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InterviewFalconGalleryStories· 28 août 2026 36 minComplaisantPortrait personnelTravail & emploiSolidarités & familleCulture, médias & sportÉducation & recherche

Anne-Elisabeth Lemoine (C à vous) : "Réussir, ce n’est pas être la meilleure ou la numéro 1"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 67 %Attaque 4 %Défensif 18 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:50OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous vous sentez bien au siège du Parti communiste ? Est-ce que c'est un endroit confortable pour vous ?

  • 1:12OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous vous sentez confortable dans le rôle de l'interviewée, d'être de ce côté-là du micro ?

  • 2:25OuverteRéponse directe

    Comment tenez-vous cette pression ?

  • 4:29OuverteRéponse directe

    Comment est-ce que vous avez passé ce cap de vous jeter dans le grand bain ?

  • 5:58OuverteRéponse directe

    Mais est-ce que vous croyez, pour peut-être aider les gens qui sont là, que d'une façon générale, être patient au boulot, c'est très important ?

  • 6:56OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples et nous raconter ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:19PrésentateurChiffre
    « Anne-Elisabeth Lemoyne présente une émission qui s'appelle C'est à vous. Et c'est l'un des talk shows qui a le plus de spectateurs. Puisque vous avez 1,3 million de clients en moyenne tous les jours. »
  • 4:32Invité politiqueFait
    « Quand tout d'un coup j'ai eu la bonne proposition, je n'avais aucun doute là-dessus, en fait. »
  • 4:54Invité politiqueFait
    « Ce n'est pas être la meilleure, la numéro 1. C'est faire quelque chose qui te plaît et dont tu as envie. »
  • 7:08Invité politiqueFait
    « J'ai raté deux fois Sciences Po à l'oral. »
  • 7:21Invité politiqueFait
    « Je leur dis, je voudrais comprendre pourquoi ce qui n'allait pas dans ma façon de me présenter, etc. »
  • 7:31Invité politiqueFait
    « Il m'a dit, j'ai un aveu à vous faire, je ne me souviens absolument pas de vous, vous n'avez pas imprimé. »
  • 8:22Invité politiqueFait
    « Moi, je ne désire jamais quelque chose que je ne peux pas obtenir. »
  • 9:54Invité politiqueFait
    « Tous les soirs, quand je sors de l'émission, mon père m'appelle en me disant « C'était bien, c'était pas bien. » »
  • 10:22Invité politiqueFait
    « Surtout qu'à la télévision, à 9h01, on a les scores de la veille. »
  • 12:45Invité politiqueFait
    « Quand je suis arrivée chez Marc-Aulier-Fogel, je ne savais pas faire de reportage télé. J'étais nulle. »
  • 18:35Invité politiqueFait
    « Je me souviens des casse-tête de CETAVOU qui a eu du mal à trouver des expertes pour qu'il y ait une parité autour de la table et que des femmes soient aussi nombreuses que les hommes pour parler des sujets qu'elles maîtrisent. »
  • 22:11Invité politiqueFait
    « Je vais me faire passer pour Mère Thérésa si je dis que ça rend plus partageurs. »
  • 24:08Invité politiqueFait
    « Chaque été quand je rentre, j'ai un dossier de tout ce que j'aurais pu ne pas lire dans la presse, avec les thèmes d'actu. »
  • 26:22Invité politiqueFait
    « Moi, je me suis sentie utile à un point. »
  • 27:40Invité politiqueFait
    « On n'a pas invité de rassuriste, on n'a pas invité de complotiste, on a fait extrêmement attention à qui on invitait sur notre plateau. »

Temps de parole

  • Invité politique75 %
  • Présentateur25 %

2,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:04
Présentateur

Bonjour à toutes et à tous, je me présente, je suis Alix Girodelin, je travaille au magazine Elle depuis le bas Moyen-Âge à peu près. Et je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui parce que j'ai la chance de pouvoir vous présenter une femme épatante. C'est une professionnelle inspirante, une grande bosseuse qui a construit à son rythme une carrière unique dans les médias. Et ce qui ne gâche rien, c'est une fille archi sympathique. Merci d'accueillir Anne-Elisabeth Lemoyne.

0:32
Invité politique

Bonjour, salut Alix.

0:45
Présentateur

Bonjour Anne-Elisabeth.

0:46
Invité politique

C'était de moi dont tu parlais là ?

0:47
Présentateur

Bien sûr, il faut être à la hauteur de son mythe. Anne-Elisabeth, est-ce que vous vous sentez bien au siège du Parti communiste ? Est-ce que c'est un endroit confortable pour vous ? C'est un magnifique endroit.

0:58
Invité politique

Que vous connaissez déjà, je le sais. Exactement, et puis je suis mariée à un architecte. Je suis mariée à un communiste ? Pardon, un architecte. Je ne sais pas ce que mon mari vote. Peut-être as-tu voté Fabien Roussel au premier tour des présidentielles.

1:12
Présentateur

Est-ce que vous vous sentez confortable dans le rôle de l'interviewée, d'être de ce côté-là du micro ? Pas du tout. Donc on va essayer de ne pas trop vous glacer avec nos questions.

1:21
Invité politique

Vous posez des questions glaçantes ?

1:22
Présentateur

Non, non, non, on va essayer. Alors je vais essayer de faire les choses de façon professionnelle. Donc on a trois thèmes à aborder. On a un peu de temps, contrairement à votre émission. D'abord on va parler... On a deux heures tous les soirs, Alix. Mais oui, mais pas avec la même tête. Si, ça nous arrive. Ah, ça vous arrive. Ok, j'ai qu'à regarder plus souvent. Bravo. Et voilà. Donc d'abord on va parler du rapport au travail d'Anne-Elisabeth. Parce que c'était vraiment une immense bosseuse. Et ça, ça a été confirmé par tous les gens que je connais. Dont ma camarade Marion Ruggieri, qui a travaillé longtemps avec vous. Elle me dit, mais tu ne peux pas savoir ce que cette femme travaille.

