La Gauche a-t-elle une chance d'aller à Matignon ? -Marine Tondelier est l'invitée des 4 vérités du jeudi 12 décembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
On va rester dans la politique, si vous le voulez bien, Axel. C'est l'heure du rendez-vous, les 4 V. C'est Marine Tondelier, qui est secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts, qui est votre invitée, Julien. Bonjour et bienvenue.
Oui, Marine Tondelier, toujours fidèle à sa veste verte. Bonjour. Bonjour à vous.
J'ai le mérite de la constance.
Ah oui, c'est vrai, sur ce plan-là, il n'y a pas de problème. On va voir si c'est le cas aussi sur la politique, et sur les alliances et la coalition, parce que c'est le grand sujet du moment. Alors, d'abord, on ne connaît toujours pas le nom du Premier ministre. Ça ne vous a pas échappé. Et avant-hier, vous étiez, vous, à l'Élysée, vous avez entendu Emmanuel Macron dire « Promis, ce sera dans 48 heures », puisque vous avez senti l'ambiance. Expliquez-nous, de votre point de vue, pourquoi ça traîne ?
Il lui reste quelques heures, là, sur les 48 heures. Mais vous savez, les promesses du maître des horloges n'engagent que ceux qui lui demandent l'heure, en réalité. Et c'est vrai que, je pense, dans le camp macroniste, ils sont embêtés. Ils sont embêtés à cause de ce sondage qui est sorti hier. Et donc, je le montre à vos téléspectateurs, il n'y a plus que 6% des Français qui souhaitent un Premier ministre du camp présidentiel.
Alors, si on fait l'édition pour le socle commun, il faut ajouter la droite qui est au-dessus. Ça fait 18.
Oui. Bon. Ça ne fait pas beaucoup. Et ça veut dire, en tout cas, qu'il y a des gens qui ont voté pour eux, qui ont bien compris que ça ne marchait pas d'avoir un Premier ministre de leur camp, parce que, tout simplement, ils voient bien que ce n'est pas le résultat des élections et que le fait que le Président s'obstine en disant « je veux absolument mettre un Premier ministre de mon camp alors que j'ai perdu les législatives », ça conduit la France dans une impasse, dans un blocage politique qui n'est pas que politique, parce qu'il est institutionnel au départ et puis après, il devient social, économique, environnemental. Ça fait 6 mois que les politiques publiques n'avancent pas.
Sauf que le Président l'a dit hier au Conseil des ministres, il dit « il n'y a pas, pour l'instant, en l'état de majorité plus large que celle du socle commun actuel ».
Pourquoi il dit ça ? Parce qu'il ne considère... Enfin, il dit « si on prend le socle commun ». Alors, le socle commun, c'est lui et ses copains, en fait. Je traduis pour vos électeurs.
C'est les macronistes et la droite.
Oui, mais sauf qu'il dit « on n'arrive pas à l'élargir », parce qu'il continue à partir du principe d'un Premier ministre de son camp. Et donc, nous, nous sommes allés, vous savez, avec les socialistes et les communistes, parce que nous sommes constructifs, nous voulons trouver des solutions. Et on ne le fait pas pour Emmanuel Macron, nous, on le fait pour les Français, tout simplement. Donc, on va à cette réunion et il y a toutes les forces politiques, la droite, les communistes, les socialistes... Sauf les filles et les rêves. Mais il y a toutes celles et ceux qui cherchent les solutions. Mais, sauf qu'on est les seuls à mettre une solution sur la table.
La concession qu'on a faite, puisqu'on nous demande toujours en ce moment « quel compromis êtes-vous prêt à faire ? » « Quelle concession ? » On en fait une grosse. On dit « si vous nommez une ou un Premier ministre issu des rangs du Front populaire, nous nous engageons solennellement à ne pas avoir recours au 49.3 ».
C'est peut-être un détail pour vous, mais pour vos téléspectateurs, ça veut dire beaucoup, parce que je pense qu'ils se rappellent, notamment toutes celles et ceux qui ne voulaient pas de cette réforme des retraites, ils se rappellent qu'on a manifesté, qu'on a fait des pétitions, qu'on s'est battus dans l'hémicycle, et puis que tout un coup, cette réforme est passée alors qu'elle n'avait pas de majorité à l'Assemblée, parce que Mme Borne avait eu recours au 49.3, et que ça s'est produit sur le vote des budgets, sur beaucoup de choses. Et quand on ne fait pas de 49.3, qu'est-ce que ça veut dire ?
Ça veut dire qu'il n'y a pas de censure derrière.
Non, non, là vous me prenez d'un point de vue institutionnel, mais ce que ça veut dire en premier lieu, c'est que le Premier ministre ou la Première ministre que l'on souhaite ne va pas partir avec un rouleau compresseur à l'Assemblée nationale et écraser la démocratie parlementaire.
