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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 19 avril 2021 24 min

Élisabeth Borne : "On va accompagner la reconversion de salariés vers d’autres secteurs"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Invité du grand entretien de ce lundi 19 avril avec Karine Bécard, nous recevons la ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion. Posez vos questions, intervenez en appelant le 01 45 24 7000 ou sur l'application mobile de France Inter. Bonjour Elisabeth Borne. Bonjour. Et merci d'être au micro de France Inter ce matin. Nous avions envie de nous projeter vers un retour à la vie normale, d'y parler. L'espoir était dans ces mots du président de la République hier sur la chaîne américaine CBS. Et je cite Emmanuel Macron, nous allons progressivement lever les restrictions début mai. Est-ce que l'ouverture d'une réouverture des terrasses pour commencer se prépare, madame la ministre ?

0:39
Élisabeth Borne

Écoutez, ça fait effectivement plusieurs semaines qu'on a des concertations avec les professionnels concernés, que ce soit effectivement les cafés, les restaurants, les salles de sport, tous ceux qui sont dans la culture, l'événementiel, pour préparer ces réouvertures dans de bonnes conditions.

0:55
Présentateur

Est-ce que la réouverture se fera par étapes ? Et est-ce que vous avez une idée du calendrier ? D'abord pour les restaurateurs, puisque c'est important pouvoir accueillir des clients en terrasses. C'est pour quand ?

1:07
Élisabeth Borne

Je ne vais pas vous donner le calendrier aujourd'hui, puisque le travail se poursuit avec eux. Et puis qu'on va évidemment tenir compte de l'évolution de l'épidémie. Mais vous avez entendu, on souhaite pouvoir commencer à rouvrir les terrasses vers la mi-mai et ensuite d'avoir effectivement différentes étapes dans un mois. Mi-mai c'est dans un mois. Et donc d'ici là, on pense bien que l'épidémie aura pu reculer et ensuite avoir différentes étapes de retour progressif à la normale. Et puis c'est pareil aussi en entreprise. Vous savez que depuis le début de la crise, on a un protocole sanitaire en entreprise qui définit des règles très strictes.

Par exemple, avec le télétravail systématique dès que c'est possible. Je suis bien consciente que c'est quelque chose qui peut devenir pesant pour les salariés. Et je souhaite, dès que ce sera possible, pouvoir redonner la main aux directions des entreprises et aux salariés pour trouver les bonnes règles en matière de télétravail.

2:01
Invité

Est-ce que vous entendez malgré tout la petite musique d'une partie des restaurateurs, des cafetiers qui disent pas question de rouvrir maintenant, pas question de rouvrir pour refermer ? Comment ça va se passer pour eux ? Est-ce que vous allez continuer à les aider ? Il y en a une partie qui disent, nous on va rouvrir, mais probablement en septembre, pas avant.

2:17
Élisabeth Borne

Alors il y a effectivement deux sujets. D'abord, quel est le rythme de cette réouverture ? La question a été posée par Aline. Voilà, et donc du coup, moi je vous dis, à partir de la mi-mai, on souhaite pouvoir rouvrir les terrasses.

2:26
Présentateur

Début mai, disait le président de la République sur CTS.

2:29
Élisabeth Borne

Alors, donc à partir... 17 juin, on ouvre les salles. On souhaite pouvoir faire cette réouverture progressive. Donc je vous dis notamment les terrasses à partir de la mi-mai, mais aussi on est très attentifs à avoir un bon accompagnement de cette reprise, à ne pas retirer les aides trop tôt. On aura une réunion justement de concertation avec les organisations patronales et syndicales, Bruno Le Maire et moi, jeudi prochain, pour discuter de la façon dont on va accompagner cette reprise. Moi j'ai annoncé la semaine dernière que les règles de l'activité partielle seraient maintenues tout au long du mois de mai.

Il faut qu'on discute maintenant avec les partenaires sociaux de la façon dont ces aides vont pouvoir évoluer, en étant évidemment très prudent, parce que quand on a des salariés qui sont quelque part payés par l'État depuis des mois, on ne va pas prendre le risque de retirer ces aides trop vite et de mettre en difficulté les entreprises et du coup d'avoir des licenciements. Donc on sera très attentifs au rythme de cette sortie de crise.