D'accord. Ensuite on va parler d'un sujet très simple. Qui est surtout pour les femmes. Qui est l'harmonisation entre la vie perso et la vie pro. C'est vraiment facile. Et on terminera avec des questions d'actu et de société. Donc on attaque avec votre rapport au travail. Je vais déjà préciser pour les gens qui auraient vécu dans une grotte depuis 20 ans. Que Anne-Elisabeth Lemoyne présente une émission qui s'appelle C'est à vous. Et c'est l'un des talk shows qui a le plus de spectateurs. Puisque vous avez 1,3 million de clients en moyenne tous les jours. Alors question très simple. Comment tenez-vous cette pression ?

2:29
Invité politique

Le fait de savoir qu'il y a 1,3 million de téléspectateurs tous les soirs devant C'est à vous. Et vous êtes tous les soirs au boulot. Oui, j'y suis tous les soirs jusqu'à 21h. Mais déjà c'est beaucoup de plaisir. J'ai eu une chance incroyable. Et on ne se le répète pas assez souvent. Je suis heureuse de faire un métier qui me passionne. J'imagine que vous aussi Alix... Oh non, moi je n'en ai rien à foutre moi.

2:52
Présentateur

Il y a ma rédaction.

2:53
Invité politique

C'est l'accès de la rédaction qui est là. Oh mon Dieu ! Faute de car. Donc c'est d'abord du plaisir. La chance de pouvoir rencontrer des personnalités, les femmes et les hommes qui font l'actualité, quelles qu'elles soient. C'est passionnant, mais c'est beaucoup de travail. Et le meilleur moyen d'arriver sans avoir trop le trac, c'est de savoir à peu près où on va, qui on rencontre, pourquoi on a invité telle et telle personnalité et surtout, qu'est-ce qu'on veut leur dire, qu'est-ce qu'on veut leur faire dire, savoir où on va en fait. Savoir comment on va commencer, comment on va terminer et puis vaguement ce qu'il y aura au milieu.

3:29
Présentateur

D'accord, mais pour ce qui est de la pression, les attentes les plus fortes, c'est du côté de la chaîne, des producteurs, des téléspectateurs, des invités. Qu'est-ce qui pèse le plus ?

3:38
Invité politique

Un peu tout, mais c'est surtout, je crois que c'est la pression vis-à-vis de moi, en fait. Oui, c'est ça. C'est que je me dis, ok, je veux être contente de l'émission que je vais faire et c'est souvent contre moi que je suis le plus en colère quand ça ne va pas. Vous n'êtes pas indulgente avec vous-même ? Non. Jamais ? Pas très souvent. D'accord. Mais je ne suis pas indulgente non plus. Je suis assez exigeante avec moi et beaucoup aussi avec l'équipe qui travaille avec moi. Je ne suis peut-être pas de tout repos.

4:15
Présentateur

D'accord, ça on en parlera tout à l'heure. On va revenir à vous parce que vous avez dit en interview quelque chose que j'ai trouvé assez touchant. Vous dites que vous avez souvent été un numéro 2 ou un joker et vous avez presque fait le choix de ne pas vous lancer trop tôt. Comment est-ce que vous avez passé ce cap de vous jeter dans le grand bain ?

4:32
Invité politique

Quand tout d'un coup j'ai eu la bonne proposition, je n'avais aucun doute là-dessus, en fait. À partir du moment où on se pose des questions, on se dit, voilà, c'est un truc qu'on entend souvent quand on est chroniqueux. C'est même, mais quand est-ce que tu vas avoir ton émission à toi ? Quand est-ce que tu vas être la numéro 1 ? C'est vrai que du coup on se dit, ah ben alors, j'aurais réussi quand je serai numéro 1. Mais il y avait au fond de moi une petite voix qui me disait, ben non, ce n'est pas ça réussir. Ce n'est pas être la meilleure, la numéro 1. C'est faire quelque chose qui te plaît et dont tu as envie.

Et très longtemps, on m'a fait des propositions pour être la numéro 1, mais avec des émissions qui ne me convenaient pas. Et puis tout d'un coup, le producteur Pierre-Antoine Captain est arrivé avec C'est à vous, en me disant, tu vas rejoindre cette émission, tu vas travailler avec Anne-Sophie Lapix, que je respecte et que j'admire, et puis éventuellement tu la remplaceras quand elle animera d'autres émissions. Je me suis dit, ok, ça, ça ne se refuse pas, il n'y a pas de doute là-dessus. C'est une émission où je peux être journaliste et à la fois faire des interviews, ce que je n'avais pas beaucoup fait jusque-là, puisque j'étais plutôt reporter ou chroniqueuse.

Et c'est quand même difficile d'interviewer, c'est un métier que je ne connaissais pas bien. Donc il y avait une vraie progression, c'était quelque chose de différent que j'allais faire. Et puis que j'allais porter une émission d'actualité où je pouvais être pleinement journaliste. Ce n'est pas clair ce que je dis là. Non, non, c'est très clair.

5:54
Présentateur

Mais est-ce que vous croyez, pour peut-être aider les gens qui sont là, que d'une façon générale, être patient au boulot, c'est très important ? Ou au contraire, l'énergie, aller tout de suite très vite, c'est ça qui paye ?

6:07
Invité politique

Ah ben, chacun fait comme il veut. Moi, je suis un diesel.

6:10
Présentateur

Non, il faut dire voiture électrique maintenant, attention. Ah oui, ça démarre. Sinon, vous allez être recyclés là, pas du tout.

6:15
Invité politique

Je vais certainement être recyclés. C'est 2030, c'est ça, la fin des moteurs thermiques ? Oui. Bon, j'aurais en 2030, j'aurais quel âge ? C'est bon, 27.

6:24
Présentateur

Comment ? Je crois que c'est à peu près ça.

6:26
Invité politique

Aïe, aïe. Oui, non, non, on va peut-être repousser la fin des moteurs thermiques, ça m'arrangerait. Non, mais j'ai toujours été un peu diesel, il faut avoir confiance en soi. Ce n'est pas ce qui me caractérise le plus et ça a mis du temps. La confiance, elle a mis du temps à venir.

