Aménager et imaginer l’espace avec les arbres
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 1:15OuverteRéponse directe
Comment vous présentez ?
- 2:12OuverteRéponse directe
Comment ils vont vos arbres à vous, d'ailleurs ?
- 2:39OuverteRéponse directe
Vous êtes originaire de Mazamé, à côté de la forêt de la Montagne Noire, dans le Tarn. Les feux des forêts de Bordeaux arrivent jusqu'à vous ?
- 3:51OuverteRéponse directe
Mais alors, c'est une histoire longue, les arbres. Commencez par nous raconter peut-être le début.
- 5:16OuverteRéponse directe
Est-ce que ça vous parle, ces mémoires d'autres temps ?
- 5:43OuverteRéponse directe
Thomas Braille, est-ce que vous aussi, à 16 ans, vous semiez ou plantiez des arbres ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:59InvitéFait
« On a besoin des arbres et que c'est notre seul salut. »
- 3:08InvitéFait
« On a perdu en pureté depuis à peu près, depuis l'ère industrielle, on a perdu en pureté. »
- 4:23InvitéFait
« J'ai voulu protéger cet endroit-là. »
- 6:16InvitéFait
« Les plantations d'arbres ne sont pas des forêts. Ce sont des plantations pour un modèle économique. »
- 6:39InvitéFait
« Les forêts, elles ont 380 millions d'années. On a 200 000 ans d'homo sapiens. »
- 7:57InvitéFait
« L'être humain ne pourrait pas survivre sans les arbres, ça c'est clair. »
- 9:05InvitéFait
« Un arbre, c'est vivant. »
- 10:50InvitéFait
« Ils sont antidatés. »
- 11:51InvitéFait
« C'est de là où le groupe national de surveillance est né. »
- 25:52InvitéFait
« Ils ont abattu ces arbres en toute illégalité. »
- 26:59InvitéFait
« Les arbres sont une arme de réconciliation massive. »
- 31:17InvitéFait
« on va droit dans le mur »
- 31:20InvitéFait
« on perd toute la biodiversité »
- 32:17InvitéFait
« il y a au moins 150 sortes de chênes différentes qui pourraient rester ici »
- 35:12InvitéFait
« le bois mort il est important »
- 35:15InvitéFait
« s'il n'y a pas de bois mort, il n'y a pas de larve »
- 38:13InvitéFait
« on devrait tous penser à nos enfants avant peut-être de les abattre ou de faire des projets qui n'ont plus de sens aujourd'hui »
- 38:20InvitéFait
« si on n'a pas d'arbres, si on n'a pas des océans qui sont en bonne santé, on est foutus »
Temps de parole
- Présentateur34 %
- Invité30 %
- Invité 225 %
- Invité 33 %
- Invité 43 %
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On est capable d'inventer des boissons gazeuses et des téléphones sans fil, mais nous ne semblons jamais tirer aucun enseignement durable de nos erreurs. Les arbres ne doivent rien comprendre à notre espèce, écrit Jean-Paul Dubois dans son roman « Une vie française ». Et c'est dans ce roman que j'ai trouvé, à titre personnel, un des plus beaux passages de la littérature pour parler des arbres. Il y en a beaucoup d'autres et vous êtes d'ailleurs invité à les partager. Petit appel à contribution auprès des auditeurs. Des arbres donc, Dubois écrit qu'il y a ceux qui prennent les choses à la légère, prêts à dinguer au premier vent.
Il y a les austères, habitués au sol pauvre et à l'économie des effets. Les inébranlables, véritables châteaux forts, végétaux, enfichés dans le sol jusqu'au royaume des morts. Les rêveurs, le corps maigre, si peu de ce monde et la tête toujours aux cieux. Les anxieux, les torturés, les noueux, enroulés sur leurs doutes séculaires. Les aristocrates, droits comme des i, légèrement dédaigneux, subtilement hautains. Nous recevons ce matin deux hommes qui aiment les arbres et qui les voient, comme on les voit tous, s'évaporer dans de grandes langues de feu ou flambées comme des torches. Fabrici Berth, Thomas Braille, bonjour. Bonjour. Et bienvenue dans ce studio. Comment vous présentez ?
Fabrici Berth, vous êtes artiste plasticien, peintre semeur car vous semez des arbres. Vous avez, entre temps d'autres choses, participé au festival hors-piste hors-champ organisé en juillet par le Centre Pompidou et ouvert grand pour l'occasion les portes de votre royaume d'arbres en Vendée. On en parlera. Thomas Braille, vous êtes le fondateur du Groupement National de Surveillance des Arbres. Vous êtes... Groupe, pardon. Comment groupe ? Pourquoi je dis groupement ? C'est plus institutionnel. Le groupe National de Surveillance des Arbres. Et vous n'aimez pas trop qu'on ajoute, quand on dit que vous êtes arboriste, l'adjectif « engagé ». Pourquoi ?
Parce qu'on doit tous l'être, tout simplement. C'est aussi simple que ça. Je ne vais pas m'étendre là-dessus. Je pense que voilà. Il faut juste qu'on prenne conscience qu'on a besoin des arbres et que c'est notre seul salut. On le voit aujourd'hui. Et voilà. Et puis, on a l'habitude toujours de m'inviter quand ça brûle la plupart du temps. Et c'est triste. J'aimerais aussi qu'on prenne conscience que les arbres en ont besoin tout au long de l'année et pas uniquement cette prise de conscience permanente quand ça brûle.
Comment ils vont vos arbres à vous, d'ailleurs ? Enfin, vos arbres. J'imagine que vous n'aimez pas trop l'adjectif possessif.
Non, il est très bien de parler, de dire vos arbres. Je pense qu'il faudrait que cet adjectif soit utilisé pour tout le monde. Ce sont nos arbres à tous. Et si on ne prend pas soin, on est en grand danger. C'est déjà le cas. Je suis désolé, mais moi, je vais être un peu cynique ce matin. C'est le cas. On est en danger, en fait. Donc, il faut vraiment se réveiller, quoi, et rapidement, quoi.
Vous, vous êtes originaire de Mazamé, à côté de la forêt de la Montagne Noire, dans le Tarn. Les feux des forêts de Bordeaux arrivent jusqu'à vous, j'imagine, sans peine, puisqu'ils arrivent jusqu'au Massif Central.
