Tchad : Macron complice d'un crime de masse | Thomas Dietrich
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« il a pris le pouvoir en violation de la Constitution tchadienne et avec l'aval de la France et notamment d'Emmanuel Macron »
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« la France est allée repousser militairement, est allée bombarder des rebelles qui n'étaient absolument pas djihadistes mais qui menaçaient le pouvoir du protégé de la France, Idriss Déby. »
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« En juin dernier, il y a 15 millions d'euros qui ont été décaissés par la France, par le contribuable français pour donner appui au gouvernement tchadien. »
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« IGNFI, j'avais révélé ça avec de nombreux documents à l'appui, a fourni au Tchad des cartes qui permettaient de réprimer les manifestants. »
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« Ibn Umar Mahmoud Saleh qui a été enlevé par la garde présidentielle d'Idriss Déby, père, donc le père de l'actuel président en 2008 et dont on n'avait plus eu de nouvelles. »
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« l'ambassadeur de France, Bertrand Cocheri, qui est aujourd'hui ambassadeur de France au Tchad, avait convoqué à l'ambassade de France certains opposants pour essayer de les dissuader, de manifester et d'aller contester dans la rue la dictature. »
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Bonsoir Thomas.
Salut Nadia.
Alors, qu'est-ce qui s'est passé aujourd'hui au Tchad ?
Tu sais, il y a une loi dont on parle beaucoup en journalisme qui s'appelle la loi du mort au kilomètre. Comme si finalement plus un événement était lointain et moins il nous touchait. Alors c'est vrai dans les médias, mais c'est vrai qu'en tant que journaliste il y a des choses qui nous touchent plus que d'autres et notamment moi parce que ma femme et mon fils sont tchadiens. Et ce que j'ai vu aujourd'hui m'a retourné le cœur. C'est-à-dire que le Tchad est un pays qui fait partie des trois pays les plus pauvres du monde, qui prend de plein flouet l'inflation. Vous avez aujourd'hui une capitale qui est complètement sous les eaux puisqu'il y a des inondations régulières.
Et puis c'est un pays qui a vécu de dictature en dictature. Pendant 30 ans, il y a eu le règne d'Idriss Déby, Grand Ami de la France, qui a régné d'une main de fer sur le Tchad en réprimant tous ses opposants. Et en 2021, il est décédé dans des circonstances obscures au front contre les rebelles.
Et alors que le président de l'Assemblée nationale aurait dû prendre le pouvoir et organiser des élections dans un délai très bref, il y a eu un coup d'État qui a été organisé par son fils, Mahat-Idriss Déby, qui était par ailleurs commandant de la garde présidentielle et qui, en violation de la constitution tchadienne et de toutes les règles, s'est arrogé le pouvoir en disant « Ne vous inquiétez pas, ce sera une petite transition de 18 mois et puis on rendra le pouvoir au peuple. Ne vous inquiétez pas, ça va bien se passer. » Et puis les 18 mois sont passés.
Le régime en place a organisé une parodie de dialogue où des pseudo-opposants se sont réunis pour dire que « Non, regardez, 18 mois, ce n'est pas suffisant. Il faut rajouter deux ans supplémentaires. » Et donc Mahat-Idriss Déby, qui était dirigeant d'une géante, est devenu officiellement président de la transition pour deux ans supplémentaires. Et ce qui est encore plus dérangeant, c'est qu'il va pouvoir se présenter aux élections, soi-disant démocratiques, qui vont suivre au bout de ces deux ans.
Alors évidemment, la population tchadienne, qui vit dans la misère et dans la peur, s'est révoltée, s'est organisée pour manifester à l'appel des organisations de la société civile, notamment Waki Tama et des transformateurs. Cette manifestation qui était prévue a été interdite par les autorités et elle a été très durement réprimée, puisque dès le matin, dès les premiers cortèges qui se sont formés à N'Djaména dans la capitale, mais aussi dans les autres villes du pays, comme Moundou et Kumbra, il y a eu des tirs à balles réelles.
Et on estime qu'il y a une trentaine de manifestants qui ont été tués par balles, notamment un journaliste qui avait fait l'ESJ de Lille, Nassis Oregier, et très gréant blessé, un des leaders de la société civile, Rais Kim, qui est aussi rappeur et qui s'est engagé de longue date contre la dictature au Tchad.
Et puis, alors qu'on aurait dû avoir une condamnation unanime en France et une reprise unanime de la presse, on est quand même soi-disant le pays des droits de l'homme, on a eu des dépêches de l'AFP assez étranges en disant qu'il y avait eu des heurts entre les manifestants et les forces de l'ordre qui avaient fait 30 morts, comme si finalement, on mettait sur le même pied des manifestants désarmés et un régime ultra-armé, puisque le Tchad, selon le rapport de l'International Croise-Dix Groupe, dépense 30 à 40 % de son budget dans le domaine de la défense.
