier et qui ne va pas revenir sur les 20 points qui ont été perdus depuis plusieurs années, ni même être à la hauteur de l'inflation. Ça, c'est les salaires. Les 100 euros, tels qu'on le voit sur le site du ministère, c'est des primes, différentes primes qui vont être faites, donc qui, là aussi, ne participent pas, par exemple, à la retraite des enseignants. Donc, on est sur des primes.

Et alors, là, pour les 500 euros, c'est pire que tout puisque là, on est au train de dire aux enseignants, en réalité, si vous les gagnez plus, il faut travailler plus. Deux heures de plus par semaine, ça ne mérite pas 500 euros ? Première échelle. Première échelle, c'est deux heures de plus. Et puis, il y a un deuxième cran pour essayer d'atteindre 500 euros. Non, ce n'est pas ça, le problème. C'est que moi, je pense que les enseignants, il faut plus les payer aujourd'hui. Est-ce que vous savez qu'on a, au niveau de l'OCDE, on est dans les pays qui, avant la moins bonne paye...

Je crois que tout le monde le sait aujourd'hui en France parce qu'on le répète sur cette antenne très, très, très régulièrement. Et ce qui fait qu'on ne trouve pas les enseignants parce que, bon, c'est un métier difficile. C'est un métier qui prend beaucoup d'ordre de travail. C'est un métier qui est mal rémunéré, notamment au milieu de carrière. C'est quand même incroyable que des enseignants soient payés un peu plus de 2000 euros net au milieu de carrière. Et donc, tout ça fait que les gens n'y vont plus, ce qui fait qu'il manquait 2100 postes l'an dernier d'enseignants, 2100 postes en moins que l'année précédente.

Donc, si on veut revaloriser réellement le salaire des enseignants, il faut mieux les payer en salaire. Les syndicats estiment que pour revenir sur la perte de pouvoir d'achat qui a été cumulée depuis des années, il faudrait 1000 euros par mois pour tous les enseignants. Voilà la réalité.

8:12
Présentateur

Le 8.30 France Info, Salia Brakia, Marc Fauvel. Toujours avec Éric Coquerel, député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis et président de la Commission des Finances à l'Assemblée Nationale. La CGT Énergie menace de couper le courant lors de grands événements comme Roland-Garros ou le Festival de Cannes. Est-ce que vous trouvez ça normal ?

8:30
Éric Coquerel

Ce n'est pas à moi de juger ce que décide un syndicat, mais ça ne me scandalise pas.

8:34
Présentateur

Ils ont le droit de le faire.

8:35
Éric Coquerel

Comme moyen de lutte. C'est très bien que c'est symbolique. Déjà, c'est symbolique. C'est par rapport à des événements qui ne sont pas vitaux. Ils ne proposent pas de couper l'électricité par rapport à des choses vitales. Donc, qu'à un moment donné, de manière symbolique, le courant soit coupé à tel ou tel endroit pour rappeler que sans les travailleurs, il n'y a pas d'électricité et qu'il serait bien de continuer à faire en sorte qu'ils aient des retraites et puissent partir au travail en bonne santé, je trouve que ça ne me scandalise pas.

8:59
Présentateur

Donc, vous les soutenez dans leurs démarches ?

9:01
Éric Coquerel

Oui, je soutiens les syndicats dans leurs démarches.

9:03
Présentateur

Elisabeth Borne disait tout à l'heure sur France 2, vouloir rencontrer les syndicats début mai, soit juste après la grosse mobilisation du 1er mai. Est-ce que les syndicats doivent se rendre à Matignon pour se remettre autour de la table et négocier ?

