Élections européennes : "Jordan Bardella est obsédé par 2027", fustige le ministre de l'Europe
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
6h20 et à votre micro Marion, l'invité d'Inter et ministre délégué chargé de l'Europe.
Il vient nous parler sur France Inter au lendemain de ce grand discours du chef de l'État sur l'Europe hier à la Sorbonne. Bonjour Jean-Noël Barraud. Bonjour. Le président de la République qui s'est donc longuement exprimé sur l'Europe hier, presque deux heures, une Europe qui est mortelle, elle peut mourir, dit Emmanuel Macron. Il appelle les 27 à un sursaut pour bâtir une Europe puissante, une défense crédible. Discours fleuve. Jean-Noël Barraud, c'est un discours de campagne ?
C'est un discours de chef d'État qui veut faire entendre la voix de la France pour les 5 à 10 années qui viennent, pour faire en sorte que nos idées continuent à progresser en Europe à un moment où effectivement c'est l'existence de l'Union Européenne qui est en cause.
Donc pas un discours de campagne ?
Un discours de chef d'État. Vous savez, à la fin du mois de juin, les 27 vont se retrouver pour écrire, rédiger ensemble l'agenda stratégique qui va définir l'orientation de la prochaine Commission Européenne. C'est sur ce point que le président de la République, pour rallier nos partenaires à notre cause, a voulu peser. Je constate que le pari est tenu puisque le chancelier Olaf Scholz, allemand, a, quelques heures à peine après la fin du discours, salué l'ambition d'Emmanuel Macron.
Il dit qu'il y a des pistes effectivement qui vont dans le bon sens. Ça doit compter ce temps de parole du président dans le temps de parole de la candidate Valérie Ayet qui se présente, qui est tête de liste aux élections du 9 juin ?
C'est à nouveau un discours du président de la République pour que la voix française pèse dans les cinq années qui viennent. C'est un moment important qui est devant nous. Celui des élections européennes, c'est vrai. Mais celui qui va conduire les chefs d'État et de gouvernement à s'accorder sur les priorités pour l'Union Européenne. Rallier nos partenaires à notre cause, ça n'a rien d'évident. Je constate que d'ores et déjà, les Allemands ont accueilli favorablement les orientations du président.
Jean-Noël Barraud, vous avez vu quand même les lunes des journaux hier, Macron au secours de la majorité, Macron entre en campagne. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
Ce que je réponds, c'est que la campagne va, je le souhaite, se placer au bon niveau, sur le terrain européen. Alors que jusqu'à présent, nos concurrents politiques ont tenté de se dérober en ramenant la campagne sur le terrain de la politique nationale pour masquer l'absence d'influence qu'ils ont eue pendant les cinq années qui viennent de s'écouler et l'absence d'influence qu'ils auront si jamais ils sont reconduits au Parlement.
Donc là, c'est drôle parce que vous me parlez quand même de campagne. C'est vous qui m'en parlez. Est-ce qu'avec ce discours, Emmanuel Macron engage sa responsabilité symbolique et politique dans les élections, d'après vous ?
Il engage la responsabilité de la France pour les cinq années qui viennent pour faire en sorte, comme ça a été le cas depuis sept ans et le premier discours de la Sorbonne, que les idées françaises soient entendues et pèsent en Europe. Jamais la France n'a été aussi influente en Europe que ces sept dernières années. L'enjeu, c'est que cela se poursuive parce que la situation est grave. Nous avons basculé dans un monde qui est celui de la loi du plus fort. Et dans ce monde, la seule option viable, c'est de devenir plus fort. Et pour cela, nous avons besoin d'une Europe puissante, d'une Europe prospère, d'une Europe humaniste.
C'est cela que le président de la République a rappelé hier à la Sorbonne.
Vous savez qui dit qu'Emmanuel Macron engage sa responsabilité symbolique et politique dans les élections ? Jean-Noël Barraud ?
Je vous laisse.
Jordan Bardella, le patron du RN qui est tête de liste pour l'élection du 9 juin pour son parti. Est-ce qu'en cas de défaite, il faut, comme il le demande, dissoudre l'Assemblée nationale ?
Jordan Bardella est obsédé par 2027, se désintéresse de cette élection européenne et veut entraîner la campagne sur le terrain de la politique nationale pour masquer le fait qu'il n'a eu aucun impact sur le cours des choses depuis 5 ans.
Mais Emmanuel Macron ne serait pas délégitimé par une défaite de Valérie Ayet et de sa liste ?
