Accord à la COP 28 à Dubaï, projet de loi immigration... Le 8h30 franceinfo de Marine Tondelier
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Bonjour, Marine Tondelier.
Bonjour.
Inédit, historique, succès. Les superlatifs ne manquaient pas hier pour qualifier l'accord trouvé à la COP28. Pour la première fois, un texte de compromis mondial appelle à une transition énergétique en écartant progressivement les énergies fossiles, pétrole, gaz, charbon. Est-ce que vous vous en réjouissez ?
Je suis désolée de ne pas réussir, mentalement, vraiment, après une nuit de réflexion, à être réjouie autant que les mots que vous venez de citer. J'ai l'impression qu'il y a toujours un syndrome à la COP où on tremble pendant des jours et des nuits et on a envie de se réjouir de l'atterrissage. On en a connu des COP où on sortait en disant que c'était historique. En fait, moi, je n'arrive plus à dire ça et surtout pas de celle-ci. Vous n'arrivez pas à dire que c'est mieux que rien. Si, j'arrive à dire que c'est mieux que rien, mais entre c'est mieux que rien et c'est historique, comme vous le constaterez, il y a beaucoup de nuances.
Contrairement à la légende, les écologistes ont le sens de la nuance et je trouve qu'on perd le sens de la nuance à vouloir systématiquement qualifier ces accords d'historique. Mais pour la première fois, les énergies plus tiles sont résignées. Si cette COP est historique, elle est historique par d'autres aspects que les avancées qu'on veut bien nous faire croire. Elle est historique par le poids des lobbies pétroliers dans les discussions avec quand même un lobby des pays exportateurs de pétrole, un communiqué qui arrive à la surprise générale qui dit que carrément, nous, on vous demande de ne pas le faire et qui dicte ses consignes.
Il y a un nombre de lobbyistes, du gaz, du pétrole, de toutes les énergies fossiles comme on n'en avait jamais vu sur place, y compris avec Patrick Pouyanné, PDG de Total Énergie, qui vient dans les valises de Macron, qui est accrédité par l'État français. Il ne vient même pas, lui, comme lobbyiste. Il vient dans la délégation française avec six cadres de Total, avec des cadres d'ENGIE. Il y a un moment où, forcément, ça laisse un goût amer. On se demande pourquoi, en fait, les COP ne sont pas juste des discussions entre les États et, en fait, les gens qui représentent l'intérêt général.
Les entreprises n'ont pas leur place dans les COP, c'est ce que vous dites.
Je pense qu'ils ont un peu trop de place et je pense que les coups de pression se font tellement un visage découvert qu'en fait, ça en devient gênant. Alors, au moins, ce n'est pas hypocrite. Mais je trouve que c'est gênant. Et en fait, à quel moment, alors qu'on est en train de foncer dans le mur à grande vitesse, vous savez, les scientifiques avaient dit qu'entre 2019 et 2030, il fallait qu'on baisse de 43% les gaz à effet de serre. Si on additionne toutes les promesses des États, du monde, cumulées, d'ici 2030, au lieu de baisser de 43%, on va baisser de 2%. Et c'est s'ils respectent leurs engagements. Et ça, c'est pour rester sous 1,5 de réchauffement climatique de moyenne.
Et donc, vraiment, on est à un moment où on doit lancer l'alerte, où on devrait paniquer, où on devrait jouer le tout pour le tout pour sauver l'habitabilité de la planète. Parce que c'est ça qui va se passer d'ici 2050, c'est qu'un tiers de la planète ne sera plus habitable. Et quand je vois cette forme de syndrome de Stockholm avoir tellement tremblé le lundi, parce qu'il n'y allait avoir rien sur le pétrole, que là, de se dire, ce n'est pas écrit qu'on va sortir du pétrole, c'est écrit « transitioning away ». C'est-à-dire qu'on va transitionner hors d'eux, on ne sait pas dans combien de temps, on ne sait pas à quelle vitesse. Alors, évidemment qu'on a envie de voir le « away ».