9:15
Éric Coquerel

Mais là encore, je n'ai pas à parler au nom des syndicats. Pour l'instant, ce que j'ai entendu, c'est qu'il y a le 1er mai. C'est historique. Le 1er mai unitaire, ça n'est pas arrivé depuis des années. Donc, ça va être très massif. Il y a une mobilisation qui continue de tous les syndicats, de toute l'intersyndicale, vraisemblablement comme ça jusqu'à fin mai, puis après, ils font un bilan. Bon, est-ce que les syndicats, après, iront continuer à discuter ou pas sur ce que met sur la table Mme Borne ? C'est à eux de le décider. Ce n'est pas moi qui vais le décider à leur place, ni même le commenter.

Sur ceux qui manifestent en accueillant des ministres ou le chef de l'État avec des cassoles, Gabriel Attal, le ministre des Comptes Publics, a eu cette phrase. Je le cite. Ceux qui peuvent se permettre en pleine après-midi d'aller accueillir des ministres de 14h à 18h, a priori, ce n'est quand même pas les Français qui travaillent, qui ont des difficultés au quotidien pour boucler leur fin de mois. Écoutez, enfin bon, je veux dire, si c'est la conclusion qui est prise par Gabriel Attal, franchement, ce n'est pas à la hauteur.

D'abord, il y a des gens qui sont à la retraite quand même, dans ce pays encore, qui peuvent bénéficier de retraite avant que cette réforme s'applique et être en bonne santé. Donc, ça peut permettre à des gens d'aller taper sur des casseroles. Il peut y avoir des étudiants et autres. Le fait qu'il y ait des gens qui ne travaillent pas dans ce pays et qui aient le droit de se mobiliser, je trouve ça plutôt sain. Et je pense que c'est d'ailleurs les premiers intéressés qui manifestent. Et la plupart des casseroles... Vous, vous l'avez fait à la casseroles. La plupart des casseroles se passent le soir ou se passent le matin, lors des visites de ministres et rarement en journée.

Donc, c'est une mauvaise polémique. Vous savez, la casseroles, ça remonte à 1830. C'est-à-dire que c'était les gens qui estimaient qu'ils n'arrivaient plus à se faire entendre, parce qu'à l'époque, il n'y avait pas le droit de vote ou très peu de droits de vote. Donc, c'était une mauvaise de se faire entendre. Et bien, pourquoi, à nouveau, est-ce utilisé dans ce pays, comme ça l'a été en Amérique latine ? Parce que les gens, et ils ont raison, ont l'impression que même si majoritairement ils sont opposés à cette réforme, ils ne se font pas entendre. Je trouve que c'est une manière de rappeler aux ministres que rien n'est réglé dans ce pays.

Éric Coquerel, le gouvernement veut s'attaquer à la dette, promet de la faire passer sous les 3% de déficit d'ici à la fin du quinquennat. Est-ce qu'il a raison de dire 3 000 milliards d'euros de dette, ça suffit ? On ne peut pas vivre un crédit comme ça pendant des décennies et en faire supporter le poids à nous et à nos enfants ? Moi, je pense qu'il part sur une logique qui devrait être inversée. C'est-à-dire qu'en gros, l'idée, c'est de se dire, voilà, il faut réduire la dette et puis on adapte les budgets après. Moi, je pense qu'il faudrait faire l'inverse. Il faudrait partir des besoins. Vous parlez d'une dette, par exemple.

Moi, la dette qui me fait le plus peur pour nos enfants, ce n'est pas la dette financière. La dette financière, je vais peut-être vous choquer, mais par exemple, la dette Covid, on pourrait très bien décider, comme ça a été fait dans le passé, et moi, c'est ce que j'ai d'ailleurs proposé, c'est la dette détenue par les banques centrales, qui ne passent sur les marchés, on pourrait proposer de l'annuler. Ça représente combien si on annule la dette Covid ? C'est 20% de notre dette totale. Donc 20%, pardon, de 3 000 milliards, 600 milliards d'euros. On annule 600 milliards d'euros ?