3:31
Présentateur

Le problème des restaurateurs ont peur de ne pas retrouver tous leurs salariés pour cette sortie de crise. 100 000 employés auraient disparu de la circulation ces derniers mois. Est-ce que vous le confirmez, ce chiffre ?

3:41
Élisabeth Borne

Alors je vous confirme que dans les discussions qu'on a avec eux, ils nous font part effectivement du fait qu'il y a eu une sorte d'évaporation naturelle. Vous savez, c'est une profession dans laquelle il y a un turnover important des salariés. Et on est très mobilisés pour deux choses. D'abord, les aider à trouver des salariés pour la reprise. Et puis aussi, et c'est quelque chose qui peut aller au-delà des restaurateurs, quand on a des salariés qui ont été pendant des mois en activité partielle, il faut aussi donner une formation, une remise en route, si je peux dire, avant la reprise. Et c'est ce qu'on va proposer à ces salariés.

4:14
Invité

Alors on parle effectivement beaucoup des restaurateurs depuis cette crise. 14 mois de crise, beaucoup d'aide aux entreprises, des aides massives. La question qu'on se pose quand même aujourd'hui, c'est quel est réellement l'état économique de la France aujourd'hui ? Combien d'entreprises, Elisabeth Borne, ne survivront pas ou probablement pas à la reprise de l'activité ?

4:34
Élisabeth Borne

Vous savez, les indications qu'on peut avoir, que ce soit de la Banque de France ou de ceux qui travaillent vraiment en proximité avec les entreprises, c'est que grâce, par exemple, aux prêts garantis par l'État, grâce aux fonds de solidarité, grâce à l'activité partielle, on a pu maintenir la situation de beaucoup d'entreprises. Et évidemment, on parle d'entreprises, voilà.

4:54
Présentateur

Oui, parce que certains parlent d'entreprises zombies, d'entreprises qui auraient fait faillite si elles n'étaient pas soutenues par l'État, et de jobs zombies, d'emplois zombies, des emplois qui n'existeraient plus s'il n'y avait pas tous les dispositifs de soutien, et notamment le chômage partiel.

5:08
Élisabeth Borne

Alors, il y a des entreprises qui étaient en difficulté avant la crise, et forcément, la crise n'a rien arrangé. Mais il y a aussi beaucoup d'entreprises qui allaient bien, et je pense que c'était très important de leur permettre de traverser cette période en mobilisant des aides massives, avec un mot d'ordre, protéger les salariés, protéger les Français, protéger les entreprises. Et c'est ce qu'on a fait en mobilisant ces aides de façon massive.

5:31
Invité

Mais vous ne répondez pas exactement à ma question. La question que je voudrais savoir, c'est, quels sont les secteurs qui risquent d'être le plus touchés, et quel est le nombre d'emplois qui risquent de disparaître ? On imagine que vous travaillez quand même déjà sur des prévisions assez claires.

5:42
Élisabeth Borne

Alors, on travaille naturellement à anticiper ce qui va se passer dans les prochains mois. Moi, je vous dis, les aides qu'on a mises en place, elles ont été très efficaces. On l'a vu, vous savez, au troisième trimestre 2020, quand on a levé les contraintes sanitaires, l'activité économique a rebondi de façon très importante. Évidemment, il y aura un certain nombre d'entreprises qui peuvent être plus en difficulté. Quel secteur ? Alors, ça peut être, vous savez, dans les secteurs, notamment qui seront affectés par le télétravail, qui va certainement se poursuivre dans d'autres conditions après la crise. On peut penser à la restauration collective.

Et notamment pour ces secteurs-là, on a aussi travaillé avec les partenaires sociaux, avec les organisations patronales et syndicales, pour accompagner la reconversion de ces salariés vers d'autres secteurs. C'est un dispositif qui s'appelle Transition collective, qui permet, quand votre emploi est menacé, que votre rémunération et votre formation soient prises en charge, tout ou partie selon la taille de l'entreprise, par l'État, pour vous permettre de vous former vers des métiers qui recrutent, par exemple, les métiers du soin, ou la transition écologique, ou le numérique.