Et ça, c'est nouveau, de dire « on va sortir ». Mais on ne sait pas quand, on ne sait pas comment. Et du coup, on a tellement envie que ça marche tous, qu'on se concentre là-dessus en disant « c'est historique », on revient tellement loin. Mais je ne veux pas qu'on se démobilise.
Juste un drôme de Stockholm, c'est quand il y a des otages et des geôliers. C'est exactement comme ça que vous avez ressenti cette COP, vous ? On est otage de qui, de quoi ?
Non, mais j'ai l'impression que les gens qui sont sur place, ils ont vraiment envie que ça marche. Les diplomates du climat, ils ont vraiment envie que ça marche. Et les COP, c'est important, ça doit rester important. Mais j'attire l'attention avec notamment un chiffre, 7000 milliards par an, c'est les subventions publiques au pétrole et aux énergies fossiles dans le monde. C'est de l'argent public qu'on met pour aider, ce n'est pas de la consommation de ces énergies, c'est de l'argent public qu'on met pour aider, pour subventionner ces énergies. Mais précisément, un acteur qui dit « on va transiter ». C'est 7,1% du PIB mondial.
Pour une comparaison, les dépenses mondiales d'éducation, c'est 4,2% du PIB mondial. On dépense plus pour subventionner les fossiles que pour l'éducation dans le monde. Et le rapport des Nations Unies qui est sorti cette année montre qu'en 2030, à l'allure où on va, parce qu'en plus ça continue de croître, on consommera deux fois plus de pétrole que ça n'est tenable pour rester sur les 1,5%
qui conditionne la vie de la vie de la plaine. C'est avant l'accord, tout ce que vous dites là, c'est avant l'accord. Est-ce que cet accord-là, il ne vise pas à changer progressivement les mentalités, même si ça va être compliqué, on le sait, on n'est pas naïfs. Mais est-ce que ce n'est pas un bon signal tout de même ? Est-ce que vous ne pouvez pas vous réjouir de ce qui se passe quand même
quand même les Américains disent qu'il faut faire un effort là-dessus ? Ce n'est pas les Américains qui ont été les plus aidants par ailleurs dans cet accord. Pour le coup, la France l'a été plus, et je les en remercie. Mais je ne veux pas qu'à force de vouloir se réjouir et avoir tellement besoin de bonnes nouvelles qu'on veut s'en saisir, qu'on se démobilise sur un sujet où vraiment on est en train d'aller dans le mur. Et je pense qu'il faut le dire solennellement, il faut que les gens en aient conscience.
La France qui se félicite que le nucléaire soit cité dans l'accord comme solution aux énergies fossiles, ça, ça vous énerve ?
Parce qu'en fait, j'ai l'impression qu'Emmanuel Macron confond la COP avec le salon du Bourget où il va, au lieu de vendre des avions, il vient vendre des centrales nucléaires. Et qu'en fait, à un moment, ce n'était pas ça l'objet de la COP. Et donc il y a eu un gros lobbying aussi de la France nucléaire.
Il faut trouver des solutions aux énergies fossiles.
Je vais vous passer tout ce que je pense du nucléaire. Je vais me baser sur les arguments de gens qui sont pro-nucléaires, mais qui sont lucides et qui sont en train de se battre pour le climat. Et tout le monde reconnaît dans le monde, y compris des gens qui sont très pro-nucléaires, que le nucléaire ne produira jamais plus de 5% de l'énergie mondiale. Jamais. Ce n'est pas possible.
En France, la proportion est très importante.
Oui, parce qu'on est beaucoup plus en retard que d'autres sur le renouvelable. Et que, pour le coup, et ça c'est bien, on s'est passé d'autres énergies fossiles. Mais on voit bien que la capacité de déploiement du nucléaire, ça ne marche pas. On ne sait pas industrialiser ça et faire que ça va sauver le monde. Par ailleurs, évidemment que construire une centrale nucléaire, ça prend un peu plus de temps que de construire une éolienne. Ça, vous le savez. Et à Flamandville, avec les 20 ans de retard et 17 milliards de retard sur le projet, on voit bien que c'est compliqué. Vous connaissez aussi les réticences sur les éoliennes. Non, mais ça veut dire que si on pense...