6:42
Présentateur

Et la conscience a mis du temps à venir et aussi, vous avez travaillé autour du thème, comme pas mal de gens, des échecs. Vous dites qu'au fait, les échecs, parfois quand ça ne marche pas, c'est ça qui nous construit le mieux. Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples et nous raconter ? J'ai raté deux fois Sciences Po.

7:00
Invité politique

Oui, enfin, vous avez eu le Celsa, on va en reparler, c'est quand même vachement bien. Oui, mais je vais vous expliquer comment je l'ai eu. J'ai compris. J'ai pas triché, j'ai pas triché. Non, non, mais j'ai raté deux fois Sciences Po à l'oral. C'est-à-dire que je réussis à l'écrit et à chaque fois à l'oral, je me plantais. Et donc, je ne comprenais pas pourquoi. Donc, je suis allée voir l'examinateur parce qu'on pouvait les rencontrer. Je leur dis, je voudrais comprendre pourquoi ce qui n'allait pas dans ma façon de me présenter, etc. Il m'a dit, j'ai un aveu à vous faire, je ne me souviens absolument pas de vous, vous n'avez pas imprimé.

C'est-à-dire que je ne peux même pas vous faire de critique, vous étiez transparente, en fait. Mais quelle ironie quand on voit votre métier aujourd'hui. Oui. Il est toujours vivant, ce monsieur ? Il regarde la télé ? Je ne sais pas. Mais ce qui est... J'ai oublié qui c'était, moi. Lui non plus, il ne vous a pas imprimé. Ce genre d'échecs, on se dit, c'est des remises en cause qui sont un peu brutales, un peu violentes, mais qui sont saines en réalité. Je dis, il faut essayer d'être un peu moins transparente. Parce que dans la vie, mes amis, ma famille, ils ne me trouvent pas transparente. Ils aimeraient bien que je sois un peu plus transparente.

8:06
Présentateur

Vous dites aussi que pour éviter les déceptions, vous avez toujours préféré vous laisser porter par des rencontres et saisir des opportunités, plutôt de vous fixer un but dès le début.

8:14
Invité politique

Ça, c'est ma façon de fonctionner. Je trouve qu'il n'y a rien de pire que la déception. Pour le coup, la confiance en soi. Donc moi, je ne désire jamais quelque chose que je ne peux pas obtenir. Ce qui fait que je ne suis pas très jalouse, je ne suis pas très envieuse. Et ça, je félicite ma nature. Parce que je trouve que c'est difficile d'être envieux, jaloux, de ne pas être content de ce qu'on a. Donc je suis plutôt une bonne nature, à me satisfaire de ce que j'ai, sans vouloir forcément quelque chose que je ne peux pas avoir. Donc les objectifs, ils se fixent petit à petit. Donc j'avance un pas. Je me dis, bon alors, est-ce que ça, c'est atteignable ? Oui.

Alors on y va, on met un pied devant l'autre au fur et à mesure. J'ai l'impression que c'est un n'importe quoi.

8:59
Présentateur

Non, non, non, non, non, pas du tout. C'est beaucoup mieux que ce que vous dites d'habitude, rassurez-vous. Et moi, j'essaie d'être très sérieuse. Vous dites que votre ambition a souvent été de vous imposer face à vous-même, et que dans votre métier, vous n'êtes pas toujours sentie légitime. Là, je suis sérieuse, cette histoire de légitimité, c'est quand même crucial. Et pourtant, Anne-Elisabeth, vous êtes diplômée du CELSA. Vous avez fait Hippocane et Caine. Et le CELSA, je sais, je l'ai moi aussi planté à l'oral. Et pas parce que j'étais transparente, parce que j'étais nulle. Voilà. Donc quand même, vous avez été choisie par des pointures, pratiquement vos débuts.

Vous êtes remarquée par Marc-Olivier Fogel, qui n'est quand même pas le stagiaire de base. Après, vous avez travaillé pour France Inter, pour RTL, pour France Info, pour Canal+, pour M6, pour France Télé. Est-ce que ça, ça ne suffit pas à se sentir légitime ?

9:47
Invité politique

Ça commence à aller mieux. Ça commence à aller un peu mieux, mais tous les matins. Déjà, tous les soirs, quand je sors de l'émission, mon père m'appelle en me disant « C'était bien, c'était pas bien. » On va reparler de votre papa tout à l'heure. Ça a l'air d'être un personnage. C'est un truc de dingue. Et puis, j'ai deux, trois amis qui ne me ménagent pas du tout. Donc, on n'est jamais... Ce n'est pas quelque chose d'absolu et d'éternel, la légitimité. Non, ça se travaille un peu tous les jours, un peu chaque matin. Surtout qu'à la télévision, à 9h01, on a les scores de la veille. Donc, on ne peut pas se reposer sur ses loyeriers. C'est impossible.

Hier, on a fait un score de malade avec Anne Romanoff. Et je lui ai envoyé un texte en lui disant « Bravo, merci, Anne. » Dans le genre, quelqu'un qui est ultra diplômée, ultra intelligente, et qui s'est fait un peu toujours passer pour une fille... Enfin, elle avait un personnage qui s'appelait Bernadette. Oui, un peu nunuche, quoi. Un peu nunuche. Et tout le monde pensait qu'elle était nunuche jusqu'à ce qu'elle soit outée. Comme intelligente. Comme intelligente. Ah, mais vous avez fait Sciences Po, Anne Romanoff. Mais je trouve ça presque mieux de surprendre comme ça.

D'avancer humblement, modestement, sans rouler des mécaniques, ce que beaucoup font, sans avoir forcément les compétences, et qui m'agacent. Et à la fois, moi, je préfère avancer doucement, sûrement, un peu masquée.

11:09
Présentateur

J'aurais des conseils pour les femmes qui se sentiraient pas légitimes. Qu'est-ce qu'on peut avoir comme conseils ? Est-ce qu'il faut bien s'entourer ? Avoir des amis avec qui on travaille, qui vous boostent un peu ? Qu'est-ce qu'on peut faire ?

