« La France est dans un état de cocotte-minute », avertit Clémentine Autain
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Le gouvernement patine, change de stratégie, ne sait pas comment faire et a fait un choix de société. Le choix de société qu'il a fait, c'est de faire primer l'économico-strict, c'est-à-dire la logique de compétitivité, en fait, tout ce qui rentre dans les normes néolibérales, sur la vie, sur la façon de mieux préserver la vie quotidienne des Français, leur santé, mais aussi, on n'est pas là simplement pour être des corps vivants. Vous voyez ce que je veux dire ? On n'est pas simplement pour être des corps vivants, on est pour être des individus qui ont de la vie. Or, là, la situation devient dangereuse.
Alors, pour répondre à votre question précise, parce qu'on est maintenant en ferme plus à 20h, mais à 18h, moi, je n'ai toujours pas compris en quoi ça allait davantage nous protéger. Et je pense que beaucoup de Français qui nous regardent ce matin se posent la même question.
Un confinement protégerait davantage ?
Mais ce qui nous protégerait davantage, c'est d'avoir pris d'autres mesures plus tôt. Et en particulier sur les enjeux de confinement, nous, nous proposons depuis un moment qu'il y ait des rotations et que, par exemple, le spectacle, la culture, l'accès à la culture, tout ce qui fait partie du plaisir de la vie ne soit pas confiné comme ça l'est aujourd'hui, que du point de vue...
C'est-à-dire pour vous, il faut rouvrir les cinémas, les théâtres, les musées ?
Ce qu'il faut, c'est des règles sanitaires et d'éviter des lieux trop denses et se protéger avec des gestes barrières. Voilà. Ça, c'est fondamental. Et ça, ça s'organise. Il faut maintenant organiser aussi la vaccination parce que le vaccin, même s'il fait polémique et je sais aussi que laisser la recherche du vaccin dans un cadre néolibéral, ça ne peut que créer des inquiétudes par rapport à ce vaccin-là, mais c'est l'espoir pour sortir de la pandémie. Bon. Si on n'a pas confiance dans le gouvernement, dans sa capacité à organiser la vaccination, c'est un fiasco depuis des semaines maintenant, vous voyez bien que cela nous proche... Alors une fois, on est...
Est-ce que c'est encore un fiasco ? Le gouvernement avait dit qu'on sera à un million fin janvier. Là, on est à 70 000 vaccinations par jour, à peu près. En tout cas, c'était l'hier. Est-ce que vous dites qu'on est quand même en train de rattraper le retard ? Est-ce que du coup, on sera dans les objectifs ?
On a pris un retard considérable, notamment parce que le gouvernement ne sait pas être correct sur la logistique. C'est-à-dire qu'il ne le sait pas organiser. Comment voulez-vous qu'on ait confiance ? Les aiguilles se sont perdues. Enfin, c'est insensé, cette affaire.
Levantine Autain, est-ce que ce n'est pas devenu quand même un angle d'attaque difficile pour vous, d'attaquer le gouvernement sur cette question logistique, quand on voit ce qui se passe dans le reste de l'Europe, notamment l'Allemagne, qui a été jugée le bon élève au départ dans la gestion de la crise ? Aujourd'hui, c'est une situation qui est encore bien plus difficile qu'en France. Est-ce que finalement, tous les gouvernements mondiaux ne sont pas confrontés à la même problématique ?
Que tous les gouvernements mondiaux soient confrontés à une immense difficulté, ce n'est pas moi qui vais vous dire le contraire. Et je ne suis pas en train de vous dire que c'est facile. Ce n'est pas ça que je dis. Ce que je dis, c'est que les choix qui sont faits correspondent à des choix de société. Et donc, je conteste par exemple sur le monde culturel, parce que je pense que c'est un choix de société que d'expliquer qu'on peut tout à fait aller dans des complexes commerciaux le week-end, sans tasser, mais que par contre, on ne peut pas aller au cinéma avec un mètre de distance, ou au théâtre, ou au musée. C'est un choix de société.
Et là, par exemple, en mettant le couvre-feu à 18h, c'est encore un choix de société. Qui va payer un prix fort ? Par exemple, le monde sportif. Vous savez très bien que les activités sportives, notamment pour les enfants, qui pouvaient encore avoir lieu, c'est en général plutôt dans ces horaires-là. Voilà. Donc, on supprime encore ça. Et moi, je mets en garde.
Je dis que la société que nous sommes en train de fabriquer, qui est une société de plus en plus liberticide, avec des choix qui sont des choix qui nous considèrent simplement comme des individus, devant répondre à des normes économiques qui nous dépassent, et non pas à la production de biens communs et à la vie, tout simplement, à ce que j'appelle la vie. Et une vie, ce n'est pas simplement aller travailler, ce n'est pas simplement mettre au boulot de dos.
Mais quand vous avez vu ce qui se passe depuis le début de la crise, avec ce confinement qui a eu un retentissement très dur pour l'économie, on a maintenant une dette, un déficit énorme, est-ce que vous pouvez dire que le gouvernement a privilégié l'économie sur la santé des Français ?
Mais c'est une certaine économie. C'est une certaine économie. Moi, je suis pour protéger l'économie, si vous prenez ce terme-là, simplement, bien sûr. D'ailleurs, je peux vous dire, moi, je suis élue de Sevran-Ville-Pinte et Tremblay. Je peux vous parler, par exemple, de ce qui se passe dans la zone aéroportuaire de Roissy, le massacre social dont il est question. On pourrait parler de ça. Je peux parler des petits commerçants qui seront à l'agonie. Voilà, ça, bien sûr, on peut parler de tout ça.