Là, je vous parle de choses qu'on doit faire d'ici 2030. Des EPR qu'on projette aujourd'hui, jamais ils seront construits en 2030. Donc, c'est faux de dire aux gens que ça va sauver le monde pour le climat. Et en plus, on se projette, du coup, vu tout ce que je viens de se dire, pas vers un monde à plus 1,5 degrés, vers un monde à plus 2, plus 3, plus 4 degrés. Et très sincèrement, Emmanuel Macron vous avait dit qui aurait pu prédire, vous savez, dans ses voeux le 31 décembre, il avait dit qui aurait pu prédire la crise climatique. Il n'arrivait déjà pas à le prédire pour l'été dernier.
Je ne sais pas ce qu'il arrive à prédire pour 2100, 2110, quand les EPR qu'il prévoit seront encore en fonction, puisqu'ils ouvriraient, si tout va bien, en 2040, 2045. Et donc, il y a un moment où on fait courir des risques incommensurables à la planète. Et c'est ça aussi le problème de cette COP. C'est qu'on fait croire aux gens qu'il n'y a pas besoin de sobriété, qu'il n'y a pas besoin de changer, y compris les pays producteurs de pétrole. Là, ils disent c'est bon, c'est capter le CO2 et tout. Enfin, ils savent le faire, à petit échelle quand même. Et donc, ça veut dire qu'on fait toujours croire aux gens par des objets transitionnels. Vous savez, c'est des trucs pour les enfants.
Cette COP, Marine Tourdelier, quand même, cette COP. Et par ailleurs, on arrive à des solutions complètement folles, notamment les Emiratis. Ils ont acheté 10% du Liberia, 20% du Zimbabwe, du territoire, en termes de foncier, pour planter des arbres, pour dire on a compensé. Donc, on peut continuer de pétrole parce qu'on compense carbone en achetant des parcelles entières de pays pour y planter des arbres, soi-disant. Il y a un moment où on arrive dans des trucs un peu fous qui font croire aux gens qu'en fait, il y a toujours une solution. On peut toujours compenser. On n'a jamais besoin de diminuer la production de fossiles. On n'a jamais besoin de diminuer notre consommation d'énergie.
Et vraiment, il va falloir qu'on ouvre les yeux à un moment.
Et toujours avec Marine Tondelier, secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts,
il y a un dernier mot, une dernière question sur cette COP28 qui s'est achevée. Il n'y avait pas que le début de la fin du pétrole. Cette COP a aussi abouti à la mise en œuvre d'un fonds sur les pertes et dommages des pays vulnérables qui sera financé par nous, par les pays riches. De ce point de vue-là, au moins, est-ce que cette COP28 est une réussite ?
Ça paraît assez logique que celles et ceux qui ont produit l'immense majorité des gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle en 1850 contribuent plus à gérer ces effets que celles et ceux qui commencent seulement à se développer. Ça paraît logique. Et la transition écologique mondialement, mais c'est valable quand on parle de la France aussi, ne sera acceptable que si elle est socialement juste. Donc oui, c'est important que ce fonds existe. Après, très sincèrement, entre l'argent qui serait nécessaire pour faire les choses bien et celui qui a été consenti par les pays riches, on est encore très très loin du compte.
Marine Tourdelier, c'est lundi, à 17h, que la commission mixte paritaire va se réunir pour examiner la loi immigration. Sur les 14 parlementaires de la CMP, aucun écologiste. Et pourtant, c'est vous qui êtes à l'origine de la motion de rejet adoptée à l'Assemblée. Clairement, vous êtes les dindons de la farce.
Pourquoi vous dites ça ?