11:23
Invité politique

Oui, il faut travailler avec des gens qui ont un regard très bienveillant sur vous. Moi, je suis ultra fidèle professionnellement. Oui, on a vu ça. Par exemple, le journaliste qui m'a embauchée chez Marc-Aulier-Fogel, il s'appelle Christian Neplas, et c'est aujourd'hui le rédacteur en chef de C'est à vous. Ah oui, d'accord. Ça fait 24 ans qu'on se connaît. On a travaillé pas mal de fois ensemble, et quand on m'a demandé de prendre la tête de C'est à vous, je lui ai dit, Christian, l'un de mes objectifs, c'est que tu viennes. Parce que c'est lui qui m'a repérée quand j'étais une jeune journaliste. C'est lui qui a vu qu'il y avait quelque chose éventuellement.

Il refaisait mes sujets quand ils étaient nuls, pour pas que Marc-Aulier-Fogel ne vous engueule. Il m'engueule. Donc, il a été en soutien. Il y croyait. Et s'entourer de gens, faire confiance à ceux qui y croient, et continuer à leur faire confiance, et les écouter, il m'a appris beaucoup, beaucoup de choses. Et aujourd'hui, il me dit, c'est toi qui m'apprends.

12:25
Présentateur

C'est beau. Est-ce que c'est courant, cette gratitude et cette fidélité dans votre milieu ? Dites la vérité, s'il vous plaît.

12:33
Invité politique

Ben, je ne sais pas. Moi, je suis plutôt quelqu'un de reconnaissante. Je n'hésite pas à dire merci. À coup de pied dans le derrière, j'ai pas mal appris. Ça n'a pas toujours été facile. Quand je suis arrivée chez Marc-Aulier-Fogel, je ne savais pas faire de reportage télé. J'étais nulle. Et j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps dans des salles de montage. Et ma mère voulait aller demander des comptes à Fogel. Non, mais qu'est-ce que tu fais à ma fille ? Et je le remercie vraiment de ça, de m'avoir dit, mais la facilité, le confort, ce n'est pas bien. Donc, c'est pour ça que se sentir légitime, arriver, je pense que ce n'est pas un bon moteur.

Parce qu'on rentre dans une routine, dans un confort. On ne va pas chercher en nous ce qu'il pourrait y avoir de mieux.

13:24
Présentateur

Si on avait dit à l'Anne-Elisabeth, le moine de 30 ans, écoute ma cocotte, un jour, tu présenteras le premier talk show en début de soirée de France. Qu'est-ce qu'elle aurait dit ? Elle aurait rigolé, quoi.

13:38
Invité politique

Vous n'y pensiez même pas ? Non. Après, c'est marrant, parce que je crois que je refais un peu l'histoire, parce que l'un de mes rédacteurs en chef chez Marc-Aulier-Fogel n'arrête pas de me dire, mais la première fois que je t'ai vue, tu m'as dit, je veux faire de l'antenne. Je ne me souviens absolument pas de lui avoir dit ça. Mais peut-être qu'il y avait ce rêve-là, cette idée-là, que je n'assumais pas vraiment, justement, en me disant, parce qu'au fond de moi, je me disais, mais ce n'est pas pour toi. Les filles qu'on voit à la télé, elles ont 20 centimètres de plus que toi. Elles cochent des canons de beauté. Elles sont belles. Voilà, comme il faut être belle, ce n'est pas ton cas.

Moi, on ne m'a jamais dit, tu es belle, tu es jolie, tout ça. C'est des trucs qu'on me dit maintenant, alors ça me fait un bien fou. Mais du coup, j'ai développé autre chose. Mais donc, quand il me dit ça, je dis, mais non, je ne te crois pas. Ce n'était pas mon ambition, ce n'est pas vrai. Peut-être que si, en fait. Et que je ne me l'avouais pas, je ne me le disais pas. Parce que j'avais trop peur de ne pas y arriver.

14:37
Présentateur

C'était qui vos idoles à la télé ? C'était surtout des hommes, on en reparlera tout à l'heure, mais ça a quand même beaucoup évolué. Mais est-ce qu'il y avait des femmes qui faisaient le métier que vous faites aujourd'hui ?

14:46
Invité politique

Il y en avait une, il y avait Christine O'Krent, je me souviens, j'avais 15 ans. Qui n'est pas la plus chaleureuse de la bande. Oui, mais qu'est-ce qu'elle était pro ? Oui, donc vous, c'est pro, le déclic, c'est pro. Elle était pro et elle avait la place d'un homme, à l'époque où il y en avait peu. Il y avait Anne Sinclair et Christine O'Krent qui avaient des... Et Marie-France Kubada, pour les gens qui sont nés dans les années 60 comme moi.

15:11
Présentateur

T'es née dans les années 60 ? Oui, il y a du travail, mais bien sûr.

15:16
Invité politique

Christine O'Krent, elle était ultra pro. Et je me disais, mais tout le monde la prend au sérieux. Et c'est peut-être l'ambition qui, au fond de moi, la plus importante, c'est d'être prise au sérieux. D'accord. On se dit, ok, elle est pro. Elle travaille et ça se voit. Enfin, ça ne se voit pas trop, parce que comme le patinage artistique, il ne faut pas qu'on voit trop qu'il y ait du boulot. Que ça paraisse naturel, les triples boucles piquées, qu'on ne sente pas les 20 gamelles qu'il y a eu avant d'y arriver. Donc, est-ce qu'on peut extrapoler à mort en disant que votre rêve, ce serait de présenter un JT ?

Là, on extrapole, je ne sais pas si on me prend assez au sérieux pour me confier un JT. Parce que... Mais vous aimeriez ça ?

16:07
Présentateur

Si on me le proposait, je dirais oui, et j'essaierais. Ça reste vraiment la discipline reine quand on est journaliste.

16:12
Invité politique

Difficile de refuser un JT. Mais je ne suis pas sûre que je m'y amuserais beaucoup. Oui, c'est ça. Parce que là, on va parler de travail en équipe. Tout ce que je ferais dans l'état-vou, je ne pourrais pas le faire... Exactement, on est tout seul face à la caméra dans un journal télévisé. Comment ça se passe avec votre équipe ?

