GUERRE ET PAIX : ce que change l’accord entre ISRAËL et le LIBAN
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Vendredi 26 juin à Washington, Israël et le Liban ont signé un accord cadre pour une paix et une sécurité durable après 4 mois de guerre entre Israël et le Esbola. Les deux pays avaient à cœur d'écarter l'Iran qui a fait de la résolution du conflit au sud du Liban, un des points clés de ses négociations avec les États-Unis. L'accord qui conditionne le retrait d'Israël au désarmement total du Esbola semble difficilement réalisable.
La paix est-elle envisageable ? Israël et le Liban peuvent-ils réellement s'abstenir de négociation avec les autres acteurs de la région ? Pour en parler, on accueille ce matin Karim Émile Bitard.
Bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous.
Vous êtes professeur à l'École normale supérieure de Lyon et à l'université Saint-Joseph de Beout. Avant de s'intéresser plus en profondeur à cet accord, pouvez-vous nous dire un mot du bilan de ces 4 mois de guerre au sud du Liban ? Euh le bilan est absolument euh dévastateur.
Euh plus de 4000 morts et surtout euh plus d' 1,3 million de réfugiés. Euh et la présence massive de ces réfugiés à travers le territoire libanais vient augmenter les risques de tensions internes et surtout une population plus démoralisée que jamais, une fuite de la jeunesse qui cherche à quitter le pays et très peu d'horizons politiques. Que prévoit cet accord cadre qui a été signé vendredi dernier à Washington ?
Alors, cet accord était censé, comme vous l'avez dit, extirper le Liban de la sphère d'influence iranienne. Le problème est, semble-t-il, que côté libanais, cet accord a été assez mal négocié. Les clauses sont très largement en faveur d'Israël.
Ce qui fait que certains Libanais craignent aujourd'hui qu'il ne se retrouvent comme souvent à travers l'histoire en train de passer d'une sphère d'influence à une autre et que cet accord vienne approfondir les lignes de faille à l'intérieur de la société libanaise, accentuer la polarisation, semer les germes de conflits internes. Et il y a quelques abandons de souveraineté et aucune garantie que le Liban retrouvera son intégrité territoriale. Les États-Unis qui étaient les parins de cet accord ont tendance à systématiquement soutenir Israël.
Le Liban se retrouvait un peu isolé. La France avait été exclue par Israël de ce processus de négociation et la mise en œuvre sera très difficile car le Hezbola ne répond pas aux ordres du gouvernement libanais. S'il n'y a pas euh d'accord iranien.
On voit mal le mouvement remettre ses armes et tant qu'il ne le remet pas il y a un véritable risque d'affrontement et Israël a conditionné son retrait à un désarmement total qu'Israël et les États-Unis eux-mêmes seraient chargés de vérifier. Donc il y a un risque d'une occupation qui perdurerait pendant très longtemps. Pourquoi le Liban a-t-il signé ? [grognement] Alors parce que précisément beaucoup de Libanais avaient le sentiment d'avoir été pris en otage par l'axe iranien depuis très longtemps, le Hezbola avait lancé une salve de requête contre Israël après l'assassinat de Layatola Khaminii sans consulter les autorités libanaises.
Même si cette salve de six roquettes était à leurs yeux essentiellement symbolique et n'avait pas fait de dégâts, le prix à payer pour le Liban a été extrêmement lourd. Et le Liban craignait également de se retrouver euh devenir une simple carte entre les mains du régime iranien dans ses négociations avec l'Amérique. Et comme les Iraniens avaient très bien négocié face aux Américains, un peu trop bien peut-être l'accord était déséquilibré en faveur des Iraniens, celui-ci est déséquilibré en faveur d'Israël et l'histoire des négociations montre que lorsqu'il y a un tel déséquilibre, ces accords ne sont que très rarement mis en œuvre.
Justement, on a beaucoup parlé ces derniers temps de cet accord entre les États-Unis et l'Iran, hein, qui est censé mettre fin à la guerre déclenchée par Washington. Pourquoi Israël et le Liban, qui sont quand même complètement concernés par ce même conflit n'ont pas été vraiment associés ? Pourquoi il a fallu ces deux accords cadres ?
Alors, c'est la tragédie des petites nations comme le Liban de voir leur destin décidé par les grandes puissances. Les Iraniens se voient un peu comme les parins de toute une galaxie d'alliés régionaux, mais ils avaient quand même réussi à obtenir des Américains des concessions significatives et l'Amérique avait accepté que Israël se retire. L'Amérique étant censée être un peu le parrain d'Israël tout comme l'Iran est le parrain du Hzbola.