Et donc, je pense que c'est très important de dire aux salariés dont l'emploi est menacé, qu'on va s'occuper de leur formation pour leur permettre de rebondir vers des secteurs qui recrutent.

6:58
Présentateur

Mais vous avez forcément des projections. Est-ce que vous estimez le nombre de ces salariés concernés, justement, Madame la Ministre ?

7:04
Élisabeth Borne

Moi, je n'ai pas de chiffre précis aujourd'hui. On a lancé un appel à tous les territoires qui avaient des situations de ce type-là, parce que l'objectif, c'est bien de permettre aux salariés de rester là où ils habitent, et du coup, d'identifier à la fois les entreprises qui ont des emplois menacés, mais aussi celles qui ont des besoins de recrutement. Et on accompagnera, vous savez qu'on va mobiliser 500 millions d'euros pour accompagner ce dispositif de reconversion des salariés. Je pense que c'est très important que tout le monde sache qu'on ne va pas laisser tomber des salariés dont les emplois sont menacés. On les accompagnera pour rebondir dans d'autres secteurs.

7:40
Présentateur

La course à la vaccination se poursuit. Au-delà de l'impératif sanitaire, c'est la condition sine qua non d'une reprise de l'activité économique. Xavier Bertrand disait hier sur notre antenne qu'il fallait changer les priorités vaccinales, notamment avec ceux qui ne télétravaillent pas. Qui faut-il vacciner de toute urgence et en priorité, Elisabeth Borne ?

8:01
Élisabeth Borne

Alors, peut-être que Xavier Bertrand n'a pas suivi ce qui a été annoncé la semaine dernière, mais vous avez vu que dès le week-end dernier, on a permis aux enseignants et notamment, par ailleurs aux forces de l'ordre, de plus de 55 ans, de pouvoir avoir un accès prioritaire à la vaccination. Moi, je souhaite aussi...

8:21
Présentateur

Mais pourquoi cette limite d'âge à 55 ans ?

8:23
Élisabeth Borne

Effectivement, on s'occupe des salariés qui ont le plus de risques, et des Français en général, qui ont le plus de risques d'avoir des formes graves de Covid.

8:31
Invité

Mais je rappelle juste que la vaccination est déjà autorisée pour tous les gens qui ont plus de 55 ans. Donc, on n'a pas besoin de faire des listes de salariés prioritaires.

8:39
Élisabeth Borne

Vous savez, les Français de plus de 55 ans, ça fait beaucoup de Français. Et donc, c'est important pour les professions qui sont les plus exposées de leur donner un accès prioritaire à cette vaccination. Donc, je vous dis, le week-end dernier, ça a été les forces de l'ordre et les enseignants. Et on aura, moi, j'aurai une concertation demain matin avec les organisations syndicales et patronales pour regarder parmi les salariés des entreprises, les professions qui peuvent être concernées. On travaille depuis des mois avec les organisations patronales et syndicales sur ce qu'on appelle les travailleurs de la deuxième ligne. Les caissières, les caissiers.

Alors, du coup, il y a effectivement beaucoup de professions qui sont concernées. Et on discutera demain de ceux qui seront prioritaires.

9:21
Présentateur

Mais que pour que tout le monde comprenne, les caissières sont concernées ?

9:24
Élisabeth Borne

Ça peut être, vous savez, les éboueurs, les conducteurs de bus. Les agents d'entretien. Les agents d'entretien. Les chauffeurs. Ça peut être les assistantes maternelles. Donc, c'est toutes ces professions.

9:31
Invité

Mais vous, vous le souhaitez ou pas ? Est-ce que ce sont typiquement des professions que vous allez mettre en avant demain en discutant avec les syndicats et le patronat ?

9:37
Élisabeth Borne

On va partager ces listes. Moi, je vous dis, je pense par exemple que les éboueurs, vous voyez, ou les conducteurs de bus, on ne fait pas ça au hasard. On a des études qui nous montrent comment ils ont été exposés, qu'ils ont été présents à leur poste de travail depuis le début de la crise. Et donc, ce sont effectivement des professions pour lesquelles je souhaite qu'ils puissent y avoir un accès prioritaire à la vaccination. Sans limite d'âge. La règle, elle reste la même que pour les enseignants et les forces de l'ordre. Donc, c'est les plus de 55 ans, ceux qui ont des risques d'avoir une forme grave de Covid.

