La dissolution... le début du chaos... - C dans l’air l’invité - 03.12.2024
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". C'est une onde de choc. Pour la 1re fois depuis 1962, la censure a de fortes chances d'être votée, faisant chuter le gouvernement de M.Barnier.
Je reçois une des meilleures connaisseuses de la vie politique française. Bonsoir, M.Cotta.
Vous êtes journaliste, écrivaine. Vous signez "Dissolution: histoire d'un séisme politique". C'est un documentaire.
Il sera diffusé le 12 décembre sur France 2. Est-ce qu'on n'est pas dans la conséquence directe de ce que vous avez disséqué dans ce documentaire? Tout est parti de la dissolution? - M.Cotta: D'une dissolution solitaire.
Il avait des conseillers d'accord, mais c'est une dissolution impromptue. Le président de la République avait dit qu'il ne tiendrait pas compte politiquement des résultats des élections européennes. Ca a surpris tout le monde.
C'est l'histoire de cette surprise qu'on raconte. - C.Roux: On va en voir un extrait.
Vous interrogez tous les barons de la vie politique française, de N.Sarkozy à F.Hollande, en passant par B.Cazeneuve, L.Castets, etc. - F.Hollande: C'était obliger les Français à voter, ce qu'ils ont fait, dans un délai court.
Je n'ai pas connu, de ma vie politique, un temps aussi court pour une campagne électorale aussi majeure. - J.-L.Mélenchon: Nous n'avions que 3 semaines. - M.Le Pen: En 3 jours, 2 nuits, nous avons dû investir 577 candidats, maquettes et documents, imprimer les documents, les livrer...
C'était un peu comme les Jeux olympiques. Ca n'a pas été facile. - C.Roux: Ils se retrouvent tous dans le même bateau.
Qu'est-ce que vous avez appris en les interrogeant sur la dissolution? - M.Cotta: Leur surprise, de temps en temps, leur mécontentement, de ne pas avoir été consultés, ou d'avoir été simplement prévenus que la dissolution allait se faire.
Ca a été le cas du président du Sénat et de la présidente de l'Assemblée nationale, qui a réclamé un tête-à-tête avec le Premier ministre. - C.Roux: Elle dit qu'elle n'a pas réussi à le convaincre, qu'elle était contre. - M.Cotta: La surprise, l'interrogation sur la crise.
Qu'est-ce que c'était, que cette crise? Le président pensait qu'il y aurait une motion de censure en septembre, donc il a devancé la crise. Mais il a et la crise et la motion de censure. - C.Roux: Est-ce que vous avez compris ce qui lui est passé par la tête, à E.Macron? - M.Cotta: Il a pensé que sa bonne étoile...
F.Hollande l'explique assez bien. Il a pensé que sa bonne étoile allait continuer.
Il avait une Assemblée ingouvernable mais qu'en faisant ce coup, il allait sortir avec une majorité confortable, ou du moins, qui lui permette de...
C'est un coup de poker. Ca a été fait par quelqu'un qui s'est dit: "J'ai de la chance." On commence à penser qu'il n'en a pas beaucoup. - C.Roux: Ca a été sa décision ou celle de ses conseillers? - M.Cotta: La décision, c'est celle du président seul.
Ca a toujours été comme ça auprès de tous les présidents. - C.Roux: Les témoignages se terminent sur ce qui pourrait advenir après cette dissolution.
Est-ce que vous imaginiez, quand vous avez réalisé ce documentaire, qu'on en serait là aujourd'hui? Est-ce qu'il anticipait sur le désordre? - M.Cotta: Non.
Ils parlaient plutôt d'incompréhension, du côté irrationnel du président de la République. Ils ne pensait pas que ce serait civil. - C.Roux: Le président de la République ne regrette rien? - M.Cotta: Je ne sais pas. - C.Roux: Il y a votre film et un livre qui sort, qui s'appelle "Les Derniers Grands".
Vous vous montrez nostalgique. "On a oublié le temps où le silence régnait sur les bancs de l'Assemblée." On regarde un échange entre le Premier ministre et le communiste A.Chassaigne. - M.Barnier: Il m'arrive de penser comme vous, que cette Assemblée nationale a bien changé.