Donc l'accord iranien prévoyait un retrait total d'Israël du sud-Liban, ce que cet accord-là ne garantit pas. Ce qui fait que le gouvernement euh libanais est aujourd'hui euh dans une situation difficile pour se justifier pas seulement aux yeux de ses adversaires, mais parfois au sein de ses propres alliés. Alors pour autant dans cet accord, le il est prévu que ce soi les forces armées libanaises qui s'occupent de désarmer le esbola.
Ça nous rappelle, j'allais dire, des mauvais souvenirs. Ça fait longtemps qu'on demande ça au au gouvernement libanais. Les Libanais souhaitent depuis longtemps que l'armée restaure son autorité sur l'ensemble du territoire.
Encore faut-il qu'elle en ait la volonté et les moyens financiers, militaires, logistiques, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui et il ne faut pas non plus sous-estimer les risques de tensions internes. Les Libanais sont encore traumatisés par 1975 où l'armée s'était scindée en deux au début de la guerre civile. Donc aujourd'hui, l'enjeu principal doit être de préserver la cohésion nationale, l'unité libanaise, d'éviter la fragmentation et le chaos car certains officiels israéliens le reconnaissent ouvertement.
Pour eux, ce ne serait pas un scénario catastrophe s'il devait y avoir des troubles internes au Liban, ce qui permettrait d'affaiblir le Hzbola et de l'orienter vers autre chose que la lutte contre Israël. Karim Émile Bitter, vous êtes professeur à l'École normale supérieure de Lyon et à l'université Saint-Joseph de Beout. Merci d'être avec nous ce matin dans les enjeux internationaux.
Euh est-ce que vous pouvez nous dire encore un mot euh sur la France ? C'est très important qu'on en parle. Il y a la fin de la finule, la mission des Nations- Unies qui normalement s'arrête à la fin de l'année 2026.
Pourquoi ? Vous nous l'avez dit il y a un instant, elle a été exclue un peu enfin mise un peu marginalisée de cet accord. Alors, monsieur Netanyahu n'a jamais digéré que la France ait contribué à ce processus international de reconnaissance de l'État palestinien.
C'était une façon de punir la France. Il savait qu'il comptait plus d'alliés solides au sein de l'administration américaine, même si aujourd'hui Jay V et quelques autres commencent à élever le ton contre Israël. Euh mais aussi bien la France que les États qui traditionnellement s'efforcent de préserver la souveraineté, l'unité du Liban, je pense à l'État du Vatican, à l'Italie, à parfois certains États du golf ont tous été écartés.
Ce qui fait que le Liban avait avait très peu de leviers. Vous ajoutez à cela une certaine incompétence au amateurisme des négociateurs et on se retrouve avec un accord qui restera probablement de l'encre sur papier. Euh vous avez vu bien sûr cette ce sommet bilatéral avec l'Italie.
Qu'est-ce que est-ce que vous pouvez nous dire sur cette nouvelle coalition que souhaite mettre en place le président Macron au Liban avec l'Italie notamment ? Alors c'est une initiative intéressante qui mérite d'être saluée parce qu'il y a un véritable vide qui va se créer à l'expiration du mandat de la finule. Il faut imaginer un mécanisme de substitution.
La France et l'Italie connaissent bien la diplomatie du Moyen-Orient, ont des liens solides avec tous les acteurs et ils devront probablement, ils ont déjà commencé à se coordonner avec un quartet qui est en train de naître. L'Arabie Saoudite, l'Égypte, le Pakistan, la Turquie ont un peu uniforts pour essayer de préserver la stabilité, d'éviter le chaos régional. Donc une coalition entre ces États européens et ces États du Moyen-Orient pourrait permettre éventuellement de combler le vide et d'éviter que le sud Liban ne devienne pendant euh très longtemps un terrain euh d'affrontement.
Encore faut-il qu'Israël accepte de se retirer du Liban et monsieur Netanyahu en pleine campagne électorale multiplie les déclarations disant qu'il ne sortira pas de cette zone de sécurité comme on l'appelle pudiquement et certains de ces ministres vont plus loin en appelant à la colonisation ou à l'annexion du sud libre. Que savons-nous aujourd'hui de l'état des capacités militaires du Esbola ? Alors nous pensions que ce mouvement avait été considérablement affaibli après la guerre de octobre-novembre 2024.