10:09
Présentateur

Question aussi qui est importante quand on pense à la réouverture, c'est penser à la fin des aides en cours. Est-ce que vous avez un calendrier, là aussi, des dispositifs qui devront avoir un terme ? Chômage partiel, par exemple.

10:25
Élisabeth Borne

Sur le chômage partiel, moi, je vous ai dit, j'ai annoncé la semaine dernière qu'on prolongeait les règles actuelles jusqu'à fin mai. Et la concertation de jeudi avec les organisations patronales et syndicales doit nous permettre de donner le calendrier d'évolution des taux de prise en charge. Mais vous savez, on a aussi un dispositif qui s'appelle l'activité partielle de longue durée qui permet, par accord majoritaire au sein d'une entreprise, de bénéficier d'une activité partielle avec un reste à charge pour l'entreprise réduit, donc de 15% pendant deux ans.

10:58
Présentateur

Mais il y a une fin prévue au quoi qu'il en coûte, Elisabeth Borne ?

11:01
Élisabeth Borne

Vraiment, l'objectif, c'est d'accompagner aussi longtemps que nécessaire les secteurs économiques. Et moi, je le redis, quand on a pris en charge, vous savez, depuis des mois, les salaires d'un certain nombre de salariés pour, évidemment, éviter les licenciements, on ne va pas retirer ces aides trop vite. Et cette activité partielle de longue durée, elle permet d'être accompagnée pendant deux ans pour les entreprises dont l'activité ne reviendra pas à la normale dans les tout prochains mois.

11:28
Invité

Alors, dans le contexte dans lequel on est aujourd'hui, il faut s'attendre à ce qu'une partie des salariés qui ont connu une période de chômage partiel bascule dans le chômage tout court. Sauf qu'au 1er juillet prochain, les règles de calcul des allocations chômage vont changer. Réforme du gouvernement, les allocations vont baisser de 17% en moyenne et d'environ 30% pour les personnes ayant été au chômage partiel en congé maternité ou en congé maladie. Vous avez promis de rectifier le tir la semaine dernière, mais ça fait des mois que les syndicats vous alertaient sur ce problème. Alors, je vous pose la question très simplement, Elisabeth Borne.

Est-ce que c'était vraiment une erreur de votre part ?

12:05
Élisabeth Borne

Attendez, ça ne fait pas des mois que les syndicats m'alertaient, je vais être clair. Dès que j'ai été alerté sur cette situation, j'ai demandé à mes services de prendre contact avec l'UNEDIC, donc les partenaires sociaux, pour trouver une réponse et on va modifier le décret. Je pense que personne ne peut imaginer que l'intention du gouvernement, c'est de pénaliser ceux qui sont en arrêt maladie, en congé maternité ou en activité partielle.

12:30
Invité

Les syndicats disent que depuis la première version époque Muriel Pénicaud, en 2019, ils avaient déjà alerté sur ces trois problèmes.

12:36
Élisabeth Borne

Écoutez, moi je n'étais pas là à cette époque-là, je pense que tous les responsables syndicals ont mon portable, s'ils ont une alerte à faire, ils peuvent m'appeler. Dès que j'ai eu connaissance de ce problème, j'ai demandé qu'on rectifie, et donc c'est ce qu'on fera et on modifiera le décret.

12:49
Présentateur

Mais question au standard, bonjour Damien, bienvenue dans le 7-9.

12:53
Auditeur

Bonjour, bonjour France Inter, bonjour Louis Badou, bonjour Madame la Ministre, bonjour Karim Descartes, et merci pour la qualité de vos émissions. Merci à vous. Question à Elisabeth Borne. Oui, je rebondis sur la question de Madame Descartes. Comment vous pouvez justifier le maintien d'une réforme après la période actuelle, et toujours dans cette période actuelle, une réforme de l'assurance chômage, qui va majoritairement toucher les contrats courts, qui sont actuellement extrêmement touchés par la crise sanitaire. Je pense à tous les intermittents de l'emploi, que ce soit l'intermittence du spectacle, les extras dans la restauration, et même les personnels soignants.