Quand on m'a prévenu, monsieur Chassaigne, que vous alliez me poser une question sur la situation politique, dans une sorte de rêve, je me suis pris à imaginer que le président du groupe du Parti communiste, qui est un grand parti traditionnellement républicain, favorable à l'ordre et à la stabilité, allait m'apporter son soutien. A l'évidence, je me suis trompé sur la finalité de votre question. - C.Roux: Le début de l'intervention est intéressant.
Il le regarde et il lui dit: "Elle a changé, l'Assemblée." Il ne l'avait pas compris? - M.Cotta: Elle a tellement changé que même moi...
Ca s'est aggravé. - C.Roux: Qu'est-ce qui s'est aggravé? - M.Cotta: L'agressivité, la formulation de l'agressivité.
Généralement, c'était plus feutré. Il y a le côté éruptif permanent, à gauche et à droite. Ce qui est formidable pour la politique...
Du temps de J.Chirac et de F.Mitterrand, il y avait une majorité, des partis de gouvernement qui pouvaient se succéder.
Là, les partis de gouvernement sont en échec. Le Parti socialiste est réduit à une expression modérée. Les macronistes aussi.
Ce qui est formidable, c'est de voir que les partis de gouvernement ont péri... - C.Roux: C'était les partis qui tenaient la machine? - M.Cotta: Oui.
Maintenant, on ne fait pas d'unité...
Pour faire une unité, il faut se déporter un peu vers le centre. On ne fait pas unité en se déportant vers les extrêmes. La gauche est plus divisée qu'elle ne l'a jamais été. - C.Roux: Est-ce qu'il n'avait pas anticipé ce changement?
Il y a des observateurs politiques qui disent qu'il allait négocier comme à Bruxelles, avec des gens responsables. On n'est plus dans ce monde politique. - M.Cotta: On peut le regretter.
Ceci étant, il a été éloigné de l'Assemblée pendant des années. Il pensait qu'on pouvait encore négocier entre gens qui ne se mettent pas des pièges dans les pattes et qui ne font pas une surenchère au dernier moment. - C.Roux: Sans faire le coup de "c'était mieux avant", vous venez d'écrire ce livre sur J.Chirac et F.Mitterrand, qu'on entend beaucoup appeler à l'esprit de responsabilité...
Est-ce que ça ne fait plus partie du débat politique? On est dans des calculs. - M.Cotta: C'est un peu le danger.
On vivait toujours...
J.Chirac visait toujours la prochaine élection. Il y a un abandon complet de l'objectif général, du collectif.
C'est fini. Il y a des petits sentiments mais aussi des individualités qui jouent chacun leur petit rôle. - C.Roux: Sans les partis qui voulaient ce lien entre les individus? - M.Cotta: Et sans la notion que la France a une dette colossale.
C'est la parole politique qui a disparu. - C.Roux: Pourtant, on les entend tout le temps. - M.Cotta: Mais on ne les croit plus.
Quand E.Macron dit "le Mercosur, il n'y en aura pas", les paysans, ça ne les empêche pas de se mobiliser. Quand J.Chirac disait "non, je ne ferai pas la guerre d'Irak numéro 2", la parole valait quelque chose.
La vraie différence entre cette période et celle d'aujourd'hui, c'est que la parole politique ne convainc personne, ni les interlocuteurs...
On dit n'importe quoi entre les interlocuteurs. C'est ce qui s'est passé dans ces discussions générales. - C.Roux: Dissolution, censure et démission.
C'est ça, la fin de l'histoire? Certains pronostiquent déjà que le président ne pourra pas terminer son mandat? - M.Cotta: Tout le monde l'envisage.
Pour réduire une crise, ou on change l'Assemblée, ou on change le Premier ministre, ou reste la démission du président. - C.Roux: Vous y croyez? - M.Cotta: Je pense que ça va être difficile de rester 3 ans.
Il y a peut-être des solutions. Ca me paraît très difficile. - C.Roux: Très difficile pour le président de tenir face à la pression.
Le point de départ, c'est la dissolution. Je rappelle votre documentaire qui sera diffusé le 12 décembre et votre livre, "Les Derniers Grands", qui parle de J.Chirac et de F.Mitterrand.
Marine Le Pen