Parce que c'est vous qui êtes à l'origine de la motion de rejet
et vous n'aurez pas votre mot à dire sur le futur texte. Oui, on préférait être dans la commission mixte paritaire, mais très sincèrement, sur ce projet de loi, c'est un peu plus vaste que ça, le problème. Et d'ailleurs, je constate que depuis quelques jours, on parle procédure, motion de rejet, CMP, les coups de téléphone de Darmanin pour ces gendarmeries. Enfin, on n'est que sur de la stratégie et de la popole. La stratégie, mais on oublie à la fin qu'en fait, on parle de personnes, d'humains, qui vont se noyer en Méditerranée, qui ne pourront plus soigner. C'est de ça dont on parle. Et donc, c'est plus ça qui me heurte qu'une place en CMP où, bien sûr, ça aurait été mieux pour débattre.
Mais précisément, pardon, mais la popole, la politique aéri, comme on dit, c'est important en l'occurrence, parce que ce qui est en jeu, c'est votre stratégie, la stratégie de la gauche...
C'est important, mais ça ne doit pas invisibiliser les gens pour les canons.
Mais précisément, qui risque de déboucher sur un texte beaucoup plus dur que celui que vous auriez souhaité.
C'est un risque. Il y a un autre risque aussi, c'est que ça ne débouche sur rien du tout. En fait, ce texte, c'est un drame en trois actes. Premier acte, Gérald Darmanin, qui, je vous rappelle, trouvait que Marine Le Pen était trop molle et qui trouvait intelligent d'aller braconner électoralement sur les terres du RN, ce dont on sait, et tout le monde lui a dit, que c'était complètement contre-productif. Deuxième acte du drame, le Sénat, où, évidemment, à coup de braquet, à droite totale, un test qui sort avec des mesures dedans qui sont inconstitutionnelles. On nous parle d'appel d'air avec l'aide médicale d'État. Mais c'est ce texte, Marine Tondelier.
Avec 50% des gens qui pourraient avoir droit, n'ont même pas recours. Marine Tondelier, c'est ce texte qui va servir de base aux discussions de la CMP. Et troisième drame, c'est que motion de rejet, même pas d'examen à l'Assemblée. C'est une crise politique majeure. Et donc, à un moment, ils vont se débrouiller comme ils peuvent. Je ne pense pas qu'il y ait du su possible, du su politique possible.
Je ne vois pas... Si, un texte plus dur que le texte proposé initialement par le gouvernement.
Donc, ils peuvent se mettre d'accord là-dessus en CMP et comment ils votent à l'Assemblée. Vous pensez que, dans la majorité, où il y a quand même des gens qui avaient mis des lignes rouges assez précises, ils vont tous se renier à coup de gendarmerie offerte par Gérald Darmanin ? À un moment, on voit bien que c'est compliqué. Mais vous voyez bien que ça peut arriver. Il est en une grande difficulté. Et donc, pour mettre fin à cette tragédie, à ce sketch qui, en plus, ne fait rire personne, je leur donne un conseil, c'est qu'on s'arrête là et qu'on passe à des sujets qui, eux, aideraient vraiment le quotidien des Français.
On examinait hier au Sénat une proposition de loi sur la précarité étudiante qui était proposée par les écologistes. Il y a 25% des étudiantes en France qui n'ont pas de quoi se payer des serviettes hygiéniques. Eh bien, ce n'est pas de la faute des migrants. Il y a 40% des étudiants qui doivent travailler pour payer leurs études et qui ne sont pas de la faute des migrants. Ce projet de loi ne changera rien à la vie des Français. Rien. Il faut arrêter de leur faire croire que sur tous les sujets qui embêtent leur quotidien, c'est les migrants le problème. Ça ne changera rien à la vie des Français.