Beaucoup d'infirmiers ont des petits contrats qui se succèdent. Cette réforme va diminuer les droits au chômage d'environ 20%, a dit Madame Descartes, et aussi ne prend pas très peu en compte les périodes de chômage partiel imposées par la crise sanitaire, à juste raison, et donc les personnes déjà touchées vont être encore plus touchées. Comment peut-on aujourd'hui justifier ça ?

14:02
Présentateur

Merci Damien pour votre question. Réponse Elisabeth Borne.

14:05
Élisabeth Borne

Beaucoup de questions. Ce qui est très clair, c'est que ceux qui ont été en activité partielle auront exactement la même allocation demain que ceux qui ne l'ont pas été. Donc on va corriger le décret sur ce point. Après, vous savez, moi je défie quiconque de nous dire que le système actuel est idéal. Quand on voit qu'on a un des systèmes les plus généreux au monde, et qu'il le restera après la réforme, et que pourtant on n'a pas réussi à venir à bout du chômage de masse, et qu'au contraire on a accompagné le développement de la précarité dans l'emploi avec une augmentation de 250% des CDD de moins d'un an en dix ans, je pense que ça montre qu'il est utile de réformer le système.

14:49
Présentateur

Mais il y a aussi les oubliés de l'histoire, Elisabeth Borne. Quelle protection sociale pour ceux qu'on appelle parfois le prolétariat des plateformes, les travailleurs des apps, qu'ils soient livreurs, qu'ils soient coursiers ? On les a vus indispensables à la vie du pays depuis le début de la pandémie, et très souvent ils ne bénéficient pas de cette protection dont peuvent bénéficier les salariés.

15:12
Élisabeth Borne

Mais c'est aussi un chantier sur lequel on travaille avec les organisations syndicales et patronales, avec une première étape qui interviendra très prochainement, de permettre une représentation collective de ces travailleurs des plateformes pour rétablir le rapport de force dans la discussion avec les plateformes. Et moi je souhaite évidemment qu'on aille plus loin, et qu'on puisse travailler sur les droits sociaux de ces travailleurs des plateformes. Vous savez, moi j'ai beaucoup travaillé en tant que ministre des Transports à l'époque avec les VTC, beaucoup ne souhaitent pas être salariés, ils souhaitent être indépendants.

Mais pour autant, il faut qu'on soit capable de leur proposer une protection sociale qui soit au niveau de ce qu'on peut attendre dans notre pays.

15:53
Invité

Mais sur l'assurance chômage, sur les allocations chômage que les salariés peuvent obtenir ou pas, on s'interroge quand même sur le quoi qu'il en coûte. Le quoi qu'il en coûte, c'est aujourd'hui pour aider les entreprises en difficulté, on a le sentiment que ce ne sera pas pour demain pour protéger les salariés qui vont tomber dans le chômage.

16:13
Élisabeth Borne

Attendez, le quoi qu'il en coûte, c'est l'activité partielle qui a permis de protéger jusqu'à 9 millions de salariés au printemps dernier. C'est près de 30 milliards d'euros en 2020. Le quoi qu'il en coûte, c'est quand depuis fin octobre, on prolonge les droits des demandeurs d'emploi, les allocations des demandeurs d'emploi qui sont arrivées en fin de droit. Moi, je vous annonce aujourd'hui qu'on va à nouveau prolonger les droits de ces demandeurs d'emploi jusqu'à la fin mai. Vous savez, c'est près de 700 000 demandeurs d'emploi qui vont bénéficier de cette mesure. C'est 2,5 milliards d'euros. Donc le quoi qu'il en coûte, ça vaut pour les salariés, ça vaut pour les demandeurs d'emploi.

Et on accompagne notamment les plus fragiles dans la crise.

16:59
Présentateur

Bonjour Jean, bienvenue sur France Inter.

17:01
Auditeur

Bonjour Ali, salut Karine, bonjour Madame la Ministre. Bonjour. Alors, bonjour, j'ai une question pour vous Madame la Ministre. Je ne comprends pas pourquoi la réglementation n'a pas été plus ferme et précise sur le télétravail. Il y a eu juste des incantations du ministère pour moi. D'une part, beaucoup d'entreprises font littéralement n'importe quoi. Ils font travailler leurs salariés sur site et pourtant c'est un des seuls leviers pour moi qui serait acceptable et efficace par rapport aux restrictions sanitaires depuis le début.