On risque peut-être, et on va y revenir, de l'immobilisme.
Non, mais ça veut dire que c'est une garantie pour tout le monde. Un, on respecte la démocratie parlementaire, et deux, on ne fera que ce sur quoi on trouvera des alliances à l'Assemblée nationale, et je trouve ça fondamental et respectueux de la démocratie.
Sur les noms qui circulent, sur l'incarnation, est-ce que vous avez des no-go ? François Bayrou, par exemple, parce que c'est le nom qui est le plus cité.
Alors moi, j'ai toujours pensé qu'il fallait réfléchir au pourquoi faire avant de parler des noms, parce que vous voyez que M. Barnier...
Olivier Faure a dit « François Bayrou, c'est non ». Vous vous dites quoi ?
Je suis d'accord avec lui, je vous ai dit que je voulais quelqu'un de gauche et écologiste, et je pense que M. Bayrou n'est ni l'un ni l'autre.
Donc vous censurez, vous censurez, pour que les choses soient claires.
Oui, mais...
Oui, vous censurez si c'est François Bayrou.
Je vois mal comment il nous convainc de ne pas le faire. Alors on ira discuter avec lui si ça peut lui faire plaisir. Je ne vois pas pourquoi...
Alors vous censurez ou pas ? Vous discutez ou vous censurez ?
On discute, mais je ne vois pas comment il nous convainc. Comment voulez-vous qu'un camp qui a perdu l'élection législative garde le poste de Matignon pour mener la même politique ? Ça nous conduit dans le mur, c'est incompréhensible pour les Français. Bernard Cazeneuve, je vais vous en faire deux ou trois quand même, parce que c'est important. C'est-à-dire, citez-moi quelques femmes et des personnes de gauche, ça va vous dire ?
Bon, ben, des personnes... Bernard Cazeneuve.
Ah, vous vous mettez dans le camp de la gauche, c'est intéressant.
Ah ben, il était Premier ministre de François Hollande, sauf erreur. Il vient du... Il n'est pas de gauche pour vous.
Quand nous proposons quelqu'un issu des rangs du Nouveau Front Populaire, c'est parce que nous pensons que notre victoire de cet été est un fait politique majeur. Donc, d'accord. 27 sondages sur 27 données de M.A.N. gagnant. Jordan Bardella à Matignon, il se trouve que nous les avons déjoués. Et donc, le poste de Matignon doit revenir à quelqu'un qui a participé au Front Républicain, à la victoire du Nouveau Front Populaire, et Bernard Cazeneuve, pendant cette période, je ne l'ai pas entendu, nous soutenir. Les seuls moments où il a parlé de nous, c'était pour nous critiquer. Il ne peut pas nous représenter.
Dans le sondage que vous avez montré tout à l'heure, la majorité des Français, ils disent une personnalité un peu technique. Il y en a une qui est un petit peu technique, 41%, et qui en plus vient de la gauche, c'est Pierre Moscovici.
Ah ben, il y a Lucie Casté aussi. Je pensais que vous alliez me dire ça. Non, non, non, je vous parle de Pierre Moscovici. De gauche, et qui vient des rangs de la société civile. Lucie Casté, oui, tiens d'accord. Pierre Moscovici, il me semble qu'il a quand même un petit passé politique. Alors, je veux bien que quand on arrête d'en faire pendant trois semaines, on devient société civile. La réalité est quand même un peu plus complexe. Et vraiment, ce que je vais vous dire aussi, c'est que les Français, je pense qu'ils attendent autre chose. Ils veulent un peu d'enthousiasme, d'élan, de souffle, un truc nouveau, quoi. Un truc qui leur dit, tiens, ça va changer.
Vous ne me citez que des noms qui sont dans le paysage depuis des années, qu'on a déjà vus, revus et corrigés, et qui n'ont pas séduit les Français. Ça n'a pas marché, ça ne va pas, c'est le passé. Moi, je veux qu'on se projette vers l'avenir.
Donc pour vous, c'est Lucie Casté ou rien, toujours ?
Non, il y a d'autres noms possibles. Mais franchement, M. Macron peut faire un effort, quand même, et aller sortir de sa zone de confort. C'est vraiment ce que les Français lui demandent. Et je vous le dis, on est tous inquiets. Tous les gens dans cette salle, ce que je leur ai dit, c'est vous êtes là aujourd'hui parce que vous avez participé au Front Républicain. C'est ce qui vous relie, vous ne vouliez pas du Rassemblement National. Eh bien, ne faites pas, ne continuez pas les politiques qui les amèneront au pouvoir en 2027. Parce que ça aussi, les sondages le montrent. Hier, 38% au premier tour par Marine Le Pen. Ça doit tous nous tétaniser et focaliser notre attention.