Ça mettra des gens en difficulté grave, en danger de mort, qui se noyeront dans la Méditerranée, qui ne pourront plus soigner. Et parallèlement à ça, ils ne savent même pas comment le voter. Mais votre stratégie politique, elle conduit à un texte beaucoup plus dur. Clairement, est-ce que vous avez tiré une balle d'entier ? Pour l'instant, il n'y a pas de texte. Il n'y a pas de texte. Et je leur souhaite bien du courage en commission disparitaire, bien du courage, si elles pouvaient par miracle aboutir pour faire voter ce texte à l'Assemblée nationale. Ils ne sont pas au bout de leur peine et pour mettre fin à ce spectacle déplorable et à une ambiance quand même dans le débat public.
Hier, il y a quand même le rapporteur général de la commission des finances de l'Assemblée nationale qui a expliqué à ma présidente de groupe, Céline Châtelain, à l'Assemblée, qu'elle serait rasée la libération. Alors, lui, il a démenti. Il a démenti, mais il y a plusieurs témoins, dont Olivier Faure, dont plusieurs députés. À un moment, en fait, on voit bien que ce texte est dégroupillé des gens. Et donc, il faut qu'on sorte. C'est un débat qui est malsain, nauséabond, qu'on en sorte.
Vous demandez des sanctions contre Jean-René Cazeneuve ?
Ça me paraîtrait la moindre des choses.
Vous avez évoqué des marchandages et notamment des histoires de gendarmerie, des appels à des députés. Il y a une plainte qui a été déposée. Est-ce que vous, vous êtes prêts à vous associer à ce type d'action contre le ministre Gérald Darmanin ?
Moi, je ne suis pas parlementaire. Donc, ce n'est pas forcément mon rôle. Mais il y a un moment, il y a des manières de faire de la politique qui me dégoûtent. Et donc, M. Darmanin, il y a eu des affaires d'échange de faveurs sexuelles déjà contre des services politiques. Ça, c'était une notoriété publique. C'est une affaire dont on a parlé pendant très longtemps. On ne saura jamais vraiment exactement ce qui s'est passé. À l'affaire classée. Il y a plusieurs affaires. Non, mais à l'affaire classée,
c'est important de le préciser quand même.
Évidemment, ces affaires en justice, ça ne marche jamais. C'est très compliqué à démontrer. Mais la défense de ces avocats ne déniaient pas non plus les faits. Maintenant, on passe à des échanges de gendarmerie contre des votes au Parlement. Bon, c'est un autre style de marchandage. Mais ça ne doit pas se passer comme ça dans une démocratie. Et en fait, moi, je le trouve extrêmement choquant. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que quand vous êtes un citoyen, pour avoir le droit à la gendarmerie que vous demandez parce que vous avez besoin d'assurer la sécurité de votre territoire, votre parlementaire doit se renier en votant un truc à l'Assemblée qui, en plus, est abject sur le plan moral, qu'il n'avait pas envie de voter. Mais s'il veut sa gendarmerie, il doit faire ça. C'est comme ça que ça marche, la démocratie en France, aujourd'hui. Franchement, la manière dont M. Darmanin occupe ses fonctions de ministre de l'Intérieur est extrêmement préoccupante. Et je constate qu'Emmanuel Macron fait preuve, envers quelques membres de son gouvernement, et d'ailleurs que des hommes, d'une extrême mensuétude.
Là où rien n'est toléré et rien n'est admis pour certains, ils bénéficient d'une immense mensuétude. Et ils font des choses qui nécessiteraient des recadrages et des sanctions immédiates. Mais eux, tout est permis. Pour qu'on soit fait complet,
Marine Tondelier, Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur nie formellement ses accusations et il a décidé de porter plainte pour diffamation. Et bien parfait. On passe à tout autre chose.
Et la justice tranchera. En attendant, les faits restent. Et la démocratie est en danger.
Il y a un dommage collatéral de votre motion de rejet. On en parlait ce matin sur France Info. La proposition de loi de votre collègue Julien Bayou, qui vise à supprimer la Cour de justice de la République, a besoin d'alliés, ne serait-ce que pour l'inscrire au calendrier. Est-ce que vous craignez que vos relations tendues avec la majorité, on l'a encore entendu à l'instant, et les autres oppositions vous empêchent de défendre cette proposition ?