Je vous rappelle que 600 milliards, pour rassurer les gens qui nous écoutent, ce n'est pas remboursé sur un an, c'est remboursé sur 7 à 8 ans environ. On ne fait pas peur avec des sommes. On les annule. Pourquoi on l'annule ? Parce que cette dette-là, elle a été créée de manière exceptionnelle pour faire face au Covid, comme il y a eu des dettes dans le passé qui ont été faites pour des guerres et autres, et ça aurait pu être annulé. Mais la dette Covid, elle n'est pas uniquement détenue par les banques centrales.

La dette Covid, celle qui a été décidée par la Banque centrale européenne à peu près à hauteur de 20% des banques, la particularité, et ça a d'ailleurs dérogé au traité, comme quand on peut déroger au traité, c'est que ce sont des banques centrales qui tiennent. Contrairement aux autres 80%. Mais vous pensez que les investisseurs continueront à nous traiter ? Si je vous dis ça, attendez, je reviens sur mon sujet. Si je vous dis ça, c'est qu'une dette financière, c'est quelque chose que l'on peut décider politiquement de manier. On peut décider de l'étaler, plus dans le temps. On peut décider, je le disais, de l'annuler. On peut décider de faire un moratoire.

On peut décider aussi, de toute façon, ce qui sera fait, de ne jamais rembourser le stock. On sait qui c'est la France, on sait l'Europe. On ne rembourse jamais le stock d'une dette. On rembourse les intérêts. Et on a tellement de personnes qui veulent prêter aux États, parce qu'in fine, c'est quand même très intéressant, que la dette se renouvelle sans arrêt. Donc tout ça, ce que je veux dire, c'est qu'elle est beaucoup moins importante qu'une autre dette, qui est la dette écologique. Celle-là, elle n'est pas annulable.

Donc moi, je propose de partir des besoins en termes de transition écologique, en termes, par exemple, de ce que le chef de l'État a annoncé pour les hôpitaux publics, pour l'éducation nationale. Il y a aussi un plan, vous savez, programmation militaire pour la défense. Et à partir de là, de voir qu'est-ce qu'on fait. Qu'est-ce qu'on fait en termes de déficit ? Est-ce que vraiment, c'est absolument décisif de revenir à 2,7% de déficit en 2027, mais aussi ce qu'on fait en termes d'impôts ?

Parce que là où le gouvernement, j'allais dire, véritablement nous met dans le mur, et le mur, c'est la baisse des dépenses publiques, c'est qu'il dit que dans le même temps, on ne reviendra sur aucun des cadeaux fiscaux qui ont été faits aux plus riches. Donc, on réduit les déficits publics. Les dépenses publiques, c'est la seule chose qu'il propose. Et donc, je ne vois pas comment on va mettre en place, par exemple... Je pose ma question. Comment vous annulez la dette Covid ? Ah, mais ça, c'est... S'il y avait une décision... C'est au niveau européen, on est bien d'accord. Donc, il faut l'unanimité des 27. Là, je vous disais...

Il y a des pays, vous savez très bien, l'Allemagne ne dira jamais oui à ça, par exemple. Eh bien, on pourrait prendre des mesures au niveau unilatéral, mais le débat, ce n'est pas le débat que je veux porter là. Si, c'est le débat, puisque vous dites qu'on devrait annuler la dette Covid et prendre la démarche dans notre sens. Je dis que ça pourrait être une solution pour montrer qu'une dette financière, c'est moins important que la dette que nous subissons tous et que nous augmentons, que la dette écologique.

14:36
Présentateur

Mais si, concrètement, c'est impossible à faire, à réaliser, votre raisonnement ne marche pas ? Pardon ?

14:41
Éric Coquerel

Si, c'est possible à réaliser. On pourrait le décider. Encore une fois, ça a été fait par le passé. La France pourrait au moins le défendre au niveau européen. Ce n'est pas ce qui a été fait. Donc, voilà, je vous le dis. Et s'il n'y a pas d'accord des 26 autres pays européens ? À voir cette politique-là, ben non, ça n'a pas été fait. Donc, je vais revenir. Comme ça n'a pas été fait, on va le mettre de côté. S'il n'y avait pas d'accord de nos partenaires européens ? Laissez-moi continuer mon raisonnement. Bon, ça n'a pas été fait. Donc, on va le mettre de côté pour l'instant.