Oui, tout à fait. Un matin, on s'est réveillé dans la vallée. Ça sentait le brûlé. Donc, je commençais à avoir peur en me disant que c'était aussi nos forêts dans le coin qui allaient brûler. Et il se trouve que non. C'était une brume matinale qui était très bleutée. Et on sentait vraiment la fumée de Bordeaux. Donc, on est tous impactés. Donc, l'oxygène, bien évidemment, il est moins pur à partir du moment où ça brûle, obligatoirement. On a perdu en pureté depuis à peu près, depuis l'ère industrielle, on a perdu en pureté. Il faut le savoir, puisqu'on balance beaucoup de cochonneries dans l'air, quoi.
Fabrice Hibert, comment vont vos arbres, comment va la vallée, ce dont vous donnez à votre forêt ?
La vallée se porte assez bien. Il fait toujours aussi frais quand on la traverse. C'est génial. Et c'est une forêt qu'on a semée il y a une trentaine d'années avec des graines. Et petit à petit, la forêt grandit. Et puis, évidemment, à l'orée de la forêt, il y a toujours un petit peu de brûle. Ça chauffe, quoi. Ça chauffe un peu. On voit bien des... Il y a beaucoup de variétés d'arbres dans cette vallée. Donc, il y a aussi... Ils cèdent beaucoup les uns les autres. Il y a des zones humides qui sont créées. Il y a plein de choses comme ça. Donc, c'est une vallée qui souffre un peu. Ça, c'est clair. Et puis, surtout, on sent qu'il y a un problème.
Mais alors, c'est une histoire longue, les arbres. Alors, commencez par nous raconter peut-être le début. Vous avez acheté 100 hectares de terres en Vendée dans les années 90. Entre Marreuil-sur-Laye d'Issey et Château-le-Guibert, j'espère que je le disais peut-être. Comment se représentaient ces terres ? Et pourquoi, à 16 ans, vous êtes redit, par ailleurs, parce que c'était avant d'acheter tout ça, mais que vous alliez semer des arbres ?
Parce que j'ai toujours été... C'était une petite vallée où mes parents élevaient des moutons. C'est un petit peu aride, où il n'y avait pas grand-chose. Il n'y avait pas beaucoup d'arbres. Il y avait le remembrement qui a fait son travail et tout ça. Et à un moment donné, quand j'ai vu l'agriculture industrielle qui est arrivée là, j'ai voulu protéger cet endroit-là. Donc, je l'ai acheté, et puis avec mes sous d'étudiants. Et puis, j'en ai fait petit à petit une forêt. Et donc, on a semé la forêt avec mes parents qui m'ont aidé. Et donc, on a semé tout ce territoire. Et petit à petit, la forêt a largement pris le dessus, a enrichi le paysage.
Il y a beaucoup de fruitiers, il y a beaucoup d'arbres différents, il y a d'humidité, il y a des animaux qui sont arrivés. C'est vraiment un endroit de rêve, c'est très agréable. Et on peut y faire beaucoup de choses.
Est-ce que comme Châteaubriand, qui leur adressait à ces arbres des élégies, des saunets et des odes, il disait, il n'y a pas un seul d'entre eux que je n'ai soigné de mes propres mains, que je n'ai délivré du verre attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille. Je les connais tous par leur nom, comme mes enfants. C'est ma famille, je n'en ai pas d'autres. J'espère mourir au milieu d'elle. Est-ce que ça vous parle, ces mémoires d'autres temps ?
C'est tout à fait ça. C'est vraiment un endroit où tous les arbres sont des gens. Je suis en train d'imaginer une église, pas très loin, où je dessine des arbres sur les murs de l'église. Tous ces arbres-là sont la vie de quelqu'un. Je représente. Parce qu'un arbre, c'est aussi un lune de vie.
Vous avez semé 300 000 graines au fil du temps. 300 000 graines ne donnent pas 300 000 arbres, bien sûr. Il y a les rongeurs et le climat. Thomas Braille, est-ce que vous aussi, à 16 ans, vous semiez ou plantiez des arbres ?
Oui, bien sûr. C'est mon métier. Je viens de là. Je suis jardinier à la base. Ensuite, j'ai dérivé vers le métier d'arboriste grimpeur. Mais je trouve intéressant ce qui est en train d'être dit. Aujourd'hui, on voit qu'il y a beaucoup de feux de forêt. Des feux de forêt dans des plantations d'arbres. Notamment, dans les Landes, ce sont des pins maritimes. C'est la main de l'homme, en fait, qui a créé ces plantations. Et ce ne sont pas des forêts. Vraiment, je tiens à dire ça à tous vos auditeurs. Les plantations d'arbres ne sont pas des forêts. Ce sont des plantations pour un modèle économique.
Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, à force de trop manier nos paysages, de remanier nos paysages, et à force d'en faire uniquement à chaque fois un modèle économique, c'est ça qui fait qu'on va droit dans le mur. Et j'attire l'attention sur le fait, et c'est très intéressant, de semer. En fait, on n'a pas besoin de planter. La régénération naturelle, elle fonctionne. Les forêts, elles ont 380 millions d'années. On a 200 000 ans d'homo sapiens. À quel moment la forêt, elle a eu besoin de nous ? Donc vraiment, je pense qu'il faut réfléchir à ça et se dire qu'on n'est pas indispensable et retrouver beaucoup d'humilité en tant qu'être humain, tout simplement.
Votre père plantait des arbres. Le premier, c'était un être pourpre.
Oui, oui, tout à fait.
Ça ressemble à quoi ? Est-ce qu'il est toujours là ?
Bien sûr qu'il est toujours là. J'y fais très très attention, bien évidemment. Les êtres, ils sont impactés grandement aussi par la canicule. C'est sûr qu'ils sont en train de tous roussir dans nos forêts. Donc le paysage, il est en train de changer jour après jour. Je vois la forêt qui devient rousse. Et donc c'est très inquiétant, bien évidemment. Pour moi, ce qui est étonnant, c'est que c'est l'altérité absolue. C'est une forme de vie qui nous dépasse. Très belle, donc l'esthétique est à sa place. Silencieuse, discrète. Vulnérable aussi, ça j'admire beaucoup. Vous voyez, des arbres de 3000 ans, si vous avez le temps et une tronçonneuse, une scie à chaîne, vous pouvez le couper.
