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interviewLCI — L'invité d'Adrien Gindre· 28 juin 2023 23 min

L’INTERVIEW POLITIQUE – Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, invitée d’Adrien Gindre

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Locuteur 2

Bien jeune, bonjour Adrien, votre invitée aujourd'hui ? Elle est présidente de l'Assemblée nationale depuis un an, jour pour jour, une année très riche mais aussi très agitée, on va en parler en détail. Bonjour Yael Brunpivet, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation, c'est un jour très particulier pour vous, on va parler longuement de l'Assemblée dans un instant.

D'abord un mot bien sûr du drame de Nanterre, il y a eu plusieurs incidents cette nuit, 24 interpellations dans les Hauts-de-Seine après la mort donc hier d'un jeune homme de 17 ans à la suite d'un possible refus d'obtempérer, l'enquête est en cours, un policier est en garde à vue, le fait est que le drame s'est invité aux questions de gouvernement hier, que vous présidiez, avec l'interpellation d'une députée écologiste qui a eu cette formule, le refus d'obtempérer n'est pas passible de la peine de mort, quelle est la réponse de votre point de vue qu'il faut apporter aujourd'hui ?

0:53
Locuteur 1

Alors déjà c'est un drame, c'est un drame absolu parce que c'est un jeune homme de 17 ans qui est mort hier et évidemment mes pensées vont vers sa famille. Il faut qu'on détermine très clairement ce qui s'est passé et donc il y a une enquête en cours et c'est heureux et le policier auteur du tir est actuellement en garde à vue et les services pourront déterminer exactement quelles sont les différentes responsabilités. Au-delà de cela, il faut que l'on regarde le cadre d'emploi. Vous savez, il a été fixé par une loi qui est intervenue avant notre quinquennat. Qui est assez récente, début 2017, juste avant l'élection d'Emmanuel Macron. Exactement, qui vient de début 2017.

A l'Assemblée nationale, moi je suis très soucieuse de l'évaluation des lois. Une fois qu'elles ont été votées, que deviennent-elles ? Comment s'appliquent-elles ? Est-ce qu'elles ont fixé le bon cadre ? Et donc nous pourrons nous poser ces questions. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le temps de ces questions, c'est le temps du recueillement pour ce jeune qui est décédé tragiquement et de l'enquête policière qui a commencé. Et moi, en tant que femme, en tant que maman, en tant que femme politique, j'appelle tout le monde au calme, à la retenue, parce qu'il ne faudrait pas que cela s'embrasse. Il ne faut pas qu'il y ait d'autres drames qui interviennent à la suite de celui-ci.

2:12
Locuteur 2

Quand il y a des réactions, pour le coup, politiques, comme celles de Jean-Luc Mélenchon, qui estiment que la police doit être entièrement refondée, qu'est-ce que ça vous inspire ? Vous dites que c'est trop tôt.

2:21
Locuteur 1

Alors, d'une part, c'est trop tôt, c'est exagéré. Les policiers font un travail remarquable et il ne faut pas, à l'aune de tel ou tel événement, remettre en cause, d'une façon générale, le travail des policiers. Moi, je crois qu'ils exercent leur mission le mieux possible, dans un contexte parfois extrêmement difficile. Et moi, je n'admets pas que l'on remette en cause leur travail, d'une façon générale. Vous savez, c'est ce qui nous permet de faire société, le fait d'avoir des forces de l'ordre qui maintiennent l'ordre public. Donc, soyons reconnaissants à leur égard, mais soyons extrêmement vigilants et extrêmement exigeants, mais comme ils le sont eux-mêmes, comme ils le sont eux-mêmes.

Et essayons de faire en sorte que ce type de fait ne se reproduise jamais.

3:07
Locuteur 2

Je le disais en introduction, vous êtes donc présidente de l'Assemblée depuis un an, jour pour jour. Présidente et première femme à ce poste, il faut le souligner. Dans un contexte particulier, sans majorité absolue, sans accord avec les républicains. Ça fait un an qu'on se pose une question finalement assez simple. Est-ce que ça marche ou est-ce que ça ne marche pas ? Quel est votre point de vue ?