Mais moi, je vous dis, je vous dis que la dette telle qu'elle est aujourd'hui, il faut arrêter de se faire peur avec des taux d'intérêt qui nous sont présentés, qui, en plus de ça, pour l'instant, restent négatifs si on tient à compte de l'inflation. Ça ne me semble pas être la chose décisive. En tout cas, ce n'est pas la chose décisive. Dès lors qu'en même temps, on nous propose de ne pas baisser les dépenses fiscales, que sont les cadeaux aux entreprises à hauteur de 200 milliards d'euros par an que l'on fait chaque année sans contrepartie, ou les 60 milliards de cadeaux fiscaux entreprise, soit aux plus riches de nos concitoyens.

Voilà, je pense qu'au moins, il faudrait récupérer cet argent si on veut réduire la dette.

15:39
Présentateur

Et on fait fuir les plus riches. En tout cas, c'est ce que répond le gouvernement quand vous proposez de taxer davantage les entreprises. Dans un entretien à l'Obs, François Hollande propose de taxer les plus riches pour faire rentrer 10 à 15 milliards d'euros dans les caisses. Vous dites, Banco, c'est ce qu'il faut faire en taxant le capital ?

15:59
Éric Coquerel

Il faudrait retaxer le capital, au moins à la hauteur où il l'était il y a quelques années, parce que les dizaines de milliards que l'État a perdus, justement, après, on propose de faire en sorte que ce soit des baisses des dépenses publiques, c'est-à-dire qui concernent tous les concitoyens qui les payent. Donc, je pense que oui. Une mesure, par exemple, qui pourrait être faite, c'est ce qu'on avait proposé au moment de la réforme des retraites. C'est non pas d'imposer, mais de soumettre à cotisation les revenus des dividendes, c'est-à-dire la part des bénéfices qui est utilisée uniquement pour les intérêts particuliers des actionnaires, la même hauteur que les revenus du travail, 17%.

Si on faisait ça, par exemple, ça rapportait 40 milliards d'euros par an dans la caisse des retraites et on réglait toute la question des déficits. Donc oui, je pense qu'à partir du moment où depuis des années, il y a une politique qui, au nom de la compétitivité, consiste à alimenter sans arrêt le capital de manière proportionnellement trop importante par rapport à ce qu'il rapporte dans le pays. Je crois que oui, c'est sain d'aller l'imposer à nouveau, en tout cas de revenir sur les cadeaux fiscaux qui lui ont été faits.

17:00
Présentateur

Avec Éric Ocrel, le président de la France Insoumise de la Commission des Finances à l'Assemblée Nationale. Hier, Gabriel Attal, le ministre des Comptes Publics que vous avez auditionné, a promis de nouvelles baisses d'impôts pour les classes moyennes. Vous l'avez félicité ?

17:13
Éric Coquerel

Non, je ne l'ai pas félicité. D'abord, je lui ai demandé qu'est-ce qu'il entendait par là ? Il m'a dit que les modalités n'étaient pas encore choisies. Donc on va attendre. Mais ça revient au sujet précédent. C'est-à-dire que si on continue à baisser les impôts et à appauvrir l'État, à un moment donné, on va nous dire qu'il va falloir baisser encore plus les dépenses publiques. Et donc c'est vous, c'est les Français en général qui en pâtiront.

17:32
Présentateur

Mais il ne faut pas baisser les impôts pour les classes moyennes qui se sentent...

17:35
Éric Coquerel

Il y a un autre sujet. Mais ça ne peut pas passer comme ça par des réformettes où on essaye, j'allais dire, de baisser les impôts d'un tel ou un tel. En général, c'est les plus riches. Il y a une refonte générale de l'impôt qu'il faut faire. Par exemple, nous, nous sommes pour un impôt sur les revenus revenir à 14 tranches. C'était ce qui était fait avant de 2021. 14 tranches qui montraient jusqu'à combien ? Ça pourrait aller jusqu'à 100% au-delà de... De combien ? Au-delà de... Je ne sais plus quel était le chiffre que nous avions dans ces 400 000 euros par an, je crois. 100% ? Oui, ça pourrait être jusqu'à 100...