Donc, partout à N'Djaména, vous avez des militaires, vous avez des forces de l'ordre qui sont là, Kalachnikov pour pied, prêts à tirer sur le moindre manifestant qui oserait sortir dans la rue. Et peut-être que cette couverture un peu étrange de la presse française qui s'est finie par, cet après-midi, retour au calme relatif à N'Djaména. C'est sûr que... Le soleil revient. Le soleil revient sur un tapis de cadavre et peut-être dû aussi aux liens incestueux qui existent entre Paris, l'Elysée et le régime tchadien.
Tu nous as préparé un petit magnéto ?
Alors, j'ai préparé un petit magnéto. Ce qu'il faut dire, c'est que je parlais tout à l'heure du coup d'État qui s'est déroulé en avril 2021 où le fils d'Idriss Déby, Mamat Idriss Déby, dites-nous, a pris le pouvoir et il a pris le pouvoir en violation de la Constitution tchadienne et avec l'aval de la France et notamment d'Emmanuel Macron qui s'est empressé d'aller à N'Djaména pour enterrer le père qui était tombé au combat et adouber le fils. On écoute un extrait de ce discours. On avait l'impression qu'Emmanuel Macron enterrait Jean Moulin.
Cher Président, cher Maréchal, cher Idriss, nous voilà réunis devant votre dépouille après trois décennies à la tête de votre pays et tant de combats livrés avec bravoure. La France ne laissera jamais personne ne remettre en cause et ne laissera jamais personne menacer ni aujourd'hui ni demain la stabilité et l'intégrité du Tchad.
Le pire, c'est que cette dictature est soutenue par la France qui prétend pourtant ne jouer aucun rôle. Qu'en est-il vraiment, Thomas ?
Alors, on dit souvent que des gens sont nés avant la honte et effectivement, il y a eu un communiqué du Quai d'Orsay ce matin et de l'ambassade de France à N'Djaména pour dire que, bien évidemment, la France ne jouait aucun rôle dans la politique intérieure tchadienne et qu'elle condamnait du bout des lèvres la répression des manifestations. Alors moi, quand j'entends ça, je suis saisi de colère, d'une colère froide parce qu'effectivement, bien sûr que la France a joué un rôle dans ce qui se passe au Tchad. La France est présente depuis 60 ans dans son ancienne colonie.
Elle est là, présente militairement avec des centaines voire des milliers de soldats qui sont présents à N'Djaména, notamment qui constituent... Alors on nous dit toujours oui, c'est dans le cadre de la lutte antiterroriste. Alors effectivement, ça peut se justifier mais sauf qu'on se rend compte que les soldats qui sont présents à N'Djaména, la force française, n'a jamais combattu les djihadistes qui sont par exemple présents au Tchad au niveau du lac Tchad, des djihadistes de Boko Haram et s'est contenté de soutenir le régime en place.
À plusieurs reprises en 2006, en 2008 et en 2019, la France est allée repousser militairement, est allée bombarder des rebelles qui n'étaient absolument pas djihadistes mais qui menaçaient le pouvoir du protégé de la France, Idriss Déby. Et la France a soutenu Békéong. On l'a vu avec le discours d'Emmanuel Macron. C'est vraiment le Tchad, c'est vraiment l'État des GSE, c'est le porte-avions de la France-Afrique. On a soutenu Békéong cette transition, alors que de l'autre côté, deux poids, deux mesures, on critiquait la jeune malienne qui, elle aussi, était venue au pouvoir par un coup d'État mais qui avait le malheur d'être soutenue par les Russes. On a donné de l'argent.
En juin dernier, il y a 15 millions d'euros qui ont été décaissés par la France, par le contribuable français pour donner appui au gouvernement tchadien. Quand on sait la corruption qui règne au Tchad et tout ça, on peut s'interroger sur ce décaissement. Il y a une coopération militaire qui existe. Mahamat Idriss Déby-Hitno est un pantin. Il faut dire les choses telles qu'elles sont. Autant son père était un chef militaire, avait un certain courage et savait diriger son pays, même si c'était dans le sang et la peur. Autant son fils. Alors la France a aidé des pantins à se mettre au pouvoir en Afrique, dans les pays d'Afrique francophone depuis les années 60.
On en a mis des dizaines et des dizaines. Mais celui-là, il vaut son pesant de cacahuètes en termes d'idiotie et de bêtise. À côté de Mahamat Idriss Déby-Hitno, Bokassa, c'était un prix Nobel. On se rend bien compte. Alors le principal aujourd'hui patron du Tchad, l'homme qui dirige en sous-main le Tchad, qui est le patron de la police politique, qui s'appelle Ahmed Kogri, est quelqu'un qui a été longtemps attaché de défense militaire à l'ambassade du Tchad en France et qui est très proche des services secrets. Donc il y a une intrication très forte entre la France et le Tchad. Alors on explique tout ça par la lutte contre le terrorisme. Mais moi, je ne suis absolument pas sûr.