3:25
Locuteur 1

Ça marche. Ça marche. Effectivement, ça fait un an que certains se posent cette question et d'aucuns pensaient, il y a un an, que cela ne marcherait pas. Or, l'Assemblée nationale fonctionne. Elle produit le meilleur et elle produit le pire. Qu'est-ce qui est le pire ? Et effectivement, c'est ça qui donne cette image et qui amène ces interrogations. Le meilleur, ce sont des textes qui sont votés à l'unanimité parfois et beaucoup de propositions de loi. Donc l'émanation même du Parlement.

3:54
Locuteur 2

La proposition, c'est quand le député le propose.

3:56
Locuteur 1

Voilà, quand ce sont des députés qui proposent des lois, moi j'ai réussi à créer, et c'est peut-être ma plus grande fierté, des semaines transpartisanes, où les textes sont portés dès l'origine par des députés qui appartiennent à des camps différents, majorité et opposition. Et cela, parfois, amène à des votes à l'unanimité dans l'hémicycle. Et ça, j'en suis très fière. Je pense, par exemple, à la proposition de loi sur les influenceurs. Vous savez, ceux qui, sur les réseaux sociaux ou sur les chaînes YouTube, montent des chaînes YouTube et font des placements de produits, etc. C'était peu réglementé.

Nous avons une loi qui a été votée, portée par un député renaissance et un député du groupe socialiste.

4:34
Locuteur 2

Ça, c'est le meilleur.

4:34
Locuteur 1

Ça, c'est le meilleur parce que je crois que quand on arrive à dépasser les clivages dans l'intérêt des Français, je crois que c'est ça le meilleur de la politique. Et le pire ? Le pire, c'est le brouhaha, c'est les invectives, c'est parfois les insultes, c'est des comportements, en fait, inappropriés.

4:53
Locuteur 2

Mais ça, ce n'est pas inhérent à la politique ?

4:54
Locuteur 1

En fait, tout est question de nuances, après. Tout est question de nuances. La politique, et moi, je l'avais souhaitée. J'ai souhaité une assemblée qui soit à l'image des Français. Les Français ont voulu cette assemblée. Et donc, une assemblée vive, qui débat, où il y a de la controverse, c'est une belle assemblée. Après, ce débat ne doit pas virer à l'invective, à l'insulte, à l'injure. Et on ne doit pas, finalement, oublier pourquoi nous sommes là.

5:24
Locuteur 2

Ça peut tenir quatre ans sans dissolution, vu que vous dites que ça marche.

5:28
Locuteur 1

Écoutez, oui. En tout cas, c'est ma mission première, faire en sorte que l'Assemblée nationale fonctionne et qu'elle tienne au service des Français. Toujours avec cette boussole-là qui doit être la nôtre et qui nous permet de nous rassembler sur certains sujets.

5:42
Locuteur 2

Il y a toujours cette attente d'une partie de la majorité, d'une partie des Républicains, comme l'ancien président Nicolas Sarkozy, de dire qu'on peut faire un accord avec la majorité actuelle relative et les Républicains pour demain mieux gouverner et mieux voter les lois ensemble. L'ancien chef de l'État était d'ailleurs à l'Assemblée hier pour un déjeuner à la question avec certains parlementaires de votre majorité. Il a adressé ce qui semble être un message à Emmanuel Macron assez clair. Je le cite, il faut tendre la main plus généreusement et beaucoup plus fortement. Autrement dit, si on veut travailler avec LR, il faut aussi pouvoir faire des propositions.

Est-ce que c'est une idée que vous partagez ?