Mais la question, c'est comment... Mais qu'ils ne soient pas suffisamment soutenus par l'État pour vous. Bruno Le Maire a annoncé hier encore une extension du Fonds de solidarité. Le Fonds de solidarité, un décalage dans le remboursement des prêts garantis par l'État.
Bien sûr, M. Le Maire s'est adressé à des entreprises qui ont déjà une sacrée solidité en termes de chiffre d'affaires. C'est à eux qu'il s'est adressé. Il s'adresse aux grands groupes depuis le début, à qui ils déversent des milliards sans contrepartie sociale et environnementale. Mais ces aides, elles n'ont pas que les grands groupes. Bien sûr qu'il y a eu des aides, et notamment pour les TPE et les PME, je le sais bien. Mais là encore, il y a eu d'énormes bugs dans la temporalité pour verser ces aides. Et un certain nombre quasiment étaient au bord ou ont mis la clé sous la porte parce que les aides ne sont pas arrivées à temps. Ça, c'est la première chose.
Ensuite, vous avez beaucoup de prêts. Les prêts, ça veut dire que vous allez sursoir. Ce n'est pas de l'argent qui arrive. C'est-à-dire qu'à un moment donné, il va falloir le rembourser. Quand vous êtes une petite entreprise et que c'est difficile, ce n'est pas si simple de rembourser. Et quand je vous parle de la zone aéroportuaire de Roissy, où c'est massif, où vous avez un trafic qui s'est évidemment effondré, eh bien là, que fait le gouvernement ? Que fait le gouvernement ? Eh bien, il déverse des aides sans contrepartie. Et en attendant, il y a des plans sociaux énormissimes.
Et aussi tous ceux qui sont dans des petites entreprises en intérim, sous-traitant, etc., qui sont licenciés, mis à la porte, sans autre discussion. Donc quand je vous dis qu'il faut protéger l'économie, la question, c'est quelle économie ? Quel est le sens que l'on veut donner à ceux que l'on protège ? Et aujourd'hui, je considère que ce qui est protégé, c'est le modèle attractivité, compétitivité, concurrence. Voilà, c'est ça. C'est ça qu'il faut impérativement protéger. Et non pas la vie de la majorité de nos concitoyennes et de nos concitoyens, et pas les entreprises les plus utiles pour répondre à nos besoins.
Vous y croyez encore au monde d'après ?
Mais moi, vous savez, ce n'est pas de la croyance. C'est la force de la détermination et de la volonté. C'est ça qui compte. Donc ma question, ce n'est pas de savoir si j'y crois. C'est je milite, je m'engage, je suis raisonnement tournée vers cet objectif qui devient d'une impérieuse nécessité. C'est-à-dire que c'est urgentissime maintenant parce qu'il y a la crise sanitaire, il y a la crise sociale, et il y a en plus la crise environnementale. Quand vous mettez tout ça, si on continue à aller dans le mur dans lequel nous allons, alors je pense que la catastrophe va être très très sévère, et en particulier pour les plus fragiles.
Donc ce n'est pas une histoire de croyance, c'est une histoire vraiment de nécessité. Donc je pense que le débat maintenant qui est posé dans la société, et nous le porterons à l'occasion des échéances électorales, mais aussi tout au long de l'année, dans les mobilisations sociales, à l'Assemblée nationale, dans les différentes instances où nous sommes, à chaque échelon, et nous dirons la même chose. Voilà.
Il faut une société qui se tourne vers la justice sociale, vers le partage des richesses, vers la protection des ressources naturelles, et donc qui réoriente en profondeur les buts, les finalités même de l'économie pour que cela réponde à nos besoins, et non pas aux besoins du capital de sans cesse, voyez ce que je veux dire, avoir plus d'argent pour être dans cette logique de compétitivité internationale. Ça, ça me paraît vraiment être le sujet du moment qui va avec la démocratie.
Parce que si le gouvernement est autoritaire, c'est aussi parce qu'il sait que ses choix sont très contestés, très contestés dans la société, et de plus en plus, avec une défiance, un dégoût parfois, qui grandit à l'égard de celles et ceux qui dirigent. Et moi, ça m'inquiète. Ça m'inquiète parce qu'une société ne peut pas fonctionner correctement si elle est aussi inquiète. Ça vous inquiète ? Ça veut dire que pour vous, ça peut mener où, tout ça ? Je pense que la France, aujourd'hui, est dans un état de cocotte minute. Vraiment, de cocotte minute. Voilà. Et si la cocotte minute explose, ça donne quoi ?
Écoutez, moi, je me bats pour que, si la cocotte minute explose, elle donne un changement progressiste, humain. Et qu'on ne bascule pas vers des solutions encore plus autoritaires, encore plus de fermeture, encore plus dangereux pour ceux qui m'échèrent. C'est-à-dire ce fameux partage des richesses, mais aussi cette ambition culturelle et démocratique. Voilà. C'est ce qui me tient. C'est ce qui me motive. Et j'ai de la colère. J'ai beaucoup de colère. Mais il y a aussi du ressentiment dans la société. Et le ressentiment, la haine, ce sont des mauvais moteurs. Les bons moteurs, c'est la colère et l'espoir. Voilà. Et moi, je veux transformer cette colère en espoir. Sous-titrage ST' 501
Clémentine Autain