Il avait été décapité. Les analystes militaires israéliens nous disaient qu'il avait perdu 80 % de ses forces balistiques, de ses capacités, mais il semble avoir repris du poil de la bête car il a été repris en main directement par les gardiens de la révolution is iranienne, les Pass d'aran qui sont sur le territoire libanais, qui prennent les décisions et les mett en œuvre. Euh donc le Hezbola cette fois-ci a opposé une certaine résistance, mais il y a toujours un déséquilibre flagrant et il y a une radicalisation du Hzbola comme il y a une radicalisation du régime iranien depuis l'attaque contre l'Iran.
Euh Karim Émile Bitard, vous nous avez parlé d'un risque de guerre civile. Ce ne sont pas forcément vos mots, mais c'est comme ça que je les ai compris. Que pouvez-vous nous dire sur aussi l'état de la population de la société civile libanaise ?
Alors là-dessus, je pense qu'il y a deux écueils à éviter. Le premier écueil, c'est de minimiser complètement ce risque. Le 2è écueil serait de céder un peu au chantage du Hzbola qui dit aux autorités libanaises, si vous tentez d'asseoir votre autorité sur le territoire, ce sera inévitablement la guerre civile.
Donc les autorités libanaises devront tenter d'éviter ces deux écueils, de progressivement renforcer les institutions étatiques, d'éviter que le pays ne soit tiraillé entre des tendances diverses tout en progressivement consolider cette armée pour qu'elle puisse véritablement prendre le relais. Mais à ce stade euh il est à craindre que euh le Liban reste pris au cœur de cette guerre euh irano-israélienne sur le territoire libanais. C'est une véritable guerre par procuration.
Les Libanais ont le sentiment d'être spectateurs et d'en payer les prix. Ça fait plus de 30 ans qu'on entend qu'il faut désarmer le Sebbola. Est-ce que vraiment quelqu'un peut y arriver ?
Euh s'il n'y a pas d'accord global avec les Iraniens et que les Iraniens n'exercent pas leur leviers, ne décident pas eux-mêmes de cesser le financement du Hzbola, je vois difficilement l'armée libanaise y parvenir. Cela ne veut pas dire qu'il faut se résigner. On peut progressivement tenter d'asphixier le mouvement, de couper ses canaux de financement, de restaurer le rôle de l'État.
Mais euh l'Iran est un acteur essentiel euh au Liban, tout comme Israël, tout comme les États-Unis, tout comme les pays du golf. Ce pays doit être insularisé des conflits régionaux. Et là aussi, ça fait plus de 30 ans qu'on en rêve.
Euh sans parvenir, les situations sont inextricables. Donc l'accord américano-iranien, s'il était plus équilibré, s'il y avait des garanties des deux côtés de mettre la pression sur leurs alliés respectifs dans la région aurait pu permettre une stabilisation du Liban. Mais les deux accords semblent mornés.
Peut-être un mot aussi du président libanais Joseph Aoun. Quelle est sa stratégie vis-à-vis de ce conflit et vis-à-vis dubola ? Alors comme le Liban, le chef de l'État est pris un peu entre le marteau et l'enclume.
Il est dans une situation qui n'est pas aisée. Il a été commandant en chef de l'armée. Il connaît les limites de l'institution militaire.
Il sait aussi la nécessité de ne pas laisser le Liban à des groupes armés non étatiques qui répondent directement à des injonctions étrangères. Mais il est aussi soumis à des pressions américaines très fortes. Donc il s'efforce de maintenir un minimum de cohésion et d'union nationale, de reconstruire un état, mais euh c'est euh un chemin qui sera très long.
Vous ne semblez pas très optimiste pour finir ? Je suis rarement optimiste et l'histoire malheureusement montre souvent que les Cassandres finissent par avoir raison dans cette partie du monde. Ce qui n'empêche pas qu'il faut être proactif et tenter de d'avoir un certain optimisme de la volonté à côté de ce pessimisme.
Merci infiniment Karim Émile Bitard d'être venu ce matin dans les enjeux internationaux. Je rappelle que vous êtes professeur à l'École normale supérieure de Lyon et à l'université Saint-Joseph de Beou. Un entretien que l'on peut réécouter sur l'application Radio France à la page des enjeux internationaux.
Il est 7h30 sur France Culture.
Emmanuel Macron