6:14
Locuteur 1

Oui, mais je la partage depuis 2017. Moi, quand je rentre en politique en 2017, derrière Emmanuel Macron, c'est parce qu'il porte le dépassement des climages, parce qu'il porte cette volonté de se rassembler, de rassembler les personnels politiques, soit de droite et de gauche. Mais après, peu importe comment cela s'organise finalement. Est-ce que c'est du texte par texte ? Est-ce que c'est un accord de gouvernement ? Est-ce que c'est des gens qui nous rejoignent au sein de ma famille politique aujourd'hui ? Moi, ça, ça m'importe peu. C'est pour ça que je me réjouis lorsque nous votons des textes avec des majorités larges ou même une unanimité.

Moi, ce qui m'importe, c'est qu'autour de valeurs, autour d'un projet, autour des objectifs que nous poursuivons pour notre pays, nous puissions rassembler le plus largement. Si nous arrivons d'une façon durable à rassembler des personnes qui viennent des Républicains, des personnes qui viennent de la social-démocratie, j'en serais la plus heureuse, parce que cela voudra dire qu'on arrive à rassembler des gens qui veulent travailler ensemble. Ça ne veut pas dire qu'on est d'accord sur tout. Ça ne veut pas dire cela. Mais ça veut dire qu'on est capable de surmonter nos désaccords pour chercher ce qui nous rassemble dans l'intérêt des Français.

C'est comme ça que je vois la politique depuis 2017. Donc, c'est la stricte continuité de l'engagement du président de la République.

7:30
Locuteur 2

Vous avez cité aussi la social-démocratie. Pour le coup, Nicolas Sarkozy, il faisait hier ce constat également, il dit la matrice du pays est à droite. On voit que pour lui, il faut chercher avant tout l'accord avec la droite. Vous vous dites pas seulement, il ne faut pas qu'on oublie, qu'on vient, et vous venez d'ailleurs, vous-même personnellement, aussi d'un héritage de gauche.

7:44
Locuteur 1

Oui, moi, je pense que, et je le vois tous les jours à l'Assemblée nationale, on arrive à construire des majorités avec tous les partis politiques, pas uniquement les Républicains. Donc, évidemment, il faut chercher l'accord avec les Républicains parce que nous avons un certain nombre de valeurs communes et que nous partageons un certain nombre d'objectifs. Mais il ne faut pas oublier d'autres partis ou d'autres parlementaires avec lesquels nous pouvons échanger, discuter. Et dans l'exemple que je vous citais tout à l'heure, nous pouvons travailler et voter des textes. Donc, moi, je suis très ouverte parce que je pense qu'il en va de l'intérêt des pays.

Moi, je suis du camp de ceux qui cherchent à rassembler plutôt qu'à exclure. Moi, je suis du camp de ceux qui considèrent que les problèmes sont tellement complexes qu'il faut être du camp de la nuance plutôt que d'être du camp de la radicalité. Et donc, tous ceux qui voudront être dans ce camp-là, celui de la nuance, celui de la complexité des choses, mais celui des Français, seront, à mon sens, les bienvenus dans notre majorité et pour travailler avec nous.

8:43
Locuteur 2

Vous avez rappelé que des lois, et nombreuses, ont été votées. D'autres ont été adoptées par 49.3. C'est le cas du budget, c'est le cas de la réforme des retraites. On en a beaucoup parlé. C'est aussi lié à la configuration de majorité relative. Il y a un texte sur lequel la question va se poser. C'est le projet de loi immigration qui va vous occuper à l'automne. S'il n'y a pas de majorité, quel est votre point de vue de présence de l'Assemblée ? Faudra-t-il accepter de recourir au 49.3 ?

9:06
Locuteur 1

Écoutez, en tout cas, il ne faut pas l'exclure par principe. Moi, je fais confiance à l'Assemblée que je préside. Et donc, une Assemblée, c'est une Assemblée qui débat. Donc, considérer d'ores et déjà quel va être le chemin législatif d'un texte et quelles vont être les positions des uns et des autres et donc à quoi va être contraint ou pas le gouvernement, moi, je ne suis pas dans ce type de scénario parce que je n'en sais rien. Je n'en sais rien.

9:30
Locuteur 2

Pas de 49.3, mieux vaut renoncer et échouer que d'aller au 49.3.