16:28
Présentateur

Je sais que ça se passe bien, parce qu'on a eu des petites infos à côté. Mais j'aimerais vous l'entendre dire. Comment est-ce que vous choisissez les gens qui vous entourent ? Et comment vous travaillez avec eux ?

16:39
Invité politique

À l'antenne ou hors-antenne ? Les deux. Alors, à l'antenne, hors-antenne. Donc, Christian Desplaces, vous voyez. Parce qu'il est ultra compétent et il est bienveillant. Et là, depuis le début de l'année, pour la première fois, à la tête de cet avou, ce sont deux femmes qui produisent. C'est une émission qui était présentée par une femme, mais qui était produite par des hommes. Et bien, ça change beaucoup de choses, en réalité. Lesquelles ? Ben, il y a une solidarité qui n'existe pas forcément. Parce qu'à l'antenne, il n'y a pas de temps de femmes, parce qu'on fonctionne. Non, il n'y en a pas tant. On est deux tout le temps. Il y a Émilie Tran-Guyen et moi, en permanence.

Après, ça, c'est un débat qui ne me convient pas toujours. Patrick Cohen, c'est un homme, mais s'il s'appelait Patricia Cohen, ça arrangerait tout le monde. Parce qu'il faut plus de parité. Je trouve que c'est très bien. Mais on ne va pas lui demander. Je trouve ça bizarre. C'est sa compétence qu'on vient chercher.

17:42
Présentateur

Oui, mais vous pourriez étoffer votre équipe.

17:45
Invité politique

On est nombreux, déjà. Et les journalistes qui m'entourent, c'est d'abord leur compétence qui a primé pour leur recrutement. Il se trouve que ce sont des hommes. Et c'est vous qui les avez choisis, ce n'est pas le producteur. Si, c'est en discussion avec le producteur. Après, Patrick Cohen était là avant que j'arrive. Pierre Lescure est arrivé en même temps que moi. Pareil, on n'allait pas lui demander de changer. C'est parce qu'on est allé chercher Pierre Lescure qu'il a eu sa place à CETAVOU. Mais au fil des années, effectivement, dans les recrutements, on se disait, à poste égale, à compétence égale, est-ce qu'il y a une fille ou pas ? Mais ce n'est pas toujours le cas.

Je me souviens des casse-tête de CETAVOU qui a eu du mal à trouver des expertes pour qu'il y ait une parité autour de la table et que des femmes soient aussi nombreuses que les hommes pour parler des sujets qu'elles maîtrisent. C'est venu avec les années parce que je pense que, on parlait de légitimité, c'est un vrai problème féminin, en fait, de beaucoup s'auto-censurer. Quand on fait des réunions, c'est les hommes qui parlent, même s'ils n'ont pas forcément des choses plus intéressantes à dire que nous. et c'est quelque chose qui m'a pris du temps aussi. Et de me dire, bon, ce n'est pas grave, il prend la parole, mais on ne t'inquiète pas, tu vas trouver le moment.

Et la réunion est terminée, vous n'avez pas parlé. Ça a été longtemps comme ça, mais ça ne l'est plus. Je n'hésite plus à prendre la parole, même pour dire des choses pas forcément intelligentes. Ce n'est pas grave, on y va, quoi. On a autant le droit à la parole qu'eux. Mais ça prend du temps. Et donc, cette révolution-là, elle prend du temps. Ce qui fait qu'il y a toujours plus d'hommes à la télévision ou même dans les équipes dirigeantes que de femmes. Mais ça change, vous voyez. Là, pour la première fois, ce sont deux femmes avec lesquelles j'ai travaillé, avec lesquelles je me suis bien entendue, et qui sont ultra bosseuses, ultra sérieuses.

Parce que ça, c'est typiquement féminin aussi. Avec lesquelles on peut s'engueuler sans que... Ça s'amène en rupture. Exactement. Il y a un truc où les engueulades, ça passe mieux quand on est entre femmes ou qu'avec un homme et une femme. Où il y a une espèce de conflit bizarre. Je ne sais pas comment on peut le nommer. Ils ont l'impression qu'on leur dise je ne t'aime pas ou je suis meilleure que toi. Non, ce n'est pas ça. Ce n'est pas ça qui est en jeu. Il y a ce problème-là qui est réglé. Il y a peut-être moins d'égo, en fait.

20:12
Présentateur

dans la gestion quotidienne. Alors ça, c'est quand ça ne marche pas. Mais pour ce qui marche très bien face qu'on voit à l'antenne, c'est la complicité que vous avez avec eux. On a presque l'impression quand on vous regarde, vous avez des petits codes entre vous. Est-ce que vous leur faites des petits signes, vous prenez la parole, vous vous appuyez beaucoup sur eux ou vous leur tapez sous la table ? On a envie de savoir, non ?

20:30
Invité politique

Ah ben, j'aurais des grandes jambes si j'arrivais à leur taper sur la table. Je n'ai pas les jambes de Jules et Robert. Non, mais oui, ils voient bien. C'est marrant parce qu'ils me disent souvent on voit à ton regard si on a posé une bonne question ou une mauvaise question parce que tout se voit sur mon visage. Donc j'ai tendance à faire ça ne va pas. Oui, je leur parle tout le temps, beaucoup. Et quand c'est à eux, je leur fais comme ça. Je viens d'Angleterre. Oui.

20:54
Présentateur

Et gestion du fourrir, comment vous faites ? Ils vous aident ?

20:56
Invité politique

Je gère que dalle. Je gère que dalle, d'accord.

20:58
Présentateur

Et ils ne sont pas là ? Ils peuvent quand même reprendre la parole, être très sérieux ? Non, parce que c'est communicatif.