Il ne va pas se plaindre, il ne va pas rouspéter, il tombe, c'est tout. Il y a quelque chose d'admirable là-dedans. Une totale non-violence aussi. Totale non-violence. Et puis une utilité incroyable. L'être humain ne pourrait pas survivre sans les arbres, ça c'est clair. Bref, une accumulation de qualité, de premier plan. Et je trouve qu'on serait bien inspiré de les imiter un peu. Surtout en ce moment.
Vous avez reconnu Thomas Braille, la voix de Francis Allais. C'est le parrain d'ailleurs, je crois, de votre groupe. Alors là, c'est un entretien à Voix Nues pour France Culture, enregistré en 2009 à Montpellier par Simone Douai. Il parle de quelle tronçonneuse en l'occurrence ? Parce que quand il dit ce silence de ces arbres qui tombent sans se plaindre, c'est à chaque fois, il y a certains arbres qu'il faut de toute façon parfois faire tomber.
Oui, mais bien évidemment, je veux dire, on a utilisé, enfin, la ressource bois, on l'a utilisé depuis la nuit des temps. Ce n'est pas ça la question, ce n'est pas le fait de dire qu'il ne faut plus utiliser le bois, ce n'est pas ça. Mais je ne sais pas, je pense qu'aujourd'hui, et je m'adresse aussi peut-être au bûcheron, il faudrait peut-être avoir une pensée avant d'abattre un arbre. Je veux dire, tout ne nous est pas dû. Donc, voilà, être un petit peu précautionneux, faire attention, avoir conscience que cette matière-là, elle n'est pas arrivée toute seule, qu'elle est vivante aussi. Et donc, un arbre, c'est vivant.
En fait, moi, j'ai envie de dire, ce n'est pas parce qu'il n'a pas des yeux, une bouche et qu'il ne parle pas, que ce n'est pas quelque chose qui vit. Et il est peut-être bien plus précieux que tout le reste.
Fabrice Hibert.
Alors, les arbres, évidemment, c'est très précieux. Mais en fait, dans une forêt, il y a des arbres qui tombent, il y a des arbres qu'il faut éliminer, qu'il faut amener. Parce qu'en fait, si la forêt, si on la laisse faire toute seule, en fait, elle va s'autonomiser, elle ne va pas donner plus. Alors que si on intervient à l'intérieur, si on passe et puis on enlève quelque chose, et bien, toc, elle va se réactiver et puis reproduire quelque chose. Et en fait, c'est un lieu de production qui est génial, où il y a plein de choses. Il y a du bois, il y a des fruits, il y a de l'oxygène. Notre oxygène, il vient aussi de la forêt, la plus grande partie.
Donc, toutes ces choses-là, c'est très précieux. Ça n'a pas de valeur, en fait. Ou alors, c'est extrêmement valorisable.
Vous avez tout fait, Thomas Braille, pour sauver les arbres condamnés par le tracé de l'autoroute à 69 entre Toulouse et Castres. En 2005, vous aviez arrêté de vous nourrir pendant 40 jours. Une grève de la faim qui avait réussi à suspendre les travaux. Pas pour longtemps, parce que le chantier touche à sa fin. L'autoroute doit être mise en service à l'automne. Est-ce que vous aurez réussi, vous et d'autres, à sauver quelques arbres, malgré ce que vous devez considérer, j'imagine, comme un échec ? Mais est-ce que vous savez où ils sont, ceux qui sont toujours là, ceux que peut-être le tracé a fini par contourner ?
Oui, non, ce n'est pas un échec. Ce n'est pas un échec, dans la mesure où le groupe national de surveillance des arbres, et d'ailleurs, je remercie toutes les personnes qui oeuvrent, que ce soit au CA ou que ce soit les bénévoles, il y a une création de groupes locaux en France à peu près chaque semaine. Donc, ça veut dire qu'on a des antennes un petit peu partout. Ça veut dire qu'aujourd'hui, il y a une vraie levée de boucliers concernant la protection des arbres. Quand on essaye de les abattre, il y a des citoyens qui se mobilisent. Ce n'est pas du tout un échec. Ça a mis à lumière le fait que des projets comme ceux-là, on n'en veut plus aujourd'hui. Ils sont antidatés.
Il y en a d'autres qui arrivent. Donc, je pense que tout le monde a compris l'importance des arbres. En fin de 4 ans, on l'aurait compris. Et aujourd'hui, même si on nous a eu traité à l'époque d'éco-terroristes, les éco-terroristes, aujourd'hui, on les fait venir sur les plateaux et devant des plateaux télé, des plateaux radio. Parce qu'en fait, on se dit qu'ils ont peut-être raison, ces gens-là, au final. Moi, je ne suis pas un éco-terroriste. Je suis juste arboriste grimpeur. Et ça fait 30 ans que je fais ce métier. Donc, quand je vous parle d'arbres, je sais de quoi je parle. C'est mon métier, en fait.
Vous êtes élagueur. Arboriste, c'est aussi élagueur.
Ils ont fait pas mal de bêtises à l'époque. On a redéfini un arboriste. Parce qu'aujourd'hui, il faut prendre soin des arbres avant de les abattre. Essayer de les conserver et les laisser vivre le plus longtemps possible.
Est-ce que vous sauriez dire, quand était la première fois que vous êtes monté sur un arbre, non pas pour l'élaguer, mais pour le défendre ?
Pour le défendre, ce n'est pas compliqué. C'était en 2019, à Mazamé. J'ai grimpé dans un platane qui était en danger. Et c'est de là où le groupe national de surveillance est né. Donc, voilà. Après, j'ai ce souvenir aussi d'avoir grimpé dans un cerisier quand j'étais petit. Et c'est de là, je pense, qui m'est venue cette envie de protéger les arbres.
C'était quoi ? Dans cette ville à Mazamé, c'était des platanes bicentenaires ? Tout à fait. Il était question de faire un parking ?
Écoutez, c'était parce qu'il y avait une dame qui se plaignait, qui avait des branches sur sa toiture. Et pour récupérer quelques voies électorales, le maire a décidé d'abattre un alignement de neuf platanes. J'ai à peu près de 100 ans. Donc aujourd'hui, sur les neuf, il en reste sept. Voilà, donc...