Écoutez, nos relations tendues avec la majorité, certes, mais ce n'était pas eux qui allaient supprimer la Cour de justice de la République qui sauve un certain nombre de leurs ministres en ce moment. Et les relations tendues avec les autres, on a quand même déposé une motion de rejet écologiste et tous les groupes, sauf ceux de la majorité, l'ont voté. Donc on a peut-être des relations tendues et même je le revendique d'avoir des relations tendues avec certains, ça ne les empêche pas de voter des choses qu'on dépose et même de manière pour le coup là assez historique. Sur la Cour de justice de la République, on va être très clair, moi j'ai une affaire en cours devant la CEDH
parce que j'ai déposé
plainte pour diffamation contre M. Béchut qui m'accusait d'avoir des amis qui jetteraient des boules de pétanque sur des gendarmes, ce qui n'est pas le cas. Et le sujet n'est pas cette phrase, mais le fait que la Cour de justice de la République a classé sans suite ma plainte sans que je sois entendue, sans qu'il n'y ait aucune enquête, aucune audition, rien. Et donc, à un moment, l'impunité, ça suffit. Les ministres ne peuvent pas être au-dessus des autres justifiades dans ce pays. Ce n'est pas un bon exemple qui est donné dans ce pays.
Et peut-être que sur certains dossiers, on peut dire qu'un ministre doit pouvoir travailler sans être inquiété parce que ça pourrait donner des règlements cons, des procédures abusives. Bon, sur des trucs de diffamation, quand même, c'est la base. Et donc, il se trouve que j'ai porté aussi devant la CEDH ce dossier et que ça prendra du temps à être jugé. Mais je pense que même la CEDH doit regarder ça parce qu'à un moment, c'est une obstruction au droit à un procès équitable. Et je trouve que ce n'est pas juste non plus. Donc, c'est quelque chose sur lequel les écologistes combattent à l'Assemblée. Nous continuerons à le faire, mais aussi en justice devant les instances européennes.
Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Bracchia. Toujours avec la secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts, Marine Tondelier. Il est temps de faire de chaque enfant sans abri une priorité nationale. C'est le titre de la tribune que vous avez signée avec d'autres dans le monde. Chaque nuit, près de 3 000 enfants dorment dans la rue en France. Quelles doivent être les réponses urgentes pour les abriter au plus vite ?
Donc, c'est chaque nuit, 2 822 enfants qui appellent le 115 et qui restent sans solution, dont 700 qui ont moins de 3 ans. On se représente bien ce que ça veut dire. C'est des enfants qui, à la sortie de l'école, quand ils sont scolarisés, ne peuvent pas rentrer chez eux et finissent la nuit dans une tente, dans une voiture ou à la rue. Et ça se passe chaque nuit en France. C'est 41% d'augmentation depuis l'année dernière. Il se passe quelque chose de très grave. et la demande des parlementaires écologistes est très simple. C'est 10 000 places d'hébergement en plus. C'était d'ailleurs l'objet d'amendements dans le projet de loi de finances mais avec le 49-3, ça n'a pas pu aller bien loin.
Aujourd'hui, le budget que le gouvernement présente pour 2024 sur l'hébergement d'urgence est inférieur à celui de 2023. Alors, je vous ai dit, le nombre d'enfants à la rue a augmenté de 41%. On a quand même un petit sujet pas juste politique mais un sujet d'humanité. Et moi, j'en avais parlé avec Mme Borne il y a un an. La première fois que je l'ai rencontrée en tant que secrétaire nationale d'Europe Écologie des Verts, on était à peu près à ce moment-là de l'année et je lui avais dit pour Noël, on doit viser à ce qu'il n'y ait plus aucun enfant dans la rue.