Alors, quand on dit 100%, qu'on comprenne, ça peut-être qu'on prend les 100% de... Non, c'est sur les derniers euros gagnés dans l'armée. Les derniers euros, etc. Oui, ça pourrait être fait. De cette manière, je vous rappelle que Roosevelt... Je vous rappelle que sur Roosevelt, on l'a fait

18:18
Présentateur

à 90%. Au Conseil constitutionnel ? Ce n'est pas un impôt confiscatoire ? Les 75% de François Hollande

18:23
Éric Coquerel

ont été retoqués ? Donc, ça peut être quelque chose qui est fait de manière proportionnelle et on verra bien. Vous me demandez ce que nous, on compte faire. En tout cas, l'impôt sur le revenu à 14 tranches qui concernerait tous les Français mais qui serait en même temps... Donc, qui avantagerait, selon nos calculs, tous les gens qui gagnent en dessous de 4 000 euros nets par mois. Ce qui est beaucoup quand même, ce qui n'est pas mal, ce qui est plus de 90% des Français et qui, d'un autre côté, ferait en sorte d'imposer un peu plus, ceux qui gagnent beaucoup d'argent.

Vous savez qu'il y a une étude de l'IPP qui nous explique que les 0,0001% des plus riches des Français, ces quelques unités de personnes, elles ont aujourd'hui, à force d'optimisation et autres, une pression fiscale de l'ordre de 0,11%. Donc, oui, il y a une refonte globale à faire pour que l'impôt devienne redistributif et rapporte plus à l'État.

19:10
Présentateur

Mais avec vous, aujourd'hui, seuls 55% des contribuables paient l'impôt. Avec vous, ce serait tout le monde. Donc, ceux qui ne paient pas d'impôt aujourd'hui...

19:18
Éric Coquerel

De manière symbolique, par exemple, les gens qui ne payent pas d'impôt aujourd'hui pourraient payer un peu d'impôt. Mais d'un autre côté, on fera en sorte que l'impôt le plus injuste, par exemple la TVA, pèse moins dans la globalité de l'impôt dans ce pays. Vous savez que l'impôt sur les revenus, c'est plus que 20% de l'impôt global dans ce pays et que tout le reste n'est pas proportionnel et pas redistributif. Donc, c'est pour ça que je vous dis que ça participerait à une refonte globale de la réforme qui ferait, par exemple, qu'on pourrait alléger Coquerel, Jean-Luc Mélenchon souhaitent la tenue d'un sommet de la NUP la semaine prochaine. Est-ce qu'il sera là, lui ? Ah, je ne sais pas.

Est-ce qu'il doit être là, lui ? Écoutez, je crois qu'aujourd'hui, il y a une direction au niveau de la LFI qui va discuter, qui discute notamment Manu Bompard, Manon Aubry, etc. Donc, je ne suis pas sûr que lui y sera. Mais en tout cas, il suit toujours attentivement ce que nous faisons. Et je crois que surtout, ce qui m'importe avant de savoir si Jean-Luc y sera ou pas, c'est le fait que c'est lieu. Et c'est positif que c'est lieu. Ça va avoir lieu ? Vous avez déjà des réponses ou pas ? Écoutez, d'après ce que j'ai compris, tout le monde sera là pour discuter. Donc, c'est plutôt positif. Et c'est positif pourquoi ?