Et vous les connaissiez bien ? Vous avez travaillé dessus ?
Oui, j'ai travaillé à la ville de Mazamé pendant une dizaine d'années. Donc, ces arbres-là, je les connaissais, quoi.
Et ça change quelque chose de bien les connaître, des arbres, pour avoir cet élan ? Parce que vous partez tout le temps, vous êtes tout le temps dans les trains pour aller sauver un arbre dans n'importe quel coin.
Bien évidemment que c'est important, et c'est pour ça que je tire la sonnette d'alarme, et que je dis aujourd'hui, dans les programmes scolaires, il faut refaire de l'école en forêt, il faut redonner envie aux enfants de savoir ce que c'est un arbre pour mieux le défendre demain. On ne peut pas défendre quelque chose qu'on ne connaît pas. Bon, ça, c'est simple, quoi, en fait.
Est-ce que vos arbres à vous, Pierre Hibert...
Fabrice.
Fabrice, pourquoi je vous appelle Pierre ? Je ne sais pas. C'est la deuxième fois, non ? Est-ce que vos arbres à vous sont protégés pour toujours ? Est-ce que le fait que vous ayez acheté ce terrain, comment vous projetez la suite, comment vous projetez l'avenir de vos arbres, qui vous survivront, et qu'il faut protéger pour très longtemps ?
Alors, moi, je suis artiste aussi, surtout. Et donc, au départ, je fais en sorte que cette vallée-là soit protégée comme une œuvre. Donc, peu à peu, c'est un endroit qui est valorisable parce que c'est un endroit qui a été semé. C'est la première forêt semée depuis très longtemps, depuis moins de 200 ans en Europe. Donc, c'est un endroit exceptionnel. Donc, il faut le variser pour ça, mais il faut le variser pour le paysage qu'on crée, pour les images qu'on crée autour de ça. À partir de ce moment-là, les plus grands paysages protégés dans le monde sont les paysages parce qu'il y a des poètes qui ont écrit dessus ou des peintres ou des dessinateurs qui ont fait le paysage.
Donc, c'est une des possibilités.
Comment, pourquoi vous disiez tout à l'heure que vous ne faites que semer des arbres et pas les planter ? Qu'est-ce que ça change ?
Ah ben, ça, c'est très important. En fait, quand j'avais... Moi, depuis que je suis gamin, en fait, je semais des graines, je piquais des graines dans les arbres et puis je les planquais dans ma poche parce que j'avais l'impression que je volais quelque chose et puis j'ai le semé chez moi. Des noyaux, un noyau de Mirabel, vous le semé, ça pousse, ça donne des petites clodines. Voilà, c'est super.
Comme dans l'homme qui plantait les arbres. Voilà, exactement pareil.
Des glands. Voilà. Et en fait, il ne plantait pas, il semait. Enfin, on peut le dire comme ça. Et en fait, j'ai semé parce que je me suis aperçu que lorsqu'on plantait un arbre, l'arbre, il faut qu'il se réadapte. Donc, il est fragilisé. Alors que quand la graine, la graine, c'est un micro-ordinateur ultra-puissant. Et en fait, il va s'ouvrir, même si au moment de la dormance, comme ça, il va s'ouvrir au moment où il y a assez d'eau, d'humidité, de chaleur pour pouvoir s'exploser et pour voir la première racine. Et à ce moment-là, il pousse. Et là, cette première racine, c'est la base du projet de l'arbre. Et si on lui enlève ça, il va être fragile. Donc, une forêt plantée est fragile.
René Barjavel le raconte très bien dans un livre qui s'appelle La fin du tigre. Il dit, ça commence à la graine. Dès que le hasard ou le semoir l'ont enfoncé dans la terre humide, les ordres inscrits en elle déclenchent leur offensive. Elle s'ouvre, éclate, pousse dans l'humus ses tentacules et commence à le dévorer. Elle lance vers le haut sa tigelle, émerge, déploie ses feuilles qui vont avaler l'air et la lumière. C'est ainsi que ça commence. Une graine grosse comme la phalangette d'un petit doigt avale de la terre et de l'eau, puis de l'air et de la lumière et fabrique avec ça un chêne vivant de 30 mètres de haut.
Thomas Braille, est-ce que vous plantez ou semez des arbres aussi pour votre fils peut-être ?
Oui, c'est fait depuis longtemps d'ailleurs. Il a eu son petit chêne quand il est né et j'y fais attention comme la prunelle de mes yeux. Il sait que c'est son arbre, mon fils, et chaque année, il va voir comment il évolue, il regarde comment il est. Voilà, c'est simple et basique en fait. C'est ce que faisaient nos anciens en fait et je pense qu'il y a eu une déconnexion il y a quoi ? Une centaine d'années, on s'est complètement déconnecté de cette façon de faire mais avant on plantait un arbre à la naissance donc c'est important de continuer d'inscrire ça dans le temps.
Donc en France, ici on a des chênes, des hêtres. En Afrique, par exemple, au Mali, on peut imaginer la même chose exactement avec des baobabs comme l'explique ce villageois malien c'était sur France-Turée il y a très longtemps qui s'appelle Sissé.
Le culte de l'arbre ne peut se concevoir aussi que par référence à leur âge. Le baobab, c'est l'un des plus grands arbres les plus sacrés, les plus respectés à cause de leur âge. et par le fait qu'ils récèlent dans leur tronc les ossements des premiers ancêtres. C'est là qu'ils ont vécu il y a 2000 ans, 3000 ans, 4000 ans. Ils ont vu naître les villages et des générations entières ils ont résisté au temps, aux guerres, aux incendies, aux inondations ils restent toujours debout face à l'humanité. Ils ont bravé la foudre. N'est-ce pas ? Et en cela, ils sont comme des élus de Dieu. N'est-ce pas ? vivre longtemps, c'est avoir la baraka, c'est être un élu de Dieu.
Plus on vieillit, plus on est entouré, on est adoré. Il en est de même, enfin, des arbres.
Archive des nuits magnétiques sur France Culture en 1989. C'est pour ça que je vous posais la question, Fabrice Hébert, de savoir comment vous faites pour être sûr que vos arbres sont protégés pour toujours, qu'ils sont là pour toujours.