Et d'un autre côté, des entreprises comme la mienne font du zèle puisque cette entreprise dans laquelle je suis a supprimé, suite aux annonces d'Emmanuel Macron il y a deux semaines, la possibilité de venir sur site avec un retour à 100% de télétravail obligatoirement alors qu'une journée soupape, on va dire, avait été octroyée par le gouvernement début janvier.

17:51
Présentateur

Elisabeth Borne va vous répondre, Jean.

17:53
Auditeur

Je veux juste préciser, il y a juste quand même beaucoup d'impact psychologique pour les salariés, que ce soit d'ailleurs aussi dans le secteur public, pour ceux qui télétravaient aussi. Et vraiment, il faut que vous commenciez à remettre tout cela en ordre, il faut vraiment de la clarté. Elisabeth Borne.

18:08
Élisabeth Borne

Alors moi je vous confirme qu'effectivement le télétravail c'est important puisque les études montrent que quand on est en télétravail, on a 30% de risque en moins d'être contaminé. Et donc du coup c'est un levier important pour lutter. Alors il y a vraiment la très grande majorité des entreprises qui écoutent les consignes et ces consignes, je vais être clair, ce n'est pas simplement une recommandation, c'est une obligation. Il y a une obligation de l'employeur de protéger la santé de ses salariés. Le protocole sanitaire en entreprise qui demande de systématiser le télétravail dès que c'est possible, c'est la traduction concrète de cette obligation.

Les services de mon ministère, notamment l'inspection du travail, sont extrêmement mobilisés. On a eu plus de 30 000 interventions en entreprise depuis le début de l'année. On est d'abord là pour conseiller, pour accompagner les entreprises.

18:56
Présentateur

Combien d'entreprises sont sanctionnées ?

18:57
Élisabeth Borne

Alors on a des milliers de lettres d'observation et on a quelques dizaines de mises en demeure et ça a conduit à des sanctions. Quand l'entreprise n'écoute pas les consignes, ne met pas en oeuvre le télétravail alors qu'elle a des postes sur lesquels c'est possible, évidemment elle s'expose à des sanctions. Financières ? Des sanctions financières, absolument.

19:18
Présentateur

Toujours pour penser au retour à la normale et penser un peu à demain et au monde d'après, est-ce que vous allez donner plus de liberté aux employeurs pour laisser les employeurs imposer à leurs salariés 8 jours de congé au lieu de 6 comme c'est prévu maintenant ?

19:35
Élisabeth Borne

Alors il n'est pas question de revenir sur la liberté du salarié de choisir ses dates de congé. Mais là on est sur une mesure exceptionnelle et temporaire pendant la crise. J'entendais votre chronique tout à l'heure qui l'expliquait très bien. Au printemps 2020, on avait permis aux entreprises d'organiser la prise de congé dans la limite de 6 jours pendant que l'entreprise est fermée. Ça ne peut se faire qu'avec un accord avec les représentants des salariés. Donc ça veut dire que si les représentants des salariés ne sont pas d'accord, il ne se passe rien. Et donc là il s'agit de 2 jours supplémentaires pour que les salariés prennent leur congé avant la réouverture de l'entreprise.

On comprend bien par exemple que les restaurateurs dont les salariés sont pour beaucoup en activité partielle depuis des mois, ça peut sembler préférable qu'ils prennent leur congé, pas au moment où le restaurant va rouvrir. Mais ça dépend des situations au sein des entreprises, c'est pour ça que ça ne peut se faire que par accord avec les représentants. Bien sûr que non, c'est donc accord avec les représentants des salariés.

20:38
Invité

Il y a la question des retraites quand même qui se pose. Où en est la réforme des retraites, Elisabeth Borne ? C'est une réforme qui fait bien sûr partie de votre portefeuille. Est-ce que ce sera une des dernières réformes portées par Emmanuel Macron avant l'élection présidentielle de l'année prochaine ?