9:34
Locuteur 1

Mais ça dépend du débat, ça dépend de ce qu'il y a dans la loi, ça dépend de ce que l'on porte, ça dépend de comment le débat vit dans l'opinion publique et dans notre pays. Moi, je crois que sur un texte comme celui de l'émigration, il faut être ferme sur les valeurs que l'on porte et sur les objectifs que l'on souhaite atteindre et ne renier ni l'un ni l'autre.

9:58
Locuteur 2

Donc, ça veut dire en creux, par exemple, ne pas donner en gage aux Républicains l'idée qu'on supprimerait les titres de séjour pour les métiers en tension, par exemple. Vous voulez garder cet équilibre, ces deux jambes ?

10:06
Locuteur 1

Je veux garder cet équilibre parce que je pense que c'est le bon équilibre et qu'il est bon pour notre pays.

10:12
Locuteur 2

Dans la manière dont les séances sont déroulées depuis un an, vous dites que ça marche, mais vous avez vous-même souligné le fait que l'ambiance était particulière. Ça a conduit, y compris certains de vos camarades de Renaissance, à dire stop, les Insoumis se sont trop mal comportés, il faut qu'on en tire les conclusions. Par exemple, sur la présidence de la Commission des Finances, Éric Coquerel, il y a un an, il avait été également très commenté le fait que vous avez aujourd'hui des vice-présidents, notamment du Rassemblement National. Certains députés souhaitent que tout cela s'arrête à l'occasion des renouvellements qui vont avoir lieu dans quelques semaines.

Qu'est-ce que vous dites, vous ?

10:44
Locuteur 1

Alors, il y a plusieurs choses. Il y a le bureau de l'Assemblée Nationale et les présidences de commissions. Ce sont deux choses différentes. Concernant le bureau de l'Assemblée Nationale, le bureau de l'Assemblée Nationale est l'organe collégial le plus important de l'Assemblée Nationale. Il se réunit tout à l'heure pour adopter le budget de l'Assemblée Nationale, notamment, et c'est lui qui a le pouvoir de dédicter un certain nombre de règles et de prononcer un certain nombre de sanctions. Et c'est là qu'on retrouve notamment

11:08
Locuteur 2

les vice-présidents de l'Assemblée Nationale dont je parlais.

11:09
Locuteur 1

Mais on retrouve aussi un vice-président, une vice-présidente en l'occurrence de la France Insoumise et une vice-présidente du Parti Socialiste. Donc, cet organe est un organe qui doit refléter les couleurs politiques qui sont présentes à l'Assemblée Nationale. Donc, à l'Assemblée Nationale, il y a beaucoup de députés de la France Insoumise et des députés du Rassemblement National. Donc, pas de raison de remettre en compte ces équilibres. Je souhaite que les équilibres soient conservés et que le bureau, conformément à nos règles, moi, je suis en charge de l'application de nos règles.

Et donc, conformément à l'application de ces règles, je souhaite que le bureau puisse continuer à refléter le pluralisme politique de l'Assemblée Nationale et donc que chaque parti puisse continuer à y être représenté dans sa juste mesure. Nous avons un système, c'est un système très simple de points, c'est très basique. Un nombre de députés égale un nombre de points et chaque fonction égale un nombre de points. Moi, je vaux 5 points. Un vice-président vaut 2 points. Un questionnaire vaut 2,5 points. Et chaque parti a un nombre de points qu'on répartit. Donc, c'est assez mathématique, assez mécanique. Et moi, je souhaite que politiquement, ça puisse continuer comme ça.

C'est important pour assurer le respect de nos règles démocratiques.

12:22
Locuteur 2

Cette logique, est-ce que vous l'appliquez également, et vous avez raison, c'est un autre sujet, à la présidence de la Commission des finances où là, il est d'usage que la majorité ne prenne pas part au vote et laisse l'opposition se déterminer ? Est-ce que c'est votre souhait également pour le cas d'Éric Coquette ?