21:04
Invité politique

Ah oui, oui. Ça, c'est mort. Mais après, souvent, Pierre Lescure, avant, j'en avais beaucoup plus. J'ai quand même réussi à diminuer leur fréquence parce que Pierre n'aime pas quand on a des fourrirs qui peuvent exclure le téléspectateur. Donc c'est toujours le professionnel de la télé qui est là et qui me regarde et dit non, non, non, non, on ne s'éternise pas. Il ne faut pas que ça tourne à la private joke. On fait de la télé pour ceux qui nous regardent. Donc soit tu leur expliques pourquoi tu ris, soit tu arrêtes de rire. Oui, c'est ça.

21:31
Présentateur

Il faut expliquer parce qu'il n'y a rien de plus délectable pour le spectateur de gens qui se marquent. C'est contagieux, c'est merveilleux. Bien sûr, mais il faut qu'il y ait... Alors des fois, ce n'est pas explicable.

21:39
Invité politique

C'est parce que...

21:40
Présentateur

Oui, parce que quelqu'un a enlevé son slip, par exemple. Ce qui arrive très souvent. Voilà. Maintenant, on va parler un petit peu du côté plus privé, perso de votre vie. Je vais commencer avec votre enfance parce que c'est quand même étonnant, votre parcours. Vous faites partie d'une fratrie de sept enfants. Alors je voudrais savoir en quoi ça a influencé votre caractère, votre rapport aux autres dans le travail ? Est-ce que quand on a six frères et sœurs, on n'est plus partageurs devenus grands ou au contraire complètement perso ?

22:11
Invité politique

Aïe, aïe, aïe. Je vais me faire passer pour Mère Thérésa si je dis que ça rend plus partageurs. De toute façon, on est obligé de partager, on n'a pas le choix. Donc c'est quelque chose qui s'apprend. On partage ses parents, on partage les chambres, on partage les habits, on partage une voiture dans laquelle c'est l'émeute sur les trajets interminables.

22:29
Présentateur

Sans ceinture ?

22:30
Invité politique

Je pense qu'il n'y avait pas de ceinture, pas tout de suite en tout cas. Donc on est obligé de partager. Et puis après, moi j'ai tellement voulu partager que j'ai été pensionnaire où là je partageais ma chambre avec 79 autres élèves parce que c'était des dortoirs. Donc le rêve, c'était d'avoir une chambre à vous, non ? Oui, mais je n'ai jamais eu. Mais là maintenant, ça va mieux. Je n'ai toujours pas de chambre à moi. Mais vous n'avez pas vos chiffres à rester à la maison quand même ? Non, mais on se retrouve le plus souvent possible. Vous êtes très unique. Moi, mes meilleurs amis, c'est mes sœurs. Je sais que... Oui. Ça fait rêver, hein ? Ah ouais ? Vous êtes fille unique ?

23:08
Présentateur

Non, non, non. On est une famille de filles, on s'entend très bien, mais les familles harmonieuses, c'est quand même un doré rare.

23:12
Invité politique

Mais ça, je pense que c'est la grande réussite de mes parents. Celle dont ils sont le plus fiers, c'est qu'on s'entende tous très bien. Et dès qu'il y a la moindre friction, ça les met dans des états de panique. et donc, c'est l'œuvre de leur vie. C'est l'espace n'est meilleur de mes parents. Ils veulent que ce soit préservé à tout prix.

23:35
Présentateur

Et il doit y avoir aussi une valeur importante chez eux, c'est le travail, parce que ce sont eux aussi d'énormes bosseurs, comme quoi les chats ne font pas des rats. Votre papa est haut fonctionnaire, votre maman inspectrice du trésor public, ça, c'est un métier qui fait peur. Oui, oui, c'est les impôts. Avec quelle vision du travail vous ont-ils élevé ?

23:57
Invité politique

C'est ce qui... Mon père, je le vois toujours travailler, il a 84 ans, il fait des dossiers, déjà. Sur vous ? Sur l'actualité. C'est-à-dire que chaque été quand je rentre, j'ai un dossier de tout ce que j'aurais pu ne pas lire dans la presse, avec les thèmes d'actu. Voilà, Anne-Elisabeth, ce qui m'a paru intéressant, le papier du monde. Que je l'ai toujours vu lire depuis que je suis née. Donc, il fait des dossiers sur tout, y compris sur les modes d'emploi de l'électroménager.

24:32
Présentateur

Donc, je peux vous dire... Il faut lui dire que ça se télécharge sur Internet. C'est comme ça, il gâchera pas de papier. Non, il est content de les trouver, c'est ça ? Oui, exactement.

24:38
Invité politique

Donc, ils font des dossiers sur tout. Les dîners à la maison, quand on était petit, c'est dès qu'il y avait un mot de vocabulaire qu'on ne comprenait pas, il fallait que l'un d'entre nous aille chercher le dictionnaire. Et donc, on venait à table, il fallait lire la définition. Mais c'était joyeux tout ça, parce que c'était des concours. Et surtout, ce que j'aimais le plus, c'est qu'il mettait un enregistreur et il nous disait, voilà, on est à l'Assemblée nationale, il y a l'opposition, il y a la majorité. Tout le monde n'a pas eu la même enfance. Thème de débat, on y va, chacun a un temps de parole délimité.

Évidemment, ça s'est terminé en hurlement, personne ne respectait les temps de parole les uns des autres. Et c'est en ça que ça développe la personnalité, parce qu'on apprend parfois à hurler plus vite, à plus fort que son frère ou sa soeur. Mais on apprend à développer vite des arguments, être percutant, avoir beaucoup d'humour et pas mal d'autodérision, parce que ça charrie sec. Donc ça apprend tout ça aussi, les familles nombreuses. Il y a eu dans votre carrière,

25:39
Présentateur

moi en tant que téléspectatrice, c'est ce que j'ai vu, un moment peut-être de bascule dans cet avou, c'était le moment du Covid, où vous avez décidé de ne pas fermer la boutique, de ne pas arrêter l'émission, alors que tout le monde est évidemment enfermé chez soi. Et vous êtes resté à deux sur le plateau, si je ne dis pas de bêtises. Avec Patrick Cohen, voilà.