Elle m'avait dit mais c'est pratiquement fait, il reste des places vides en hébergement d'urgence et moi, les associations me donnaient un bilan très contradictoire. Et on avait même eu un rendez-vous avec les maires écologistes et Olivier Klein, ministre du Logement. On a fait tout ce qu'on pouvait. Les maires écologistes prennent leur part. On en est à mettre en place des tiny houses, vous savez, ces petites maisons dans la métropole de Lyon pour les maires avec des bébés monoparentales sans abri.
Les maires sont en première ligne mais à un moment, l'État doit prendre ses responsabilités et je trouve déplorable que deux parlementaires écologistes, Marie-Charles de Garin qui a dû dormir dans une école avec une famille pour alerter sur le sujet et Charles Fournier qui a hébergé quatre familles dont une femme enceinte, 13 personnes en tout dans sa permanence 15 jours doivent prendre le relais de l'État de cette manière. À un moment, il faut se réveiller.
Marine Tondoli, dans les Hauts-de-France, votre région, la préfecture a décidé de mettre fin au contrat qui lie le lycée lillois Averroès à l'État. Il cesse donc de subventionner le principal lycée musulman de France 20 ans après sa création. Comment est-ce que vous considérez cette décision, vous ?
Alors, c'est un sujet assez compliqué parce qu'en fait, c'est la commission qui a pris cette décision, le fait sur la base de pièces que eux seuls ont. Donc, c'est assez difficile de se faire un avis. Mais la France Insoumise,
par exemple, dit que c'est islamophobe.
Je constate quand même qu'il y a un deux poids, deux mesures et qu'être enfant musulman dans ce pays, ce n'est pas la même chose. Moi, je pense aux gens qui sont scolarisés dans ce lycée à leur famille qui se disent « je vais où l'année prochaine ? Est-ce que ça va rester ouvert ? Est-ce que ça va fermer ? » La même semaine, on apprend quand même que M. Sanchez à Bocquer, après avoir interdit le repas de substitution que c'est à la cantine, lui, il a mis maintenant le cochon obligatoire le lundi. C'est un truc quand même, on n'avait jamais vu ça.
Et donc, fait divers après fait divers, et c'est même plus que des faits divers, c'est extrêmement grave, se dresse quand même un récit qui envoie aux enfants musulmans de ce pays un message assez compliqué. Et le lycée Averroès, c'est difficile d'avoir tous les éléments du dossier, forcément, on s'interroge. On en a quelques-uns quand même.
Et je remarque que Jean-René Lecerre, qui était sénateur UMP de Lille, qui a fréquenté depuis 2003 beaucoup de lycées, qui, en tant que sénateur, a beaucoup travaillé avec eux, même lui, il dit « Franchement, c'est disproportionné, je travaille beaucoup avec eux, c'est sérieux, qui a peut-être eu des maladresses administratives, qui faillent regarder les choses. » Le préfet du Nord, il s'est même proposé
« Mais en avant, je cite, des manquements graves aux principes fondamentaux de la République. » Mais qu'ils disent lesquels.
On les regarde objectivement, un par un. Et M. Jean-René Lecerre, qui est de l'UMP, qu'on ne pourra pas accuser d'être islamo-pogis, ou je ne sais pas quoi, c'est même proposé d'être médiateur sur le dossier avec Pierre Mathieu, le directeur de Sciences Po-Lille. Et je trouve que c'est une proposition excellente pour remettre un peu de sérénité, de rationalité dans ce débat. En tout cas, j'adresse mes pensées aux enfants qui sont scolarisés dans ce collège et dans ce lycée et à leurs familles qui doivent se demander un peu ce qui va se passer à la rentrée.
Marine Tondelier, en juin prochain, c'est les Européennes. Vous avez désigné une candidate qui s'appelle Marie Toussaint. Le problème, elle est quasi inconnue. Alors, un homme que vous connaissez bien, Daniel Cohn-Bendit, propose que la gauche, toute la gauche, se range derrière Raphaël Glucksmann. Quelle est votre réponse ?