12:33
Locuteur 1

Ce qui est important, c'est qu'effectivement, dans la Commission des finances, d'une part, nous avons une règle qui est que la présidence est occupée par un membre de l'opposition. Et donc, il faut que ça continue à être le cas. Et un usage. Et l'usage et nos règles veulent qu'il y ait un vote. Et donc, nous laisserons, nous, le vote se faire après libre à chaque président de groupe de choisir une voie différente. mais en tout cas, moi, ce que je souhaite et là où j'ai un rôle et quelque chose à affirmer, c'est que cette commission doit être présidée par un membre de l'opposition.

13:06
Locuteur 2

Est-ce que vous considérez que le Rassemblement National et la France Insoumise dont on vient de parler font partie de l'arc républicain ? Ça a aussi été l'une des questions qui s'est posée dans cette législature, une question qu'on n'avait pas envisagée sous cet angle-là précédemment. Qu'est-ce que vous vous en dites ?

13:19
Locuteur 1

Moi, je ne comprends pas bien cette question. Je ne comprends pas bien cette question. En tout cas, je ne la comprends pas concernant le fonctionnement de l'Assemblée Nationale. Moi, je fais face à 566...

13:28
Locuteur 2

Vous savez que la Première Ministre elle-même avait défini le fait que, par exemple, elle parlait à certains partis, pas à d'autres.

13:34
Locuteur 1

Alors, non, mais il y a deux choses à nouveau. Dans le fonctionnement de l'Assemblée Nationale, moi, j'ai 576 députés qui sont en face de moi, qui ont été élus par les Français et pour moi, je n'ai pas à faire le tri entre ces députés. C'est le choix démocratique exprimé par les Français lors des élections législatives et mon rôle, c'est de respecter ce choix démocratique et je n'ai pas à faire le tri entre les députés selon leur partie d'appartenance. Ça, c'est une chose pour moi qui est essentielle. Après, ça ne veut pas dire que politiquement, je ne combats pas tel ou tel parti.

Et la Première Ministre, en tant que chef du gouvernement et en tant qu'animatrice d'une majorité, a tout à fait le droit de dire, moi, je veux négocier tel ou tel texte avec tel ou tel parti et pas avec des partis qui sont radicaux.

14:20
Locuteur 2

Donc, votre position et celle de la Première Ministre sont suffisamment différentes pour justifier des réponses différentes à cette question.

14:27
Locuteur 1

Mais heureusement, nous n'avons pas la même fonction, nous ne sommes pas dans les mêmes rôles. Moi, il me revient d'animer et de présider une Assemblée Nationale composite, sans majorité absolue, dans le respect de chacun, de chaque élu et de chaque Français.

14:42
Locuteur 2

Et sans être l'agent de l'Elysée comme vous l'avez reproché un député de la France Insoumise ?

14:46
Locuteur 1

En étant indépendante, c'est inhérent à ma fonction. Nous avons depuis, alors pas la nuit des temps, mais depuis Montesquieu, nous avons un principe qui régit le fonctionnement de nos institutions qui s'appelle la séparation des pouvoirs. Et en France, le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif sont des pouvoirs séparés. Et donc, moi, j'assume mes fonctions dans le strict respect de cette séparation des pouvoirs.

15:12
Locuteur 2

Mais il n'y a pas une solidarité de parti ? La présidente de l'Assemblée n'est pas, quand elle est membre du parti Renaissance, par principe, solidaire de la présence de la République ?

15:21
Locuteur 1

Alors, il n'y a pas de solidarité par principe. Il y a une solidarité d'engagement parce que je me suis engagée derrière Emmanuel Macron en politique en 2017 et qu'aujourd'hui, j'appartiens à sa majorité et je soutiens le président de la République. Donc, ça n'est pas une solidarité par principe, c'est une solidarité d'engagement, c'est une solidarité de cœur, c'est une solidarité de conviction. Maintenant, j'ai toujours à cœur, également, lorsque je prends des décisions en tant que présidente de l'Assemblée nationale, de ne pas prendre de décisions qui pourraient être partisanes.