Parce que l'idée est de faire en sorte qu'aux Européennes, on essaye déjà d'être ensemble. Ce qui, à mon avis, serait meilleur pour aborder la suite, c'est-à-dire les élections locales et surtout les élections nationales à l'avenir. Parce que je crois que la NUP est à l'unité sur un problème de rupture. C'est ce qui peut effectivement nous permettre de gagner les années à venir. Yannick Jadot dit que l'écologiste, ça ne sert à rien de faire une liste commune aux Européennes puisque c'est un scrutin à la proportionnelle. Donc, il n'y a pas d'effet d'entraînement quand on arrive en tête. Je connais la position de M. Jadot. Mais on verra bien ce que décide Europe Écologie.

Il y a quelques temps, la position globale d'Europe Écologie il y a quelques temps, c'était on veut partir seul. Aujourd'hui, on voit bien, j'ai entendu M. Bayou il y a quelques temps, j'ai entendu Mme Rousseau, on voit bien qu'il commence il y a des ouvertures. Moi, je souhaite qu'on aille jusqu'au bout. Pourquoi ça serait nécessaire ? C'est qu'on est dans un moment, vous le voyez bien, où on a un gouvernement qui est minoritaire dans le pays, qui est minoritaire à l'Assemblée nationale, qui impose ses vues, qui essaye de construire son opposition dans l'extrême droite. On n'arrête pas de nous dire celle qui va gagner les prochaines élections, celle qui pourrait menacer M.

Macron, c'est Mme Le Pen et l'extrême droite. Eh bien, si la NUPES veut pouvoir jouer un rôle et devenir majoritaire et gouverner ce pays dans l'avenir, eh bien, je pense que ça passe par le fait de faire des démonstrations et les Européens avec une démonstration de notre unité pour parler pourquoi pas qu'on soit en tête à la fin des Européens.

21:42
Présentateur

Vous parlez de stratégie électorale mais il y a la question du fond, des convictions. Si vous partez tous ensemble aux Européennes, ça veut dire que vous mettez sous le tapis vos divergences par rapport à l'Europe ? Les écologistes veulent une Europe fédérale. Vous, au contraire, vous voulez désobéir aux traités.

21:56
Éric Coquerel

Franchement, sur le fond, on n'est pas en accord complet. Désobéir aux traités, je vous fais remarquer que ça fait partie du socle de notre programme pour les législatives. On a tous admis parce que ce qui nous unit tous, que ce soit Europe Écologie, le Parti Socialiste, le Parti Communiste ou nous, c'est qu'on dit que l'Europe telle qu'elle se construit aujourd'hui, ça ne va pas. Avec les traités libéraux, ça ne va pas non plus. Mais les autres disent plutôt qu'on va la changer de l'intérieur. Il faut rompre pour changer cette situation. Mais on est tous d'accord en même temps pour dire qu'il faut construire qu'on est pour un projet européen. Déjà, ça ne signifie.

C'est-à-dire qu'on est bien pour rompre avec l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui. La question, c'est de savoir quelle est l'utilité de telle ou telle élection. Là, par exemple, c'est des parlementaires européens. Est-ce que c'est les parlementaires européens qui décident ou pas d'une forme de construction européenne, par exemple, du fédéralisme ? La réponse est non. Ce n'est pas là où ça se décide. Donc, on peut peut-être avancer comme on l'a fait pour les législatives en regardant concrètement ce qu'on peut faire ensemble au Parlement européen.

On peut, par exemple, décider de fonds propres supplémentaires comme la taxation des capitaux pour qu'il y ait un budget européen plus important pour la transition écologique. requalification des travailleurs de plateforme en travailleurs salariés. On peut mettre certains sujets sur lesquels on se retrouve déjà la plupart du temps. Donc, regardons concrètement élection par élection ce qu'on peut faire ensemble. Et je crois que pour les européens, on doit être capable, même si sur le fond, sur l'avenir de l'Europe, sur sa construction politique, on continue à avoir des accords. Mais ce n'est pas ça qui nous empêche de voter les mêmes lois et les mêmes directives au Parlement européen.

Merci à vous, Éric Coquerel, président insoumis de la Commission des finances de l'Assemblée invité de France Info. Bonne journée.