Et j'ai l'impression qu'il y a eu, c'est comme si vous aviez monté une marche, parce que tous les soirs, les gens dans cette pagaille, cette confusion, cette angoisse, moi, enfin, je crois qu'on était très nombreux, vous avez fait des records d'audience, à regarder l'émission et à se dire, là, ça va être un endroit où on ne va pas nous raconter n'importe quoi, ne pas nous faire flipper, nous donner des vrais chiffres, on va se poser. Est-ce que vous, vous avez senti comme ça, que c'était un moment d'évolution énorme pour vous, personnellement ?

26:22
Invité politique

Moi, je me suis sentie utile à un point. Et c'est ça votre moteur, non ? Oui. Oui, oui. Ce n'est pas tellement la légitimité, c'est l'utilité. Et là, vraiment, je me suis dit, ok, notre boulot, c'est pas que du vent, quoi, parce que parfois, on peut se dire ça, voilà, les infos passent, on ne sauve pas de vie, quoi. Eh bien là, je me suis sentie utile pour la première fois, mais c'est marrant parce que je n'ai pas hésité une demi-seconde, quoi. Je sais que c'est peut-être mon côté, je fonce, je ne me pose pas de questions, je pousse les wagonnets au fond de la mine, je suis un bon petit soldat, en fait, donc je ne suis pas trop posée de questions.

Je n'ai pas forcément été non plus la meilleure épouse ou mère de famille puisque ça condamnait quand même tout le monde à rester à Paris alors que beaucoup décidaient de partir. Mais je suis hyper fière de ce qu'on a fait pendant ces deux mois. Je suis très reconnaissante à Patrick Cohen qui a fait le très bon choix de justement ne pas... Enfin, il se disait beaucoup de choses et il le fait tous les jours dans son métier mais là, il a fait particulièrement en disant attention à ce qu'on vous raconte. À ce qu'on vous raconte. Aux emballements médiatiques, autour des personnages un peu... Didier Raoult en l'occurrence. Et on n'était pas...

Il était l'un des premiers quand même à me dire attention. Et on n'a pas invité de rassuriste, on n'a pas invité de complotiste, on a fait extrêmement attention à qui on invitait sur notre plateau. Et très honnêtement, c'est une grande fierté mais ça, je lui dois beaucoup et je lui dois beaucoup tous les jours parce qu'il a une expérience folle et une rigueur extraordinaire. Donc, je suis très reconnaissante des choix qu'il a faits. Et lui, je l'ai poussé à venir parce qu'il a hésité. Il travaillait à l'époque pour Europe 1 et il a hésité.

Il me dit, moi, je peux très bien installer un studio et accompagner mes enfants parce que je suis un père de famille, je ne veux pas les laisser tomber, je ne veux pas les obliger à rester à Paris. Et donc, je peux faire de la radio de ma résidence secondaire. Et je lui dis, non, non, non, Patrick. Je ne veux pas être toute seule. Tu restes avec moi. Moi, mon numéro de carte de presse, je ne le sors pas toutes les cinq minutes parce que je ne suis pas une déontologue et dire que je suis journaliste. Mais il a du sens là. Et si on fait du journalisme, c'est pour tenir bon dans ce genre de période de crise et faire notre boulot plus que jamais.

Je ne suis pas porteur de guerre, je ne prends pas des risques, je suis au chaud dans mon studio. Mais s'il y a un jour, un moment de ma vie où je dois faire un effort et pas justement me dire, oh là là, je suis décidément bien au chaud dans mon métier, c'est là maintenant. Donc, je suis contente qu'on ait pris ensemble cette décision. Et l'équipe qui est venue sur la base du volontariat pour fabriquer l'émission, on était dix. C'est des jeunes qui n'avaient jamais connu de graves crises dans leur vie professionnelle.

Ils étaient là, courageux, sans savoir trop ce qui allait leur arriver, justement, à ne pas pouvoir être auprès des leurs, auprès de leurs parents, alors qu'ils avaient peur pour eux. ils ont été courageux aussi, donc je vous jure, ça me rend hyper, hyper fière. Vous avez presque des petites larmes.

29:37
Présentateur

Je suis tout près d'Anisabeth, donc je le vois. On va prendre un sujet un petit peu plus léger. Vous dites que vous avez commencé dans un métier extrêmement masculin, c'est sûr. Qu'est-ce qui a changé véritablement aujourd'hui ? Est-ce que le problème de la misogynie dans les médias est réglé ? Nous, chez elle, c'est réglé. Chez vous, c'est comment ?

29:58
Invité politique

Ben non, parce qu'on a... Il m'arrive d'avoir des invités qui ne me regardent pas, par exemple, et qui regardent Patrick Cohen et Pierre Lescure en face plutôt que moi. Et vous faites... Ben maintenant que j'ai des productrices en régie, ça leur saute aux yeux. Je dis pas que les hommes sont misogynes, mais ça leur saute peut-être moins aux yeux parce qu'ils l'ont moins vécu que nous. Elles, ça leur saute aux yeux et elles disent à Patrick Cohen, ça arrivait encore récemment, regarde Anne-Elisabeth, ça forcera ton invité à la regarder.

30:28
Présentateur

Et ça marche.

30:30
Invité politique

C'est une question de génération,

30:31
Présentateur

ça, ou même pas ? C'est peut-être de la timidité, c'est peut-être des gars amoureux de vous, Anne-Elisabeth. Et qui osent pas m'en garder ?

30:37
Invité politique

Bien sûr. Oui, oui, oui. Oui, bien sûr. Ben y'en a pas assez, alors. Non, non, je sais... Oui, je pense que c'est une question de génération ou d'image. Quand vous êtes une jeune... Pas jeune. Quand vous êtes une femme blonde, on se dit pas... Un peu rigolote, par ailleurs. On se dit pas, attends... Elle, c'est... C'est l'experte. J'incarne moins la rigueur que d'autres. J'incarne moins l'expertise. Est-ce qu'on peut en vouloir aux gens d'avoir ces a priori-là ? Ben oui, moi je trouve que c'est insupportable

31:11
Présentateur

de regarder que des hommes en pensant qu'il y a qu'ils sont sérieux. Je vois rien qui puisse excuser ça. Est-ce que des femmes font ça aussi ? Regardent plus les hommes que vous ?