15:58
Locuteur 2

Il y a une question qui ne vous concerne pas directement, mais qui pourrait le devenir, c'est celle du remaniement. Elisabeth Borne va-t-elle ou pas être confortée à son poste à Matignon ? Les propos du chef de l'État dans la Provence ont pu donner le sentiment que oui, il soulignait le fait qu'elle avait sa confiance puisqu'elle était à la tête du gouvernement. Nos confrères de l'opinion faisaient une hypothèse hier, disaient certains ministres pourraient revenir à l'Assemblée. Il se trouve que vous, il y a un an, c'est le choix que vous avez fait, vous avez été nommé ministre et vous avez fait le choix de revenir à l'Assemblée pour être élu président de l'Assemblée.

On est plus utile aujourd'hui dans la configuration actuelle à l'Assemblée qu'au gouvernement ?

16:29
Locuteur 1

Je crois qu'on est utile partout où on a besoin de nous. C'est vrai que moi, j'ai fait le choix de l'Assemblée nationale parce que l'Assemblée nationale, c'est le lieu par excellence en ce moment du pluralisme. On vit un moment passionnant dans notre vie politique. C'est là où se construisent les accords. C'est là où on voit finalement la démocratie fonctionner jour après jour. Et je n'ai jamais regretté ce choix. Je comprends que certains ministres souhaitent rester au gouvernement parce que l'engagement politique est un engagement fabuleux et le fait de pouvoir agir très concrètement lorsque l'on pilote un ministère et une politique publique, c'est également passionnant.

Chacun est utile là où il est mais je comprends que l'Assemblée nationale soit un lieu attractif. En tout cas, comme vous l'avez rappelé, il l'a été pour moi.

17:22
Locuteur 2

Et vous dites bienvenue à ceux qui éventuellement seraient débarqués du gouvernement et reviendront pour ceux qui ont été élus députés il y a un an. Il y a une particularité aussi. On rappelait tout à l'heure la dureté des débats, les invectives, les insultes parfois. Il y a une partie aussi des membres du gouvernement actuel qui sont issus de la société civile. C'était votre cas il y a six ans mais c'est une époque révolue maintenant. Est-ce que c'est dur ? Est-ce que c'est difficile de votre point de vue pour les membres de la société civile de siéger dans cette Assemblée ? Vous présidez la séance des questions gouvernement tous les mardis pendant deux heures. Vous les voyez ?

Ils sont à quelques mètres de vous.

17:50
Locuteur 1

C'est dur. Oui, c'est dur. Mais c'est dur de faire de la politique. Il ne suffit pas d'être bon dans son domaine pour faire de la bonne politique et c'est ce que je vois tous les jours. C'est pas une question de compétence sur le fond. Non, voilà. C'est pas une question de compétence sur le fond. Il faut évidemment ces compétences-là mais pas que. Ça ne suffit pas. Faire de la politique c'est tout un ensemble que moi effectivement j'ai découvert sur le tas comme ces ministres. Mais je crois que c'est très sain qu'il y ait des personnes de la société civile qui viennent faire de la politique.

La politique n'est pas une affaire de métier n'est pas réservée à des professionnels ou à des élus de carrière. C'est ce que nous avions aussi souhaité faire en 2017 et c'est important de continuer à le faire. Mais je vois que c'est difficile dans cet hémicycle parce que l'hémicycle c'est aussi un lieu très finalement assez petit assez bouillonnant. Et on ressent la pression physiquement au-delà du brouh et du bruit et on ressent cette pression physique et je pense qu'effectivement c'est difficile et parfois certains la subissent.

19:01
Locuteur 2

Alors tout le monde ne suit pas ça avec attention et pour cause parce que beaucoup de nos concitoyens et on le voit élection après élection se détournent aussi de la politique. Vous vous êtes penché sur cette question. Vous avez fait il y a quelques jours chez nos confrères de Parisien une proposition en particulier l'idée d'une journée annuelle qui serait dédiée à la consultation des Français. Est-ce que déjà vous avez eu un retour de l'exécutif à ce sujet ? Est-ce que cette proposition prospère d'ores et déjà ou pas ?