Je veux répondre sur le fait que Marie Toussaint, soi-disant, ne soit pas assez connue parce que peut-être qu'on n'est pas connue pour les bonnes choses en politique en France. Marie Toussaint, elle a organisé les marches climat il y a cinq ans. C'est une des artisanes de ce succès, de l'affaire du siècle, de cette pétition qui avait fait plusieurs millions de signatures pour le climat.
Elle porte le sujet de l'écocide, c'est-à-dire les atteintes aux vivants dans le pays qui sont souvent aussi des atteintes à la santé environnementale et elle vient en aide dans des zones où des familles souvent laissées dans l'invisibilité, dans la précarité, se battent contre des géants sur des dossiers de pollution grave de leur environnement, de maladies graves, etc. Et c'est une députée européenne qui est extrêmement courageuse et donc, si les Français ne la connaissent pas encore, ça leur réserve une excellente surprise et une très belle rencontre pendant la deuxième partie de la question.
Mais Konmeni,
vous l'avez déjà très connu, j'ai moins besoin d'en parler.
Oui, mais justement, ce n'est pas n'importe qui, notamment chez les écologies, c'est quand même lui qui a lancé, en quelque sorte, Europe, écologie, les verts, avec une campagne...
C'est lui qui l'a lancé, oui, il était tête de liste. Après, Danny, il a toujours eu un rapport à la politique française comme ça, je t'aime moi non plus, c'est un peu la... Non, mais sur le fond, si vous venez un passage quand même par la Macronie entre les verts et Raphaël Luceman, on attend la prochaine étape
avec impatiente. Vous avez fait 13,5% la dernière fois avec Yannick Jadot aux Européennes. Si vous faites moins, c'est un échec ?
Mais en fait, on n'a même pas encore commencé la campagne que vous êtes déjà sûr et si vous faites moins, qu'est-ce qui se passe ? On va faire campagne, on va envoyer un maximum de députés écologistes au Parlement européen parce que c'est ça qui compte pour l'avenir de nos enfants. Nous, ce qui compte, ce n'est pas juste la prochaine élection, c'est les prochaines générations, voyez-vous.
Et en Europe, cule sur le Green New Deal qui remet en cause des avancées hyper importantes, on a besoin de se battre pour une Europe qui soit fédérale, qui soit plus juste, qui soit plus démocratique, qui soit aussi plus forte à l'extérieur de ses frontières et plus juste en termes diplomatiques et géopolitiques. C'est ça notre projet, c'est ça qui nous intéresse. On ne va pas faire la campagne avec une calculatrice en essayant de faire des moyennes de sondage.
J'ai une dernière question parce que vous avez créé un mouvement qui s'appelle Les écologistes. Depuis tout à l'heure, on vous dit que vous êtes secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts.
Oui, j'osais pas vous...
Oui, alors, on est bien d'accord. Maintenant, on vous appelle Les écologistes. Non, on était un peu perdus en préparant avec Salia. On a lancé un mouvement
qui s'appelle Les écologistes. Vous avez raison parce qu'on estime que, comme le disait Nicolas Boineau, ce qui se conçoit aisément s'énonce clairement et donc Les écologistes, tout le monde comprend, même Daniel Convédit. Mais il n'y a plus
l'Europe dedans.
Et donc, vous savez, si on devait mettre tous les mots qui nous importent dans notre nom, ça ferait un paragraphe. Donc là, c'est Les écologistes. C'est très simple. Il y a un site qui s'appelle Les écologistes, une application qui s'appelle Écolo. Non, mais on a été chercher encore le site
d'Europe Écologie Les Verts. C'est pour ça qu'on était perdus. Évidemment,
parce que nous sommes dans un moment de transition et donc, fin février, il n'y aura plus qu'un seul mouvement Les écologistes.
Voilà, transition. Le mot de la semaine. Transition. Vous pouvez nous rejoindre
déjà maintenant.
Merci Marine Tondelier, secrétaire nationale des écologistes invités du 8.30. Très pédagogique, ce serait turnip.
Marine Tondelier