Le Tchad est vraiment notre porte-avions, notre dernier précaré de cette France-Afrique qui s'effondre. Et peut-être, ça s'explique aussi par des choses beaucoup plus obscures puisqu'on sait que pendant la campagne de 2017, la campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron avait des difficultés à trouver des prêts des banques pour financer sa campagne. Les banques rechignaient à lui donner de l'argent. Et Alexandre Benalla s'est rendu à plusieurs reprises au Tchad. Alors je suppose que ce n'était pas pour faire du tourisme ni voir du pays.
Peut-être que la justice devait s'intéresser de plus près aux relations obscures qui lient le Tchad et la France et qui ont toujours lié le Tchad et la France avec notamment les malettes.
La France, c'est depuis des décennies ingérées dans les affaires tchadiennes, comme tu viens de le rappeler. Et tu as d'ailleurs produit ici aux médias de nombreuses enquêtes sur ce Tchad pilier de la France-Afrique.
Alors oui, on a essayé d'enquêter justement sur cette caisse noire, ce cœur de la France-Afrique. J'avais notamment enquêté en mai, c'est d'une troublante actualité, sur une société française qui était filiale historique d'un groupe public français qui s'appelle IGN, que tout le monde connaît parce que IGN, ça fait des cartes qui vous permettent d'aller faire des randonnées en montagne. IGNFI, qui est la filiale internationale de cette société publique, vend aussi des cartes à l'international pour des pays étrangers et des pays qui ne sont pas forcément recommandables comme le Tchad.
Et IGNFI, j'avais révélé ça avec de nombreux documents à l'appui, a fourni au Tchad des cartes qui permettaient de réprimer les manifestants. Donc aujourd'hui, ces cartes sont mises en application puisqu'elles ont permis aux forces de l'ordre tchadienne de réprimer durement des manifestations et de faire 35 mois. J'avais aussi enquêté sur l'assassinat d'un grand opposant, d'un grand opposant qui était professeur de mathématiques à l'université d'Orléans qui s'appelait Ibn Umar Mahmoud Saleh qui a été enlevé par la garde présidentielle d'Idriss Déby, père, donc le père de l'actuel président en 2008 et dont on n'avait plus eu de nouvelles.
Et j'avais révélé que cet assassinat avait été non seulement su par les autorités françaises mais s'était fait en complicité avec des militaires français qui étaient présents sur place puisque je le rappelle, il y a une présence militaire forte, il y a des coopérants militaires français qui sont à la présidence. Donc Emmanuel Macron porte la responsabilité de ce qui s'est passé aujourd'hui. Il en porte une grande part. Quand il s'est rendu en 2021, on l'a vu tout à l'heure, adouber, enterrer le père et adouber le fils lui permettre d'être président malgré le coup d'État.
Quelques jours après, il y avait déjà eu des répressions de manifestations parce que justement ce président-là, Mamat Idriss Déby, s'était senti autorisé par Paris de tirer sur la population et aujourd'hui, c'est rebelote dans une plus grande proportion et Emmanuel Macron, bien sûr, est complice de ça en tolérant la dictature au Tchad juste parce qu'elle est alliée de la France, juste parce qu'elle existe et elle fait contrepoids à d'autres régimes africains qui aujourd'hui se rapprochent de la Russie. Emmanuel Macron tolère le pire et a d'une certaine manière du sang sur les mains.
Il faut quand même se rendre compte, j'avais aussi travaillé sur ça, que l'ambassadeur de France, Bertrand Cocheri, qui est aujourd'hui ambassadeur de France au Tchad, avait convoqué à l'ambassade de France certains opposants pour essayer de les dissuader, de manifester et d'aller contester dans la rue la dictature. C'est quand même une violation flagrante de la souveraineté d'un pays comme le Tchad, d'un grand pays comme le Tchad, qui d'ailleurs avait apporté son concours pour la libération de la France, notamment aux côtés du général Leclerc.
Et ce sont finalement cette ingérence-là, cette continuation d'une certaine forme de domination coloniale qui fait qu'aujourd'hui, le président tchadien se sent autorisé à réprimer son peuple. S'il n'avait pas eu le soutien d'Emmanuel Macron, il ne l'aurait jamais fait. Il y a une plainte qui avait été déposée en 2021 pour déjà des crimes, des répressions de manifestations contre le pouvoir tchadien devant la Cour pénale internationale. Ce serait bien qu'un jour on a matrisé ce débit et ces généraux y soient, mais ce serait bien aussi que les responsables français rendent des comptes pour ce qu'ils ont fait et pour la bienveillance avec laquelle ils considèrent le régime tchadien.