Je crée des structures pour pouvoir, j'ai un fonds de dotation, une association, une société, moi-même, je signe le paysage d'une certaine manière, petit à petit, en fait, j'en fais un lieu aussi de culture et pas seulement d'agriculture. C'est un peu ça, c'est un lieu où on peut visiter, on peut accéder à plein. J'ai une collection en plus où je montre les oeuvres autour du vivant et je fais venir des artistes du monde entier, des chercheurs. J'ai beaucoup d'études sur la forêt parce que c'est quand même d'exception, donc c'est pas possible de la détruire à moins que ça soit quelque chose qui vienne d'ailleurs, je ne sais pas.
Est-ce que comme artiste, vous inventez des arbres où il y a tellement de différents déjà dans la nature que c'est impossible d'en imaginer de nouveau ?
Alors, c'est très amusant parce que quand je commençais à dessiner des arbres, c'était un peu des lignes de vie comme ça. Et puis à un moment donné, j'ai dessiné des marques complètement imaginaires, des lignes de vie imaginaires et puis en fait, ils existent toujours. Dès qu'on dessine un arbre, ils existent. Et en fait, ça c'est très étonnant, il y a toujours des inventions d'arbres, on ne peut pas imaginer à quel point la nature elle est tellement complexe et riche, c'est génial, il ne faut pas la limiter, il faut que ça s'expanse.
Et quel arbre et à quel moment de son cycle vous a inspiré le vert qui fait votre signature dit vert-hibert ?
Le vert-hibert, oui, le vert-hibert, c'est depuis le début de ma première expo qui s'appelait Mutation et la deuxième pollution il y a 24 ans et en fait, j'avais décidé d'offrir un cadeau à tous les gens qui venaient voir les expositions un petit livre vert et le vert de la première pousse de charme au printemps, c'est un vert très, très, très fluorescent comme ça parce que je pensais que dans l'écologie, il y avait toujours ce vert un petit peu terne qui était un peu triste et tout ça et je me disais moi je vais prendre un vert beaucoup plus fort, beaucoup plus franc, presque artificiel qui prenne cette vitalité comme ça que je défends depuis toujours.
Est-ce que vous avez fait breveter le vert-hibert comme l'a fait Yves Klein ou vous trouvez que c'est tellement antinomique avec ce qu'offre la nature ? Non,
je ne voulais pas garder quelque chose pour moi, en plus ce vert-là il doit se voir dans la nature. Donc il y a quelquefois une nature vert très claire donc il doit être encore plus vert. quelquefois quand le vert est un peu sombre il peut être un peu moins vert donc il y en a plein de verts différents.
Et depuis que vous avez semé tous ces arbres sur 100 hectares, du temps a passé par définition, est-ce que vous avez vu la nature changer pas par votre main mais par ce que ces arbres ont eux-mêmes créé ?
Bien sûr. Qu'est-ce que ça change ? Ça change, c'est un vrai joyau en fait, il y a beaucoup d'insectes, beaucoup d'animaux qui sont arrivés, il y a des espèces incroyables qu'on n'avait jamais vues, il y a des oiseaux, il y a au moins 130 espèces d'oiseaux dans la vallée déjà donc ça revit en fait, c'était un endroit qui était un peu triste et donc maintenant c'est devenu un endroit joyeux puis on le traverse avec bonheur quand on traverse la vallée parce qu'il y a un chemin communal qui la traverse entièrement donc les gens peuvent y passer sans problème on est à paix dans cette forêt pendant les canicules il faisait 10-15 degrés de moins dans la forêt donc c'était
autre chose.
C'est ça Thomas Braille, vous le savez qui est toujours avec une sorte de thermomètre et vous allez d'un endroit à l'autre en France et vous montrer combien tout change et comme les températures baissent dès qu'on est sous un arbre on en parlera tout à l'heure et pour faire écho à ce que disait Fabrici Hibert dans le livre de Jean Giono quand le narrateur revient après la guerre de 14 ans de visite à l'homme qui plantait des arbres dans les Alpes de Haute-Provence il raconte les chaînes de 1910 avaient alors 10 ans ils étaient plus hauts que moi et que lui le spectacle était impressionnant j'étais littéralement privée de parole et comme lui ne parlait pas non plus nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que celui de la destruction on vous retrouve tout à l'heure Thomas Braille et Fabrici Hibert merci de rester avec nous vous écoutez France Culture il est 8h 7h 9h les matins d'été Julie Gacon nous sommes toujours avec nos invités le peintre et artiste semeur Fabrici Hibert Thomas Braille fondateur du groupe national de surveillance des arbres arboriste qui est souvent là quand une tronçonneuse s'approche un peu trop des arbres en tout cas quand vous estimez que les coupes sont injustifiables et cet été des images ont circulé sur les réseaux sociaux d'habitants qui un peu partout se sont opposés à ce que l'on se sépare d'arbres qui pour la plupart ont vu dans ces villages plusieurs générations s'adosser à leur tronc ou profiter de leur ombre est-ce qu'on vous en veut vraiment Thomas Braille quand vous grimpez dans un arbre pour le protéger le on étant ceux qui ont décidé de sa coupe quand vous arrivez est-ce que vraiment on peut oser aujourd'hui s'opposer à ce que est-ce que quelqu'un s'oppose à la coupe d'un arbre
est-ce qu'on en veut non je pense pas on en veut pas non plus aux groupes locaux du groupe national de surveillance des arbres qui ouvrent un petit peu partout on a eu un bel exemple cet été dans un village où ils se sont opposés à la coupe d'arbres non je pense qu'aujourd'hui vous savez on n'a pas énormément de détracteurs en fait qui aujourd'hui n'aiment pas les arbres en fait c'est un sujet dont tout le monde ne peut s'emparer je veux dire on le voit si on n'a pas d'arbre il fait chaud on préfère aller se balader en forêt on préfère être sous un arbre pour par exemple faire son repas de famille le dimanche plutôt que d'être sous un parasol c'est non non je suis un peu confus dans ce réponse
est-ce que c'est déjà arrivé par exemple qu'un policier un gendarme s'approche de vous parce qu'il est censé vous faire descendre et puis en fait il n'en a pas le coeur
écoutez moi en tout cas je suis capable de ressentir beaucoup de choses chez l'être humain et je pense que le discours comporte quand on arrive même face aux forces de l'ordre ils exécutent moi je le dis clairement j'ai rien contre les forces de l'ordre j'en ai après les donneurs d'ordre en fait