Et donc si on veut que les gens arrêtent de se détourner de la politique, retrouvent confiance en la politique, il faut que leur bulletin de vote soit traduit d'effet. Et il faut du changement, une forme de rupture en les politiques menées.
Vous nous aviez tout à l'heure que LFI n'était pas constructif. Est-ce qu'aujourd'hui, il faut acter une bonne fois pour toutes la rupture avec LFI au sein du NFP ?
Je pense que ce n'est pas le moment.
Vous n'êtes d'accord sur rien ? Il vous colle une énorme pression ?
Oui, d'accord. On les connaît, on sait comment ça fonctionne. Et chacun est à son poste et fait ce qu'il a toujours fait. Moi, je pense qu'on est, un, dans un moment où il faut que chacun sorte de sa zone de confort et qu'on arrête de faire tout ce qu'on a toujours fait parce que ça ne marche pas. Et la deuxième chose, c'est que je pense qu'on est dans un moment crucial où beaucoup de choses se jouent et que ce n'est pas le moment de se donner en spectacle.
Il dit que si vous participez à un accord avec le président, y compris un accord de non-censure, vous trahissez les électeurs, vous reniez vos engagements. Ça, c'est Manuel Bompard qui dit ça.
Tout ce qui est excessif est insignifiant.
Oui. Puisque vous parlez également du RN et des sondages, c'est vrai qu'il y a ce sondage qui a été brandi hier, à votre place d'ailleurs, par Marine Le Pen. Après la censure, elle serait donnée largement en tête du premier tour. Est-ce que ce n'est pas elle, au fond, la grande gagnante de la séquence actuelle ?
J'ai l'impression qu'elle gagne à tous les coups, qu'elle soit poursuivie en justice pour détournement de fonds européens, qu'elle fasse sauter à l'accord de Michel Barnier, qu'elle a choisi, je rappelle. C'est elle qui a dit à Macron, si c'est lui, OK. On se demande bien pourquoi d'ailleurs. Il faut le dire à vos téléspectateurs.
Mais ça, c'est fini. Il faut dire à vos téléspectateurs la supercherie. Si vous avez dit Emmanuel Macron, on ne se met plus dans la main du RN.
Oui, on va voir pour combien de temps, parce qu'il l'avait déjà dit plusieurs fois, il a toujours recommencé à le faire. Mais il faut dire à vos téléspectateurs que la supercherie du RN, c'est qu'ils ont préféré un Premier ministre macroniste en pire que de mettre quelqu'un de chez nous qui aurait fait le SMIC à 1 600 euros, qui aurait abrogé la réforme des retraites, qui aurait fait l'école intégralement gratuite, et tout de suite. Pourquoi ils font ça ? Parce qu'ils veulent que les gens aillent de plus en plus mal. Ils veulent que les gens dévisent socialement, parce qu'ils pensent que pour voter pour eux, il ne faut pas aller bien.
Et donc Marine Le Pen, électoralement, pour des raisons électoralistes, pour gagner en 2027, elle s'acharne à faire la politique du pire sur nos politiques publiques. Et ça, c'est vraiment une du prix.
On voit qu'il y a encore du boulot avant de vous mettre d'accord les uns les autres.
Avec Marine Le Pen, oui, ça ne va pas être tout de suite.
Oui, oui, mais là, vous parlez des autres. Vous parlez d'Emmanuel Macron et de ses nominations.
Non, Premier ministre de gauche, et pas de 49-3, et donc pas de censure, et 30 mois pour travailler avant la prochaine présidentielle.
Un mot d'actualité, si vous le voulez bien, en quelques secondes, la Coupe du Monde 2034 attribuée à l'Arabie Saoudite. Ça vous inspire quoi ? À vous, secrétaire nationale des Verts ?
Un, je suis perplexe.
Ouais.
Et deux, j'en ai marre de devoir polémiquer toujours sur les lieux de ces compétitions, parce qu'en fait, moi, j'aime le sport. J'aime le sport, j'aime me réveiller la nuit pour suivre ces compétitions. J'aime soutenir les sportifs français et même les autres. Et en fait, ça devient vraiment anxiogène de se dire qu'on aime le sport, mais comme on a des valeurs, un, environnementales, et deux, sur les droits humains, évidemment, il y a plein de compétitions qu'on ne suit plus avec la même joie, avec la même ferveur. Et pendant toute cette compétition, on sera concentré un peu sur les matchs et puis aussi beaucoup sur toutes les polémiques autour du lieu.
Donc ouais, c'est pas très très réjouissant.
Allez, Marine Tondulier, qui attend comme nous tous, la fumée blanche du côté de l'Elysée. Merci beaucoup. Merci à vous.
Et ça, ça va pas se faire par magie. Merci à vous deux et merci également à Vivien Fonvieille pour la traduction en langue des signes. Merci à vous.
Marine Tondelier