31:18
Invité politique

Non. Non, d'accord. C'est masculin, oui. Oui, ça, mais c'est une question de oui, ça va changer. Et puis ça a changé. Le regard qu'on porte sur moi, là, ces six dernières années, il a changé. Dans la légitimité, elle est aussi dans le regard des autres et qui porte sur vous. Bien sûr. Et le regard qu'on porte sur moi a changé. Quand j'ai pris la suite d'Anne-Sophie Lapique, je pense qu'il y a beaucoup qui n'y croyaient pas.

31:43
Présentateur

Incroyable. Qu'est-ce que... Dans votre... Les gens qui vous regardent, vous avez plus d'hommes ou de femmes ? C'est plutôt les femmes

31:49
Invité politique

qui regardent la télé, non ? Alors, on les appelle les FD, les femmes responsables des achats. C'est comme ça qu'elles sont nommées. Vous êtes en train de vérifier ? Oui, je suis en train de vérifier parce qu'hier, je crois qu'on a fait un carton absolu. Donc, je regarde. Mais... Tous les matins,

32:06
Présentateur

vous avez ça ? Vous savez si vous avez bien travaillé la veille ou pas ? À 9h01, oui.

32:09
Invité politique

C'est une pression terrible. Vous les regardez toujours ? Après, c'est comme les résultats financiers, c'est comme les ventes de elles, c'est... On veut être... Enfin, ce boulot-là, on le fait pour être vu, écouté, pas pour notre égo, mais pour, OK, ce qu'on a dit, à intéresser, à susciter de l'intérêt ou de la discussion ou du débat. Donc, on a bien fait notre travail. OK. Donc, c'est important. Oui, c'est important. Mais je sais que l'audience s'est féminisée au cours de ces dernières années. OK.

32:40
Présentateur

Est-ce que vous avez des souvenirs de moments de l'émission ou d'un autre moment de votre carrière professionnelle où vous vous êtes dit, là, ça y est, c'est bon, je suis dans la bonne piscine, je suis dans ma bonne ligne de nage, je vais y arriver. Pardon, Alix ? Est-ce qu'il y a eu des épiphanies, comme disent les Américains, professionnelles, où vous vous êtes dit, ça y est, c'est bon, j'ai trouvé ma place ?

33:07
Invité politique

Je ne me suis jamais dit ça. Mais maintenant que vous me posez la question, je trouve que je suis à ma place. Waouh !

33:13
Présentateur

Mais combien d'années pour en arriver là ? 27, on en a parlé tout à l'heure. 52, ouais.

33:17
Invité politique

Non, mais après, moi, je me sentais à la place dans ma famille, dans mes études, dans mes amours. Je ne me suis jamais dit qu'est-ce que tu fous là ? Et vous n'avez pas eu de regrets non plus ? Aucun. Aucun. Même des trucs qui auraient moins marché ou des gens avec qui vous êtes moins bien entendus, avec qui vous avez travaillé ? Ah non, non, non. Je n'ai aucun regret. Ni remords, d'ailleurs. Donc, j'ai... Ça va, quoi. Donc, qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter ? Continuer, c'est à vous ? Ah, d'essayer de... Ah oui, alors, continuer, c'est à vous. Je suis ultra, ultra heureuse, d'ailleurs. Il faut que je me dépêche parce que Michel Polnareff m'attend.

33:54
Présentateur

Oh là là ! Non, mais elle se la raconte un peu, quand même, hein.

33:56
Invité politique

Je me la raconte grave ! Non, mais ça, c'est rigolo, quand même. Mais ça doit être pas facile à l'interview. Bonsoir, Meryl Streep, d'Amanks, bienvenue, sans pas d'autres, c'est à vous. Mais c'est des kiffes. Là, je ne me dis pas, je suis à ma place. Je me dis, mais tu as de la chance, quand même. T'es une groupie de base. Et là, c'est limiteux qu'ils sont contents de venir te voir. Vous faites des selfies avec eux ? Vous n'osez pas, quand même ? Non, pas trop. Meryl Streep, il fallait y aller, quand même. Meryl Streep.

Meryl Streep, en fait, j'avais l'un de mes amis, Christophe Charrier, qui est maintenant réalisateur de long-métrage, qui a fait un long-métrage sur Arthur, je fais sa pub au passage, qui s'appelle Le Patient. Il est venu prendre des photos. Il m'a mis entre Meryl Streep et Tom Hanks. On a l'impression que c'est papa et maman. Et cette photo, il l'a tirée en grand. Et c'est la seule photo que j'ai de mon métier à la maison. D'accord. Il est dans votre salle à manger ? Vous dînez entre Tom Hanks et Meryl Streep ? En fait, à la base, c'était dans ma chambre. Et puis comme on a... Ah, dans votre chambre ? Oui, c'était pas posé, enfin, emménagé. Moi, je suis pas du tout elle déco.

C'est une catastrophe. Et là, elle est là parce que ça fait... Comme on a fait des travaux, on a tout mis dans la salle à manger et ça n'a pas bougé depuis. C'est elle qu'elle.

35:06
Présentateur

La classe. Eh bien, Anne-Elisabeth, on va vous libérer sur cette belle anecdote quand même de victoire. Ça vous a passionné. Mais j'adore cette histoire d'avoir Tom Hanks dans sa chambre. Pourquoi pas ? Vous aurez pu essayer Bradley Cooper la prochaine fois. C'est peut-être une aspiration. Vous aimez pas Bradley Cooper ? Non. Mais qu'est-ce qui vous arrive ? Regardez.

35:23
Invité politique

Mais je vous le laisse ! Dites-moi. Voilà. Merci beaucoup. Moi, je suis très... Je voulais quand même remercier Elle de m'avoir conviée parce que j'ai toujours l'impression quand même que ce que je raconte n'a aucun intérêt. Donc, merci d'avoir perdu votre temps. Elle n'est pas complètement guérie. Merci beaucoup. Sous-titrage ST' 501