mais racontez-nous une fois où c'est déjà arrivé
oui bien sûr une fois c'est déjà arrivé écoutez j'étais en garde à vue parce qu'on s'opposait au projet de la 69 et juste avant de finir ma garde à vue où j'ai passé un peu de temps en cellule un inspecteur de la gendarmerie m'a dit monsieur Braille est-ce que je pourrais faire un selfie avec vous c'est pour mon fils parce qu'il aime beaucoup ce que vous faites donc je lui ai dit oui avec grand plaisir je lui ai dit donc voyons on ne fait pas que des bêtises mais il n'a pas répondu mais j'ai bien vu dans ses yeux qu'on était d'accord tous les deux vous pouvez trouver
un terrain d'entente est-ce que quiconque d'ailleurs a déjà essayé de vous forcer à descendre comme la sœur du baron perché une nuit elle sort avec un chaudron de glu et une échelle et elle englue de la simopie un caroubier où son frère Cosimo vient se percher tous les matins c'est dans le livre d'Italo Calvino est-ce que ça vous est déjà arrivé qu'à par tous les moyens on essaye de vous faire descendre
oui bien sûr après vous savez vous savez en fait c'est quand même compliqué d'aller sortir un grimpeur arboriste ou les personnes qui font ce métier là des arbres en fait c'est notre métier on a une façon de se déplacer dans les arbres qui est totalement à l'opposé de ce que les forces de l'ordre font ils ont des protocoles tellement bien définis que c'est difficile pour eux et puis voilà c'est notre métier mais par contre je vois qu'on arrive à déployer parfois énormément de moyens financiers de la part de l'état pour aller finalement déloger des gens qui sont en train de vous montrer aujourd'hui que les arbres on en a besoin tout simplement
il y a des moyens financiers mais est-ce qu'il y a aussi des moyens juridiques c'est quoi aujourd'hui la réglementation autour des arbres ou est-ce que les maires ont un mandat particulier en tout cas des droits particuliers sur les arbres par exemple pendant leur mandat
j'ai envie de vous dire que le droit particulier qu'il faudrait qu'ils s'accordent et qu'ils aient de plus en plus c'est celui de les protéger surtout après il y a le code
mais dans la loi
après il y a le code de l'environnement écoutez moi je grimpe jamais un arbre si j'ai pas étudié le dossier et la plupart du temps on s'aperçoit qu'il y a un non-respect d'un article de loi on peut reparler de la 69 il y a le L350-3 du code de l'environnement qui interdit l'abattage des arbres d'alignement le jour où je suis passé en procès parce que j'ai été relaxé pour état de nécessité climatique en fait j'ai clairement dit que la préfecture n'avait pas donné dérogation au L350-3 ils ont abattu ces arbres en toute illégalité il faut le savoir état de nécessité climatique tout à fait c'est très rare j'ai été relaxé pour état de nécessité climatique parce que je me suis opposé justement à l'abattage d'arbres sur l'autoroute sur le tracé de l'autoroute à 69 voilà
est-ce qu'il arrive que comme vous dites avant d'aller quelque part je me renseigne j'épluche le dossier toujours que vous disiez mais là je ne peux rien faire
on a un pôle juridique au GNSA qui fait un travail formidable je tiens à les remercier on étudie les choses et la plupart du temps dans 90% des cas si on part sur une action avec le groupe national de surveillance des arbres c'est parce qu'il y a une illégalité je tiens à leur rappeler on n'est jamais dans la désobéissance civile justement nous on obéit à la civilité et on obéit aux lois donc les lois elles ne sont pas respectées nous on est là pour les faire appliquer c'est regrettable que ce soit nous de le faire
Fabrice Hibert dans votre discours d'installation à l'académie des Beaux-Arts c'était en juillet 2021 vous aviez parlé de votre oeuvre comme d'une arme de réconciliation massive les arbres sont une arme de réconciliation massive comment expliquer aujourd'hui qu'on ne puisse pas s'entendre sur cette question là c'est comme l'eau hier
je pense qu'on s'entend peu à peu c'est vraiment des armes de réconciliation massive parce que petit à petit tous les gens sont d'accord pour dire que les arbres c'est important on se rassemble sous les arbres on voit les arbres on sait à quoi ça sert un arme on sait à quoi ça sert une forêt ça nous sert à avoir du bois à avoir de l'air à avoir de l'oxygène à avoir de la nourriture à avoir des animaux à avoir du vivant autour de nous et je ne pense pas qu'on peut aller contre ça ou alors vraiment il faut vraiment être idiot
il y a beaucoup d'enfants qui viennent dans votre est-ce qu'on peut dire votre domaine votre vallée la vallée qui est à moi
je la protège comme ça mais je fais en sorte qu'elle soit à tout le monde à tous les voisins et il y a une école qui se met en place depuis déjà 4 ans dans la vallée où des enfants viennent tous les jours de 7 ans à 20 ans et même plus d'ailleurs et qui suivent un peu moi j'ai une collection d'oeuvres alors je montre toutes ces oeuvres je leur apprends plein de choses autour du dessin mais aussi surtout tout ce que c'est qu'un arbre comment on sème un arbre comment on voit les animaux autour les oiseaux et tout ça et en général ils ont des petits bouts de terrain dans lesquels ils font des expériences et tout ça c'est extraordinaire parce que tout d'un coup ils découvrent des choses qu'ils n'ont pas forcément moi je me souviens quand j'étais à Tokyo où j'avais semé des graines d'arbre dans Tokyo tout d'un coup les tokyoïtes voyaient une tomate entière c'était complètement dingue donc il faut apprendre en permanence apprendre aux enfants qu'est-ce que c'est d'où vient ce qui nous nourrit
une tomate sur un arbre
oui qu'est-ce que c'est que cet arbre ? j'avais fait à Tokyo en 2008 2005 2008 je ne me souviens plus dans tous les endroits où il y avait des terrains un peu vierges comme ça avec un grand musée j'avais semé des fruits et des légumes partout pendant 6 mois et ce qui fait que les gens pouvaient se rassembler voir des légumes comment ça poussait c'était génial il y en a qui sont restés depuis il y a plein de fruitiers
je voulais vous demander si tous étaient toujours sur pied il y en a quelques-uns
ça bouge beaucoup
donc tous ces enfants qui viennent
mais il faut planter des arbres dans les villes ça c'est clair mais dans la terre les semés carrément
pourquoi les semés Thomas Braille ?