20:51
Élisabeth Borne

Ce que je peux vous dire, c'est que je pense qu'une réforme des retraites est nécessaire parce qu'on a un système aujourd'hui qui est très inégalitaire, qui pénalise notamment ces fameux travailleurs de la deuxième ligne qui ont des carrières hachées. Ensuite, il faut trouver le bon moment. Ça ne peut se faire qu'en concertation avec les organisations patronales et syndicales. Et aujourd'hui, on est totalement... Autrement dit, ce n'est pas le moment.

21:13
Présentateur

Bruno Le Maire voudrait que vous vous en parliez du dossier. Vous lui répondez non, pas tout de suite.

21:17
Élisabeth Borne

Parce que Bruno Le Maire, comme moi, il est 100% mobilisé sur la crise, sur l'accompagnement des entreprises. Donc on verra dans les mois qui viennent.

21:24
Présentateur

Mais vous n'êtes pas d'accord sur le calendrier de la réforme ?

21:26
Élisabeth Borne

Je pense qu'on est tous les deux d'accord sur le fait que la priorité, c'est gérer la crise, gérer la sortie de crise, accompagner les Français, les entreprises, les salariés.

21:34
Invité

Pas tout à fait. À droite, on dit qu'elle est nécessaire, cette réforme. Il va falloir la faire. À gauche, si je vous entends bien, vous êtes partie plutôt de l'aile gauche de ce gouvernement, vous dites que ce n'est pas la priorité, il y a d'autres choses à faire.

21:44
Élisabeth Borne

Je dis qu'aujourd'hui, la priorité, c'est la gestion de la crise. Je dis que cette réforme, elle est nécessaire, qu'elle doit se faire dans le dialogue social, et qu'on verra au cours des prochains mois, si on trouve un chemin pour reprendre les discussions avec les organisations patronales et syndicales.

21:57
Invité

Et repousser l'âge de départ à la retraite ?

21:59
Élisabeth Borne

La réforme, vous savez, c'est d'abord d'avoir un système qui soit plus juste, dans lequel un euro cotisé donne les mêmes droits, alors qu'aujourd'hui, on a des tas de systèmes différents qui ne donnent absolument pas les mêmes droits selon le statut des salariés.

22:15
Présentateur

Nombreuses questions d'auditeurs Elisabeth Borne sur la révolution qui s'est déroulée et qui se poursuit, la révolution de la digitalisation, de la numérisation de notre économie, où nous vivons une accélération de l'histoire, ce qui devait prendre des années s'est réalisé en quelques mois, disait récemment le PDG de Microsoft. Problème, personne ne sait si cette révolution technologique va créer des emplois, et combien ? Est-ce que vous êtes inquiète que cette révolution technologique ne soit pas une bonne nouvelle pour l'emploi ?

22:46
Élisabeth Borne

Vous savez, je pense que la digitalisation, la numérisation, elle permet aussi de maintenir en France des entreprises qui auraient plutôt eu l'intention de délocaliser, mais comme la transition écologique, cette révolution numérique, elle suppose qu'on accompagne les salariés, qu'on investisse massivement pour adapter les compétences des salariés, et c'est bien pour ça qu'on mobilise un milliard d'euros pour les salariés qui sont par exemple aujourd'hui en activité partielle, pour leur permettre de se former, d'adapter leurs compétences à ces révolutions, à ces transitions écologiques et numériques.

23:22
Présentateur

Question politique Elisabeth Borne, est-ce que vous allez être candidate aux élections régionales en Normandie ?

23:27
Élisabeth Borne

Moi je souhaite m'impliquer dans la campagne effectivement des régionales en Normandie, pas en tant que tête de liste, parce que vous voyez j'ai une charge à mon ministère et des dossiers dont il faut que je m'occupe, mais je souhaite effectivement m'impliquer dans ces élections régionales.

23:39
Invité

Mais vous pourriez être tête de liste à la tête d'un département, même ça vous...

23:42
Élisabeth Borne

On va regarder exactement comment je me positionne, mais je souhaite effectivement participer à cette campagne.

23:47
Présentateur

Merci Elisabeth Borne d'avoir été l'invité de France Inter ce matin, et bonne journée !

23:52
Élisabeth Borne

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