19:22
Locuteur 1

C'est une proposition que j'avais formulée il y a longtemps auprès du président de la République qui s'était montré intéressé. Je pense qu'il est important et c'est ce que nos concitoyens nous disent aujourd'hui ils ont envie de participer et leur participation ne peut pas se résumer au choix de leurs représentants.

19:39
Locuteur 2

Il ne peut pas se résumer à l'élection ?

19:40
Locuteur 1

À l'élection. Ils ont besoin de participer sur le fond.

Ils n'ont pas besoin simplement de dire pour qui ils veulent voter ils veulent parfois dire pourquoi ils veulent voter et donc participer sur le fond leur demander leur avis sur un certain nombre de sujets qu'ils soient nationaux ou qu'ils soient locaux l'aménagement de la place du village l'implantation de tel ou tel magasin ça peut toucher un certain nombre de sujets très concrets de leur vie quotidienne et puis le fait que l'on consulte fait naître après du débat et je n'ai pas dit pas après avant c'est-à-dire qu'il y a le jour de la consultation mais il y a tout le débat que ce jour de la consultation va générer et ça permet aux gens de se parler de rentrer dans la complexité des choses de pouvoir écouter les arguments des uns et des autres pour se forger une opinion et après décider je pense que c'est ça une démocratie nature on parle de démocratie augmentée de démocratie parfois continue c'est à mon sens une des façons de résoudre la crise certains disent une crise démocratique mais en tout cas de résoudre cette crise de l'abstention cette crise de l'abstention où on voit que nos concitoyens se détournent de plus en plus des urnes donc ramenons-les aux urnes mais pas forcément pour nous choisir mais pour décider

21:02
Locuteur 2

et dans ce cas-là ensuite appliquer ce qui aurait été décidé par les citoyens le transcrire

21:06
Locuteur 1

ça va ensemble c'est-à-dire que si vous les consultez il faut tenir compte de ce qu'ils vous disent

21:13
Locuteur 2

ce qui n'est pas toujours le cas parce qu'on organise des consultations citoyennes ensuite le politique fait ce qu'il souhaite derrière

21:17
Locuteur 1

il y a eu parfois des ruptures de confiance et on nous dit souvent les citoyens ne font pas confiance aux politiques mais peut-être que les politiques devraient avant tout faire confiance aux citoyens

21:28
Locuteur 2

un dernier mot justement sur la question du lien entre le politique et son territoire il y a la question du cumul qui est posé il n'y a plus de cumul possible par exemple entre un mandat de député et un mandat de maire il n'y a pour le président par exemple plus de cumul possible au-delà de deux mandats donc il y a le cumul simultané et le cumul dans le temps est-ce que vous pensez qu'il faut toucher à ces règles ? Est-ce qu'il faut revenir en arrière sur les questions de cumul simultanées et dans le temps ?

21:50
Locuteur 1

Alors non aux deux questions moi je suis une fervente partisane du non-cumul non-cumul de fonction c'est l'adoption de cette loi sur le non-cumul qui a permis de renouveler profondément le personnel politique et aussi de faire entrer des femmes ça a été un grand accélérateur de parité et c'est peut-être grâce à ces lois sur le non-cumul des mandats que je suis aujourd'hui présidente de l'Assemblée nationale donc après moi je pense que c'est une mauvaise réponse à une bonne question la bonne question c'est comment on fait pour qu'un élu national ait un lien sur le territoire ça peut être par l'exercice d'un mandat local et aujourd'hui 45% des députés ont un mandat local mais il faut peut-être approfondir ce lien mais par d'autres billets plutôt que par le retour à des vieilles recettes

22:43
Locuteur 2

merci beaucoup Yael Brune-Pivet d'avoir été notre invitée ce matin bon anniversaire donc un an après votre élection bon anniversaire