déjà on a plus de chances de réussite parce que comme l'a dit Fabrice en fait à partir du moment on déplante un arbre et qu'on le replante il faut le suivre à l'arrosage après c'est très compliqué une graine si elle trouve sa place il peut arriver qu'elle ne germe pas mais c'est très rare mais à partir du moment où on la sème normalement elle germe après j'ai envie de dire bien évidemment c'est l'intervention de la main de l'homme mais il vaut mieux le faire il vaut mieux le faire en sement qu'en plantant et voilà et moi j'aimerais qu'on ait une attention toute particulière pour les arbres qu'il y a dans les villes en fait parce que c'est de notre propre volonté et c'est de notre comment dire c'est nous qui les avons plantés à un endroit bien défini et les arbres parfois enfin ils sont mieux avec leurs copains en forêt que d'être au milieu de voitures de gaz d'échappement enfin ils mangent des gaz d'échappement c'est pas la question mais au moins avoir cette humilité de dire que c'est nous qui avons décidé qu'ils soient là ils n'ont pas décidé d'être là dans les villes donc il faut vraiment encore plus y faire attention
mais déjà dans le livre de Giono l'homme qui plantait les arbres alors on n'est pas en ville on est dans les Alpes de Haute-Provence mais il raconte que l'oeuvre et quand il parle de l'oeuvre c'est cette immense forêt qu'a planté cet homme qu'il va voir tous les ans ou avant la guerre après la guerre il dit que cette oeuvre ne courut un risque grave que pendant la guerre de 1939 parce que les automobiles marchaient alors au gazogène on n'avait jamais assez de bois on commença à faire des coupes dans les chaînes de 1910 mais ces quartiers sont si loin de tous les réseaux routiers que l'entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier on l'abandonna le berger lui n'avait rien vu il était à 30 kilomètres de là et il continuait paisiblement sa besogne donc pendant que les villes s'agitent pendant qu'on s'agitent pendant que des arbres sont coupés il y a quand même encore des hommes sur les hauteurs dans des forêts qui continuent cette oeuvre là qui sont ces hommes à part Fabrice Hibert qui en a planté le semé plein qui continuent à semer toujours et toujours d'infatigables semeurs
je ne sais pas s'il y en a vraiment beaucoup des semeurs en fait aujourd'hui la problématique c'est qu'on est sur comme je vous l'ai expliqué on peut parler du Tarn moi je vois des forêts de feuilles diversifiées se faire raser pour faire de la plantation de Douglas je vois on voit les sommets de nos montagnes qui sont en train de se transformer mais ok d'accord il faut du bois très bien mais je pense qu'il faut arrêter ce modèle là on va droit dans le mur en fait c'est pas du tout on perd toute la biodiversité on perd tous les animaux on perd ces pauvres en fait en termes de richesse écologique ces plantations et ce ne sont pas des forêts je le répète ce sont des plantations donc là les citoyens doivent s'emparer de ce sujet là dès qu'on voit qu'on rase des forêts il faut stopper c'est plus possible
Fabrice Hibert
oui c'est sûr plus elle est diverse plus elle est riche en fait quand on a une forêt plantée c'est pauvre très vite très très pauvre il n'y a qu'une seule production de richesse alors que la biodiversité c'est énorme
on n'arrête pas de dire les arbres nous ici dans ce studio alors dites-nous quels arbres parce que ça fait toujours aussi du bien je ne sais pas il se trouve comment la liste des arbres il n'y a pas très longtemps je lisais les pâturages du ciel de Steinbeck et d'une page à l'autre on parle de séquoia on parle des zones on parle des ormes oui il y a des arbres
qui sont morts la plupart du temps
oui mais on je trouve qu'on a besoin d'entendre ces mots-là
alors tous les arbres dans les chênes il y a au moins 150 sortes de chênes différentes qui pourraient rester ici après il y a des résines après il y a des fruitiers les fruitiers c'est énorme entre les cerisiers les pruniers les pêchers les abricotiers toutes ces arbres-là qui peuvent pousser n'importe où en fait en France c'est génial on pourrait avoir des forêts de pruniers à Paris et on mangerait nos prunes
alors peut-être que vous nous disiez tout à l'heure que les piaillements des enfants viennent se mêler souvent à celui des oiseaux parmi vos arbres peut-être que certains reviendront les voir dans plusieurs années quand les arbres auront encore grandi ou que de nouveaux auront poussé semés par vous parce que le vent aura dispersé quelques graines revenir voir les arbres de son enfance tout le monde n'a pas la chance d'avoir une belle maison dans le Loiret comme en avait Maurice Genevoix mais ce qui l'intéressait c'était dehors
j'ai tout de même mesuré à travers les années grâce à cette maison-là comment une maison à l'origine qui n'est que des pieds enliés les unes par-dessus les autres devenait véritablement une maison j'ai vu dans le jardinet gravillonné dont je vous parlais où on en avait planté des rosiers et deux arbres deux arbres un cèdre bleu et un marronnier rose et bien j'ai vu ces arbres petit à petit grandir le cèdre bleu avoir des pommes ces pommes tombées sous ces grandes branches germées au point que maintenant dans la maison du Val-de-Loire que j'habite au Vernell j'ai planté des petits-enfants du cèdre bleu et que ces petits-enfants ont quelque chose comme 20 mètres de haut et sont devenus à leur tour des arbres magnifiques c'est-à-dire cela m'a permis de prendre conscience charnellement de l'évolution de la vie de ce que cela des mouvants dans sa continuité dans ses répétitions et voilà pourquoi j'ai gardé beaucoup de tendresse à cette maison que je n'habite plus mais quand je retourne à Châteauneuf je passe toujours devant et j'ai un petit spasme au cœur bien sûr
Archive de 1962 Maurice Genevoix sur France Culture Thomas Braille quels sont les arbres que votre fils dans plusieurs années pourront venir voir pour prendre de leurs nouvelles en sachant que c'est son père qui les a plantés ou qui les a semés
déjà il a le sien il a un chêne pubescent que j'ai récupéré qui avait que j'ai semé d'ailleurs qu'est-ce que c'est
un chêne pubescent
c'est un arbre majestueux magnifique je trouve que bon voilà on le sait le chêne c'est le signe de la longévité c'est la robustesse c'est la majestuosité une fois qu'ils sont épanouis qu'ils ont leur leur vraie silhouette j'ai envie de dire parce que souvent on a tendance à toujours un peu tailler les arbres parce qu'on dit tiens cette branche là elle me plaît pas trop en fait on les met parfois un peu trop à notre image les arbres ils ont juste besoin comme disait Francis et j'aimais bien quand ils disaient ça qu'on leur foutent la paix
même quand ils sont morts d'ailleurs ?