Je ne crois pas qu'on puisse parler de défaite. Vous savez, c'est une élection à la proportionnelle. Chaque voix compte, et je veux le rappeler à nos concitoyens qui, pour certains, sont encore un peu éloignés dans leur esprit de ce scrutin. C'est le 9 juin. Il n'y aura qu'un tour. Et c'est une élection à la proportionnelle. Chaque voix compte.
Le président de la République disait hier que l'Europe n'est plus adaptée. On est trop lent, pas assez ambitieux. Bref, un bilan assez sévère. Ce n'est pas aussi votre bilan, ça ? Le bilan de Renaissance, le bilan de Renew, qui est quand même un parti pivot au Parlement européen ?
Je le disais, jamais la France n'a été aussi influente que ces sept dernières années. Il s'est passé en Europe une révolution, la révolution de la souveraineté. Et donc pourquoi ne pas avoir fait ce que réclame le président ? Ce concept s'est répandu dans tous les États membres. Et, si je puis dire, dans toutes les forces politiques, puisque désormais même nos concurrents s'approprient cette notion-là, ce qui a changé, c'est que nous avons basculé dans le monde de la loi du plus fort, avec l'agression de la Russie en Ukraine, avec la désinhibition d'un certain nombre de nos grands rivaux, et que face à cela, la menace étant lourde, il nous faut nous réveiller et accélérer.
La liste de votre camp, donc celle de Besoin d'Europe, Renew et ses alliés, qui est menée par Valérie Ayet, elle est systématiquement devancée de loin dans les sondages par le Rassemblement national, dont on parlait tout à l'heure. Ça, ça ne change pas. Comment est-ce que vous l'expliquez ?
Il faut soustraire cette campagne aux spéculations des sondeurs. Les sondeurs vous donnent une photographie de l'opinion de ceux qui sont d'ores et déjà décidés à aller voter.
C'est une tendance lourde.
Un Français sur dix seulement, aujourd'hui, connaît précisément la date des élections. Quand nous allons nous rapprocher du scrutin, vous allez voir la photographie de l'opinion changer, parce que les Français sont conscients qu'ils ont besoin de l'Europe pour les protéger, et que pour cela, il leur faut protéger l'Europe.
Et vous, vous dites que la France est pilonnée par la propagande russe, et que c'est une crainte dans le cadre de ces élections, un des enjeux, les ingérences étrangères, et donc russes notamment. On se rappelle du faux enregistrement, le deepfake, qui avait coûté son élection aux socialistes slovaques à l'automne dernier, en tout cas, qui avait peut-être pesé. Est-ce que ce scénario à la Slovaque, il peut nous arriver ?
C'est un risque. Nous sommes pilonnés, nous sommes matraqués, en France comme en Europe, par la propagande russe. Nous mettons en place un dispositif de vigilance renforcé pour garantir la sincérité du scrutin au Parlement. Non, en France, autour du service Viginum, qui a été créé en 2021, qui est unique en Europe, et qui détecte et révèle ces tentatives d'ingérence dans le débat public, qui ont vocation à nous déstabiliser. Concrètement, ça marche comment ?
Concrètement, c'est une équipe d'experts, experts des données, mais aussi de l'anthropologie, de l'histoire et de la géographie, qui va analyser ces campagnes de fausses nouvelles, ces détournements de sites du gouvernement, pour pouvoir les relier à leurs auteurs, de manière à pouvoir dévitaliser ces campagnes, en révélant qu'il s'agit en réalité de fausses informations.
Et par ailleurs, j'ai demandé à la Commission européenne de veiller à mettre une pression maximale sur les grandes plateformes de réseaux sociaux, pour éviter qu'un scénario comme celui qu'on a constaté en Slovaquie se reproduise, c'est-à-dire en déviralisant, en invisibilisant si nécessaire, des contenus qui seraient propagés pendant les quelques heures qui précèdent l'élection.
Très rapidement, Jean-Noël Barraud, la liste Renaissance, enfin Envie, Besoin d'Europe va être dévoilée bientôt. Est-ce que François Bayrou sera sur la liste ? Oui, non ?
Je le souhaite en tout cas, parce que comme chef d'un parti important de la majorité, il viendra donner tout son poids politique, toute son influence, mais aussi toute sa sensibilité européenne à cette campagne.
Edouard Philippe aussi donc ?
Absolument.
Jean-Noël Barraud, ministre délégué à l'Europe, merci beaucoup d'être venu ce matin sur Inter.
C'était l'invité de Marion Loura.
Jean-noël Barrot