il faut prendre en considération que le bois mort il est important s'il n'y a pas de bois mort il n'y a pas de larve il n'y a pas d'oiseau il n'y a pas de piquet pêche qui vient de manger à l'intérieur il n'y a pas de cellulose qui se décompose il n'y a pas de champignons il n'y a pas tout ça
Fabrice Hibert vous laissez aussi une grande liberté vous laissez la nature prendre ses marques ses droits
oui absolument on n'essaie de pas trop aller dans la forêt sauf quand il y a un peu de vent par exemple où il y a des catastrophes on essaie d'en prélever quelques-uns pour que ça puisse encore être vivable et puis après moi j'ai l'histoire d'un grand chêne aussi qui avait été planté ou sommé je ne sais pas avant la révolution et sous lesquels j'avais dessiné à la lune quand j'étais petit quand j'avais 19 ans et donc j'avais sa chêne et puis l'année d'après après avoir fait ce dessin la foudre est tombée sur l'arbre et a cassé la grande la grande la grande c'était assez hallucinant mais il est toujours vivant il va me survivre il est énorme juste maintenant ce champ là s'appelle le champ de la lune d'ailleurs
et qui avait gardé sa mémoire parce que pour que vous sachiez qu'il datait de la révolution cet arbre là c'est que
parce qu'en fait c'est juste ce petit village de la série là c'est juste c'était il y avait un octroi ici en fait c'était en fait il y avait tout le long pour descendre à la rivière il y avait des chênes et donc c'est le seul chêne qui était resté on le savait ça tout le monde savait ça
Fabrice Hibert l'Institut Pasteur vous a sollicité pour une sorte de comment dire de partenariat qu'est-ce que vous souhaitez apporter aux sciences qu'est-ce que les sciences veulent apprendre de votre regard à la fois de peintres d'artistes plasticiens avec une passion pour les sciences naturelles mais vous n'êtes pas scientifique qu'est-ce que l'Institut Pasteur attend de vous enfin qu'est-ce que les sciences attendent de vous
moi j'ai toujours été attiré par les sciences parce que j'ai fait des études scientifiques au tout début et puis et puis la recherche scientifique c'est toujours des gens les chercheurs sont des gens qui inventent qui ont besoin d'absorber d'autres milieux d'autres vocabulaires pour enrichir leur propre recherche et en fait je les accompagne on a créé je vais vous faire des oeuvres d'ailleurs qui sont en Institut Pasteur un énorme oeuvre qui est en porcelaine qui fait 20 mètres de haut et où je raconte l'histoire du vivant et tout ça c'est magnifique et puis vous pouvez les visiter et puis après je vais faire une autre oeuvre aussi qui est un personnage qui s'appelle Touffu et en fait c'est un personnage sur le sol comme ça où il y a tous les médicaments les plantes qui correspondent à chaque partie du corps pour soigner chaque partie du record comme une sorte de médecine initiale comme ça et en fait on a créé un petit organisme à l'intérieur de l'Institut Pasteur qui s'appelle Organoïde où on fait intervenir des artistes avec l'Institut Pasteur avec des chercheurs pour trouver des moyens d'images par rapport à des recherches qui sont quelquefois très difficiles à visualiser
Fabrice Hibert vous parlez souvent de votre oeuvre comme un gigantesque rhizome comme si c'était le cheminement de votre pensée vous nous l'avez dit tout à l'heure peut-être pour conclure Thomas Braille vous quand vous êtes là-haut dans les arbres vous pensez à quoi ?
Je pense à mon fils je suis un peu ému de le dire à chaque fois mais je pense à lui je pense qu'on devrait tous penser à nos enfants avant peut-être de les abattre ou de faire des projets qui n'ont plus de sens aujourd'hui c'est notre seul salut les arbres je suis désolé de le redire si on n'a pas d'arbres si on n'a pas des océans qui sont en bonne santé on est foutus je suis désolé de finir sur cette note-là mais l'optimisme je veux bien en donner mais il faut que les politiques aussi se réveillent et juste pour terminer aussi adhérer au GNSA si vous voulez qu'on puisse continuer à sauver les arbres
de donner à l'association
adhérer bien sûr adhérer au GNSA vous savez que votre argent sera bien placé en tout cas
il a quel âge votre fils ?
mon fils il va avoir 9 ans voilà c'était un petit jardin qui sentait bon le métropolitain qui sentait bon le bassin parisien c'était un petit jardin avec une table et une chaise de jardin avec deux arbres un pommier et un sapin au fond d'une cour à la chaussée d'Antin mais un jour près du jardin face à un homme qui au revers de son vaisseau portrait d'une fleur de béton dans le jardin et le voir chanteur
Les Dutrons Père et Fils encore une histoire de transmission Le Petit Jardin ça date de 2020 merci beaucoup Fabrice Hibert artiste plasticien d'avoir été avec nous on met toutes les références de votre travail sur notre site merci beaucoup Thomas Braille grimpeur arboriste j'ai pas à mentionner votre livre l'homme qui sauvait les arbres paru chez Arthaud vous êtes aussi le co-auteur avec Raphaël Martin du livre Jeunesse Le Défenseur des Arbres paru chez Actes Sud Jeunesse et je conclue si vous le voulez bien avec ces mots de Giono pour que le caractère d'un être humain dévoile ses qualités vraiment exceptionnelles il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années si cette action est dépouillée de tout égoïsme si l'idée qui la dirige est d'une générosité sans exemple s'il est absolument certain qu'elle n'a cherché de récompenses nulle part et qu'en plus elle a laissé sur le monde des marques visibles et bien on est alors sans risque d'erreur devant un caractère inoubliable Giono l'homme qui plantait des arbres